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Le duo de gardiens : la clé de la réussite en NHL ?

Le poste de gardien a connu de nombreuses évolutions au cours des dernières décennies. Comme dans tous les sports, le gardien est le dernier rempart d’une équipe. Encore plus au hockey où il doit en permanence être attentif aux actions offensives. Il est le seul joueur d’une équipe à jouer l’intégralité d’un match rendant son rôle encore plus difficile à tenir. Il est celui qui donne la dynamique à son équipe, ses arrêts permettant de donner espoir aux siens. Par le passé, il était rare de voir les franchises se tourner vers un duo de gardiens performants, les franchises préférant investir sur un seul grand gardien. Aujourd’hui la donne semble être différente. Malgré une masse salariale limitée, les franchises n’hésitent pas à aller chercher un deuxième gardien performant pour se partager les matchs. Alors cette nouvelle mode est-elle un gage de réussite pour les franchises ayant fait ce choix? 

Une option plébiscitée par les franchises 

Les gardiens sont mis à rude épreuve chaque soir. Malgré le professionnalisme de tous, il leur faut beaucoup de concentration. Avec des palets circulant à une vitesse folle, les gardiens doivent montrer des réflexes et un temps de réaction impressionnant. Il faut rajouter à cela des attaquants toujours plus performants et plus puissants. Alors, pour faire face à ces différentes problématiques, certains entraineurs et directeurs généraux ont décidé de se tourner vers les duos de gardiens. Cette stratégie consiste à prendre deux gardiens pouvant suppléer l’autre de manière régulière lorsque celui-ci est en difficulté. Avec cette tactique, la franchise aurait deux gardiens pouvant être numéro 1 et non plus un gardien numéro 1 et son remplaçant chargé d’assurer les back to back. Deux gardiens de haut niveau qui peuvent apporter leur force contre n’importe quel adversaire. 

Alors si ce choix a été fait par de nombreuses franchises, c’est grâce aux nombreux avantages que peut donner un duo de gardiens. Le premier est probablement de pouvoir répartir de manière plus équitable les matchs entre les deux. La franchise peut ainsi faire souffler l’un des deux gardiens pour mettre l’autre. Elle pourra aborder le match plus sereinement. Sa défense pourra aussi compter sur un gardien performant pouvant arrêter les tirs adverses. L’un des deux pourra aussi assurer le rôle à temps plein lorsque l’autre est blessé ou que son coéquipier est dans une période plus délicate aux cages sans que les résultats chutent. L’entraineur peut préparer les matchs avec une tactique différente selon son gardien. Il peut alors mettre un gardien qui a de meilleures chances de performer contre une équipe en fonction des points forts des autres équipes. Il peut utiliser ses deux gardiens pendant la saison pour ainsi faire reposer ‘son gardien numéro’ plus souvent pour lui permettre d’aborder les séries avec une meilleure condition physique. Un avantage non négligeable lorsqu’on connaît la pression omniprésente lors des séries. Enfin, lorsque les deux gardiens sont mis dans une concurrence saine, ils vont donner chacun le meilleur d’entre eux pour jouer le plus de matchs. Ils vont aussi être un mentor pour l’autre et ainsi s’entrainer ensemble pour travailler les points faibles de chacun. 

Les Penguins ont été l’une des premières équipes à faire jouer deux gardiens capables d’être titulaire dans n’importe quelle franchise. Ainsi Mike Sullivan s’est appuyé sur Marc-André Fleury et Matt Murray sur la saison 2016/2017 pour aller chercher une deuxième Stanley Cup en deux saisons. En regardant de plus près les performances des deux joueurs au cours de cette saison, on remarque qu’ils ont joué un nombre équivalent de matchs avec 47 matchs commencés pour Murray et 34 pour Marc-André Fleury. Alors qu’il commençait à prendre de l’âge, Fleury a continué à aider son équipe avec 90,9% de sauvetages contre 92,3% de sauvetages pour Murray. Lors du début des séries, Murray se blesse laissant la place de titulaire à Fleury. L’ancien premier choix des Penguins a alors assuré dans les cages des Penguins les emmenant jusqu’en finale de conférence avant de laisser sa place à Murray pour la fin des séries. Avec ce duo, les Penguins ont remporté leur deuxième Stanley Cup. On a vu que les Penguins ont pu profiter d’avoir un deuxième gardien solide et expérimenté sur le banc pour compenser la blessure du jeune Murray. L’épopée aurait été plus compliquée sans un deuxième gardien aussi performant, Fleury ayant joué à un niveau magistral. Il termine les séries avec 15 matchs et 92,4% de sauvetages. Les Penguins ont depuis gardé un seul gardien titulaire laissant la place de remplaçant à un gardien chargé de jouer les back to back. Ils n’ont alors plus gagné la Stanley Cup. Si les Penguins ont connu d’autres problèmes dans les différents secteurs du jeu, Matt Murray s’est montré moins performant et l’absence de gardien capable de prendre la relève s’est ressentie dans les résultats de la franchise. Cette année avec l’émergence de Jarry, Sullivan a eu la possibilité de compter sur deux gardiens compétitifs. Lorsque Murray était en difficulté, Jarry répondait présent permettant aux Penguins d’occuper les premières places de la division métropolitaine. 

Parmi les autres exemples de duo ayant impressionné, on retrouve le duo Lehner/Greiss lors de la saison 2018/2019 des Islanders. Les deux gardiens ont disputé un nombre de matchs équivalents accompagné de performances monstrueuses. Alors que Lehner termine la saison avec 93% de sauvetages et 6 blanchissages, Greiss a terminé la saison avec 92,7% de sauvetages et 5 blanchissages. Ils ont permis aux Islanders d’entrer dans l’histoire en concédant seulement 191 buts, la meilleure marque pour une équipe en 100 ans d’histoire. Cette performance est d’autant plus incroyable lorsque l’on voit le nombre de buts concédés la saison précédente (293).

Leur entraineur, Barry Trotz avait alors félicité son duo de gardiens pour leur saison: 

Je crois qu’ils ont forgé un lien, et il y a un peu de compétition entre eux, mais une compétition amicale. Ils profitent de la compagnie l’un de l’autre et ils se soutiennent. Notre personnel a fait un excellent travail avec eux, (l’entraîneur des gardiens) Piero (Greco) et (le directeur du jeu des gardiens) Mitch (Korn). Je pense qu’ils sont très à l’aise. »

Barry Trotz

Ils auront emmené les Islanders jusqu’aux demi-finales de la conférence EST où ils s’inclineront contre les Hurricanes. D’autres équipes ont fait ce choix entre les Golden Knights cette année avec Lehner et Fleury ou encore les Bruins avec Rask et Halak. 

Les franchises ont été nombreuses à faire l’expérience avec plus ou de moins réussite. D’autres équipes pourraient faire l’expérience dans les prochaines saisons à l’image des Canadiens qui ont été chercher Jake Allen pour en faire la doublure de luxe de Price. Il faudra voir si cette option tend à se généraliser dans la ligue tant il existe de nombreux inconvénients à cette méthode. 

Les limites d’un système infructueux

Si de nombreuses équipes ont tenté avec plus ou moins de réussite d’aligner un vrai duo de gardiens, d’autres continuent à faire confiance à un seul gardien. Il suffit de regarder les finalistes de cette saison. Le Lightning se concentre sur un seul gardien : Vasilevskiy. Le gardien russe garde les cages de la franchise de Tampa Bay pour la grande majorité des matchs. Derrière lui, la franchise n’a pas cherché à lui trouver un concurrent mais plutôt un deuxième gardien présent pour assurer les absences ponctuelles de Vasilevskiy ou pour jouer les back to back. Pour montrer à quel point la franchise ne fait pas du duo de gardiens une priorité, le Lightning a prolongé, lors de l’été 2019, son gardien pour 8 ans et 76 millions de dollars. D’autres équipes ont fait le choix de faire confiance à un seul gardien pour protéger les cages: les Panthers avec Bobrovsky ou les Jets avec Hellebuyck. Les deux gardiens sont utilisés en permanence par leur franchise. Le choix peut parfois être contestable mais sur les trois joueurs cités, deux ont déjà gagné le Vézina et le dernier a déjà été nominé pour cette récompense. Ces équipes font le choix de se concentrer uniquement sur un seul gardien mais elles sont plutôt récompensées par leurs bonnes performances. 

Si ce système a connu une utilisation exponentielle, il reste difficile de le voir s’élargir dans le futur. En raison de la crise sanitaire, nombreuses sont les équipes qui essayent de réduire les dépenses. Au-delà de la crise sanitaire, avoir deux gardiens de haut niveau pour une franchise a un coût important. Il suffit de voir les Canadiens. Depuis l’arrivée de Jake Allen, les salaires des gardiens occupent 18% de la masse salariale de la franchise de Montréal. Entre le salaire de 10,5 millions de dollars de Price et celui de Allen atteignant les 4,350 millions de dollars, les Canadiens dépenseront 14,850 millions de dollars la saison prochaine pour le poste de gardien. Un record pour une franchise depuis l’arrivée du plafond salarial en 2005. Le choix  du Canadien est-il pertinent? On sait que la franchise cherchait un gardien capable de faire souffler Carey Price. L’ancien vainqueur du trophée Hart a été en difficulté cette année mais ses très bonnes séries éliminatoires lui ont permis de rappeler le gardien qu’il est. Il est certain que ses bonnes performances ont motivé Marc Bergevin à trouver un deuxième gardien pour faire reposer Price plus souvent en saison régulière et lui permettre d’arriver plus frais pour les séries.  

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pourtant, investir autant dans un duo de gardiens ne s’avère pas forcément payant. Comme le montre Martin Leclerc, journaliste à radio-canada, sur les 36 équipes ayant investi le plus d’argent sur leurs gardiens depuis 2011, 52,8% ont échoué à atteindre les séries. Les 17 autres équipes n’ont remporté que 17 séries éliminatoires en neuf années et une seule a atteint la finale de la Stanley Cup: Les Bruins en 2019. Des chiffres inquiétants faisant naitre un doute sur cette stratégie pour une franchise. Finalement le poste de gardien, malgré toute son importance sur une saison régulière et dans les séries, ne peut pas faire l’objet d’un investissement trop important. Dans une ligue axée sur l’attaque, les franchises sont obligées de consacrer une grande partie de leur masse salariale à l’attaque. 

Enfin, le dernier problème de cette stratégie est son caractère éphémère. Sur l’ensemble des exemples cités précédemment, il est rare que la situation de cohabitation ait duré plus de deux saisons. Que ce soit les Penguins ou les Islanders, la cohabitation entre les deux gardiens n’a pas duré plus de deux saisons. Cette situation éphémère peut se comprendre. Pour les franchises, il faut souvent faire des choix. A titre d’exemple, pour les Penguins, Murray était jeune tandis que Fleury commençait à vieillir. Il incarnait l’avenir et sortait de deux campagnes de séries impressionnantes. La décision de privilégier Murray n’a alors pas été discutée. Elle semblait même plutôt logique à ce moment-là. Au-delà du choix de la franchise, les joueurs peuvent eux aussi vouloir partir pour aller chercher un gros contrat ailleurs ou de rejoindre une franchise qui leur propose de jouer un rôle plus important en devenant le seul gardien numéro 1.

Tous ces éléments confirment la difficulté de mettre en place un duo de gardiens performant dans la durée. Il suffit de voir la situation entre Lehner et Fleury. Les deux joueurs ont échangé leur poste dans les cages des Golden Knights depuis l’arrivée de Lehner en février 2020. Néanmoins la franchise a décidé de faire plus confiance au gardien suédois durant les séries. Avec ses bonnes performances, la franchise a montré son intention de le prolonger pour en faire son gardien numéro 1 pour les prochaines saisons laissant Fleury de côté. Le gardien canadien est alors dans une situation le forçant à trouver un nouveau point de chute pour la saison prochaine s’il veut jouer un rôle plus important. 

Le système de duo de gardiens a été de plus en plus utilisé par les franchises avec plus ou moins de réussite. Le principal problème se trouve dans la longévité de ce duo. Dans une ligue toujours plus offensive, il semble être de plus en plus difficile de demander aux directeurs généraux d’allouer une partie importante de leur masse salariale au poste de gardien. La solution privilégiée est de prendre un gardien numéro 1 indiscutable et lui mettre un jeune second gardien qu’il aidera à progresser. Ce choix a des avantages économiques en ayant un cout moins important pour la franchise. Il a aussi des avantages sportifs puisque se focaliser sur un seul gardien se révèle payant comme le montre le Lightning avec sa qualification pour la finale cette année. Finalement, investir sur un duo de gardiens peut s’avérer payant mais probablement pour une seule saison. C’est l’option tenté par les Golden Knights cette année même si ce choix n’a pas permis à la franchise de remporter la Stanley Cup.

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