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Chicago Bulls : red is (not) dead

Au printemps dernier, alors que la planète entière est confinée, Netflix et ESPN secouent la planète basketball en lançant la diffusion de The Last Dance, mini-série retraçant la carrière de Michael Jordan. Les audiences explosent et mettent en lumière la glorieuse histoire des Bulls de Chicago. Pendant ce temps-là, les pensionnaires du United Center bouclent leur 3ème saison consécutive sans play-offs. Et puisque « toute révolution amène forcément avec elle une hécatombe », cet été à Chicago, des têtes sont tombées. Après des années de vaches maigres, les têtes pensantes de la franchise ont pris le taureau par les cornes. Le GM, le vice-président des opérations basket puis l’entraîneur ont été écartés. Le vent va-t-il tourner à Windy City ? (image : clutchpoints)

« Ça va trancher chérie ! »

La saison 2019-2020 est un chemin de croix pour ces Bulls. Malgré un noyau de jeunes intéressant et l’addition de vétérans rompus aux joutes de la NBA, l’équipe de Jim Boylen n’affiche aucun signe de progression. Pire, le groupe ne paraît pas adhérer pleinement aux méthodes de son coach. On pressent logiquement du changement, mais la franchise de l’Illinois est réputée conservatrice. Les rumeurs se font cependant de plus en plus insistantes au fil de l’exercice et le couperet finit par tomber au mois d’avril, alors que la saison est interrompue et que les Bulls sont assurés de ne pas participer à une éventuelle postseason. Le propriétaire historique Jerry Reinsdorf, conseillé par Doug Collins – ancien mentor de Michael Jordan – limoge Gar Forman, General Manager depuis 2009. John Paxson, joueur des Bulls lors du premier three-peat et vice-président depuis 2003, est relégué à un simple rôle de consultant.

Le nouveau projet sera incarné par Artūras Karnišovas, débauché des Denvers Nuggets. Le Lituanien annonce dès son arrivée qu’il n’hésitera pas à trancher dans le vif. Après avoir réalisé un audit de chaque département, il décide de ne pas reconduire les contrats de 2 membres du staff technique. L’assistant Shawn Respert, proche d’une partie des joueurs, était désireux de trouver un nouveau challenge. Le préparateur physique en chef Jeff Tanaka, en poste depuis 2014, fait lui les frais du trop grand nombre de blessures à déplorer au sein de l’effectif. Dans le même temps, Karnišovas s’applique à renforcer son équipe dirigeante avec les arrivées du scout Pat Connelly, qui arrive dans ses valises en provenance de Denver, et de l’assistant GM J.J. Polk, qui était en poste aux Pelicans et qui est un spécialiste du salary cap. Deux questions restent en suspens : qui sera le GM… et qui sera le coach ? Après plusieurs semaines de tractations, Marc Eversley débarque depuis Philadelphie et devient le nouveau General Manager de Chicago. C’est à lui que reviendra la tâche de désigner le futur entraîneur de la franchise et d’opérer des mouvements dans le roster.

Artūras Karnišovas, architecte du renouveau des Chicago Bulls (image : basketusa)

« Il ne peut plus rien nous arriver d’affreux, maintenant ! »

Alors que les play-offs battent leur plein dans la bulle d’Orlando, plusieurs franchises dont les Bulls sont à la recherche du technicien parfait. Il faut dire que depuis le départ de Tom Thibodeau, architecte du Chicago de Derrick Rose et Joakim Noah qui s’était hissé en finale de conférence, le banc du United Center cherche encore la perle rare. En dépit de son étiquette de jeune coach universitaire aux idées innovantes, Fred Hoiberg n’a convaincu personne durant son mandat dans l’Illinois, sur le plan tactique comme relationnel. Son assistant et successeur Jim Boylen ne présente pas un meilleur bilan, sa discipline militaire n’est pas adaptée à la NBA moderne et ses rotations illisibles suscitaient l’incompréhension jusque dans son propre vestiaire.

Alors vers quel profil de head coach la franchise doit-elle se tourner ? Les noms évoqués dans la presse nous donnent un indice : Kenny Atkinson, Ime Udoka, Stephen Silas, David Vanterpool, Darvin Ham, Wes Unseld Jr, Dan Craig, Jamahl Mosley, Chris Fleming, Roy Rogers. Ils sont 10 candidats à passer un entretien avec la direction. Parmi eux, seul Kenny Atkinson n’est pas un rookie, tous les autres sont des assistants référencés en NBA mais aucun d’eux ne s’est assis sur un siège de head coach. À Chicago, on veut un profil jeune, neuf. On veut faire le même coup que Toronto, qui a brisé son plafond de verre en promouvant l’assistant Nick Nurse à la tête de l’équipe. Mais il est difficile de résister à la tentation Atkinson, viré de Brooklyn à la surprise générale en cours de saison après avoir complètement relancé la franchise new-yorkaise. Il attise les convoitises de bon nombre de franchises de la ligue, mais le front-office des Bulls semble bel et bien en avoir fait sa priorité. Leader, compétiteur, bâtisseur, Kenny Atkinson a déjà prouvé qu’il était capable d’obtenir de bons résultats à la tête d’une équipe jeune. Jarrett Allen, le pivot des Nets, le décrit en ces mots au New York Post : « Il est arrivé et, à Brooklyn, on n’était pas grand-chose. On a vu que chaque année, on a progressé. On s’est développé et on a gagné en confiance. Donc peu importe l’équipe où il atterrira, elle aura un sacré coach. Il apporterait ce qu’il nous a apporté. »

« Moi, futur coach des Bulls ? » (image : Pippen Ain’t Easy)

« Oh attention chérie, ça va couper ! »

Maintenant que le ménage a été fait en coulisses et sur le banc, il doit être fait sur le parquet. Des rumeurs circulent concernant le transfert de plusieurs joueurs. Le franchise player Zach Lavine évoluait cette saison à un niveau de All-Star et sa situation est surveillée de près par les Knicks et les Nets d’après SNY.tv. Cependant, le changement de direction et l’éviction de Jim Boylen, avec qui il entretenait une relation conflictuelle, semblent l’avoir rassuré. Il va sûrement rester. Le joueur le plus proche d’un départ serait Thaddeus Young. L’ailier-fort de 32 ans n’est pas satisfait de son rôle et pourrait quitter l’Illinois après une saison. Signé pour 44 millions de dollars sur 3 ans, il lui reste donc 2 ans de contrat dont une dernière année garantie seulement à hauteur de 6 millions.

Kris Dunn, Denzel Valentine et Shaquille Harrison voient leur contrat rookie expirer. La qualifying offer peut leur être offerte, auquel cas ils deviendraient restricted free agents et Chicago garderait la main en pouvant s’aligner sur toute offre extérieure. Otto Porter Jr. dispose d’une player option à 28,5 millions et on l’imagine mal faire une croix dessus. Il restera probablement à Chicago une année de plus. Le reste du roster est sécurisé pour au moins un an.

La loterie a été clémente avec les Bulls qui drafteront en 4ème position et pourront sélectionner un rookie talentueux. Dans le cas où Otto Porter Jr. active son option et jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée pour relancer Thaddeus Young, Chicago disposera d’une enveloppe de 9 millions de dollars sur le marché des agents libres, sans compter les diverses exceptions. Un montant qui laisse très peu de marge de manœuvre pour recruter des joueurs confirmés.

En l’état, avant la draft et la free agency, le roster ressemble à ça :

Meneur : Coby White, Tomáš Satoranský, Ryan Arcidiacono, Kris Dunn
Arrière :
Zach Lavine, Denzel Valentine
Ailier : Chandler Hutchinson, Otto Porter Jr.
Ailier-fort :
Lauri Markkanen, Thaddeus Young, Luke Kornet
Pivot :
Wendell Carter Jr., Cristiano Felicio, Daniel Gafford

Le sophomore Coby White sera une attraction de la NBA la saison prochaine (image : ESPN)

Le soir de la draft, le trio de tête sera, selon toute vraisemblance, composé par Anthony Edwards, James Wiseman et LaMelo Ball. Dans l’hypothèse où l’un d’entre eux glisserait hors du top 3, Edwards serait sans aucun doute le meilleur joueur disponible mais son profil ferait doublon avec Zach Lavine. James Wiseman viendrait garnir le poste 5, déjà bien pourvu. Ça n’est pas la priorité. Même problème pour le prometteur Onyeka Okongwu. En revanche, Ball pourrait intégrer la rotation sur le backcourt et on l’imagine bien démarrer les matches à la mène aux côtés de Zach Lavine, l’un ou l’autre cédant rapidement sa place à l’explosif Coby White, combo-guard à qui le rôle de 6ème homme sied à merveille. L’interrogation résiderait sur la défense. À l’instar de Lavine et White, Ball ne brille pas par son intensité de ce côté du terrain. À la mène encore, le Frenchy Killian Hayes a une belle carte à jouer. Meilleur défenseur que Ball, c’est davantage son shoot qui pose problème. Cela peut être un frein à son épanouissement en NBA mais son profil est peut-être plus adapté aux besoins des Bulls, qui ont besoin d’un défenseur correct sur le backcourt avec la perte probable de Kris Dunn.

Mais le choix le plus réaliste pour les Bulls se nomme peut-être Deni Avdija. Les différentes mock drafts ne l’annoncent pas sur le podium et sportivement, la venue de l’Israélien aurait du sens. Son QI basket et sa technique pourraient, s’il s’adapte rapidement à la grande ligue, constituer un upgrade pour Chicago sur le poste 3, où Porter et Hutchinson ne font pas des merveilles. Isaac Okoro est plus qu’une alternative à ce poste. Les aptitudes physiques et mentales de l’ailier des Tigers font de lui un prospect très excitant défensivement, et on peut imaginer que le coaching staff serait capable de le développer offensivement pour en faire un two-way player. Rappelons-nous d’où était parti Jimmy Butler. Enfin, la piste Obi Toppin n’est pas à écarter. Ailier-fort déjà âgé de 22 ans, Toppin est NBA-ready. Véritable phénomène athlétique, il présente un profil différent de Markkanen et pourrait prendre le relais de Thaddeus Young dans un registre beaucoup plus spectaculaire. Néanmoins, à ce stade de la draft, on devrait lui préférer des prospects dont le plafond paraît plus haut.

Kris Dunn s’est montré convaincant en défense cette saison, il serait pertinent de faire l’effort de le conserver en s’alignant sur les offres extérieures. Le backcourt serait alors complet, et les Bulls seraient bien inspirés de drafter un ailier, de préférence Avdija ou Okoro. La qualifying offer pourrait être transmise à Denzel Valentine, qui est un role player utile. Le roster aurait fière allure, mais que pourrait-il viser au juste ? Tout dépendra de celui qui en aura la charge. Si le front-office parvient à attirer l’entraîneur dont il rêve, ambitionner un retour en play-offs ne serait pas utopique. Dans une conférence Est très ouverte, un spot entre la 6ème et la 8ème place est envisageable. En tout cas, pour la crédibilité du nouveau projet, il vaudrait mieux éviter une énième saison de transition.

« Créer le monde que nous voulons est bien plus puissant que de détruire celui dont nous ne voulons plus. » Des décisions courageuses ont été prises ces derniers temps à Chicago. Ceux qui étaient responsable de la régression de la franchise ne sont plus là, reste à leurs successeurs de tracer le nouveau chemin, afin de ramener les Bulls sous les feux des projecteurs.

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