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Heat-Celtics (Game 1): entre bataille tactique et orgueil collectif

Deux équipes qui se ressemblent plus qu’elles ne s’opposent ont livré, en cette nuit du 16 Septembre, leur première bataille. Les deux architectes que sont Eric Spoelstra et Brad Stevens se sont eux-aussi adonné à un jeu d’échecs tactique permanent, comme les observateurs l’espéraient. Ce Game 1 des finales de conférence à l’Est n’a donc pas déçu. Avec cette promesse (tenue) de jeu : du basket, du basket et… encore du basket.

S’il n’y pas d’avantage du terrain dans cette post-season si particulière, les Celtics ont semblé jouer au TD Garden sur le premier quart-temps. Marcus Smart, notamment, s’est fait remarquer dès le début des hostilités en inscrivant 10 points. Miami a éprouvé quelques difficultés pour rentrer dans son match mais de la première mi-temps, c’est bien le deuxième QT qu’il faut regarder.

Boston a trouvé la clé : le mouvement de balle

Boston n’a pas mal défendu et a encaissé 37 points en 12 minutes. Que dire, comment décrypter les choses ?

Dans un premier temps, Miami a excellé dans sa capacité à rester patient. D’entrée de jeu, Jayson Tatum plante un sublime trois points pour donner onze points d’avance aux siens (18-29, 13e). La séquence aurait fait mal à beaucoup d’équipes friables mentalement. Pour résumer le Heat propose une défense en zone 2-3 pour limiter l’influence du P&R/P&P dans l’axe panier-panier.

La zone 2-3 a pour objectif de fermer l’axe panier-panier tout en essayant de limiter les ouvertures à l’aile. Image : CCS

Comment Boston a procédé pour contrer cette zone, aussi ennuyante soit-elle pour les forces en présence ? En jouant au basket, tout simplement. Le ballon a bougé à chaque seconde, la circulation de balle ayant un énorme avantage quand on attaque une zone : le défenseur ne fait que bouger, tandis que l’attaquant limite ses déplacements. À gauche, puis à droite, puis au centre pour transférer à l’opposé, Boston a abusé de passes et d’extra-pass pour mettre le shooter dans les meilleurs dispositions.

Dans l’action que termine Tatum, Brad Stevens a dit à ses joueurs d’évoluer autour de deux qualités : le mouvement de balle mais aussi sur le surnombre. Le surnombre étant un point clé de l’attaque de zone. Un côté fort, un côté faible. Trois joueurs d’un côté, deux de l’autre, l’objectif étant de transférer puis jouer avec la relation intérieur/extérieur avant de ressortir à l’opposé. Et utiliser le retard défensif pour jouer son jeu. Tatum, ici, se sert du placement de Theis « côté fort » pour recevoir un caviar de Wanamaker et scorer longue distance en fin de possession. « C’est bon pour le moral« .

Le 2e QT parfait du Heat

Plutôt que de baisser pavillon, le Heat s’est servi de l’énergie adverse pour démultiplier ses forces. La zone 2-3 a permis aux joueurs de Spoelstra de limiter les switch sur les picks et de jouer small-ball en attaque sans le moindre problème. Ceci dit. La zone a été abandonnée tôt dans le 2e QT pour revenir plus tard, mais c’est surtout balle en main que Miami a été exceptionnel. Les Celtics, pro-actifs et patients en attaque, ont eu quelques écarts sur le repli défensif en transition et Miami en a profité. Dragic a été en démonstration sur la période en montrant la voie, attaquant le cercle à l’instinct et profitant de l’attentisme adverse pour se prendre à de belles envolées lyriques. Le slovène score 13 points à 6/8 au tir (dans le seul 2e QT) et s’impose alors comme le principal pourvoyeur d’énergie pour ses coéquipiers.

Miami a comblé ses 11 points de déficit par le jeu et rien d’autre. Même les transitions offensives mal parties ont bien terminé car le joueur en possession du ballon connait le placement de son partenaire et le sert dans de bonnes conditions. N’ayant pas un seul mauvais passeur dans son équipe, Eric Spoelstra sait que même dans ces situations de jeu parfois aléatoires, il peut réussir à marquer des points. Tous les joueurs se sont montrés utiles, des passes décisives d’Adebayo et Herro aux shoots avec la faute de Butler, tout le monde a contribué hormis peut-être Duncan Robinson, en délicatesse avec son tir (1/5 à trois points à la MT).

Cette adaptabilité du Heat à la moindre baisse de régime des C’s leur permet de garder la pression en toute circonstance. La faculté des joueurs a être toujours un danger, peu importe le système et peu importe le joueur mis en avant, a dérouté Boston. Et ce, à partir du moment où la défense des floridiens a commencé à être efficace. Si Miami a marqué 37 points, c’est parce que la promesse de sa défense a été tenue. Efficaces sur la deuxième lame, intéressants sur la gestion des Hedge et des P&P, ils ont constamment rebattu les cartes pour ne pas mettre un shooter adverse en bonne posture. Le contre monumental de Kendrick Nunn sur Brad Wanamaker en milieu de deuxième quart l’explicite plutôt bien.

Score Mi-Temps : 55-55.

Le révélateur parfait : Jayson Tatum

Hormis le 2e QT où Miami a joué un basket parfait, Boston a semblé légèrement maîtriser sa rencontre par son activité défensive et son jeu ultra-collectif. Les difficultés au tir de Kemba Walker (11 points, 3/12 au tir et 1/7 à trois points en début de 4e QT) n’ont même pas été un problème trop important pour les C’s qui ont trouvé sur ce game 1 des solutions privilégiées. Pensées à Marcus Smart (26 pts à 50% au tir) ou Brad Wanamaker (11 pts – 3 rbd – 6 ast – 5 stl).

En début de money-time, Eric Spoelstra a imposé à sa première ligne défensive de monter très haut sur la mène adverse pour profiter du manque de confiance de Kemba Walker et ainsi lui prendre quelques ballons. Immédiatement, l’ex-Hornet est sorti par Brad Stevens pour Jaylen Brown. Tout ce money-time n’a été que jeu d’échecs et adaptation des coachs pour tirer la quintessence des cinq hommes présents sur le terrain.

L’un d’entre-eux a marqué la rencontre : l’immanquable Jayson Tatum. Sa partition a été un récital la plupart du temps, même si ses séquences d’isolation ont été globalement bien gérées par l’organisation Heat. Sur les zones mid-range et à trois points, le crack de Duke a été clinique. À l’image de ses partenaires il a été patient, a su attendre les fins de possession pour prendre des bons tirs et pour utiliser au mieux les secondes défilant en fin de rencontre. S’il a fait un gros match, il reste le révélateur de cette équipe de Boston sur le game 1. Brillant parfois, à contre-sens dans certains moments clés. Ses trois pertes de balle sont tard dans le match et lorsque les moments ont été les plus chauds, les C’s ont abandonné ce qui faisait pourtant leur force jusqu’à lors : le mouvement de balle. Dans cette configuration, le Heat ne pouvait rien faire.

Dans des attaques placées où c’est le joueur qui crée la vitesse et le déplacement défensif, les Floridiens sont bien plus à même de proposer des choses en défense. Les C’s ont multiplié les isolations dans les moments clés, et ça leur a coûté cher. Certes, le talent individuel de Tatum fait qu’il peut passer une lame, mais sur la deuxième, quand on voit la disponibilité et l’intelligence de la défense du Heat ? Et bien ça donne une séquence qui va rentrer dans la légende…

Totalement all-time, le contre de Bam Adebayo symbolise plusieurs choses. La défense du Heat oui, l’activité des cinq joueurs on floor pour protéger le cercle oui, mais aussi une réponse plus intimidante : « vous ne nous aurez pas sur l’isolation ». Le Heat est trop fort pour contrer cette séquence de jeu, et Tatum en a fait les frais. La plupart de ses tirs primés l’ont été à la suite de séquences où il est mis en rythme par ses coéquipiers, et non pas lorsqu’il se met en rythme tout seul en laissant le temps défiler. Il en est capable bien sûr, mais les Celtics ne sont-ils pas plus forts lorsqu’ils jouent en équipe… ?

Au bout du suspens et de l’overtime, le Heat de Miami remporte ce Game 1 au mérite, au coeur et à l’envie. Boston a semblé perdre le match tout seul à partir du moment où il a perdu l’essence de sa réussite sur les quart-temps 1 et 3. Chaque formation a eu son quart-temps. Faut-il être inquiet pour Boston, pour autant ? Difficile à dire et la tendance laisse à penser que non, il suffit juste de reproduire plus longtemps les séquences de transfert de balle qui ont fait leur force pour contrer les ajustements adverses. Suite des opérations : jeudi 17 Septembre à 1h.

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