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Owen Farrell, bad boy en série

Le demi d’ouverture du XV de la Rose et des Saracens a été sanctionné d’un carton rouge et de plusieurs semaines de suspension pour un terrible plaquage haut effectué en championnat le week-end passé contre les Wasps. Ce n’est pas la première fois que la star anglaise se rend coupable de mauvais geste.

Tentons de rester le plus objectif et honnête possible. Il est vrai qu’au sud de la Manche, Owen Farrell et son petit air supérieur attaché au visage sont loin de faire l’unanimité. S’il énerve tant les amateurs de rugby, hors sujets de Sa Majesté, c’est autant pour ses manières pas toujours très fair que pour son extraordinaire efficacité aux commandes de l’équipe d’Angleterre, cette excellence qui fait de lui un acteur à part de ce sport.

Néanmoins, le vice-champion du monde 2019 reste un joueur de rugby, et à ce titre, il doit suivre les mêmes règles et se plier aux mêmes sanctions que tout arracheur de tête. Le samedi 5 septembre dernier, lors de la 18e journée de Premiership opposant les Saracens aux Wasps, Farrell s’est pris pour un garçon boucher en essayant de débiter son vis-à-vis, Charlie Atkinson (18 ans), en petits morceaux. Le plaquage, absolument pas maîtrisé, à l’épaule, est un condensé de violence comme on en voit plus souvent sur les terrains du XXIe siècle.

5 matches de suspension

Logiquement, l’arbitre a sanctionné Farrell d’un carton rouge le jour de son 200e match avec le maillot des Saracens. La commission de discipline a prononcé une suspension de dix rencontres, ramenée à cinq grâce à « des facteurs atténuants hors terrain » et des témoignages élogieux du sélectionneur Eddie Jones et de son coach Mark McCall. Les Sarries devront donc faire sans leur maître à jouer pour le match le plus important de leur saison à Dublin, en quart de finale de la Champions Cup face au Leinster, le 19 septembre. Ce remake de la finale 2019 représentait le dernier rayon de soleil avant une longue nuit pour le club, relégué en deuxième division la saison prochaine en raison de violations répétées au salary-cap.

« Owen a réalisé un mauvais plaquage, cela ne fait aucun doute, reconnaissait McCall après la rencontre. On peut voir à sa réaction après le geste qu’il sait qu’il a commis une faute et qu’il regrette énormément. Il était vraiment inquiet pour Charlie. » On peut en effet observer sur les images que l’international anglais (83 sélections) se sent mal pour son jeune adversaire. Mais cette prise de conscience ne remet pas en cause la dangerosité de son geste. Une attitude irresponsable qu’on l’a déjà vu faire à de nombreuses reprises depuis ses débuts professionnels.

Le plaquage dangereux d’Owen Farrell (à droite) sur le Sud-Africain André Esterhuizen, lors de la victoire de l’Angleterre contre les Springboks, à l’automne 2018. (Crédit photo : Billy Stickland)

De nombreux précédents

Étonnamment, le carton rouge du week-end passé était le premier de sa carrière. Pourtant, Farrell a plusieurs fois été sanctionné pour des plaquages à l’épaule dangereux. Avec les Saracens, il a reçu six cartons jaunes, dont certains virent à l’orange foncé, comme cette charge terrible avec la tête sur le demi de mêlée des Wasps, Dan Robson, en demi-finale de la coupe d’Europe en 2016. Sous la tunique blanche du XV de la Rose, il n’a été exclu temporairement qu’à deux reprises, contre les All Blacks en 2014 puis face aux Wallabies lors de la Coupe du monde 2015 après un bel arrêt buffet sur Matt Giteau, sans ballon.

« L’engagement défensif de Farrell est absolu, cela signifie qu’il a moins de temps pour ajuster son geste si l’adversaire bouge, change de hauteur ou de direction. »

James While, journaliste anglais à Planet Rugby

Ces chiffres ne semblent pas plus impressionnants que cela, mais ils ne prennent pas en compte toutes les fois où le polyvalent centre ou ouvreur est passé entre les mailles du filet. Lors de la seule tournée d’automne 2018, par exemple, ses plaquages à l’épaule sur Izack Rodda (Australie) et André Esterhuizen (Afrique du Sud) n’avaient pas été sifflés, contre toute logique. Sans parler de ses multiples provocations, comme face à Chris Cusiter (Ecosse) ou Yoann Huget (France), plus tôt dans sa carrière. De ce point de vue, Farrell semble s’être assagi et son statut de capitaine en sélection nationale lui octroie une fonction dont la hauteur dépasse ces chambrages immatures.

Owen Farrell (ici face à l’Argentine lors du Mondial 2019) se laisse parfois déborder par la hargne et la colère qui l’habitent. (Crédit photo : Sports.fr)

Une mauvaise technique ?

Alors pourquoi Owen Farrell est-il si souvent coupable de ces mauvais gestes qui mettent en danger la santé des plaqués ? Certains spécialistes y voient tout simplement une mauvaise technique qui ne demande qu’à être travaillée. « Farrell a besoin d’affiner son travail défensif, de s’attaquer au problème avec plus de précision et plus de détails, estime James While, journaliste à Planet Rugby. Son engagement est absolu, avec beaucoup de force, cela signifie qu’il a moins de temps pour ajuster son geste à la marge si l’adversaire bouge, change de hauteur ou de direction. Il doit se conformer à l’idéal sécuritaire que rechercher les arbitres modernes. »

Florilège des plus beaux exploits de ce thug d’Owen Farrell. (Crédit vidéo : Andrew Forde)

Un autre argument est souvent mis en avant pour expliquer cette propension qu’à le joueur à attaquer le haut du corps : son poste d’ouvreur, plus exposé aux charges adverses. Souvent visée, la zone du 10 est un territoire prisé des golgoths en quête de charge destructrice. Pour se défendre face à des joueurs plus costauds, Farrell n’aurait d’autres choix que d’imposer beaucoup de puissance sur le haut du corps de ses adversaires.

Sauf que Farrell est loin d’avoir un gabarit fluet (1,88 m, 92 kg), au contraire de son coéquipier George Ford par exemple (1,78 m, 84 kg). Et le joueur des Saracens évolue de plus en plus souvent en tant que premier centre, dans le registre du « cinq-huitième », ce qui l’expose, de fait, beaucoup moins qu’auparavant.

JoueursCartons jaunesCartons rougesTotal
Owen Farrell (ANG)819
Dan Biggar (GAL)808
Beauden Barrett (NZL)617
Jonathan Sexton (IRL)505
George Ford (ANG)303
Finn Russell (ECO)303
Nicolas Sanchez (ARG)303
Bernard Foley (AUS)303
Handre Pollard (AFS)101
Tommaso Allan (ITA)101
Romain Ntamack (FRA)000
Comparatif des cartons reçus par Owen Farrell (en club et en sélection) avec les ouvreurs habituellement titulaires des dix nations majeures

S’il parvient à discipliner son jeu, tout en conservant toute la justesse et l’autorité qui guident depuis près d’une décennie le XV de la Rose, Owen Farrell pourrait prétendre rejoindre dans les livres d’Histoire la stature légendaire de Sir Jonny Wilkinson, saint patron du rugby british. Et alors, ils seraient de plus en plus nombreux à l’admirer. Y compris de ce côté-ci du Channel.

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