Ligue 1

De l’importance des relayeurs


Premier épisode de notre série d’analyse des buts de notre chère Ligue 1. A l’époque où l’on cherche de plus en plus à voir des clips courts et à mettre de côté l’aspect collectif des choses, nous chercherons chaque semaine à comprendre comment sont survenues des réalisations, dans des matches parfois fermés, mais pas toujours, et ce qu’ils peuvent nous amener à comprendre des organisations tactiques et/ou des capacités des joueurs de la Ligue des Talents. Parce qu’un but est
avant tout un travail collectif, de la première passe du gardien à l’ailier qui participe sans même toucher le ballon. Pour commencer, le premier but en Ligue 1 du transfuge lyonnais à l’OGC Nice, Amine Gouiri, lors de la première journée face à Lens (2-1).

Le contexte : Le Racing domine dans le jeu face à des Niçois inspirés à la relance, mais peu dans le reste du terrain. Les Nordistes ont ouvert le score sur penalty par Kakuta et Ignatius Ganago, ancien Aiglon, vient de rater une énorme occasion de faire le break. Nice joue dans son 4-3-3 habituel, Amine Gouiri est positionné ailier gauche, mais de par son profil et sa situation de joueur en faux pied (droitier jouant à gauche), il est souvent amené à repiquer intérieur. Côté lensois, le dispositif en défense est un 3-4-1-2, modulable en 5-2-3. Deux dispositifs calqués l’un sur l’autre donc.

L’action commence par un ballon en défense classique dans la construction niçoise, avec Schneiderlin qui décroche vers ses défenseurs pour apporter le surnombre, ici rendu caduque par le dispositif et le pressing lensois. En conséquence, les défenseurs axiaux ont du trouver du soutien du côté gauche avec Kamara et Lees-Melou, que l’on voit ci-dessus par la position du latéral niçois, des milieux de terrain Lensois et de Michelin, plus haut que les autres défenseurs de son équipe. Seul défaut, cela rend totalement libre l’autre relayeur Thuram, qui bénéficie d’un grand espace dans lequel il se place. Les DC rouge et noir changent rapidement d’aile pour le trouver et progresser hors de la pression.

Le renversement niçois est trop lent et permet à Doucouré d’arriver à temps pour mettre son équipe en situation de surnombre sur l’aile. Plutôt que de contenir, le milieu Sang et or décide de se jeter sur Alexis Claude-Maurice pour tenter de récupérer le ballon. Il commet au passage une faute mais l’arbitre laisse l’avantage.

ACM a anticipé l’intervention et remet vite sur son latéral (Lotomba), qui est bloqué et revient sur ses pas pour jouer vers sa défense. Cependant, Doucouré s’est jeté et laisse deux espaces qui vont être exploités par les Niçois : celui dans l’axe, entouré sur l’image, que Thuram a très bien vu et dans lequel il se projette, et la possibilité de passe pour que Lotomba trouve son relayeur. Ganago s’est déplacé sur l’aile pour bloquer le soutien intérieur, mais il coupe complètement son effort et le laisse partir dans son dos. Les deux Lensois sont éliminés et forcent leurs coéquipiers à compenser.

Thuram progresse d’une vingtaine de mètres et voit deux adversaires lui barrer le chemin. Il se retrouve avec deux solutions dans l’axe, Dolberg et Gouiri, qui se marchent dessus. L’attaquant danois coupe la poire en deux, puisque lorsqu’il est sollicité par son relayeur pour un une-deux, il préfère remettre en pivot sur son compère d’attaque, ce qui s’avère être la meilleure solution. La passe met Gouiri sur le reculoir, mais cela permet au Gym de basculer sur le côté gauche. Clément Michelin, seul sur son côté, voit soudainement arriver droit sur lui Lees-Melou et Kamara, en retard à cause du début de l’action.

Le jeu est désormais parti sur le côté gauche. Les deux équipes ont rapidement coulissé et l’on se retrouve avec une situation de 3 contre 3 dans un espace assez réduit et peu large. A noter que Dolberg et Thuram se sont replacés vers la surface en cas de centre, et mobilisent ainsi trois autres défenseurs nordistes. Gouiri lâche le ballon à destination de Kamara, qui est le joueur le plus libre et avec le plus de vision du jeu à ce moment.

C’est à ce moment que tout se joue. Lees-Melou, l’autre relayeur de Nice, pénètre dans la surface. A côté de Kamara, il propose une solution dans la profondeur. Par cet appel, il embarque à la fois Cahuzac et Gradit qui le suivent. Dur de savoir si cet appel est réel, étant donné que Michelin coupe la ligne de passe, mais toujours est-il que les deux autres Lensois y croient et le suivent. Dans l’axe, Gouiri a suivi l’action. Plutôt que de se décaler encore plus sur le côté ou que d’avancer vers l’axe de la surface, ou un espace est laissé libre, il choisit de s’arrêter net pour proposer une solution en retrait. Seul Doucouré l’a en visuel, d’une assez grande distance. A noter que le jeune ailier lève déjà la tête pour prendre l’information du but adverse. A ce moment, il a pris sa décision de tirer.

Deuxième prise d’information. Cette fois, les joueurs du Racing ont repéré Gouiri, mais il est déjà trop tard tant l’espace libre autour de l’attaquant est grand. Cahuzac est le plus proche d’intervenir mais comme il courait déjà dans une direction, le changement lui fait perdre quelques dixièmes de seconde précieux. Doucouré est revenu trop lentement. Il ne reste plus qu’à frapper.

Reste le plus dur : la conclusion. Gradit, le défenseur de face qui se jette rapidement et bloque la possibilité de frapper côté fermé. Dans les cages, Leca bloque aussi. Le côté ouvert est réduit par Badé, mais ce dernier suit par réflexe Dolberg qui s’écarte du chemin du tir (et se prépare à le reprendre s’il est repoussé) et ouvre l’angle en plus grand. Gouiri va chercher la lucarne et malgré seulement 0.07xG le ballon termine au fond des filets en touchant la transversale. Imparable.

 

Au total l’action a duré 18 secondes. En 18 secondes, 8 joueurs niçois différents ont touché le ballon, et aucun d’entre eux plus de 4 fois sans faire de passe. Une rapidité d’action et une finition parfaite qui ont servi à mettre à défaut la défense lensoise, pourtant solide face au collectif de Patrick Vieira tout au long de la partie. Du côté du Racing, on serait tenté de mettre en cause Doucouré, qui a mal dosé ses efforts et créé des brèches, mais son agressivité et son manque d’expérience sont normaux pour un joueur de seulement 20 ans. De plus, difficile de le juger unique responsable avec ce sous-nombre structurel au milieu et l’absence totale de participation à la phase défensive des trois joueurs offensifs. Enfin, Gouiri a fait parler son talent naturel dès son premier match avec son nouveau club, mais ce ne sera pas la dernière fois. Sa complémentarité et son entente avec Dolberg sont faites pour créer des étincelles, et conditionneront à coup sûr la saison niçoise.

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