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L’avènement du combo guard

En constante évolution, le basketball aime à réinventer les postes, imaginer de nouveaux rôles. On s’est intéressé au stretch four, il fallait parler du combo guard. Derrière cet anglicisme sibyllin se cache un joueur de sang-mêlé, fruit du meneur et de l’arrière. Combinant les qualités inhérentes des deux postes, il est aujourd’hui légion sur les parquets de NBA. Et si son règne ne faisait que commencer ? (image : entrepreneur.com)

L’arrière shooteur est mort…

Vision du jeu, vitesse, sens de la passe, du dribble. Autant d’attributs que l’on prête d’ordinaire aux meneurs. Quand ils sont combinés au jeu sans ballon et au jump shot des arrières, on parle alors de combo guards. L’un des premiers à être ainsi qualifié n’est autre que Jerry West. Petit (1,88m), le logo de la NBA a pourtant joué la majeure partie de sa carrière au poste 2, laissant la mène des Lakers à Gail Goodrich. Par la suite, le combo guard est tombé en désuétude, sans doute trop difficile à incorporer dans les schémas offensifs.

Il retrouve de sa superbe à la fin des années 1990. Allen Iverson et Penny Hardaway débutent au poste 1 ou à l’arrière selon l’opposition et font vivre de véritables cauchemars aux défenses. Ils sont alors des exceptions dans le paysage de la NBA. Les meneurs sont des gestionnaires, chargés en priorité d’alimenter leurs coéquipiers en ballons. Les cartons offensifs ? Très peu pour eux. Certes, le jeune Stephon Marbury est un fou de la gâchette, mais le scoring, c’est une affaire d’arrières. C’est comme ça depuis l’arrivée de Michael Jordan et ça ne risque pas de changer. Suffit de voir les jeunes Kobe Bryant, Ray Allen ou Vince Carter.

Cette dernière sentence vous paraît anachronique, n’est-ce pas ? Si vous avez bien lu notre analyse du stretch four, vous avez noté que les grands s’écartaient de plus en plus du cercle, occupant de facto le rôle de spot-up shooter jadis confié aux arrières. Le jeu a changé, et les points se sont déplacés vers la mène et les ailes. En 2001/2002, seuls 2 meneurs marquaient plus de 20 points par match (Marbury et Gary Payton). En 2019/2020, ils sont maintenant 7 (Damian Lillard, Trae Young, Luka Doncic, Russell Westbrook, LeBron James, De’Aaron Fox et Kemba Walker).

Vive le meneur shooteur !

Et pour cause, combien de ces joueurs auraient été considérés autrefois comme des arrières ? L’époque où Joe Dumars et Hersey Hawkins se maintenaient au poste 2 en mesurant moins d’1,90m est révolue. Les Kyrie Irving ou Jamal Murray sont des shooting guards dans l’âme, placés au poste 1 pour leur associer sur le backcourt un joueur capable d’attaquer sans ballon et de défendre sur le meilleur extérieur. Comment s’explique cette profusion de meneurs qui jouent comme des arrières ?

Un facteur évoqué est l’évolution des règles, et notamment l’interdiction du handchecking (antenne). On interdit aux défenseurs le contact avec les mains pour tenter d’arrêter les attaquants. Ce qui permet à de nombreux combo guards d’utiliser leur explosivité devant les intérieurs – moins mobiles – et de se frayer un chemin vers le panier (drive). Vous l’aurez compris, la règle favorise l’attaque et particulièrement les joueurs rapides. Un terrain de jeu idéal pour un joueur comme Dwyane Wade, doté d’un handle de meneur à défaut d’avoir le shoot d’un arrière. Même James Harden, qui n’a pas ce défaut derrière l’arc, fut le point guard de Mike D’Antoni en 2017/2018. Ball-handler d’élite, Harden faisait jouer son sens du dribble et de la passe ballon en main. Devin Booker et CJ McCollum, pour ne citer qu’eux, sont à la fois l’arrière titulaire et le meneur backup de leur franchise.

Dwyane Wade face à James Harden, deux meneurs dans le corps d’un arrière (image : The Dream Shake)

En 2014, le GM d’OKC Sam Presti dressait ce constat pour Bleacher Report : « Le jeu se fait majoritairement sur pick-and-roll ou sur transition. Cela se fait généralement entre un meneur et un grand. Les arrières étaient avant tout des joueurs d’isolation » Rick Carlisle d’ajouter : « Il y a beaucoup moins de tirs en sortie d’écran, car les équipes défendent bien mieux sur ces situations. Maintenant, les systèmes se font par une pénétration et une fixation. C’est pourquoi le jeu a tellement évolué jusqu’à aujourd’hui.  Nous avons toujours des arrières bons en 1 vs 1 et en sortie d’écran, mais désormais, nous avons un jeu plus sain à regarder, car il nécessite des mouvements de la part des 5 joueurs sur le terrain. Cela donne un jeu plus amusant, dynamique et imprévisible ».

Victime de cette invasion d’arrières refoulés, les meneurs passeurs sont aujourd’hui une denrée rare. Où sont les Magic Johnson, John Stockton, Isiah Thomas, Steve Nash, Jason Kidd et autres Kevin Johnson ? Pour la plupart, les meneurs NBA marquent plus de points qu’ils ne font de passes. Et ceux qui résistent sont en fin de carrière, on pense à Chris Paul ou Rajon Rondo. Même en Euroligue, où l’uniformisation des postes est moins rentrée dans les mœurs, on a pu observer des Juan Carlos Navarro, Vasílios Spanoúlis, Sergio Llull ou autres Bo McCalebb être utilisés indifféremment aux postes 1 et 2.

L’uniformisation des systèmes de jeu et les changements de règle expliquent en partie la naissance du combo guard, enfant illégitime du meneur et de l’arrière. Car peu importe, finalement, à quel poste ils évoluent, la ligue appartient dorénavant à ces attaquants hybrides. Certains jouent au poste 1 en raison de leur taille, d’autres en 2 car trop rapides pour les arrières adverses. Et à l’heure où le scoring et le tir à 3 points sont glorifiés, cette tendance pourrait bien s’affirmer dans les années à venir. Le guard de demain est un combo guard.

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