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Vuelta 2020 – Alto de l’Angliru : voyage au coeur de l’enfer

Ce dimanche, second épisode de ce week-end asturien pour les acteurs de cette 75e Vuelta. Après un statu quo entre les hommes forts du peloton hier dans l’étape menant au parc naturel de Somiedo, les prétendants à la victoire finale se retrouve aujourd’hui pour une journée de gala. Une étape courte qui mène les coureurs au sommet de l’Alto de l’Angliru, col très difficile qui va faire de gros dégâts et chambouler la hiérarchie du classement général, la veille de la deuxième journée de repos.

Point sur la course

Onze jours que le Tour d’Espagne s’est élancé d’Irun au Pays basque. Dès la première journée de course, Primoz Roglic a pris le pouvoir à Arate. Pendant cinq jours, il a été leader solide du classement général. Semblant intouchable, il a cédé du terrain du côté d’Aramon Formigal et a dû lacher sa tunique pour l’Equatorien Richard Carapaz. Deux jours plus tard, Roglic a de nouveau levé les bras après une belle bataille contre le maillot rouge du côté de Hornos de Moncalvillo, la veille de son trente et unième anniversaire. Il s’est offert un triplé en l’emportant également à Suances. A la suite de cette troisième victoire d’étape, il a empoché pour moins d’une seconde la tunique de leader. Son principal rival, c’est Richard Carapaz, qui a beaucoup tenté dès que la route s’élevait. L’Equatorien est très costaud. Deux bémols pour la suite ? Son équipe, peu à son avantage hier, et ses piètres qualités de rouleurs. Pour remporter son second grand Tour après le Giro en 2019, Richard Carapaz devra mettre le feu à l’Angliru ce dimanche.

Primoz Roglic vainqueur d’un duel acharné contre Richard Carapaz lors de la huitième étape menant à Moncalvillo. (Photo : rtve.es)

Le troisième du classement général, c’est Dan Martin. L’Irlandais est solidement accroché au podium, à seulement 25 secondes de Roglic et s’est même offert le luxe de remporter une étape. Le Britannique Hugh Carty réalise également une très belle Vuelta. Impressionnant à Aramon Formigal, il est se situe à moins d’une minute de Roglic (58 secondes). Derrière, la Movistar montre une nouvelle fois une grande force collective sur un grand tour, avec trois coureurs dans le top 10. Enric Mas est cinquième du classement général tandis que Alejandro Valverde se classe huitième. Marc Soler a fait un joli rapproché au général hier en prenant l’échappée. Le jeune Catalan a levé les bras lors de la deuxième étape du Tour d’Espagne, remportant sa première étape sur un grand tour. Ce samedi, il a terminé second derrière le Français David Gaudu, qui lui aussi a connu son premier succès sur une course de trois semaines.

Profil de l’étape du jour

Seconde partie du grand week-end montagnard de cette 75e édition de la Vuelta. Après avoir livré bataille samedi en direction de Sabinanigo, le peloton se lance aujourd’hui pour l’étape clef de ce Tour d’Espagne 2020 avec une montée finale sur les terribles pentes de l’Alto de l’Angliru. Au programme pour cette douzième étape, seulement 109,4 kilomètres, mais qui regroupent un total de cinq cols.

Profil de la douzième étape du Tour d’Espagne 2020. (Photo : lavuelta.es)

Au départ de La Pola Llaviana, les coureurs commence avec un faux plat descendant d’un peu plus d’une vingtaine de kilomètres. Il s’en suit les premières difficultés du jour toutes deux classées en troisième catégories : l’Alto de Padrun (3 km à 6.6%) et l’Alto de Santo Emiliano (5.8 km à 4.9%). Après un peu plus de 50 kilomètres, les coureurs attaquent le premier gros morceau de cette étape, l’Alto de La Mozqueta, une ascension relativement courte (6.6 km) mais difficile avec un pourcentage moyen de 8.4% (passage de plus de 1.6 kilomètres à 12 % au début du col). Après cette montée exigeante, la longue descente mène le peloton au sprint intermédiaire de Figaredo, situé au soixante-dix-septième kilomètres de l’étape du jour. 

C’est dans les 30 dernières kilomètres que l’étape va s’animer ! Sur cette distance relativement courte, les coureurs vont emprunter l’Alto del Cordal, 5.4 km à 9.1% (avec un final terriblement exigeant) pour ensuite aller affronter l’Alto de l’Angliru, juge de paix de ce dimanche, et peut être même de la Vuelta 2020.

L’Alto de l’Angliru, l’ogre des Asturies

Ce col de l’Alto de l’Angliru, c’est une ascension assez récente sur le Tour d’Espagne. Mais très vite, le profil spécifique de cette ascension qui en fait l’un des cols les plus difficiles au monde a particulièrement plus aux organisateurs de la course, et au public ! Observons de plus prêt ce véritable monstre. Rien qu’en le regardant, vous allez avoir mal aux jambes.

Profil de l’Alto de l’Angliru. (Photo : lavuelta.es)

L’Alto de l’Angliru, c’est un col que l’on peut découper en deux temps. La première partie est la plus “facile”. Les coureurs attaquent les 5 premiers kilomètres avec une pente composée majoritairement de passages entre 6 et 9%. Néanmoins, on commence à prendre quelques échantillons de la seconde partie avec des portions à plus de 10%.

C’est à partir de ce cinquième kilomètre et le passage dans le lieu-dit La Via Para que la légende de l’Alto de l’Angliru prend tout son sens. Après une légère descente, on rentre directement dans le vif du sujet, dans ce qui fait de l’Angliru un enfer pour tous les coureurs de la planète. 7 kilomètres de souffrance, d’horreur, de dépassement de soi (une pensée aux amis sprinteurs). Une pente qui se dresse brutalement, d’un coup, avec deux kilomètres à plus de 13.5 % de moyenne. Il s’en suit une portion un peu plus calme à “seulement” 11% de moyenne, puis trois kilomètres à plus de 13% (dont 1 km à 16.5 % de moyenne !). Pour finir, le dernier kilomètre difficile est à 10%. Les derniers hectomètres de l’ascension sont en faux plat descendant.

Dans cet Alto de l’Angliru, on note quelques passages à plus de 20%. A coup sur et comme par le passé, il sera le théâtre d’un grand combat, d’héroïsme et de multiples défaillances. Certains perdront la Vuelta, quand d’autres pourront la gagner.

Un col récent mais déjà classique de la Vuelta

C’est en 1999 que le Tour d’Espagne pose pour la première fois ses valises au sommet de l’Alto de l’Angliru. Et c’est le regretté José Maria Jiménez qui s’impose au sprint devant le Russe Pavel Tonkov. Pris d’amour pour cette montée inédite, les organisateurs la remettent au programme dès l’édition 2000, et c’est cette fois l’Italien Gilberto Simoni qui lève les bras. Deux ans plus tard, c’est le quadruple vainqueur du Tour d’Espagne Roberto Heras qui gagne l’étape sous une pluie torrentielle. 

José Maria Jiménez, bravant les terribles pentes de l’Angliru lors de sa victoire en 1999. (Photo : Teledeporte)

Après avoir boudé six ans ce col des Asturies, la Vuelta revient à l’Angliru lors de l’édition 2008. Alberto Contador remporte l’étape en solitaire devant Joaquim Rodriguez et Alejandro Valverde et prend la tête du classement général, qu’il n’a par la suite plus quitté jusqu’à Madrid. Il est encore aujourd’hui le seul coureur à avoir remporté l’étape de l’Angliru et le classement général du Tour d’Espagne lors d’une même édition.

Cette statistique, elle aurait aussi pu appartenir à Juan José Cobo Acebo, vainqueur au sommet de l’Angliru en 2011 et du Tour d’Espagne. Au final, cette anomalie et victoire plus que douteuse du cyclisme moderne a été résolu, et Cobo Acebo a été déclassé. Chris Froome a récupéré le titre de vainqueur de la Vuelta et c’est Wout Poels – présent cette année sur l’édition 2020 – qui avait récupéré les lauriers de cette prestigieuse victoire d’étape.

Tour d’Espagne 2013. Cocorico ! Lors de cette arrivée à l’Angliru, un jeune Français tout juste âgé de 22 ans vient éclabousser de son talent la montée finale de la 20e étape de la Vuelta. Parti dans une échappée d’une trentaine de coureur, le grimpeur de la FDJ Kenny Elissonde est le seul coureur à ne pas être repris par les hommes forts du peloton. Derrière une bataille Horner – Nibali – Valverde pour le gain du classement général, il résiste et s’impose avec 26 secondes d’avances devant Chris Horner.

Derniers hectomètres de Kenny Elissonde, victorieux sur les pentes de l’Angliru lors de la Vuelta 2013. (Vidéo : Eurosport France)

La dernière fois que le Tour d’Espagne était venu à l’Alto de l’Angliru, c’était en 2017. Cette étape a été le théâtre du dernier coup d’éclat d’un homme de panache, d’un immense cycliste de notre siècle. Une nouvelle fois, Alberto Contador nous a fait un numéro dont il a le secret, plein d’audace. Attaquant dans la descente de l’Alto de Cordal, il profite de l’aide de son équipier Jarlinson Pantano, et du patriotisme des jeunes Espagnols Enric Mas et Marc Soler. A 5.4 km du sommet, Alberto Contador s’envole et remporte une victoire prestigieuse, devant les deux Sky Wout Poels et Chris Froome, neuf ans après son premier coup d’éclat sur les routes du Tour d’Espagne, toujours sur les pentes de l’Angliru. A ce jour, Contador reste le seul à s’être imposé deux fois au sommet l’Alto de l’Angliru.

L’histoire de la victoire d’Alberto Contador à l’Angliru lors de la Vuelta 2017 racontée par Le Petit Braquet. (Vidéo : Le Petit Braquet).

Ce dimanche, les coureurs du Tour d’Espagne se rapprocheront un peu plus de l’enfer. Après avoir échappé il y a une semaine au col du Tourmalet, ils n’échapperont pas à l’Alto de l’Angliru. Ce jeune col, déjà théâtre de grands moments de cyclisme, est le juge de paix de l’étape reine de cette 75e édition de la Vuelta. Après un peu moins de deux semaines de course, cette montée, qualifiée de “surhumaine”par le consultant d’Eurosport David Moncoutié, donnera de grandes indications et va chambouler le classement général. Gare au coup de mou et rendez vous à 13h30 sur Eurosport 1.

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