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Luis Campos, maître dans l’art du recrutement

Polyglotte, fin négociateur, réseau influent : dans le milieu des directeurs sportifs, des conseillers en recrutement ou même des observateurs sportifs (« scouts »), il est LA référence. A 56 ans, Luis Campos ne cesse d’intriguer : celui qui n’a eu de cesse d’observer, de superviser et même de négocier reste cependant assez mystérieux sur ses méthodes. Aujourd’hui, le Café Crème Sport vous propose de découvrir Luis Campos au plus profond de son habilité à dénicher la perle rare.

Une carrière d’entraineur mitigée

C’est en 1992, à seulement 27 ans que Luis Campos fait ses débuts en tant qu’entraineur sur le banc de l’União Leiria. Malgré un jeu assez intéressant proposé par toutes les formations par lesquelles il passera (11 clubs portugais en 13 ans), Campos ne parvient pas à se faire un nom comme entraineur. Il aura même observé la relégation de trois de ses clubs, ce qui permettra aux médias portugais de lui offrir le surnom de « Campa » (la tombe).

Remise en selle à Madrid et révélation monégasque

Campos ne se laisse pas abattre et trouve comme point de chute 7 ans plus tard le Real Madrid de José Mourinho, son compatriote qu’il a rencontré dans un colloque sur le football. Il y deviendra notamment chargé de recrutement de jeunes avec un fort potentiel mais aussi comme analyste du jeu adverse. La polyvalence de l’homme mais aussi ses méthodes attirent l’AS Monaco, qui avec Campos recrutera notamment le trio James Rodriguez, Falcao et Moutinho. La nouvelle direction du projet monégasque ne fait pas peur au portugais qui va même s’y trouver une place encore plus importante : place aux jeunes joueurs.

C’est à Monaco que Campos s’épanouira le plus. Il se voit offrir une place de « conseiller spécial du président » , qui lui permet d’avoir la main mise sur le recrutement asémiste. Il deviendra par la suite directeur technique du club. Grace à lui, Monaco aura réalisé des plus values importantes et inédites en France (Martial, Kondogbia, Lemar, Bernardo Silva, Fabinho …). Mais avec un certain recul, son plus gros fait d’arme restera assurément d’avoir réussi à conserver un Mbappé qui, pas encore professionnel, s’impatientait de jouer.

Luis Campos (à droite), aux cotés de Vadim Vasilyev (au centre) et de Léonardo Jardim (à gauche de Vasilyev)

A Lille, Campos occupe une place similaire de celle qu’il a occupé à Monaco, tout en continuant à contribuer à la plus value financière et sportive du club.

Des méthodes singulières

Comment fonctionne Luis Campos ?

Cette question est l’une de celles qui interrogent lorsque l’on parle du portugais. En effet, les modalités de fonctionnement de Campos intriguent autant que le personnage en lui-même. Si le portugais est souvent associé à son compatriote, le grand Jorge Mendes, en matière de recrutement, il sait aussi et surtout se débrouiller seul. Même s’il reste ouvert aux propositions de n’importe quel agent un tant soit peu sérieux, le portugais a ses méthodes à lui, qu’il s’empresse de mettre en exergue.

Une équipe bien définie

Tout commence par une équipe réduite, mais où le rôle de chacun est primordial. C’est en ce sens que Campos compte auprès de lui une équipe restreinte mais hyper efficace. Il coordonne, une équipe de six scouts. Ces derniers ne viennent pas de n’importe où, ils sont formés par le tandem Campos/Admar Lopes (sur qui nous reviendront plus tard). Ainsi, les scouts savent exactement ce que recherche Campos mais aussi sa manière de fonctionner. C’est ainsi qu’ils évoluent sur trois zones différentes où ils restent entre deux et trois mois, et cela dans le monde entier.

Ces scouts ne sont pas seuls. En effet, ils disposent d’une véritable équipe d’observateurs leur permettant un débit d’analyse statistique et technique inextinguible (analystes videos), et ce, même dans des championnats mineurs, voire des divisions d’un niveau bien moins élevé qu’en France.

Si je travaille autant, c’est parce que je veux que ma ‘database’ soit actualisée en permanence, explique-t-il. Parce que si les joueurs progressent tout le temps, je dois moi aussi toujours progresser.

Luis Campos à propos de sa charge de travail.

Si Campos n’est pas seul, c’est aussi car il sait s’entourer de personnes compétentes au plus près de lui. C’est en ce sens qu’il a fait d’Admar Lopes son bras droit, lui qui a longuement été convoité par les cadors européens. L’homme que l’on annonce comme le futur meilleur recruteur d’Europe (si ce n’est du monde) a une méthode bien à lui : il commence par décrire un joueur par 30 caractéristiques (qu’elles soient techniques ou physiques), avant de se déplacer pour observer le joueur et ensuite en faire un rapport. Il finira par classer les joueurs par tranche de prix avant de transmettre sa liste à Campos.

L’application secrète de Campos

Si Campos a tant de réussite, c’est avant tout par sa rigueur, mais aussi par sa créativité.

En effet, le Portugais a créé un logiciel : « Scouting Système Pro« , dans lequel chacun des scouts va pouvoir inscrire son avis sur un joueur qu’il supervise. Si trois des scouts émettent un même avis favorable sur un joueur, Campos est de suite prévenu par son application. Ainsi commence un minutieux travail d’analyse vidéo avant un éventuel déplacement en personne si le Portugais est intéressé.

L’apport de ce logiciel est immense, à tel point qu’il est l’objet de nombreuses convoitises de la part des plus grands clubs européens.

Pour nous, c’est un luxe d’avoir accès à ce soft qui couvre jusqu’à la 3e division ­serbe et nous permet de suivre jusqu’à 1 300 joueurs dans le détail chaque saison !

Gérard Lopez, Président du LOSC à propos de l’application « Scouting Système Pro »

De rigoureux critères de recrutement

Une fois le joueur observé, le recruteur doit le classer dans une des six catégories suivantes :

  • « Joueur fondamental« , proche de l’équipe première.
  • « Joueur d’équipe« , potentiellement utile à l’équipe.
  • « Jeune joueur à fort potentiel », capable d’être titulaire en pro sous peu.
  • « Jeune joueur« , intéressant mais pas ne sera pas obligatoirement un grand joueur.
  • « Joueur avec un niveau incertain« , encore à évaluer.
  • « Joueur superflu« , pas assez bon pour évoluer au club.

Ces catégories permettent donc une compréhension plus rapide des profils, augmentant de facto l’efficacité du recrutement. Il les classe pour chaque poste d’une équipe de football.

La volonté d’une solide fondation

Dans son idéal, Campos aime avoir au club un groupe de « tauliers », de joueurs avec de l’expérience, qui eux, ne sont destinés qu’à rester au club afin de créer une véritable identité au club (c’est notamment le cas de Moutinho, Raggi ou Carvalho à Monaco). En plus de cette « identité », ces joueurs offrent un encadrement de rêve aux jeunes pousses recrutées. Ainsi, leur apport, outre l’aspect sportif en lui même, réside surtout dans une volonté de faire apprendre le football de haut niveau à des pépites qui pour beaucoup sont issues de championnats ou de division de niveau inférieur.

De par ces recrutements d’expériences se traduit une volonté de créer une ossature, une colonne vertébrale dans le club où Campos officie, en témoigne cette composition d’équipe à Monaco en 2014, où « l’ossature Campos » se dégage.

Carvalho à Monaco ou Fonte à Lille représentent le profil type d’un joueur solide, portugais, sur lequel Campos peut compter pour intégrer les vestiaires et en connaitre les moindres secrets. Ces joueurs peuvent aussi servir d’intermédiaire pour les transferts. Ce fut notamment le cas de Fonte avec Renato Sanches au LOSC. Ainsi, outre son aspect purement hors sportif, Campos se plait à avoir des oreilles partout dans le club pour notamment connaitre les moindres envies de départ.

Cette « ossature » est aussi la pierre angulaire du projet économique, car en effet, des clubs comme Monaco ou Lille attendent de Campos une certaine plus value économique. C’est en ce sens que l’ossature, qui par définition est destinée à rester au club, permet de conserver une certaine compétitivité sportive tout en procurant aux jeunes une opportunité colossale d’éclore puis de quitter le club par la suite. En ce sens, tant la continuité sportive qu’économique est assurée.

Le travail de Luis Campos est un travail de fourmi. De fait, il n’est guère étonnant que tous ses efforts amènent tous les clubs dans lesquels il passe à réussir, sportivement (titre de Champion de France et parcours en Ligue des Champions à Monaco, Dauphin du PSG et qualification en Ligue des Champions à Lille) comme économiquement. Evidemment, les échecs existent, car dans le football, le risque 0 n’es jamais d’actualité. Mais Campos a tellement révolutionné son rôle qu’en tenir compte serait simplement une raillerie.

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