Café Crème Sport

Steve Nash : Le coach idéal pour les Brooklyn Nets ?

Une bombe. C’est l’effet qu’a produit l’annonce de la nomination de Steve Nash au poste de coach en chef des Brooklyn Nets pour les quatre prochaines années. Le meneur introduit au Hall of Fame en 2018 se tourne vers une nouvelle carrière et un challenge très relevé en perspective. Sans expérience à ce poste, il devra mener l’équipe très médiatisée de Brooklyn vers le succès, et satisfaire ses deux superstars, Kyrie Irving et Kevin Durant. S’il a connu ce dernier à Golden State, ce n’est pas un fait d’arme suffisant pour annoncer une éventuelle réussite du canadien. Alors que faut-il attendre de Steve Nash au poste d’entraîneur ? Quel style de meneur d’hommes sera-t-il, et répondra-t-il aux attentes placées en lui ? Éléments de réponse…

Bill Russell, Larry Bird et maintenant Steve Nash ! Jeudi dernier, l’ex-meneur est devenu le 10ème MVP de l’histoire NBA à tenter la passerelle vers le poste d’entraîneur. 20 ans après Bird, Steve Nash va réinstaller cette tradition perdue dans la grande ligue américaine, en espérant le même succès que l’ancien coach des Pacers ! Pour rappel, Steve Nash fut introduit au Hall of Fame en 2018, après une carrière où il s’est imposé comme l’une des icônes des années 2000. Une décennie lors de laquelle il a obtenu deux trophées consécutifs de MVP (2005, 2006) malgré la forte concurrence du regretté Kobe Bryant. Des trophées contestés, venus récompenser le maestro des Phoenix Suns et leur jeu révolutionnaire en ‘’7 secondes ou moins’’ lors de cette période. De quoi octroyer à Steve Nash un respect certain de la part des joueurs NBA à l’heure où il va devoir les diriger. Il n’a certes jamais été sacré champion NBA, mais pourrait bien ressusciter cette ambition avec sa nouvelle promotion.

Le trophée de MVP (2005, 2006) est la plus belle récompense obtenue par Steve Nash durant sa carrière. Désormais entraîneur, peut-il devenir champion ? (Crédits : Arizona Central)

L’annonce de sa nomination aux Brooklyn Nets a surpris. Steve Nash va être un coach rookie la saison prochaine, qui ne possède aucune expérience à ce poste ou en tant qu’assisant. Il a certes été utile aux Golden State Warriors entre 2015 et 2020, mais son implication dans le coaching staff des Dubs était mineure. Là-bas, il n’avait qu’un rôle de consultant à temps partiel où il aidait à ses heures perdues les joueurs des Warriors dans leur approche globale du jeu. Une période durant laquelle il a pu se lier d’amitié avec Stephen Curry… et surtout Kevin Durant ! Entre MVP on parle le même langage, et les deux hommes auraient été très proches. Par ailleurs, cette relation privilégiée aurait même fait la différence dans la nomination de Nash chez les Nets, où l’avis de Kevin Durant a eu une importance capitale. Chez ces Nets nouvelle génération, Durant et Irving sont les faiseurs de rois. Ils ont fait licencier Kenny Atkinson, ils ont accepté Steve Nash.

Nash passait énormément de temps avec KD. Leur relation est passée de respect mutuel à relation personnelle, intime. Ils se kiffent. Sachant que Nash et Sean Marks se connaissent depuis les Suns, et sont très liés depuis, sa nomination au poste de Head Coach aux Nets est d’une logique implacable. Je suis convaincu à titre personnel que ça va fonctionner. Il faut noter qu’après le départ de KD, Nash s’est occupé du développement des jeunes joueurs. Quand on voit les premiers mois de Jordan Poole et qu’on les compare aux derniers, la progression est juste folle. Niveau skills peu de différence, tout s’est passé dans la tête. Poole a eu une explosion de confiance et ses pourcentages au shoot, son playmaking, sa capacité à finir au cercle ont franchi trois crans. Nash a tout pour être le coach idéal : respect des joueurs de son CV, communication, patience, QI basket hors-pair. Et quand certains disent qu’il n’a rien fait pour mériter un poste si convoité (bonjour Stephen A Smith), je les invite à se plonger dans ses cinq années aux Warriors.

@DubNationFr

Quel entraîneur sera-t-il ?

À la seconde même où ils ont viré Kenny Atkinson, pourtant porteur de résultats satisfaisants, les Nets ont été très clairs : Nous voulons un coach compatible avec Kyrie Irving et Kevin Durant. Comprenez par là un players coach, qui ne va pas embêter les deux All-Stars avec sa façon de voir le jeu ou son approche tactique. Avec cet élément en tête, la nomination d’un néophyte comme Nash est compréhensible. Même avec toute la bonne volonté du monde, le canadien n’aura sans doute pas le playbook le plus fourni de la ligue sur le court terme. Un fait qui doit convenir à Irving et Durant, en quête de liberté dans leur basket. C’est d’abord Tyronn Lue qui était le favori des Nets pour le poste. Alors si la franchise a finalement décidé de donner les clefs à Nash, on peut penser qu’elle a eu les garanties nécessaires sur leur vision commune d’un entraîneur stars-compatible.

Kyrie Irving et Kevin Durant devraient obtenir leur liberté chérie sous le commandement de Steve Nash (Crédits : Nets Daily)

Mais Steve Nash sera-t-il un players coach comme les autres ? Rien n’est moins sûr. On lui souhaite évidemment de développer un jeu plus diversifié que Lue à Cleveland, et on a toutes les raisons de penser que dans son cas, players coach ne rime pas avec fond de jeu inexistant. Nash a développé une relation de confiance avec Kevin Durant à Golden State et on peut penser que ce dernier aura avec lui moins de difficulté à entendre les mots qui fâchent, ou à se transcender pour un système ingénieux. De plus, Nash n’a pas été une star comme les autres lors de sa carrière de joueur. Bien au contraire, il a commencé en bas de l’échelle, remplaçant à Phoenix puis transféré, hué et enfin élu MVP la trentaine passée. Mais l’étudiant de Santa Clara sait ce que c’est que de cirer le banc, et devrait ainsi savoir gérer le développement de ces éléments à Brooklyn. Selon de nombreuses sources, Steve Nash a toujours été un homme altruiste qui ne s’est jamais vu au-dessus des autres malgré son statut. Son nouveau GM qui a joué avec lui à Phoenix (2006-2008) en témoigne.

C’est le meilleur bâtisseur d’équipe que j’ai connu. Il avait la même empathie incroyable pour des gars comme moi, le quinzième homme d’un roster, que pour un gars comme Raja Bell qui l’accompagnait dans le 5 majeur.

Sean Marks (GM Brooklyn Nets)

Un autre élément important qui a poussé le General Manager à faire ce choix, c’est la modernité basketballistique qu’incarne le Hall of Famer. Proche des Warriors et de leur armada légendaire, il a pu observer comment s’est construit cette équipe qui a révolutionné le jeu en NBA. Une évolution avec laquelle il adhère. Ces dernières années, il a déclaré à de multiples reprises qu’il aurait aimé de son temps prendre autant de pull-up à trois points et de tirs contestés. Il a aussi eu la chance en tant que joueur de travailler avec un coach on ne peut plus moderne en la personne de Mike D’Antoni. Son système en 7 secondes ou moins n’était pas axé que sur le tir à trois points, mais l’avait déjà bien enregistré comme essentiel à son succès. On peut donc attendre de la part de Nash qu’il s’inspire de ce qu’il a vu du côté des Warriors (ce qui va ravir Durant), ou par le passé chez les Suns, pour constituer les premières idées directrices de son playbook. La modernité ne lui fait pas peur, au contraire, il a déjà vu comment gagner avec elle.

Pourquoi ça pourrait marcher

Steve Nash a le profil idéal pour devenir entraîneur. Au contraire d’un Javale McGee qui, malgré tout le respect qu’on lui porte, ne semble pas correspondre au poste ; Steve Nash a prouvé durant sa carrière sa parfaite connaissance du jeu pour être suffisamment légitime dans cette nouvelle mission. Il a toujours reflété l’image d’un joueur intelligent et d’un leader des troupes sur le terrain comme en dehors. Steve Nash a parfaitement représenté à son époque l’idée selon laquelle le meneur de jeu est le relais de son entraîneur sur le parquet. Ainsi, il ne devrait avoir aucun mal à voir le jeu à travers les yeux de ses joueurs, une autre qualité importante pour réussir en tant que coach NBA. Grâce à cette faculté, il aura également tout le pouvoir d’anticiper le déroulement d’une rencontre et l’adaptation d’un adversaire à son schéma tactique. On s’arrête là dans le basket fiction, mais il y a toutes les raisons de croire que Nash est armé pour ce grand défi et la transition brutale qui l’attend.

Tout se passera bien pour lui. Il connaît le boulot. Il est dans la ligue depuis une éternité et connaît ce sport comme personne. Il est doué avec les gens aussi. Ses qualités pour la communication sont hors normes, car il est humble, confiant et possède un grand savoir. Il possède une approche spéciale au niveau de l’entraînement, qu’il a développée au cours de sa carrière. Nash est la preuve vivante qu’un programme, ça peut être très important. Que l’esprit soit bien relié au corps. Il est très avisé, il va former un bon staff autour de lui. Et ce qu’il va devoir apprendre, il va l’apprendre vite.

Steve Kerr (coach Golden State Warriors)

Lorsque on évoque sa vision d’un meneur de jeu représentant l’extension de son entraîneur, notre regard nous invite à nous concentrer sur Kyrie Irving. Steve Nash va-t-il réussir à canaliser et tirer la substantifique moelle de l’un des joueurs les plus instables de la ligue ? Peut-être. Et si Steve Nash était le déclic tant attendu chez Kyrie Irving ? Le canadien a de quoi lui apporter tout ce qu’il lui manque dans son jeu, sans pour autant atténuer sa créativité balle en main. Nash a excellé par sa sélection de tir, son efficacité et bien sûr sa capacité à rendre les autres meilleurs, des domaines où Irving peine encore à atteindre l’excellence comme en témoigne son retentissant échec à Boston. Alors si la mayonnaise prend entre les deux hommes, le résultat pourrait bien faire des étincelles. Imaginez le génie de Kyrie Irving avec l’efficacité de Steve Nash, le meneur parfait en somme !

Quoi qu’il en soit, les attentes seront énormes envers Steve Nash et ses premiers pas en tant que coach en chef. Là où habituellement, les entraîneurs rookie sont installés sur des projets de développement avec toute la patience nécessaire, le nouveau titulaire du poste à Brooklyn devra tout de suite faire gagner son équipe. Il a certes signé un contrat de 4 ans, mais c’est maintenant que le prime de Kyrie Irving et Kevin Durant demande à être exploité. Ce simple duo aura les clés de sa réussite, autant dans leurs performances sur le terrain, que dans leur capacité à bien intégrer le double MVP au sein de la franchise. La semaine dernière, ESPN l’a comparé à Zinédine Zidane, qui avait lui aussi commencé par la grande porte pour le succès qu’on connait. Avant de rêver d’un parcours aussi étoilé, Steve Nash va d’abord devoir apprendre le métier et prouver qu’il peut être un homme aussi génial de créativité plaquette en main.

Exit mobile version