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De l’extinction du service-volée

Du début de l’ère Open au tournant des années 2000, le service-volée était la stratégie reine du tennis mondial. Utilisé par quelques-uns des plus grands de l’histoire de ce sport, le service-volée se trouve aujourd’hui marginalisé. Conséquence des nombreuses évolutions matérielles et technologiques du tennis et de la disparition de ses meilleurs ambassadeurs (image : Pete Sampras en 1996 / rolandgarros.com)

Le service-volée, c’est une stratégie très agressive qui consiste à se projeter immédiatement vers l’avant après avoir servi plutôt que de rester en fond de court. Elle permet à l’attaquant de conclure le point rapidement, si possible par une seule volée suite au retour de l’adversaire. Ce dernier est marqué mentalement par un tel style de jeu, qui occasionne un stress permanent dû à l’impossibilité de mettre son jeu en place et à l’obligation de subir les coups de butoir du serveur. Cette stratégie peut donc se révéler efficace, mais à certaines conditions.

Le service-volée, comme son nom l’indique, repose sur la qualité du service. Il doit être puissant, pour accabler l’adversaire, l’acculer à son fond de court. On l’utilise donc en priorité sur des surfaces rapides telles que le gazon, le dur voire la moquette. Sur terre battue, son usage est plus difficile. La balle étant ralentie au rebond, le relanceur peut plus facilement effectuer un lob ou un passing. Il est aussi plus rare en seconde balle. Pour prendre le risque de monter au filet, le serveur doit réaliser un service puissant, ce qui est plus facile en première balle où la marge d’erreur est importante. Enfin, le serveur-volleyeur doit être doté d’une mobilité irréprochable, cette tactique étant très exigeante physiquement.

Si on estime que le service-volée a toujours existé (Spencer Gore, le premier vainqueur de Wimbledon en 1877, l’aurait pratiqué), c’est certainement dans les années 1980/1990 qu’on assiste au climax de cette stratégie, sous l’impulsion des John McEnroe, Stefan Edberg, Boris Becker ou autres Patrick Rafter. Il trouve même ses adeptes dans le tennis féminin, notamment en la personne de Martina Navrátilová. Pourquoi s’en étonner, me direz-vous ? Les qualités techniques des tenniswomen ne sont pas remises en cause, mais leur service généralement moins puissant complique la pratique d’une telle stratégie. Toutefois, le troisième millénaire approchant, le service-volée se fait de plus en plus rare. Le dernier joueur à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem en ayant recours à cette stratégie n’est autre que Pete Sampras. Sa retraite en 2002 coïncide avec la quasi-disparition du service-volée. Comment en est-on arrivé là ?

En 2002, à Wimbledon, 33 % des points marqués chez les hommes l’étaient sur service-volée. En 2019, cela ne représente plus que 5% des points. Chez les femmes, on est passé de 5% à seulement 1%.

Plusieurs facteurs expliquent la marginalisation de ce style de jeu. D’abord, le ralentissement des surfaces. Le gazon de Wimbledon n’est plus aussi rapide depuis sa recomposition en 2001, ce qui favorise désormais les joueurs de fond de court et les contreurs. Leyton Hewitt et Rafael Nadal auraient-ils remporté le tournoi londonien il y a 30 ans ? Rien n’est moins sûr. Pourquoi ce changement ? Pour rendre le gazon plus résistant, nous répond-on. Mais l’aspect télévisuel n’y est pas étranger. Les organisateurs, soucieux d’attirer de nouveaux téléspectateurs, s’efforcent de proposer des échanges plus disputés. Les échanges sont donc moins brefs, et c’est aussi dû aux évolutions technologiques. La diminution de la pression des balles les a rendues plus lourdes, et les raquettes sont passées du cordage en boyau naturel au cordage synthétique, ce qui privilégie la pratique du lift.

Mais depuis Sampras, qui sont les ambassadeurs de ce style de jeu ? Pour perdurer, le service-volée a besoin que des joueurs dominants impriment une tendance. Et s’il continue à être utilisé, ce n’est pas par des tennismen de premier plan. On peut citer les Français Michaël Llodra et Nicolas Mahut, Ivo Karlović ou Tim Henman. De gros serveurs comme Mark Philippoussis, Goran Ivanišević et Andy Roddick l’ont également pratiqué. De bons joueurs, mais aucun n’a eu suffisamment d’influence pour faire évoluer le jeu dans ce sens et ils ont tous souffert du ralentissement des surfaces. Roger Federer s’y est essayé au début de sa carrière. Cette stratégie correspondait bien à ses qualités mais, confronté à des relanceurs tels qu’Andre Agassi ou Leyton Hewitt, il entreprit de travailler son jeu en fond de court et le service-volée n’est plus qu’une variation de son jeu devenu complet.

Les têtes d’affiche des années 2010 que sont Novak Djokovic, Rafa Nadal ou Andy Murray n’utilisent que très peu ce style de jeu, les deux derniers étant d’abord des joueurs de fond de court quand le Serbe est limité par son manque d’instinct à la volée. Dans la jeune génération, seul Stéfanos Tsitsipás semble apprécier cette stratégie offensive. S’il parvenait à accéder au trône de l’ATP, le service-volée pourrait-il être remis au goût du jour ? Peu probable. On apprend aux enfants le service et les frappes de fond de court, devenues l’alpha et l’oméga de la technique. L’art de la volée se meurt doucement.

Dans leur approche du jeu, les meilleurs tennismen d’aujourd’hui se ressemblent et n’ont que peu de points faibles identifiables. Face au ralentissement des surfaces et au progrès technique, la génération actuelle pratique un jeu pragmatique et n’est pas encline à pratiquer le service-volée. Nous dirigeons-nous irrémédiablement vers une uniformisation du tennis ?

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