Les Douceurs du CCS Une histoire de famille

Manaudou frère et soeur, de l’or aux larmes

Le sport est parfois une histoire de famille. Lorsqu’on a un père, une mère ou une aînée qui a brillé au plus haut niveau, l’héritage est parfois lourd à porter, et les enfants de stars ne parviennent pas toujours à emprunter le chemin associé à leurs noms. Mais ce peut aussi être tout l’inverse. Ils sont nombreux à avoir su imiter leurs glorieux aînés pour se faire une place parmi les grands noms de leurs disciplines. Frères et sœurs, Laure et Florent Manaudou relancent cette série.

Aux origines, un talent prometteur

Pour remonter aux débuts de la saga « Manaudou », il nous faut remonter jusqu’en 2003. En ce temps-là, Laure a tout juste 18 ans. Malgré ce jeune âge, la jeune Française glane cinq médailles d’or lors des championnats de France. Des succès remarquables qui s’accompagnent de divers records nationaux et d’une place grandissante dans le cœur des suiveurs de la natation. La jeune Laure Manaudou conquiert les foules. Un an plus tard, en 2004, elle réitère et remporte quatre titres nationaux (400m et 800m nage libre, 50m et 100m dos). Laure Manaudou s’impose comme une valeur montante de la natation mondiale.

N’étant pas un sport sur-médiatisé la natation s’appuie alors essentiellement sur les Jeux Olympiques pour briller. La jeune idole n’en attendait pas moins pour s’imposer définitivement dans le cœur des Français. A Athènes, en 2004, la nageuse tricolore fait briller la bannière française. Avec trois médailles (une de chaque métal), Laure Manaudou devient la nouvelle coqueluche de la natation française. En remportant l’épreuve du 400 mètres nage libre, elle devient la première athlète tricolore à triompher depuis l’illustre Jean Boiteux, lauréat en 1952, sur la scène olympique. Pendant ce temps-là, le jeune Florent joue au handball…

A 17 ans, Laure Manaudou s’impose dans la cité olympique d’Athènes (Images : Twitter des Jeux Olympiques)

Deux nageur(se)s d’exception

Dès lors, Laure Manaudou bat tous les records. En 2006, elle écarte l’historique record du monde du 400 mètres nage libre, remporte plusieurs médailles d’or lors des championnats d’Europe et des championnats du monde, et évidemment lors des championnats de France, qu’elle écrase pendant des années. Au total, elle remporte la bagatelle de 22 médailles d’or dans les compétitions internationales. Florent, de quatre ans son cadet, en compte 19 à l’heure actuelle. Mais jusqu’en 2011, il ne gagne rien, ni en France, ni à l’échelon supérieur. Toujours bien placé derrière les grands favoris des bassins mondiaux, Florent Manaudou rêve d’imiter sa sœur mais échoue à décrocher l’or. Interviennent alors les JO de Londres…

Et si l’on devait retenir un moment, une image, qui lie les frères et soeurs Manaudou, il y a fort à parier que nombreux d’entre nous évoqueraient les Jeux Olympiques de Londres, en 2012. Lors ce ces olympiades anglaises, Florent est aligné sur le 50 mètres nages libre. Sans être le principal favori de cette épreuve, Florent se hisse jusqu’en finale sans grandes difficultés. Mais à ses côtés, ce sont des grands noms de la natation mondiale qui concourent. Cullen Jones et surtout César Cielo. Le Brésilien est sans aucun doute la plus grande menace sur cette finale, lui qui a terminé dans le même temps que Jones en demie (21s 54). Cielo est surtout tenant du titre du 50 mètres nage libre. La suite appartient à l’histoire.

Un héritage historique

L’épreuve du 50 mètres nage libre est sans doute l’une des plus indécises. En une seule longueur de bassin, la différence se fait au départ, et les écarts finaux ne sont généralement pas élevés. En ce 3 août 2012, 64 centièmes de secondes seulement séparent le dernier du vainqueur. Ce vainqueur, c’est Florent Manaudou. Nageant dans la ligne d’eau numéro 7, le Français réalise un départ canon et se retrouve vite dans les trois premières positions. Et dans les derniers mètres, il ne fléchit pas et vient toucher le premier.« Le petit frère s’est fait un prénom ! » s’extasie Alexandre Boyon à l’antenne de France Télévisions. Et alors que l’euphorie se propage dans les chaumières de l’Hexagone, Laure descend des tribunes pour serrer son frère dans ses bras, ne pouvant contenir ses larmes.

Le témoin est officiellement transmis ce 3 août 2012 (Image : Tokyo 2020)

Aujourd’hui encore, Laure et Florent Manaudou sont deux des plus grands noms de la natation française et mondiale. Malgré des carrières pleines de hauts et de bas, d’interruptions et de succès, ils ont porté fièrement les couleurs de la France dans les bassins mondiaux, et ont tout deux connu la joie d’un sacre olympique. A 8 ans d’intervalle, les frangins du Rhône sont montés sur la plus haute marche d’un podium des Jeux. La première, Laure, a ébloui par sa jeunesse et sa fraîcheur, après de longues années sans titre pour la natation tricolore. Florent, le second, a su s’élever au rang de son illustre aînée pour faire perdurer ce nom comme un symbole du sport français. Les Manaudou ont briller par leurs exploits, et ont attiré l’attention sur une discipline ou de nombreux forts caractères les ont cotoyé. Philippe Lucas en tête, évidemment. Quand on lui demande si son ancienne protégée est la plus grand nageuse de tous les temps, il répond: « Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’elle est simplement allée à 50 % de ses limites. Elle a remporté la moitié de ce qu’elle aurait dû gagner. »

Doit-on pour autant avoir des regrets? Pas sûr. Laure et Florent Manaudou ont offert quelques unes de ses plus belles heures de gloire à la natation tricolore. Leur nom restera à jamais gravé dans l’Histoire du sport français, pour avoir su triompher dans des bassins bien fournis en noms ronflants. Le sport est parfois une histoire de famille. Un simple nom peut conférer un statut, une attente, une pression. Mais quand le talent et la détermination s’en mêlent, alors on serait prêt à tout pour rendre fier les siens, et se hisser au niveau des plus grands.

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