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La voiture balais : retour sur la première semaine du Tour de France

L’épidémie nous a déjà privé des JO, on a bien cru qu’elle allait aussi nous priver du 3ème évènement le plus regardé au monde : La Grande Boucle. Mais non avec 2 mois de retard, le Tour a bien lieu et les amoureux du vélo bien que privés du bord de route, peuvent s’enthousiasmer devant leur télévision. Comme si l’année 2020 n’a pas été assez atypique, la première semaine de ce TDF 2020 a été incroyable et pleine de rebondissements. Préparer une course de cette ampleur n’est jamais chose aisée mais quand il faut le faire avec un confinement en prime, tout est remis à plat. Le CCS retrace cette première semaine intense qui laisse présager une fin de Tour exceptionnelle !

Un démarrage dantesque

Le samedi 29 août devait être un jour de fête avec le début du tour, il s’est transformé en journée noire. La faute à une météo capricieuse qui a privé les fans d’un beau spectacle. Elle a surtout rendu la première étape dangereuse avec des airs d’Holiday on Ice. Le seul but pour les coureurs a été alors de rester sur son vélo. Les images largement relayées montrant des coulées de savon sont venues appuyer les témoignages des coureurs qui ont parlé de la difficulté à tenir sur son vélo. Ineos a failli perdre Sivakov qui chute 2 fois, Miguel Angel Lopez a justifié son patronyme de Superman en terminant sur course dans un poteau alors que son équipe a décidé de faire la descente contre l’avis général des coureurs. La course étant neutralisé de l’intérieur par les coureurs, le sprint massif a été la seule issue possible. A ce jeu la, les hommes du nord ont été les plus forts et c’est Kristoff qui remporte l’étape. Thibaut Pinot qui a pu passer au travers des gouttes jusque la, chute à 20m de la banderole des 3km à laquelle les temps ont été arrêtés. David Gaudu et lui semblent touchés dans le bas du dos mais le coureur se veut rassurant. D’autres coureurs semblent toucher et cette journée remplie de chutes va laisser des traces même si le pire est évité.

Suite à cette journée cauchemardesque, la 2ème étape se présente avec un dénivelé important et l’on pense que les grandes manoeuvres vont commencer. Mais essorés par l’étape de la veille, les favoris vont se neutraliser. C’est Julian Alaphilippe qui ne cède pas à la pression de son étiquette de grand favoris qui fini par attaquer dans le final. Il est rejoint par Marc Hirschi et Adam Yates. Personne n’ose prendre l’initiative dans le dernier kilomètre et c’est finalement Alaphilippe qui gagne au sprint devant le Suisse. Il réussit le coup double en endossant le maillot jaune.

Une légère récupération..

La 3ème étape, dite étape de transition, accouche d’un sprint massif. C’est Caleb Ewan au prix d’un sprint d’anthologie, où il trouve une petite ouverture le long des barrières, qui remonte tout le monde et s’impose. Le sprinteur Australien dispose d’une grande science du placement lors des arrivées au sprint et il est rarement mis à défaut malgré un train pas forcément toujours bien huilé.

La première arrivée au sommet a lieu lors de la 4ème étape. La Jumbo décide d’adopter une tactique qui a bien fonctionné depuis la reprise début août : une montée au train à très vive allure et dans le dernier kilomètre, un sprint de Primoz Roglic. Le plan est exécuté à la perfection et le Slovène triomphe montrant qu’il est bel et bien le favoris du Tour. Aucun écart à son avantage hormis les bonifications mais il envoie un message à ses adversaire.

L’étape suivante va permettre au peloton de se reposer un peu. Pas d’échappée, une première depuis 1998, un rythme de sénateur et un sprint massif pour finir. Histoire de montrer que la Jumbo n’est pas auto-centré sur Roglic, c’est le prodige venu du cyclocross Wout Van Aert qui s’impose en costaud au sprint. Peter Sagan perd son maillot vert au profit de Sam Benett. Julian Alaphilippe perd son maillot jaune sur tapis vert en écopant de 20 secondes de pénalités pour s’être ravitaillé dans les 20 derniers kilomètres.

Les têtes sont déjà tournées vers l’étape du lendemain avec la 2ème arrivée au sommet du Mont Aigoual. Les favoris vont se neutraliser et c’est Ineos qui va imprimer le train dans le Col de la Lusette. Pour préparer une attaque ? Non pour protéger Bernal d’un mauvais jour et d’une attaque. Un faux train est imprimé par Ineos qui ne cherche pas à durcir la course mais plutôt à la contrôler. Alexey Lutsenko réussit même à reprendre du temps sur le peloton dans cette ascension. Le constat à l’arrivée est assez simple, la Grande Boucle est longue et une attaque dans la Lusette avec après une montée trop roulante vers l’arrivée ne permet pas de faire des écarts. Les favoris reste au chaud et se donne rendez-vous dans les Pyrénées samedi.

..avant un premier tournant

La 7ème étape, quasiment toute plate, laisse présager une nouvelle étape de transition. C’était sans compter sur Sagan. Vexé d’avoir perdu le maillot vert, il fait rouler son équipe et décide de tout faire péter en imprimant un gros rythme dès la première bosse. Le Slovaque réussit son coup car la plupart des sprinters se retrouvent attardés. Il redevient maillot vert virtuel lors du sprint intermédiaire que Trentin lui dispute. Thomas de Gendt décide de s’échapper à 90km de l’arrivée et ce sont la Bora et B&B qui vont lui faire la chasse. Arrive alors la ville de Castres à 35km de l’arrivée, Ineos se met à rouler très fort, très vite relayés par la Jumbo, les Astana et la Groupama. Pari gagnant, la bordure fonctionne. Pogacar, Porte et Landa sont piégés et perdent 1’20 lors de cette étape qui s’est roulé à 47,535km/h. Dans un peloton amputé de la plupart des sprinteurs, c’est une nouvelle fois Wout Van Aert qui trouve l’ouverture et s’impose. Le cycliste Belge est inarretable depuis la reprise des courses (victoire sur les Strade Bianche, Milan Sant Remo, maillot vert du Dauphiné..), un an seulement après sa terrible chute sur le TDF 2019 qui l’a fait abandonner. Il a du entamer une longue période de convalescence suite à son importante blessure à la jambe qui l’a privé d’une partie de la saison de cyclo-cross. Sagan, lui, se rate pendant le sprint marqué par plusieurs problèmes techniques (déraillement, déchaussage) mais retrouve son maillot vert. Les hostilités sont lancées et les 3 grands perdants vont devoir tenter des coups afin de rattraper le temps perdu lors de cette étape qui a fait des dégâts.

Les Pyrénées

Ce début de Tour l’a montré, ce sont les coureurs qui font la course et non le parcours ! Beaucoup d’observateurs ont dit que les Pyrénées sans arrivée au sommet ne vont pas faire de différence. Mais dans le cyclisme, une course ne se gagne pas forcément en montée mais elle peut se perdre en descente. L’arrivée dans les Pyrénées est synonyme de bon de sortie pour les échappées. L’étape de Loudenvielle sourit à un français. Nans Peters, déjà vainqueur d’étape sur le Giro 2019 (25ème français à réussir le doublé), est à l’origine d’une première échappée. Il attaque à nouveau dans la montée du Port de Balès avant d’être rejoint par Ilnur Zakarin. Le français test le Russe dans la descente et met en lumière ses piètres qualités de descendeur. Zakarin ne se rapproche jamais assez de Peters dans la dernière ascension, laissant le coureur d’AG2R filer vers la victoire dans la dernière descente. Derrière, Thibaut Pinot est victime d’une terrible défaillance. Alors qu’il prenait des relais la veille dans le coup de bordure, le voici décroché, victime de maux de dos qu’il traine depuis sa chute de la première étape. La course est impitoyable et alors que le Français est en perdition, à l’avant, Pogacar tente sa chance une première fois à l’avant. La Jumbo pourtant en nombre au sommet du Port de Balès ne peut compter que sur Dumoulin pour épauler Roglic dans la dernière ascension. Le néerlandais va rouler très fort , trop fort selon son directeur sportif, et finir par céder, laissant le Slovène isolé et à la merci des attaques. C’est alors que Pogacar retante sa chance et son attaque est la bonne. Il reprend 38 secondes à Roglic et aux autres outsider. Pogacar a montré la voix et la Jumbo ne parait pas si forte quand les cols s’enchainent. La perte de Kruskjwik sur le Dauphiné a affaibli la formation jaune et noire.

Dimanche a été un nouvel exemple : Roglic se trouve vite esseulé dans le Col de Marie Blanque dès la première attaque Tadej Pogacar. Avant ça, la 9ème étape a longtemps ressemblé au show Hirschi. L’échappée a mis du temps à se dessiner et c’est finalement un groupe de plusieurs coureurs qui se retrouve en tête de la course. Hirschi décide de tenter sa chance en solitaire à 90km de l’arrivée. Ce jeune coureur dont c’est le premier tour, déjà 2ème derrière Alaphilippe sur la 2ème étape, compte jusqu’à 4 minutes d’avance. La bataille des favoris fait rage dans le Col de Marie Blanque. Pogacar attaque de nouveau plusieurs fois sans parvenir à distancer Roglic qui se méfie cette fois ci. Bernal s’est enfin montré en attaquant comme pour montrer que la forme revient. Le quatuor Roglic, Landa, Pogacar et Bernal est revenu à 30 secondes d’Hirschi à quelques kilomètres de l’arrivée. Le Suisse a préféré jouer son va-tout en tentant de maintenir l’écart plutôt que de se relever et de se mettre au chaud dans les roues. Lors du sprint final, Hirschi lance peut être d’un peu trop loin et se fait coiffer par Roglic et Pogacar. Le jeune Slovène remporte la sa première victoire pour sa première participation au TDF. Il s’impose comme un sérieux prétendant à la victoire finale. Au Suisse les regrets du jour, mais nul doute qu’on reverra rapidement ce jeune coureur pétrit de talent.

Une première semaine très mouvementée où la météo a joué son rôle. Des outsider au tapis (Pinot, Buchman), des jeunes pépites qui confirment. Nul ne peut prédire ce qu’il va se passer dans la 2ème semaine, seuls les coureurs de cette Grande Boucle en décideront. Une étape propice aux bordures entre les 2 îles ainsi que 2 arrivées au sommet sont au menu. Dans cette course à élimination, il ne va pas falloir faire d’erreurs afin de ne pas être distancé lors de cette deuxième semaine de course. Une chute peut vous éliminer alors que vous avez les jambes. Garder de l’énergie va être la priorité des favoris en vue de la dernière semaine. La Jumbo semble moins surpuissante lorsque les cols s’enchainent, Bernal a pu se cacher sans être distancé et Pogacar essaye de remuer tout le monde. Dans le match Colombie-Slovénie avantage aux points au pays européen mais tout reste à faire. Que le spectacle continue messieurs les coureurs !

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