Basket NBA

Il faut imaginer ces Knicks heureux

Deux-mille-treize. La dernière participation des New York Knicks aux playoffs NBA remonte à 2013. Une éternité, me direz-vous ? Même pas. La frustration a laissé place à la lassitude. Souligner leur médiocrité, c’est d’une banalité affligeante. « Je sais c’que ça fait d’être un loser, j’suis supporter des New York Knicks » ose même le rappeur Youssoupha. Constat amer. La franchise de Big Apple, autrefois célébrée pour sa défense de fer, incarne aujourd’hui la culture de la lose. (image : New York Post)

Il y a un demi-siècle, les Knicks de New York accrochaient leur première bannière au plafond de la Mecque du basketball, le Madison Square Garden. Portés par le MVP de la saison régulière Willis Reed et ses fidèles lieutenants Dave Debusschere, Walt Frazier ou encore Bill Bradley, les hommes de Red Holzman accédaient au graal au terme d’un duel acharné avec les Lakers. En 1973, renforcés par l’acquisition d’Earl « The Pearl » Monroe, ils faisaient tomber les Angelenos une seconde fois.

Depuis, la fanbase new-yorkaise attend toujours un titre. Certes, il y eut des éclaircies dans le ciel de Manhattan. Patrick Ewing, drafté en 1985, est l’une d’elles. Sous son impulsion, les Knicks s’imposèrent comme un poids lourd de l’Est. Timidement, d’abord. Brusquement, ensuite, quand Pat Riley vint s’asseoir, en 1991, sur le banc du MSG. Celui-ci fut l’architecte d’un collectif pugnace, à même de lutter avec les Bulls de Phil Jackson pour la suprématie de la Conférence Est.

John Starks, Anthony Mason, Doc Rivers, Patrick Ewing et Charles Oakley (image : Timeless Sports)

Le franchise player Ewing et les soldats John Starks et Charles Oakley, pour ne citer qu’eux, profitèrent même de la retraite de Michael Jordan pour accéder en 1994 aux Finales NBA, au cours desquelles ils furent défaits par les Rockets. En 1998/99, dans une saison écourtée par le lock-out, New York réalisa l’exploit de se hisser en finale après avoir terminé la saison régulière à la huitème place. Performance encore jamais rééditée. Hélas, la paire Duncan – Robinson vint à bout des Knicks, qui, eux, vécurent les derniers frissons offerts par Pat Ewing, dont l’avenir à NY s’écrivait en pointillés.

« On ne transfère pas une légende », c’est un adage populaire en NBA. Que les NY Knicks n’ont pas respecté. À l’aube du troisième millénaire, le GM Scott Layden envoie « The Beast from the East » à Seattle. Le karma s’est-il abattu alors sur New York ? C’est peu dire que la franchise cherche depuis un nouveau souffle. Les années 2000 et 2010 sont un florilège de mauvais choix et de précipitations. Les joueurs récupérés en échange d’Ewing n’apportent rien. Isiah Thomas, le GM, enchaîne les panic buys en recrutant notamment Jamal Crawford, Malik Rose et Zach Randolph avec des contrats exorbitants. Même les légendes du coaching que sont Lenny Wilkens et Larry Brown échouent successivement dans la grosse pomme.

Outre Pat Ewing, d’autres rayons de soleil sont apparus çà et là. La Linsanity, à l’hiver 2012, qui vit Jeremy Lin prendre feu et susciter l’emballement médiatique. Vite éteint. L’arrivée, un an plus tôt, de Carmelo Anthony dans la ville qui ne dort jamais. Melo et Amar’e Stoudemire ont formé un duo efficace qui se hissa en demi-finale de conférence. Kristaps Porzingis, pourtant hué par les fans le soir de la draft, qui apporta de l’espoir à une franchise qui en avait bien besoin. Mais combien d’échecs retentissants jalonnent le parcours récent des Knicks ?

Smith, Chandler, Stoudemire, Lin et Anthony (Drew Hallowell/Getty Images)

Le retour de Phil Jackson en tant que dirigeant, et sa volonté d’imposer l’attaque en triangle à ses entraîneurs (Derek Fisher, Jeff Hornacek). La signature du duo Derrick Rose – Joakim Noah, loin de son niveau de Chicago. Des hauts choix de drafts qui demandent confirmation (Frank Ntilikina, Kevin Knox, RJ Barrett). Le fiasco du tandem Steve Mills – Scott Perry. Celui de David Fizdale. Le transfert de Porzingis, désireux de rejoindre une franchise compétitive. L’intersaison 2019, où ils rêvaient d’attirer Kyrie Irving, Kevin Durant et le rookie Zion Williamson, pour finalement voir le first pick leur passer sous le nez et Kyrie et KD rejoindre le voisin Brooklyn…

La gestion des Knicks par leur propriétaire James Dolan relève de l’absurde, c’est entendu. Mais la prise de conscience de l’absurde nécessite-t-elle le suicide ? Albert Camus répond : « Non, elle nécessite la révolte. » Le nouveau coach Tom Thibodeau s’est exprimé dans les colonnes du New York Post et déclare vouloir s’inspirer des valeurs du Heat d’un certain Pat Riley. Les fondamentaux, l’intensité, l’éthique de travail. Autant de vertus oubliées à NYC ces dernières années. La révolte est sonnée.

Si Youssoupha et les supporters des NY Knicks vivent le supplice de Sisyphe, enfermés dans une situation absurde dont ils ne voient pas l’aboutissement, ils doivent faire face à cette absurdité. N’est-ce pas, après tout, la vie d’un supporter ? De rechercher toujours la même flamme, la même passion, allant jusqu’à apprécier l’absurdité de sa condition ? « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » écrivait Camus. La montagne sur laquelle les Knicks font rouler leur rocher depuis tant d’années dévoilera son sommet. Il faut imaginer ces Knicks heureux.

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