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Éloge du revers à une main

La beauté est une notion subjective, mais en matière de tennis, le revers à une main peut facilement se targuer d’être la plus belle pièce de la collection. Un sommet d’élégance et de technique qui traverse les âges et conserve une aura particulière auprès des amateurs de la balle jaune.

C’est un éclair, une fulgurance, une caresse au milieu des coups de boutoirs. Le revers à une main fait partie de ces gestes qui convient le sport à la table des arts majeurs. Et s’il a beaucoup évolué depuis les premiers échanges disputés dans les lawn tennis club de l’Angleterre victorienne, il a gardé toute sa puissance visuelle, mélange de technique ciselée et de fluidité mécanique.

« C’est unique de voir ses deux bras se déployer comme ça, j’avais une sensation de grande liberté quand j’arrivais à décocher un gros revers long de la ligne », déclarait, récemment dans L’Equipe, l’ancienne numéro 1 mondiale, Justine Henin, adepte du geste. Car, si le « one-handed backhand » interpelle autant, c’est avant tout pour la beauté qu’il dégage.

L’Autrichien Dominic Thiem fait partie de la nouvelle génération des revers à une main puissants. (Crédit photo : Eurosport)

Et, évidemment, parmi les plus beaux signataires de ce geste figure en bonne place le Maître, Roger Federer. D’ailleurs, le jeu si épuré du Suisse serait-il aussi transcendant sans son somptueux revers ? « Vous vous sentez plus libre dans vos frappes quand vous êtes à une main, explique simplement la légende. Je me suis toujours senti mal à l’aise, même encore aujourd’hui, quand j’essaie de frapper à deux mains. On ne se sent pas bien au niveau de la poitrine, dans le corps, le bras, tout sonne faux. »

Un coup exigeant techniquement

Federer s’est familiarisé très tôt avec le revers à une main pour en devenir aujourd’hui l’un des plus grands représentants. Mais pour de nombreux jeunes tennismen en herbe, il est souvent difficile de le maîtriser car il demande une exigence technique importante et une force physique à la hauteur. Les coups à frapper au-dessus de l’épaule côté revers sont difficiles à assimiler pour un débutant. C’est pourquoi la majorité des jeunes joueuses et joueurs commencent à deux mains : leur contrôle est meilleur et leur progression plus rapide.

Si l’élégance était une vidéo…

« Le revers à une main est un coup très exigeant car on n’a pas le droit à l’erreur, confirme la jeune Diane Parry, 18 ans, numéro 1 mondiale juniors en 2019, qui dispose d’un magnifique geste en revers. Si on est en retard ou mal placée, on ne peut pas compenser avec la main gauche, et on peut faire un bois très rapidement. A hauteur d’épaules, il faut avoir de la force pour pouvoir tenir et renvoyer une balle avec de la consistance. C’est vraiment une question de physique, il faut être très bien ajustée à chaque fois. »

Une arme de variations

Pourtant, le revers à une main offre une vraie plus-value par rapport à son cousin à deux mains, parce que ce qu’il perd en sécurité et en force, il le gagne en créativité et en options tactiques. « On peut faire beaucoup à une main : le slice, la volée, l’amortie énumère Henin. Quand on utilise ces variations, le revers à une main aide. » Pour la caste des Federer, Wawrinka, Gasquet et consorts, la palette est donc plus large, ou plus exactement, elle est mieux maîtrisée grâce à un poignet plus flexible et une main plus sûre. Et quand ils sont débordés et qu’ils doivent jouer des coups défensifs difficiles, les partisans du revers à un main disposent d’une meilleure amplitude en bout de course.

« C’est bien que le revers à une main ne soit pas une espèce en voie de disparition. Des gars comme Tsitsipás ou Thiem vont inspirer une nouvelle génération. »

Roger Federer

Alors où en est aujourd’hui ce geste bien particulier ? Sur le circuit masculin, même s’il est largement moins représenté que le revers à deux mains, le revers à une main conserve une place importante. Derrière Federer (39 ans), Wawrinka (35 ans), Gasquet (34 ans) ou Dimitrov (29 ans), la nouvelle génération, incarnée par Dominic Thiem (27 ans), Stéfanos Tsitsipás (22 ans), Denis Shapovalov (21 ans) ou Lorenzo Musetti (18 ans), promet de prolonger la symphonie encore plusieurs années. « C’est bien que ce ne soit pas une espèce en voie de disparition, apprécie Federer. Des gars comme Tsitsipás ou Thiem seront sur le circuit pour encore un moment. Et ils vont inspirer une nouvelle génération. »

La jeune Diane Parry est une des rares joueuses à disposer d’un revers à une main. (Crédit photo : FFT)

Chez les femmes, en revanche, le constat est plus alarmant depuis les retraites de Sabatini, Mauresmo ou Henin. A l’heure actuelle, l’Espagnole Carla Suarez Navarro (79e mondiale) est l’unique représentante de la caste des revers à une main dans le Top 100 de la WTA… La dimension physique du geste et l’absence de modèles marquants depuis une décennie expliquent en grande partie cette pénurie. Heureusement, certains rayons de soleil percent à l’horizon, comme la Française Diane Parry (277e mondiale). De quoi faire renaître l’espoir, comme pour perpétuer l’histoire du revers à une main, cette tradition de l’élégance, une ode au panache et à une certaine idée du tennis.

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