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Nuk Hopkins, de douceur à arme de destruction massive

Le 20 mars 2020, la carrière de Deandre Hopkins a pris un virage. Fin de l’aventure Texans, il est échangé aux Cardinals contre David Johnson et des tours de draft. Ce trade qui a eu l’effet d’une bombe et paraît encore difficile à comprendre. Toutes les rumeurs sont passées concernant ce trade mais il semble que c’est sa relation avec son coach Bill O’Brien qui était le problème. McNair estime que c’était un problème de cap space à moyen terme. Le CCS retrace la carrière de celui que l’on peut aisément considérer comme le meilleur receveur actuel de la NFL.

Un début de vie difficile

DeAndre Hopkins vient au monde le 6 juin 1992 en Caroline du Sud. Son père décède dans un accident de voiture alors qu’il n’a que 5 mois. Il se retrouve avec ses 2 soeurs et son frère. Sa maman doit faire deux travails différents afin de subvenir aux besoins de ses enfants. C’est lors de ses premières années que le garçon hérite du surnom “Nuk” en raison des bonbons de la même marque qu’il mangeait régulièrement. Il est très introverti mais très vite il veut aider sa maman. Il demande à sa grand-mère de lui apprendre à faire à manger afin qu’il prépare des repas pour la famille. En raison des nombreuses heures qu’elle passe au travail, Sabrina Greenlee ne peut pas veiller sur ses enfants qui passent beaucoup de temps dehors. Nuk assiste à des ventes de drogue, des fusillades.

Mais c’est dans la rue qu’il commence à épater la galerie. Ses mains semblent avoir grandi plus vite que le reste de son corps et il attrape facilement les ballons dès son plus jeune âge. Pour sa soeur Kesha, il possède un don rare. Hopkins débute en Pee Wee League à 8 ans. Sa maman assiste à ses matchs et après un bref passage au poste de LB, il devient vite WR et capte tout ce qui lui est lancé (jusqu’à 6 TD par mi-temps). Tout le monde s’enflamme et lui prédit un brillant avenir.

Alors qu’il n’a que 10 ans, sa maman est pris dans un conflit conjugal et se retrouve aspergée d’acide par la maitresse de son compagnon de l’époque. 17% de son corps est brûlé. Elle est placée dans un coma artificiel et est transférée en Georgie afin de subir plusieurs greffes de peau. Après plusieurs semaines, elle peut rentrer à la maison mais c’est un choc pour les enfants dont Nuk. Il ne reconnaît pas sa mère et se demande si elle va pouvoir à nouveau le voir au football. Étant aveugle, elle doit quitter ses deux travails et doit enchaîner des petits boulots et même vendre de la drogue pendant quelques temps afin de survivre financièrement. La maison se transforme dès lors en capharnaüm géant et le jeune receveur part souvent courir pendant des heures afin d’échapper à ce quotidien difficile.

Il rentre au collège D. W. Daniel High School et va y jouer au football et au basketball. Sa mère a honte de se montrer et malgré l’insistance de son fils elle va résister longtemps avant de revenir le voir. Grâce à différente opérations (20 en tout) aux niveaux des yeux, elle va pouvoir voir certains des exploits de son fils sur le terrain. Nuk finit son cursus High School avec 57 réceptions, 1266y et 18 TD en attaque, 28 interceptions et 5 TD en défense. Il score également 1453 points pour son équipe de basket.

Vidéo de training où le jeune DeAndre Hopkins attrape toutes les passes qui lui sont lancées

Lors de son choix de faculté, il décide de rester près de la maison et sa maman en choisissant les Clemson Tigers qui ne sont pas encore l’usine à receveurs que l’on connaît maintenant.

Gravir les échelons

Clemson n’est pas le programme qu’il est actuellement. Dabo Swinney nommé HC en 2008 essaie d’en faire un programme de renom. Après trois premières saisons compliquées, le programme connaît la première saison positive d’une longue série (série en cours depuis 2011) et c’est DeAndre Hopkins qui finit meilleur receveur de l’équipe avec 52 réceptions, 637y et 4 TD dès sa première saison.

Lors de sa deuxième année, il est un peu éclipsé par un nouveau receveur, actuel joueur des Chief de Kansas City, Sammy Watkins. Il finit nettement derrière lui mais continue sa progression. Il termine l’année avec 72 réceptions, 978y et 5 TD.

Il revient plus fort l’année d’après et c’est lui qui éclipse Watkins lors de son année junior. Il enchaîne les prestations exceptionnelles et clos sa saison de manière magistrale lors du Chick-Fil-A-Bowl 2012 contre LSU avec 191y et 2 TD. Le breakout est passé par la, Nuk conclut une des meilleures années à la réception dans l’histoire de la division ACC. Bilan de l’année : 82 réceptions, 1405 yards et 18 TD. Il renonce à son année senior et se présente à la draft 2013.

Considéré comme un top prospect il reçoit son invitation pour le Combine NFL mais il se blesse pendant un exercice. Il se rattrape quelques semaines plus tard lors du Pro Day de Clemson en faisant tous les exercices requis. Ses “metrics” si chers à la NFL ne sont pas impressionnant, seul la taille de ses mains (10 pouces) et la longueur des ses bras (85cm) sont impressionnants pour son gabarit. Il obtient plusieurs workout privés avec certaines équipes et ai vu comme un top 3 WR de cette draft.

Lors de cette draft 2013 qui voit notamment Ertz, Kelce, Bell être pris, il est finalement pris en 27ème position par les Texans, 2ème WR sélectionné derrière Tavon Austin, devenant le deuxième receveur sélectionné au 1er tour dans l’histoire de la franchise. Le premier étant son futur coéquipier, le grand Andre Johnson (11ème meilleur receveur de l’histoire en terme de yards reçus), 7 fois pro bowler qui a lui été sélectionné avec le 3ème choix de la draft 2003.

Un diamant mal taillé aux Texans

Lors de sa première saison il est starter sur les 16 matchs de son équipe. Sa première saison est encourageante (802y et 2 TD) surtout que devant lui Johnson cumule 1407y. Il n’a pas été aidé par des QB pas au niveau. Matt Schaub est mis sur le banc après 9 interceptions en 5 matchs. Case Keenum le remplace mais il n’est pas ce qu’on appelle un franchise QB. Gary Kubiak est finalement débarqué à la fin de l’année et Bill O’Brien est nommé HC pour la saison 2014.

Lors de sa deuxième année, il s’affirme comme le receveur numéro 1 de son équipe. C’est Ryan Fitzpatrick qui lui envoi les balles cette année la. Il termine notamment un match contre les Titans avec 238y et 2 TD. Il conclut la saison avec 1206y et 6 TD et devance Andre Johnson. Nuk est notamment l’auteur d’une belle réception à 1 main qui ne comptera malheureusement pas à cause d’un flag :

2015 marque l’avènement de DeAndre en tant que receveur numéro 1. Son coéquipier Johnson est parti chez le rival Colts lors de l’intersaison. Le grand public découvre le nouveau visage de la franchise lors de la série Hard Knocks qui suit le training camp des Texans lors de l’été 2015. Bien qu’il joue avec 4 QB différents au cours de l’année (Hoyer, Mallett, Weeden et Yates), Nuk boucle sa meilleure saison avec 111 réceptions, 1521y et 11 TD. Il guide les Texans jusqu’en playoffs mais leur parcours s’arrête brusquement avec une défaite contre les Chiefs 30-0. Il est nommé pour son 1er Pro-Bowl.

Les Texans offrent un énorme contrat à Brock Osweiler avant la saison 2016. Les performances faméliques du QB vont amener une régression pour le receveur. Il ne dépasse par les 1000y (954y, 4 TD) lors de cette saison qui avait commencé par un holdout de sa part avec pour but un nouveau contrat. Son équipe arrive de façon assez improbable jusqu’en Divisional Round mais perd face aux futurs champions, les Patriots.

Les grades PFF de Nuk depuis son arrivée dans la ligue

En 2017, les Texans draft tout d’abord Deshaun Watson après avoir envoyé Osweiler aux Browns dans un des premiers trade “salary dump” de l’histoire de la NFL. Après son holdout au camp 2016, le receveur obtient enfin gain de cause et signe un contrat de 5 ans, 81M et 49M garantis. La connexion avec Watson n’est pas évidente au début. Nuk est overtarget et rarement qualitativement. C’est lors de la week 7 de cette année dans un superbe match contre Seattle que la connexion fonctionne le mieux (224y, 1 TD). Mais Watson se blesse lors de ce match et est out pour la fin de saison. Tom Savage le remplace mais ne remporte qu’une victoire. Dans ce marasme, Hopkins est le seul à surnager et il boucle une nouvelle saison à plus de 1000y (1378y et 13 TD, son record de TD sur une saison) et il obtient légitiment un nouvelle sélection au Pro Bowl.

Il établit son record de yards reçus lors de la saison 2018 (1572y, 11 TD) bien aidé par le retour de son QB Watson. Les Texans obtiennent leur 2ème meilleur bilan final de leur jeune histoire en terminant avec 11 victoires. Leur parcours s’arrête dès les Wild-Card en perdant contre leur rival Indianapolis. Nuk, diminué par un ligament déchiré dans l’épaule, est discret lors de cette défaite avec seulement 37y mais il est sélectionné pour son 3ème Pro Bowl. Sa saison est marquée par un réception d’anthologie, annulée la aussi par un flag comme en 2015. Réussir à garder le ballon après un tel envol et un catch à une main est une prouesse incroyable. A noter que sur cette saison record, le receveur a vu 27,2% (46/169) des passes reçues impossible à attraper selon les spécialistes.

Son année dernière ne restera pas la plus prolifique si on regarde ses chiffres personnels (1165y et 7 TD). La réelle progression vient de ses deux performances en Play-Off là où il avait peu réussi jusqu’alors. En 2 matchs, il accumule 208 yards mais ne score pas de TD. Les Texans sont stoppés en Divisional Round par le futur Champion, les Chiefs de Patrick Mahomes. Lors des 2 dernières saisons, les targets ont été beaucoup plus qualitatives (70% de catchs contre environ 56% jusque la) et le receveur a été mis en valeur. Son passage aux Texans a montré qu’il n’avait pas été utilisé comme il aurait pu ou du l’être en étant souvent obligé de faire des catchs d’anthologies et ayant peu d’espace pour s’exprimer.

La suite on la connaît maintenant, la Nuk-bomb : les Texans offrent Nuk aux Cardinals contre David Johnson, victime collatérale du changement de philosophie offensive d’Arizona.

Son talent enfin apprivoisé

En décidant d’aller chercher le receveur star, Steve Keim et Kliff Kingsbury avaient forcément un plan. Le premier donne un énorme coup de boost à sa franchise avec cette acquisition, le deuxième donne une nouvelle dimension à l’attaque. On se doutait qu’Hopkins allait énormément servir à upgrade l’attaque des Cardinals. Ce qu’on attendait moins en revanche c’est la capacité du staff à rendre le receveur meilleur qu’il ne l’a jamais été.

En effet le schéma offensif d’Arizona a pour but de rendre le receveur plus ouvert qu’il ne l’était à Houston et lui permettre de faire des actions en ayant un peu de champ. Il n’est plus seulement à la conclusion avec des catchs incroyables, il a maintenant une plus grande liberté de mouvement. Il est à presque 6 YAC/ réceptions alors qu’il n’a jamais dépassé les 4 YAC/réceptions jusque la. Il a déjà cassé 9 placages en 5 matchs, soit autant que sur toute la saison précédente. Cela lui permet d’être leader de la ligue en réceptions (47) et yards (601). Il a actuellement sa meilleure moyenne de yards/matchs (100,2y). S’il maintient cette moyenne toute l’année il fera la meilleure saison de sa carrière.

Bien qu’il bénéficie d’un QB plus inconsistant en la personne de Kyler Murray, la qualité des passes qu’il reçoit est plus qualitative est son pourcentage de réception s’en ressent : il attrape 84,9% des passes que son QB lui envoi, avant le match d’hier soir contre Dallas (77% en incluant ce match particulier), la où il n’a jamais fait mieux que 70% aux Texans. Sa moyenne chute par contre de façon importante quand il est visé sur les 3ème tentatives (61,5%). Son QB a un rating de 111,4 quand il le cible ce qui est impressionnant pour un receveur qui est souvent surveillé par les défenses et couvert par deux défenseurs en même temps.

DeAndre a fait l’unanimité dès son arrivée dans le vestiaire et ses mains immenses ont beaucoup fait parler. Avec ses gants 3XL qu’il doit couper pour avoir de la place, son coach considère qu’il est plus facile pour son receveur de faire des catchs à une main que lui à 2. Considéré comme « one of the best in the business » par la légende de la franchise Larry Fitzgerald, Nuk est apprécié de ses coéquipiers et surtout de ces coachs. Là où des receveurs stars donnent souvent une mauvaise tournure à leur carrière à cause de leur attitude, lui a su rester consciencieux, humble avec un vrai esprit d’équipe. Il a soif de progresser et ça se voit sur le terrain.

Il est rentré dans le cercle fermé des 9000y reçus en carrière à 28 ans et 127 jours. Seuls Randy Moss, Calvin Johnson et Larry Fitzgerald ont atteint cette barre plus tôt. Quand on sait les QB avec qui il a joué c’est impressionnant ! Ses plus de 9000 yards, il les as fait en ne relâchant que 17 des 1109 passes qu’il a reçu (seulement 1,5% de drops, 3ème meilleur pourcentage depuis 2013). En 2018, il était devenu le seul à avoir attrapé 115 passes sans aucun drop sur une saison entière.

DeAndre Hopkins n’a pas eu un début de vie facile mais c’est de la qu’il tire sa force. Il a su garder la tête sur les épaules et malgré un talent immense qui l’impressionne lui même parfois, il continue de tracer sa route sans faire la superstar. Il est maintenant dans une équipe qui sait utiliser ses capacités au mieux avec un staff en place bien organisé ce qui devrait lui éviter la même déconvenue qu’aux Texans. Il a signé un nouveau contrat de 54,5M sur 2 ans juste avant le début de la saison, il a donc la tête tournée sur le terrain. Il devrait continuer de nous émerveiller encore de nombreuses années et permettre aux Cardinals de prétendre au Superbowl. Même si ce n’est pas le même profil, il est le candidat parfait à la succession du grand Larry Fitzgerald. De notre côté il ne reste plus qu’à se mettre dans le canapé, allumer la télévision et admirer son talent.

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