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Edouard Mendy, un lion chez les Blues

Arrivé pour près de 30M € (bonus inclus) chez les Blues de Chelsea, le portier sénégalais est devenu le gardien le plus cher de l’histoire vendu par la Ligue 1, assez loin devant Benjamin Lecomte (vendu par Montpellier à Monaco pour 13,5M € à l’été 2019). Mais au-delà du simple aspect financier, cette arrivée est aussi et surtout une incroyable revanche sur la vie pour ce joueur qui était au chômage il y a de cela six ans. Retour sur le parcours d’un homme atypique !

Né le 1er mars 1992 à Montiviliers, en Seine-Maritime, d’un père bissaoguinéen et d’une mère sénégalaise, Edouard Mendy fait ses classes dans différents clubs de la ville du Havre, d’abord au Havre Caucriauville avant de rejoindre pendant une saison le centre de formation du HAC puis le CS Municipaux Le Havre pendant cinq saisons.

Un début de carrière en dents de scie

Après cinq saisons passées au CS Municipaux, Mendy rejoint l’AS Cherbourg en 2011. Alors en National, le club normand signe le natif de Montiviliers en qualité de troisième gardien. Malgré des qualités évidentes, ce dernier joue assez peu durant ces deux premières saisons chez les Bleue et Blanc. Finalement, il obtient une place de titulaire, après la relégation du club en CFA lors de la saison 2012-2013. Cela étant, la descente aux enfers du club cherbourgeois ne s’arrête pas là et l’AS Cherbourg descend en CFA2 la saison suivante. En fin de contrat avec le club normand, Mendy se retrouve donc sans club à la fin de la saison 2013-2014, mais espère avoir des touches en Angleterre et en France… des touches qui n’arriveront jamais.

Edouard Mendy sous le maillot de l’AS Cherbourg. (Ouest-France)

Il retourne donc chez lui, au Havre et s’entraîne tous les jours pour être en forme comme l’explique son ami et ancien coéquipier à Cherbourg, Ted Lavie : « Il essayait de rester en forme : il faisait du jogging seul, allait à la salle de sport, s’entraînait avec certains clubs locaux. Il n’a jamais abandonné » Malgré tout, sans aucun revenu, Edouard Mendy est obligé de s’inscrire à Pôle Emploi et envisage sérieusement un avenir sans football.

« J’ai vite vu ses qualités, car il pouvait s’étirer et plonger facilement »

Dominique Bernatowitcz, à propos d’Edouard Mendy

Près d’un an après son départ de Cherbourg, le destin du gardien sénégalais bascule à nouveau lorsqu’il reçoit un coup de fil de Dominique Bernatowitcz, responsable des gardiens de l’académie de l’Olympique de Marseille, sur les conseils d’un certain Ted Lavie. Après un échange positif entre Mendy et Bernatowitcz, ce dernier décide de le prendre à l’essai – quand bien même s’il ne s’agissait que d’un poste de gardien réserviste – et après plusieurs semaines d’essais, le gardien obtient un contrat amateur au salaire minimum avec le club olympien. « Son test a été très bon. Il était brut, mais j’ai vite vu ses qualités, car il pouvait s’étirer et plonger facilement » se souvient Dominique Bernatowitcz. Seulement, un poste de deuxième gardien de la réserve de l’Olympique de Marseille ne suffit plus à Edouard Mendy, c’est alors que le Stade de Reims frappe à sa porte.

…Avant de devenir une valeur sûre en Ligue 1

Avec le club champenois, Edouard Mendy signe son premier contrat professionnel en juillet 2016. Il devient alors la doublure de Johann Carrasso puis devient titulaire dès la saison suivante sous l’impulsion du nouveau coach, David Guion, venu remplacer Michel Der Zakarian. Avec Mendy dans ses cages, le Stade de Reims retrouve l’élite et ce dernier est élu, à l’unanimité, meilleur gardien de Ligue 2 (avec 17 clean-sheets sur les 34 matchs qu’il a disputé et seulement 22 buts encaissés, difficile d’en être autrement).

Dans la foulée, le portier rémois réalise une saison tout aussi flamboyante à l’échelon supérieur et s’impose rapidement comme une valeur sûre du championnat de France. Pour sa première saison en Ligue 1, Edouard Mendy se classe dans le top 5 des meilleurs gardiens du championnat en réalisant 14 clean-sheets (3e meilleur total de la saison derrière Walter Benitez et Mike Maignan) et 114 arrêts soit un pourcentage d’arrêt de près de 77 % (5e meilleur total de L1). Grâce à sa superbe saison, le rémois change une nouvelle fois d’air, direction la Bretagne et le Stade Rennais pour un montant d’environ 8M €.

Dans une équipe plus pro active avec le ballon et concédant, de facto, moins d’occasions, la transformation d’Edouard Mendy prend un peu de temps, mais après plusieurs semaines sous les commandes de Julien Stéphan l’évolution du portier se ressent, notamment dans son jeu au pied. En effet, alors que les passes dans le jeu représentait 61 % des passes de Mendy avec le Stade de Reims, ce pourcentage est grimpé à plus de 72 % avec le club breton. Encore plus frappant, les passes à mi hauteur et à ras de terre représentait moins de 40 % des passes du portier sénégalais lors de son passsage à Reims, un pourcentage qui a drastiquement augmenté, là encore, à son arrivé au Stade Rennais, puisqu’il est passé à plus de 50 %. À contrario et de manière tout à fait logique, son pourcentage de passes longues est passé de plus de 60 %, à Reims, à moins de 49 %, à Rennes.

Edouard Mendy faisant une relance courte, quelque chose de récurent depuis son arrivée chez les bretons. (NICOLAS CREACH)

À l’issue d’une saison tronquée, mais réussite pour les rennais – ces derniers ce sont qualifiés pour la première fois de leur histoire en C1 -, Edouard Mendy aura été l’un des grands artisans de cette qualification historique. Sans être aussi flamboyant qu’à ces débuts à Reims, le gardien normand a tout de même été très solide sur sa ligne en ne concédant que 19 buts en 24 matchs et en laissant sa cage inviolée à 9 reprises. À noter que s’il a été moins sollicité la saison dernière en ne réalisant « que » 59 arrêts dans les cages rennaises, il a tout de même été le 2e gardien en terme de pourcentage d’arrêt avec un taux atteignant les 79 % juste derrière son remplaçant à Reims, Predrag Rajkovic (80 %). C’est donc avec une certaine logique que le club londonien de Chelsea a mis le grappin sur le gardien du Stade Rennais.

Un échec à effacer pour les Blues

En signant chez les Blues, Edouard Mendy vient également avec la ferme intention de prendre la place d’un des plus gros flops de l’histoire du club ; le portier espagnol Kepa Arrizabalaga. Ce dernier, arrivé le 8 août 2018 pour la modique somme de 80M € (prix de sa clause libératoire), en provenance de l’Athletic Club, est devenu le gardien le plus cher de l’histoire. Un statut peut être trop lourd à assumer pour l’ancien pensionnaire de San Mamés qui, après une première saison correct sans être transcendent, a réalisé une saison 2019-2020 absolument cataclysmique en devenant la risée des supporters adverses et le bouc-émissaire de ses propres supporters.

Multipliant les bourdes tout au long de la saison, l’international espagnol est le détenteur d’une statistique assez peu glorieuse puisque avec un taux d’arrêt de 54 %, Kepa se classe bon dernier du championnat dans ce domaine, très loin des premiers que sont Hugo Lloris (80 %) et Bernd Leno (78 %), mais également assez loin de l’avant dernier, Jordan Pickford et ses 64 % d’arrêt effectué la saison dernière. Pour Frank Lampard et son staff il fallait réagir, d’autant qu’en ce début de saison le niveau de l’ancien joueur de Bilbao cause toujours autant de problèmes à son équipe et que ses matchs face à Brighton et Liverpool lors des deux premières journées n’ont rassuré personne… loin de là, ce qui explique également pourquoi Willy Caballero a débuté le match face à West Bromwich Albion lors de la dernière journée de championnat.

Kepa dans la tourmente chez les Blues. (ElDesmarque)

La taille (1,97m), l’envergure et la prestance dans les cages du portier sénégalais font qu’il part avec un avantage certain sur son homologue espagnol. Déjà titulaire cette semaine lors du 3e tour de Carabao Cup face à Tottenham, Mendy n’a pu empêcher l’élimination de son club aux tirs au but malgré une prestation solide de sa part. Il devrait faire ses débuts en Premier League aujourd’hui lors de la rencontre opposant Chelsea à Crystal Palace.

16 ans après Petr Cech, un autre gardien venant du Stade Rennais pourrait bien devenir la nouvelle coqueluche de Stamford Bridge. L’ancien dernier rempart du CS Municipaux et de l’AS Cherbourg a en tout cas toutes les qualités pour s’imposer chez les Blues !

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