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NHL – Entre densité et talent offensif, pourquoi le repêchage 2020 est-il exceptionnel ?

Avant même d’avoir commencé, ce repêchage 2020 est déjà exceptionnel. Il n’y aura pas de podium, pas de poignées de main avec le commissaire Gary Bettman, pas d’acclamations de la foule ou de gros attroupements médiatiques… Autant d’éléments qui font du repêchage de la NHL un évènement incontournable. Ce soir et demain (le 6 et 7 octobre), les franchises vont sélectionner, virtuellement, les meilleurs espoirs de cette cuvée. En parallèle de ce format inédit, c’est le niveau de cette classe 2020 qui semble attirer tous les regards. Certains spécialistes annoncent qu’il s’agit de l’un des meilleures repêchages du siècle. Décryptage des raisons de cet engouement pour une classe 2020 qui peut marquer l’histoire du hockey.

Dès 2018, certains médias spécialisées dans le dépistage des jeunes recrues annonçaient que le repêchage 2020 était attendu avec une excitation encore plus importante qu’en 2015, année de sélection de Connor McDavid. Le talent offensif de cette cuvée est tout simplement impressionnant. Pas moins de 13 attaquants pourraient sans aucun doute être sélectionner dans n’importe quel repêchage des dernières années. Une profondeur de talents offensifs rarissime qui affole les médias et les différentes organisations de NHL.

La CHL, un vivier de talents sans précédent

Quinton Byfield & Alexis Lafrenière lors du match des prospects de la CHL

La Ligue Canadienne de Hockey est déjà reconnue comme l’une des ligues les plus formatrices pour les jeunes talents nord-américains. Regroupant trois ligues régionales réputées (LHJMQ, OHL et WHL), la CHL sort régulièrement les meilleurs espoirs de NHL avec notamment 11 premiers choix sur les 15 derniers repêchages. Cette année, la tendance est encore plus marquée. La force offensive des jeunes talents de cette ligue est remarquable, inédite et surtout incroyablement dense.

Neuf joueurs sortant de CHL ont récolté en moyenne plus 1,40 points par match cette saison : Alexis Lafrenière (évidemment) avec 2,15 ppg, Marco Rossi (2,14 ppg), Quinton Byfield (1,82 ppg), Cole Perfetti (1,82 ppg), Seth Jarvis (1,69 ppg), Connor Zary (1,51 ppg), Mavrik Bourque (1,45 ppg), Jack Quinn (1,44 ppg) et Dawson Mercer (1,43 ppg). Ceux qui ne sont pas des grands habitués des ligues juniors peuvent se demander en quoi cette statistique est si exceptionnelle. Et bien sachez que lors de la dernière saison, aucun attaquant de CHL n’a atteint ce plateau. Il faut revenir en 2018 pour voir deux joueurs réussir cette performance : Andrei Svechnikov (1,60 ppg) et Filip Zadina (1,42 ppg). Neuf joueurs avec une telle moyenne de point par match ? C’est tout simplement un record en ligue junior. La deuxième meilleure cuvée ? C’était en 2014 avec sept joueurs au-delà du plateau des 1,4 ppg. Habituellement, nous estimons entre deux et quatre joueurs de CHL sélectionnés au premier tour du repêchage avec cette moyenne.

Comme vous l’avez sans doute remarqué, parmi ses 9 joueurs à plus de 1,4 ppg, deux dépassent la barre de 2 points par match. Depuis le début du 21ème siècle, seulement huit joueurs de CHL ont atteint ce plateau lors de leur année de repêchage dont le podium : Sidney Crosby avec 2,65 ppg, Connor McDavid avec 2,52 et Patrick Kane avec 2,38 ppg.

Sidney Crosby sous les mêmes couleurs qu’Alexis Lafrenière

Au-delà des neuf noms déjà évoqués, quatre autres joueurs sélectionnables cette année ont réalisé de belles performances offensives : Tyson Foerster (1,29 ppg), Jacob Perreault (1,23 ppg), Jan Mysak (1,14 ppg) et dans une moindre mesure Hendrix Lapierre et ses 0,89 ppg.

Deux joueurs dans l’élite, sept dans la moyenne haute et quatre autres dans une catégorie tout à fait honorable… Au final, pas moins de 13 joueurs ont prouvé en CHL qu’ils avaient le talent offensif pour être sélectionner au premier tour du repêchage 2020. Autant de joueurs avec de telles statistiques, c’est inédit. Bien évidemment ce rendement n’est pas synonyme de réussite absolue en NHL. Mais ces statistiques nous permettent tout de même de mettre en évidence une certaine tendance au sein de cette cuvée : elle est composée d’espoirs capables de marquer. La question st de savoir si ces performances se transposeront au niveau supérieur ?

Du talent tout autour du monde

Bien que la CHL représente une véritable référence en terme de développement de jeunes joueurs, les ligues américaines et internationales ne sont pas restes, bien au contraire. Aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs, les espoirs sont aussi de la partie pour ce repêchage 2020.

Si pour les joueurs de CHL, la moyenne de point par match est une statistique commune et facilement évaluable, il est bien plus difficile de mettre les performances des internationaux sur le même plan. Des championnats professionnels pour certains, des ligues moins performantes pour d’autres, des temps de jeu aléatoires ou même des soucis physiques… Difficile donc de mettre en place des critères communs pour diagnostiquer le niveau des espoirs venant des ligues américaines ou européennes. Le journaliste David Staples du Edmonton Journal établi une théorie sur ce sujet. Il explique que, en moyenne, les joueurs de CHL ayant atteint le plateau des 1,4 points par match sont sélectionnés à la 8ème position de leur repêchage. Le journaliste estime alors que les espoirs venant d’Europe ou des Etats-Unis sélectionnés dans le Top 10 d’un repêchage peuvent être considérer du même niveau, celui d’un attaquant espoir élite. Il écrit :

Par exemple, le repêchage de 2007 avait quatre attaquants de la CHL repêchés au premier tour : Patrick Kane, Sam Gagner, Jakub Voracek et Logan Couture, qui avaient en moyenne plus de 1,4 point par match. La même année James Van Riemsdyk, Kyle Turris, Nicklas Backstrom et Phil Kessel ont tous été repêchés dans les 10 meilleurs choix parmi les ligues juniors canadiennes européennes, américaines et non majeures.

Selon sa réflexion donc, en 2007, 8 joueurs (4 à +1,4ppg en CHL & 4 internationaux dans le top 10), méritaient une place dans les dix premières places. Un combiné qui n’est pas une vérité absolue mais qui a le mérite de nous donner une tendance. En évaluant les potentiels top 10, on peut, par leur nombre, évaluer la densité d’une classe de repêchage. Regardons, avec l’œil de ce journaliste, le dernier repêchage de NHL : le top 10 de 2019 comprend cinq attaquants considérés comme « élite » : Jack Hughes, Kaapo Kakko, Alex Turcotte, Trevor Zegras et Vasili Podkholzin. Selon les estimations de Staples, en moyenne, nous avons 5 attaquants « élites » dans le top 10 des derniers repêchages. Comme en 2007, dans la cuvée 2014, considérée comme la seconde meilleure selon ces critères, il y a avait huit attaquants de qualité top 10. Pour cette année, il faut donc ajouter quelques noms à la liste des neuf prospects de CHL.

Si on se range du côté des différents tableaux de repêchages simulés des spécialistes, quatre attaquants hors CHL se distinguent : Tim Stutzle, Alexander Holtz (photo), Lucas Raymond et Anton Lundell. Ainsi, voici nos 13 joueurs avec un niveau Top 10 de repêchage et leur classement selon les derniers consensus :

  • Alexis Lafrenière, 1er – CHL
  • Quinton Byfield, 2e – CHL
  • Tim Stutzle, 3e – International
  • Lucas Raymond, 4e – International
  • Marco Rossi, 6e – CHL
  • Alexander Holtz, 7e – International
  • Cole Perfetti, 8e – CHL
  • Anton Lundell, 10e – International
  • Dawson Mercer, 12e – CHL
  • Jack Quinn, 13e – CHL
  • Connor Zary, 14e – CHL
  • Seth Jarvis, 15e – CHL
  • Mavrik Bourque, 19e – CHL

Rappelons ici qu’il ne s’agit pas de nos prédictions pour le repêchage de ce soir mais bien celles des grands médias nord-américains que vous pouvez retrouver ici. Vous comprendrez donc que des joueurs comme Mercer, Quinn, Zary, Jarvis ou Bourque sont tous susceptibles d’être des attaquants d’un top 10 de repêchage, sauf en 2020. Treize attaquants de « qualité élite », c’est tout simplement inédit et impressionnant.

En défense : Drysdale et Sanderson au-dessus des autres

Si le raisonnement précédent, appuyé sur les travaux du journaliste David Staples nous vous le rappelons, insiste sur la densité offensive exceptionnelle de cette cuvée 2020, les défenseurs de talent sont plus rares mais ont aussi leur mot à dire. Selon les différents spécialistes du genre, 8 défenseurs devraient être sélectionner au premier tour.

Sans discussion possible, c’est le défenseur des Loutres d’Erié, Jamie Drysdale qui devrait être sélectionné un premier parmi les joueurs de la ligne bleue. Véritable facilitateur du jeu et organisateur d’attaques, Drysdale possède une vision déjà élite. Sa capacité à traverser la zone neutre est impressionnante. Auteur de 47 points, dont 38 passes, en 49 matchs, Jamie Drysdale est construit dans le moule de ces défenseurs modernes adeptes du jeu offensif. Avec les récentes performances de Cale Makar ou Quinn Hughes lors de leur année recrue, sa côte au repêchage de ce soir devrait grimper facilement.

Derrière la question est plus délicate, même si une tendance se démarque pour la seconde place. C’est le capitaine de l’équipe espoir des Etats-Unis qui a les faveurs des analystes, Jake Sanderson. Apportant une réelle valeur offensive grâce à un maniement du bâton vif et une capacité de libération rapide. Même si son jeu défensif mérite encore du développement, son instinct offensif est vraiment impressionnant, si bien que les spécialistes le compare à des joueurs comme Seth Jones ou Zach Werenski. En fonction des besoins des équipes, il peut échouer dans le top 10 mais difficile de l’imaginer plus loin que le top 20.

Il est toujours difficile d’évaluer la place des défenseurs dans un repêchage. Ce n’est pas simple cette année avec le nombre d’attaquants élites disponibles. Avec le recul, ce n’est pas une tâche facile ces dernières années. Le repêchage 2019 a vu Bowen Byram être sélectionné comme meilleur défenseur, devant des joueurs comme Philip Broberg, Cam York, Moritz Seider et Thomas Harley. En 2018, la question se posait entre Quinn Hughes, Adam Boqvist, Evan Bouchard et Noah Dobson après la sélection de Rasmus Dahlin au premier rang. Il semble y avoir un monde d’écart entre Drysdale et le reste du peloton cette année. Pour autant, il existe de nombreux défenseurs talentueux pouvant créer la surprise lors de la sélection du premier tour de ce soir. Tour d’horizon et classement simulé :

  • Kaide Ghule, 20ème
  • Braden Schneider, 22ème
  • Jeremie Poirier, 23ème
  • Justin Barron, 25ème
  • William Wallinder, 26ème
  • Emil Andrae, 30ème

Des noms que l’on oublie souvent à l’approche du repêchage, mais qui pourraient bien joué les troubles fêtes dans cette deuxième partie de premier tour. Evidemment, la priorité sera aux attaquants, mais beaucoup de franchises cherchent encore un défenseur de franchise, ce genre de joueur sur lequel on peut appuyer l’ensemble d’un effectif. Ce défenseur se trouve t-il dans cette liste ? Peut-être, une chose est sûre, Drysdale et Sanderson ont de nombreux courtisans.

Gardien : Askarov, seul au monde

Si les grands gardiens sont difficilement détectables dès les repêchages, il est encore plus rare de voir un gardien s’imposer comme un candidat au top 10. Preuve encore du niveau exceptionnel de cette cuvée, le jeune Yaroslav Askarov qui peut devenir ce soir le premier gardien à être sélectionné dans le top 10 depuis Carey Price en 2005 (5ème choix).

Il n’y a pas de débat sur le choix du meilleur gardien de but pour le repêchage 2020. Yaroslav Askarov est plus qu’un simple talent de premier plan… Il possède tous les éléments essentiels pour un choix de première ronde. Askarov est grand, incroyablement talentueux et a un CV pas comme les autres. A titre d’exemple, en 2019, il a affiché un pourcentage de sauvetage de 0,960 avec une moyenne de 1,25 buts alloués par match tout au long de la Coupe Hlinka Gretzky : tout simplement les meilleures statistiques pour un gardien de but de l’histoire du tournoi. A son sujet, Craig Button, directeur du dépistage TSN et ancien directeur général de la NHL :

[Askarov] est le meilleur gardien que j’ai vu entrer dans le repêchage de la LNH depuis Carey Price (en 2005). En parcourant mes notes, en regardant et en voyant comment il joue, il lit la rondelle, il est élite et futur n ° 1 dans cette Ligue.

Le joueur de 18 ans est une présence intimidante avec beaucoup de sang-froid, d’athlétisme et un gant rapide. La question est : suivra-t-il les traces de ses compatriotes Andrei Vasilevskiy et Ilya Samsonov, choisis au premier tour, qui ont décroché un rôle de départ pour les équipes ? Askarov est très souvent comparé au gardien des Bolts, récent vainqueur de la Coupe Stanley. En ce moment, le ciel est sa limite. Askarov a le talent pour assumer un rôle de remplaçant dans la NHL au cours des prochaines années, et une fois qu’il obtiendra un poste de départ, il pourrait être le visage d’une organisation.

Derrière lui, difficile de regarder la concurrence. Il existe un groupe talentueux de jeune gardien, mais de nombreux ont besoin de beaucoup de temps avant d’atteindre leur potentiel. On pense notamment à Nicolas Dows, Drew Commesso ou encore Jan Bednar. Ils attendront probablement les tours 3 et 4, mais avec du temps, ils peuvent tirer leurs épingles du jeu.

Un groupe d’attaquants fantastique avec pas moins de treize joueurs capables d’intégrer le top 10, un défenseur top 5 ainsi que quelques solides joueurs en devenir et un gardien sensationnel… Voilà de quoi est faite cette cuvée 2020. Nous pouvons également parler de la présence d’un « talent générationnel » en la personne d’Alexis Lafrenière. Bien que beaucoup considère ce repêchage comme son événement, la densité derrière lui prouve que cette cuvée peut retourner la NHL dans les années à venir. Une cuvée exceptionnelle, sans comparaison possible ? Tout cela reste à voir, mais à défaut d’avoir une cérémonie traditionnelle, les espoirs de la ligue pourront se consoler avec cette étiquette de « super-classe ». L’avenir s’annonce brillant.

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