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Racing, la première étoile ?

Fort de son expérience européenne, le club francilien va tenter d’accrocher la première étoile sur son maillot ciel et blanc, ce samedi à Bristol (17h45). Mais la mission s’annonce périlleuse face aux Chiefs d’Exeter, et leur diabolique efficacité.

Ce n’est pas tous les jours que l’on dispute une finale de Coupe d’Europe. Mais c’est encore plus rare d’en jouer une au creux de l’automne, alors que la nuit ne cesse de gagner du terrain sur les rayons du soleil. Ce sera le cas pour les acteurs de cet Exeter-Racing, plongés comme le monde entier dans le tunnel d’une crise sanitaire dont on ne voit pas le bout. Le Covid-19 a même perturbé la préparation des Franciliens puisque neuf membres de l’effectif ont été contrôlé positifs le 1er octobre, à quinze jours du rendez-vous fatidique. S’ils ont dû reporter leur rencontre face au Stade Rochelais, les Racingmen ont tout de même pu jouer face au Stade Toulousain le week-end passé (défaite 30-24), avec une équipe largement remaniée.

Pour pallier tout risque d’une défaite par forfait en finale de Coupe d’Europe, le club a fait le maximum : confinement dans un hôtel (dans les Hauts-de-Seine puis en Corse), joueurs scindés en groupes, entraînements sans contact, désinfection du ballon… « Les résultats des derniers tests nous ont permis de reprendre les contacts, ce jeudi matin, confie l’entraîneur Laurent Travers à L’Equipe. Bien sûr que cette préparation est particulière. Mais on ne va pas s’apitoyer. Si on s’éparpille, si on combat toutes les perturbations qui nous arrive, on va oublier que le vrai combat, c’est samedi. Regardons plutôt la chance que nous avons de préparer une finale. Préparons-nous à l’imprévu puisqu’il y en a toujours dans une finale. »

Un collectif équilibré

Il serait bête en effet de gâcher cette magnifique opportunité qui se présente au Racing. D’autant que le club a réussi un brillant parcours pour se hisser jusqu’à la dernière marche. En phase de poule, les Franciliens ont martyrisé les Saracens (30-10), les Ospreys (40-27) et le Munster (39-22) dans leur Arena de Nanterre, propice aux grands spectacles, avant de bousculer Irlandais (21-21) et Anglais (24-27) sur leurs terres. Puis, après l’interminable séquence confinée, les hommes de Laurent Travers ont éparpillé les Clermontois en Auvergne en quart de finale (36-27), et remporté le bras de fer tactique contre les Saracens en demie (19-15).

Virimi Vakatawa dans ses oeuvres face au Munster. (Crédit photo : Dave Winter, Icon Sport)

Pour en arriver là, le Racing a pu compter sur un équilibre qui fonctionne parfaitement entre son paquet d’avants et sa ligne de trois-quarts. Extrêmement puissant, le pack francilien ne brille pas par ses individualités mais force le respect collectivement, impose sa force dans les phases de rucks et lors des lancements de jeu. Derrière, les Franciliens disposent de fines lames qui n’apprécient rien de plus que de transpercer les rideaux adverses. Vakatawa, Imhoff, Zebo, Russell, Iribaren… la liste des créateurs capables de décanter une situation sur un appui ou une inspiration géniale sont légion dans le groupe des Ciel et Blanc.

Exeter et ses concasseurs

Le hic, c’est que leurs adversaires de samedi présentent des caractéristiques semblables. Exeter l’a encore montré en demi-finale de Coupe d’Europe contre Toulouse (28-18) : le cinq de devant anglais a concassé la ligne d’avantage française, au près notamment, libérant des espaces décisifs pour les trois-quarts funambules comme Stuart Hogg ou Henry Slade. Autour des frères Simmonds, Sam le numéro 8 et Joe l’ouvreur, les Chiefs du placide Rob Baxter font preuve d’une implacable efficacité dans les zones de marque. « C’est une équipe qui marque quatre essais par match, appuie Laurent Travers. C’est donc qu’elle met en difficulté toutes les défenses. Ils sont là pour épuiser l’adversaire, le faire craquer. Ils sont capables de garder le ballon pendant plusieurs séquences de deux ou trois minutes. »

L’ailier d’Exeter, Tom O’Flaherty, échappe au plaquace du Toulousain, Pita Ahki, en demi-finale. (Crédit photo : Rugbyrama)

Dans ce cas, comment trouver une faille dans la carapace des Chiefs, en pleine bourre depuis la reprise et qualifiés pour la finale du championnat anglais face aux Wasps le 24 octobre prochain ? « Exeter s’appuie sur un plan de jeu millimétré, dans lequel ils peuvent mettre de la folie, poursuit le demi de mêlée Teddy Iribaren. C’est compliqué de leur trouver un point faible mais je pense que nous aussi, nous avons de sérieuses forces à faire valoir. Ils ne vont pas fermer le jeu et nous, ce n’est pas notre habitude non plus. »

L’expérience en plus

Dans ce duel franco-anglais équilibré, un facteur important pourrait faire pencher la balance, celui de l’expérience. Et dans ce domaine, le Racing domine assez nettement son concurrent. Le club des Hauts-de-Seine disputera face à Exeter sa troisième finale de Coupe d’Europe, après ses échecs face aux Saracens en 2016 (21-9) et contre le Leinster en 2018 (15-12). Les Chiefs, eux, sont de parfaits néophytes à de telles altitudes. Avant l’édition 2020, ils n’avaient jamais fait mieux qu’un quart de finale perdu contre les Wasps en 2016…

NationsVictoiresFinales perdues
Angleterre95
France814
Irlande74
Pays de Galles01
Ecosse00
Italie00
Bilan des victoires et des finales perdues en Coupe d’Europe, par nations (depuis 1996)

En cas de défaite, le Racing rejoindrait Clermont au rang des clubs ayant perdu le plus de finales européennes sans jamais l’emporter (3). Mais les Franciliens ne se voient absolument pas repartir de Bristol sans une étoile brodée sur le cœur. Après Toulouse (1996, 2003, 2005, 2010), Brive (1997) et Toulon (2013, 2014, 2015), ils deviendraient ainsi la quatrième équipe française à planter le drapeau tricolore sur le toit de l’Europe. Une conquête à leur mesure.

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