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Comment la confiance influence la performance footballistique ?

L’impression laissée par le Bayern Munich lors du Final 8 était certes celle d’une équipe maîtrisant son sujet, mais surtout d’une équipe sûre de son fait. Sûre de sa force collective, mais aussi remplie de joueurs en pleine possession de leur moyens, en pleine confiance. L’impression visuelle laissée par ce Bayern édition 2020 laissait l’impression que rien ne pouvait la faire flancher. Et ce, en grande partie en raison de la confiance influée par leur coach et leurs résultats. Mais alors, à quel point la confiance peut influencer la performance footballistique ?

Thomas Sammut, premier préparateur mental d’un club de Ligue 1, l’avouait au micro de RMC Sport il y a un peu plus d’un an : « Ils se voyaient en deca de leurs compétences. » Quand les sportifs ne sont pas totalement au top de leur confiance, ils ne sont pas capables de tutoyer les sommets. L’importance d’une confiance boostée à 100% est prépondérante dans le sport de haut niveau actuel. Capable de faire la différence lors d’un match disputé, cette confiance peut etre symbolisée par Vinicius Junior. Le Brésilien est, au Real Madrid, un joueur chargé de créer des différences. Son registre, assez prévisible, est compensé par l’immense confiance que lui influe Zinedine Zidane. Vinicius se sait protégé, et sait qu’en cas d’erreur, il ne sera pas blâmé. Mais, comment expliquer la corrélation « confiance » – « bons résultats »?

L’association d’idées

Une étude menée par le « Journal of sports science » démontre plusieurs aspects de la confiance, et de ce qu’il l’accompagne. L’enquête, menée sur 14 sportifs de très hauts niveaux, a prouvé que la confiance amenait des effets positifs seulement par l’association d’idées. Par exemple, la confiance en soi amène plus de concentration, la relaxation, ce qui permet de se focus sur le but à court terme sans se stresser sur le résultat final. Vivre à 100% l’instant pour donner son maximum en quelque sorte, en portant toute son attention sur l’action en cours. Un plongeur olympique confie, par exemple, qu’entre une compétition en pleine confiance et une autre sans réelle confiance en soi, sa concentration varie. S’il est confiant, il ne se focus que sur lui, s’il ne l’est pas, il épie ses concurrents, se concentre sur tout ce qui se passe autour de lui, au point d’oublier de se centrer sur sa propre performance.

Faire comprendre au joueur qu’il peut réussir, quou qu’il arrive, et qu’il ne doit jamais douter : une des spécialités de Zinedine Zidane. (Crédits : Daily Mail)

Les athlètes saluent aussi l’importance de la bonne pression. Lorsque la pression est accompagnée de confiance, ils apprécient plus l’expérience. Sans confiance en soi, les athlètes sont aussi malheureux et sous pression négative, ce qui influe sur leurs résultats. La pression positive fonctionne par association d’idées. On se focus alors sur la performance, fuyant les pensées négatives. Si la pression est négative en revanche, ces pensées négatives obstruent la concentration, font oublier les réflexes primitifs, et influent, au final, sur la performance.

Sentir une puissance collective

« On savait que, si on était tous à un niveau correct, on gagnerait quoi qu’il arrive ». Cette idée, exprimée par un athlète lors de l’étude mentionnée ci-dessus, est souvent confirmée par les footballeurs en conférence de presse. Cette idée de confiance collective se fait d’ailleurs souvent ressentir lors d’une expulsion. A 10 contre 11, les équipes dotées d’un fort mental collectif se soudent, se concentrent encore plus et sont, certaines fois, plus efficaces. Sans pouvoir mesurer à quel point la confiance collective influe sur chaque individu, les exemples récents d’équipes menées par d’immenses leaders à la confiance infaillible parlent pour nous. Sergio Ramos et Cristiano Ronaldo au Real, Thomas Muller et Manuel Neuer au Bayern Munich, Henderson et Van Dijk à Liverpool, etc.

L’importance d’un leader infaillible. (Crédits : Goal.com)

Cette sensation de puissance collective est prouvée par différentes études. Aux états-unis, 10 équipes de soccer ont été analysées sur la confiance ressentie, qu’elle soit individuelle ou collective. Lorsque la synergie collective était au top, les résultats s’en suivaient, lorsque la confiance individuelle était élevée, les performances l’étaient aussi. Des indicateurs de confiance mesurés avant un match, à la mi temps et à la fin du match démontraient l’influence de la confiance sur les résultats : si les joueurs partaient confiants avant le début du match, leur performance était bonifiée. Si certains indicateurs de confiance et de pression, à la mi-temps, étaient négatifs, les performances s’en voyaient impactées. Voici le lien de l’étude, assez complexe mais fort instructive :Relations between team confidence and results.

Insuffler une positivité

Le rôle des coachs est plus que prépondérant. A l’heure ou les préparateurs mentaux débarquent à peine dans le monde professionnel, c’est au coach de veiller à mettre leurs joueurs en confiance. Dans le documentaire Netflix « Secrets de coach », Patrick Mouratoglou explique avoir menti à Serena Williams sur son taux de réussite au filet. Sentant une faiblesse mentale de sa joueuse sur cette partie de son jeu, il lui a assuré qu’il était très content d’elle et que son taux de réussite était de 80%. Par la suite, confortée dans cette idée, la championne s’est mis à tout réussir, sûre de son fait.

Patrick Mouratoglou et Serena Williams, une histoire de confiance. (Crédits : LeSoir)

La confiance joue aussi un rôle important dans l’intégration de jeunes joueurs. Dans un article pour Eurosport, Jean-Claude Guitini, sélectionneur d’équipe de france de jeunes, déclarait que les genérations de jeunes joueurs s’en servaient afin d’impressionner. Sûrs de leur faits, sans aucun doute, ils arrivent relâchés au moment de rentrer sur le terrain. « On voit des garçons qui lors de leur première entrée n’ont aucun complexeIls rentrent détendus. Au niveau des émotions, cette génération contrôle beaucoup mieux son ressenti. C’est une évidence. » Avec des coachs qui leur font confiance, comme Julien Stéphan et Claude Puel, qui ont pour habitude de traiter avec des jeunes, et sont capables de les mettre dans les bonnes conditions.

En fin de compte, on ne peut saisir de manière chiffrée l’influence de la confiance sur la performance. Ce qu’on peut mettre en avant en revanche, c’est les différentes composantes qui activent la performance au travers de la confiance. Les biais cognitifs, la sensation de puissance et de confiance collective, ainsi que le rôle d’un coach, qui doit tout mettre en place afin de placer son équipe et les différents éléments qui la constituent dans les meilleures conditions. Cela pose aussi la question de la formation de ces coachs sur les composants psychologiques, et l’importance d’avoir un staff élargi capable d’être formé et répondre aux attentes des joueurs afin de tirer les meilleures performances possibles.

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