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Roland-Garros : apprendre des approximations américaines

A deux semaines du lancement de la quinzaine parisienne, l’US Open ne convainc pas vraiment les suiveurs du tennis mondial. Entre polémiques liées aux mesures sanitaires, faits de jeu et disqualification du n°1 mondial, le premier Grand Chelem « post-confinement » n’est pas une franche réussite loin de là. Au regard de ces quelques points noirs, l’organisation de Roland-Garros connaît les axes sur lesquels elle devra insister pour faire mieux que ses homologues d’outre-Atlantique. Les joueuses et les joueurs aussi ont à apprendre de cet épisode pour pouvoir briller sur la terre ocre de la porte d’Auteuil.

La rentrée des classes a fait réagir professeurs et parents d’élèves. Que dire alors de la rentrée du tennis ? Après avoir connu plusieurs reports, les reprises des circuits ATP et WTA ont eu lieu dans le courant du mois d’août. A Cincinnati, Novak Djokovic poursuit sa moisson et réaffirme sa volonté de tout raffler, froidement. Chez les femmes, c’est Victoria Azarenka qui triomphe suite au forfait de Naomi Osaka avant la finale. Cette reprise américaine est marquée par les protestations très fortes contre les violences policières envers la communauté afro-américaine. Partout, le mouvement « Black Lives Matter » prend de l’importance, et trouve une vitrine de choix dans le sport. Au delà des considérations physiques après plusieurs mois de pause, et du contexte extra-sportif particulièrement tendu aux USA, l’US Open tend à soulever des questions et des inquiétudes à quelques jours du début des Internationaux de France.

Une « bulle » de savon

Le premier évènement notable de cet US Open, qui a eu un retentissement plus important en France qu’ailleurs, c’est l’épisode Benoît Paire. Testé positif avant même de débuter le tournoi américain, le tempétueux Français dénonçait la fausse bulle mise en place autour des joueurs. Confiné dans sa chambre d’hôtel, le 23è joueur mondial a entraîné dans sa mésaventure plusieurs de ses compatriotes dont Gasquet, Mannarino et Mladenovic. Un effet domino qui n’a pas manqué de faire parler puisqu’aucun de ces « contacts proches » de l’Avignonais n’ont été testés positifs par la suite. Simple fait divers, peut-être. Mais cet épisode n’a rien d’anecdotique ; régulièrement testés, les participants à l’US Open nagent dans un flou complexe, entre besoin essentiel de s’entraîner, de jouer, de se détendre et obligation de se restreindre, de se confiner, de se couper de tout. Se décrivant comme « prisonnière », Kristina Mladenovic est contrainte de rester enfermée dans son hôtel, se privant ainsi de préparation pour les prochaines échéances (Rome, Roland-Garros).

En sera-t-il de même porte d’Auteuil ? A priori non. Selon Bernard Giudicelli, président de la Fédération Française de Tennis, il n’est pas question de mettre en place une « bulle » autour de Roland-Garros, mais simplement d’être on ne peut plus vigilant en ce qui concerne les mesures sanitaires nécessaires. « On doit montrer que la France est capable de relever des défis » disait-il dans les colonnes de L’Equipe du 7 septembre dernier. Pas de réelle bulle, mais tout de même un espace de résidence strictement délimité. En effet, tous les joueurs et toutes les joueuses seront logés dans deux hôtels réservés à proximité de l’enceinte de Roland-Garros. Invité au micro d’Eurosport, Guy Forget appuie sur la nécessité de se montrer responsable collectivement : « Ce n’est pas possible d’avoir une bulle hermétique quand vous avez autant de gens accrédités, qui travaillent… On sait que dans les hôtels il y avait des gens extérieurs. […] Le risque zéro n’existe pas, mais on compte sur la responsabilité des joueurs, des coachs et de leur entourage. » Après un US Open agité, les dirigeants français espèrent très certainement que l’envie de jouer « normalement » poussera les sportifs(.ves) a respecter scrupuleusement les consignes sanitaires. Le public, lui aussi, aura a cœur de faire de ce tournoi une belle fête (voir par ailleurs).

Un tableau diminué ?

Une belle fête nécessite naturellement un tableau attractif, de gros noms et de beaux matchs en perspective. Alors que l’US Open masculin se disputait sans Rafael Nadal, Roger Federer ou encore Stan Wawrinka, le tableau féminin était lui aussi relativement dépeuplé. Manquaient à l’appel la numéro 1 mondiale Ashleigh Barty ainsi qu’Elina Svitolina et Kiki Bertens pour ne citer que les membres du Top 10. Deux tableaux incomplets donc, dans lesquels s’affrontaient des athlètes plus ou moins en forme après de longs mois sans compétition. Alors à quoi s’attendre en ce qui concerne Roland-Garros ? En ce qui concerne les états de forme, cela devrait logiquement être mieux. Après un mois et demi de compétition, les joueurs et les joueuses auront quelques matchs dans les jambes ? Après Cincinnati, l’US Open et Rome, Roland-Garros trouve une bonne place dans un calendrier qui s’annonce d’ores et déjà trop chargé. Mais qui s’avancera sur la terre battue parisienne ? Roger Federer ne sera pas là, c’est une certitude. Pour l’instant, il s’agit du seul absent de marque annoncé. Mais Rafael Nadal laisse planer le doute et lie sa participation à une amélioration globale de la situation sanitaire en Europe. Tout comme Roger, Ashleigh Barty a renoncé à venir fouler le sol parisien cette année. Il faudra rapidement rassurer le circuit mondial pour voir s’affronter les meilleurs joueurs de la planète.

Le Majorcain sera-t-il à Paris pour défendre ses chances ? (AFP PHOTO / Eric FEFERBERG)

Et si les absences permettaient à un petit nouveau de briller ? Par « petit nouveau », comprenez vainqueur inédit. Avant même que l’US Open ne s’achève, on sait d’ores et déjà que ce ne sera ni Federer, ni Nadal, ni Djokovic qui l’emportera, ce dernier ayant été disqualifié après avoir lancé malencontreusement une balle sur une juge de ligne. Qui de Carreno Busta, Zverev, Medvedev ou Thiem aura l’occasion de triompher ? Plus que cela, ce futur succès inédit en appellera-t-il un autre immédiatement ? Une chose est sûre, il faudra compter sur un Djoko revanchard, et toujours aussi assoiffé de succès. Lui qui n’est plus qu’à deux longueurs de Rafael Nadal en terme de Grand Chelem remportés pourrait bien se rapprocher l’Espagnol sur son terrain : la terre battue parisienne. Dans les prochains jours, le CCS dressera le portrait des principaux favoris pour triompher sur les courts de la porte d’Auteuil.

La France prête à vibrer ?

L’enjeu pour les dirigeants des Internationaux de France est donc de rassurer. Rassurer les sportifs d’abord, pour ne pas voir un tournoi « au rabais », rassurer les spectateurs également, puisqu’ils feront leur grand retour à Paris ; Roland-Garros sera le premier tournoi à accueillir des spectateurs depuis la reprise. En effet, ce ne sont pas moins de 11 500 supporters qui garniront les gradins du prestigieux Grand Chelem français tous les jours. Ces quelques dizaines de milliers de fans seront séparés en 3 groupes, limitant ainsi à 5 000 le nombres de spectateurs au sein d’un même stade. Ainsi, la jauge de 5 000 personnes mise en place par le gouvernement ne sera pas dépassée et l’organisation de Roland-Garros répond au protocole exigé. Moins de supporters donc, mais un tournoi qui devrait se dérouler normalement. Mis à part le double mixte et le traditionnel tournoi des Légendes mettant aux prises d’anciens grands champions, il semblerait que tout puisse avoir lieu comme d’habitude. « On voulait lancer un signal fort » affirme Guy Forget au sujet de la présence de spectateurs dans les tribunes. Un signal fort qui, espérons le, ne jouera pas de vilain tour à l’organisation française.

Quitte à ce que la fête soit belle, pourquoi ne pas se mettre à rêver ? Ainsi peut-on imaginer qu’une française s’impose cette année à domicile ? De même, un tennisman français arrivera-t-il à s’imposer sur la terre battue parisienne ? Bon, évidemment cela serait une énorme surprise. Depuis l’an 2000 et le titre de Mary Pierce, la France attend de savourer une orgueilleuse victoire à domicile. 20 ans après, les chances françaises dans le tableau féminin sont maigres. Si Caroline Garcia a réalisé un début d’US Open particulièrement remarqué en éliminant la tête de série numéro 1 (Karolina Pliskova), elle a ensuite déçu notamment après sa défaite au deuxième tour à Istanbul. Comme évoqué précédemment, l’autre tête d’affiche française Kristina Mladenovic a vu sa préparation amputée par son isolement américain. Reste Fiona Ferro, victorieuse à Palerme lors de la reprise du circuit WTA en août, mais qui a du déclarer forfait pour l’US Open et pour le tournoi de Rome.

Le chouchou du public peut croire en ses chances pour créer une retentissante surprise (Photo : Pascal GUYOT / AFP)

Côté masculin, les chances françaises sont à peu de choses près les mêmes que lors des années précédentes. Les éternels Tsonga, Simon, Chardy, Pouille et Gasquet seront de la partie tout comme Adrian Mannarino et Benoît Paire après un US Open agité. On devrait également retrouver les jeunes Corentin Moutet, Grégoire Barrere et Pierre-Hugues Herbert. Une bonne surprise se cache-t-elle parmi ces noms ? Rien n’est moins sûr. Mais 2020 est une année d’ores et déjà exceptionnelle, alors pourquoi ne pas tout miser sur Gael Monfils ? Privé de compétition officielle depuis de longs mois, le Français s’est déclaré très excité à l’idée de tâter à nouveau la balle jaune. Aligné sur le tournoi de Rome, le fantasque athlète parisien pourra compter une fois de plus sur l’indéfectible affection du public français. Après de formidables performances sur Twitch, le Français saura-t-il triompher sur la terre battue des Internationaux de France ?

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