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Daryl Morey le révolutionnaire est parti, vive la Révolution

Toutes les révolutions ont ceci en commun : un jour ou l’autre, elles prennent fin. Les révolutions sportives ne sont pas une exception à la règle mais, à l’inverse des révolutions politiques, n’ont ni dates de début ou de fin, ni traités ou déclarations d’indépendance, ni roi guillotiné. 

Dans le sport, les révolutions s’achèvent parce que les conquérants gagnent les esprits et leur philosophie devient la norme. La révolution des statistiques avancées est terminée parce que les geeks l’ont emporté et que leur Saint patron, Daryl Morey, n’est plus le General manager des Houston Rockets.

Tout d’un coup, l’une des franchises au succès le plus pérenne de NBA est en crise de stabilité. Les joueurs qui déterminent la victoire où la défaite sont toujours là, mais les deux personnes responsables de la formation de l’effectif et de son insolite expression sur le parquet ne sont plus employées par Houston.

Les Rockets n’ont jamais remporté le championnat ni même atteint les finales durant les 13 années du mandat de Morey, mais ont remporté plus de matches que quiconque, excepté San Antonio. Ils ont tellement gagné que Morey est resté en poste après son tweet de soutien aux protestataires de Hong Kong, qui a mis en péril les affaires de la NBA et de son employeur en Chine.

L’usage des statistiques avancées s’est massivement développé dans le basket cette dernière décennie. L’approche offensive des Rockets, si novatrice il y a encore cinq ans, a été adoptée d’une manière ou d’une autre par toutes les équipes de la ligue, même les plus réfractaires au progrès. Plus aucun entraîneur ne donne la consigne de jouer un pick-and-pop à six mètres du panier, à moins que le shooteur s’appelle Leonard, Paul ou Middleton. Plus aucune direction sportive ne se passe d’un département spécifiquement dédié aux statistiques avancées.

S’il est un homme à la racine de ce changement, c’est Daryl Morey. Même à la fin de leur histoire commune, Morey et Houston ont tenté une nouvelle révolution, jouant les 37 derniers matches de leur saison sans le moindre pivot dans l’effectif, après l’échange de Clint Capela à Atlanta. Mais cette fois, l’approche révolutionnaire a produit des résultats bien ordinaires.

Leur dernière altération n’a fait que souligné la supériorité d’autres équipes comme le Miami Heat ou les Los Angeles Lakers, qui pouvaient jouer de la même manière, avec autant de vitesse, autant de technique et plus de physique. Quand la limitation des role players de Houston a conduit à de prévisibles isolations, les meilleures équipes usaient de mouvement, de jeu en transition et d’options secondaires ou tertiaires capables de plus que de simples catch-and-shoot. L’évolution de la révolution. Ce vers quoi l’ensemble de la ligue va tendre cette intersaison.

Le futur en question

Les Rockets, apôtres de la révolution, font eux face à une reconstruction jonchée d’obstacles. Mike D’Antoni et Daryl Morey sont partis, tout comme les autres têtes pensantes du jeu analytique. Sam Hinkie a eu le temps de défaire puis tenter de refaire les Sixers – avant qu’il n’en soit empêché -, Gerson Rosas est désormais à la tête des Timberwolves et Monte McNair vient d’être nommé General manager des Kings. B.J. Johnson, l’autre figure clé de la direction sportive, est lui tragiquement décédé jeudi dernier

Sans ces hommes forts, qui n’étaient pas les siens, il incombe désormais au propriétaire Tilman Fertitta d’incarner le renouveau de sa franchise. Une tâche qu’il a eu du mal à remplir depuis son rachat de l’équipe. Il y a eu la meilleure saison de l’histoire des Rockets en 2017-2018, avec laquelle il n’avait absolument rien à voir. Après cela, des mauvaises décisions directement imputables à son refus (ou son incapacité financière) à améliorer l’effectif et payer la luxury tax.

Durant l’ère Morey, les Rockets n’ont d’ailleurs payé la luxury tax qu’une seule fois, en 2015-2016 (3,65 millions de dollars). À titre de comparaison, les Warriors ont payé 49,6 millions de dollars seulement sur les cinq dernières années. Même l’équipe de petit marché qu’est le Thunder a payé 33,7 millions de dollars en taxe sur la même période. 

Après New-York, Los Angeles, Toronto et Chicago, Houston est le quatrième marché le plus important de NBA. Les Rockets ont une superstar au pic de sa carrière et s’octoyaient, avant le soutien de Morey à Hong Kong, la part du lion du marché chinois. Ni Fertitta, ni Les Alexander avant lui, n’ont la moindre excuse valable pour ne pas avoir voulu faciliter le travail de leur dirigeant d’exception. 

La trade deadline de la dernière saison en a été la parfaite illustration. Morey a dû utiliser un 1er tour de draft pour se débarrasser des salaires de Brandon Knight et Marquese Chriss. Non pas qu’ils auraient permis aux Rockets d’éliminer les Lakers, mais le choix de draft aurait certainement été plus utile dans l’obtention d’un renfort. Un exemple parmi tant d’autres, dicté par les desiderata du propriétaire. 

Morey n’est pas sans tort. Il a eu la fâcheuse tendance appréhender sa mission comme une immense équation mathématique, privilégiant les données et sous-estimant l’aspect humain. Sur le papier, ses acquisitions de Dwight Howard puis de Chris Paul étaient géniales. L’association de leurs personnalités à celle de James Harden aurait dû être un frein à leur recrutement. Sans le clash des genres entre Harden et Paul, Morey n’aurait pas paré au plus pressé pour s’affranchir du meneur et récupérer Russell Westbrook, dont le contrat gargantuesque est l’inconvénient n°1 au Quattrocento de la franchise. 

Cela, partant du principe que Harden veuille rester à Houston, ce qui n’est pas une évidence. À 31 ans, il ne lui manque qu’un titre pour asseoir sa légende dans l’histoire du jeu. Si Rafael Stone, le conseiller de Fertitta nommé nouveau GM, ne parvient pas à refaire des Rockets une équipe du haut du panier dans la Conférence Ouest, il n’est pas difficile d’envisager une demande de trade de leur meilleur joueur. Un scénario qui leur permettrait de recouvrer les ressources échangées dans le trade pour Westbrook, et bien plus encore. Sans choix de draft, sans possibilité (que l’on sache) d’excéder le salary cap, sans bons jeunes joueurs, Stone n’aura peut-être pas d’autre solution si le marasme de la bulle se prolonge trop longtemps.

Un héritage aux infinies ramifications

Quant à Daryl Morey, il ne lui manque aussi qu’une bague de champion pour le consacrer au panthéon des dirigeants de la NBA. Son équipe de 2017-2018 est parmi les meilleures de tous les temps n’ayant pas ravir le Graal. 

La blessure de Chris Paul à 53,5 secondes du terme du match 5 des finales de conférences 2018 est un des tournants majeurs de l’histoire récente de la ligue. Houston l’avait bien emporté, poussant pour la première – et unique – fois les Warriors version Kevin Durant au bord de l’élimination.

Mais en l’absence de Paul, les Rockets sont passés de potentiels auteurs d’une des saisons les plus dominantes jamais réalisées, à souffre-douleur manquant 27 tentatives à trois points d’affilée, dans un match pour leur postérité. Peu importe que la blessure d’Andre Iguodala ait pénalisé les Warriors de la même manière. Avec le recul, celle de Paul revêt encore plus le caractère d’un acte manqué. 

On accordera toutefois aux Rockets et à Morey d’avoir été les seuls à ne pas s’avouer vaincus face à la dynastie californienne. Les seuls à ne pas avoir attendu que l’ouragan Durant passe pour jouer leur va-tout. Les seuls à les avoir légitimement fait suer lorsqu’ils étaient à 100% de leurs moyens.

Avant 2018, il y avait 2008 et les 22 victoires consécutives, après la blessure de leur figure de proue Yao Ming. Il y avait aussi 2009 et l’âpre série en sept matches face aux Lakers, futurs champions, une nouvelle fois sans Ming et sans Tracy McGrady. Il y avait enfin 2015 et l’improbable come-back mené par Josh Smith et Corey Brewer contre les Clippers, avant de tomber contre l’inarrêtable train Warriors. 

Il y avait ces vaillant perdants, mais il y avait surtout la reconstruction après les déclins de Ming et McGrady. En 2009-2010, les deux étaient blessés, avec des contrats maximum, sans perspective de retrouver un jour leur niveau de jeu… Cette année-là, les Rockets avaient gagné 42 matches. 

Sans jamais réellement toucher le fond avec les Luis Scola, Goran Dragic et autres Kevin Martin, Morey et son staff ont patiemment collecté les choix draft en attendant l’opportunité d’acquérir la superstar tant désirée. Trois petites années, aucun tank, et James Harden dans les filets. Un modèle du genre.

Au-delà encore de la reconstruction, Morey a toujours su améliorer son équipe à la marge, avec des contrats minimums, des joueurs de G-League et une maîtrise sans pareille du salary cap. Acquérir des James Harden, Dwight Howard et Chris Paul est une chose. Sortir des Chuck Hayes, Patrick Beverley et Robert Covington de son chapeau en est une tout autre.

Il pourrait ne plus jamais travailler dans le basket que son empreinte sur le jeu restera indélébile. Les dix dernières années de stratégies en NBA peuvent être tracées à l’idéal qu’il a pensé : des tirs à trois points, des layups, des lancers francs. Le test ultime du succès d’un mouvement révolutionnaire est sa propagation. Les statistiques avancées l’ont passé avec brio. Les équipes sont aujourd’hui meilleures et plus intelligentes grâce au progrès analytique. Le jeu NBA est plus attrayant qu’il ne l’a jamais été. Wesh. Un homme en est à l’origine. Morey

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