Rugby

Antoine Dupont, déjà au panthéon

Depuis qu’il est apparu sur la scène internationale en 2017, Antoine Dupont s’est imposé de façon incontestable au cœur du jeu des Bleus. À seulement 23 ans, il fait déjà partie des meilleurs joueurs du monde à son poste. Peut-être même est-il déjà le numéro 1 des numéros 9.

Ce n’est plus un secret pour personne tant il éclaire les rencontres de son talent, mais le statut d’Antoine Dupont a changé depuis deux ans. Ses prestations avec le Castres Olympique (2014-2017) puis le Stade Toulousain (depuis 2017) l’ont d’abord révélé aux yeux des observateurs français.

L’explosivité et les rushs offensifs de ce demi de mêlée si jeune ne pouvaient l’amener qu’au firmament du rugby tricolore. Chose faite en 2017 avec une première cape en Italie, avant que des titularisations répétées lors du Tournoi 2019 ne l’installent définitivement dans le fauteuil de caporal des Bleus pour la Coupe du monde au Japon et le début de l’ère Galthié dans cette année 2020 particulière.

La qualité de passe d’Antoine Dupont est saluée par tous les observateurs. (Crédit photo : Le Figaro)

Un profil atypique

Les dernières sorties de Dupont face au pays de Galles (38-21) et à l’Irlande (35-27) ont encore prouvé l’incroyable capacité du Toulousain à gagner ses duels et anticiper les actions. Dans son style tout en punch et en vitesse, il présente un profil complètement atypique au niveau international. La comparaison avec ses contemporains numéros 9 révèle d’ailleurs parfaitement cette particularité.

Dupont ne le cache pas, son modèle est le All Black Aaron Smith (31 ans, 95 sélections), phénomène de précision et de vision du jeu. « J’aimerai avoir sa passe », a confié le Français à L’Equipe. Fort d’une expérience des matchs à enjeux incomparable, le Néo-Zélandais représente la référence mondiale pour de nombreux demis de mêlée. Pourtant, Dupont aussi peut se targuer d’une qualité de passe au-dessus de la moyenne. Un exemple ? Son offrande longue de 20 mètres à Grégory Alldritt face aux Italiens lors du dernier Tournoi.

Dupont adoubé par son modèle Aaron Smith, sur Twitter.

Champion du monde avec les Springboks l’an dernier, Faf de Klerk (29 ans, 30 sélections) peut légitiment être considéré comme un modèle de 9. Comme Dupont, le trapu Sud-Africain est capable de gestes techniques fous pour offrir de l’avancée à une sélection souvent caricaturé comme uniquement portée sur le défi physique. Et de Klerk ne s’échappe pas non plus en défense. De la même façon, Dupont est un excellent plaqueur qui ne rechigne pas à distribuer quelques tampons pour soulager son équipe en souffrance. Son sauvetage en reprenant du bout des chaussettes le Tongien qui filait à l’essai lors du Mondial 2019 est un modèle de courage et de persévérance.

Un jeu au pied rassurant

Dans l’hémisphère Nord aussi, le Français trouve de sérieux clients à son poste. Avec le Quinze de la Rose, Ben Youngs (31 ans, 100 sélections) s’inscrit dans la lignée des demis de mêlée puissants, robustes, forts sur l’homme. Sa présence physique lui confère un style sans doute moins impressionnant mais sacrément efficace. Dupont dispose d’un profil moins lourd mais son explosivité est telle qu’il fait toujours naître un danger dans la zone clé des rucks où les avants adverses sont bien souvent pris de vitesse.

A l’image de Youngs, l’Irlandais Conor Murray (31 ans, 83 sélections) est lui aussi un numéro 9 costaud mais il se démarque par deux aspects particuliers : la qualité chirurgicale de son jeu au pied et sa complémentarité avec l’ouvreur Jonathan Sexton (61 sélections communes). Avec ses « box kicks » parfaitement distribués, Murray fait peser une pression constante sur l’arrière-garde adverse et déplace le ballon loin des zones de danger. Dans cet exercice, Dupont a énormément progressé depuis ses débuts. Le Français est d’ailleurs le joueur qui a gagné le plus de mètres avec son jeu au pied lors du Tournoi (1560 m).

Le jeu au pied d’Antoine Dupont s’est amélioré, même sous la pression de Tom Curry. (Crédit photo : David Davies/Press Association Images)

La complémentarité avec Ntamack

Du point de vue de la complémentarité de la charnière, les Bleus sont encore loin des réflexes communs du duo Murray-Sexton ou de la longévité de la paire historique formée par les Australiens George Gregan et Stephen Larkham (73 associations). Mais Antoine Dupont et Romain Ntamack (11 sélections communes à la charnière) présentent un potentiel offensif époustouflant, seulement comparable à celui du quatuor All Black Smith-Perenara-Mo’unga-Barrett.

À l’occasion du Tournoi 2020, les jeunes Dupont (23 ans, 26 sélections) et Ntamack (21 ans, 18 sélections), de plus en plus souvent associés à Toulouse, ont écrasé la concurrence. Ils ont même été nommé au titre de meilleur joueur de la compétition avec leur partenaire Grégory Alldritt (mais aussi Maro Itoje, Ben Youngs et CJ Stander). Il faut dire que le duo a affolé les compteurs : 521 mètres gagnés (1ère charnière), 95 courses (1er), 28 défenseurs battus (1er), 18 franchissements (1er), 5 essais (1er), 14 offloads (1er). Des statistiques invraisemblables qui prouvent une entente parfaite qui ne peut que s’améliorer encore avec l’accumulation des matches. De très bon augure.

Les projections du « ministre de l’Intérieur »

Mais il y a bien un secteur où Antoine Dupont surpasse tous ces maîtres : le sens du jeu et du placement. Le demi de mêlée des Bleus s’est encore illustré lors des deux derniers matchs en inscrivant trois essais dans son style bien particulier. Alors que ses coéquipiers écartent au large, le Toulousain se projette constamment, se déplaçant souvent devant le ballon, pour anticiper un éventuel franchissement.

Antoine Dupont dispose d’un jump foudroyant, comme ici face au Gallois. (Crédit photo : Le Figaro)

Au moment où Vakatawa, Fickou ou Thomas breake la défense, Dupont surgit à l’intérieur et offre un soutien décisif. Ces quelques mètres d’avance pris au départ de l’action s’avèrent rédhibitoires pour les défenseurs en retard, qui ne peuvent revenir sur le demi de mêlée trop rapide. Avec déjà sept essais inscrits depuis janvier 2019, Dupont est le numéro 9 international qui a le plus souvent marqué sur la période. Tout sauf un hasard.

Reconnu par ses pairs et les grands anciens comme un des meilleurs demis de mêlée de la planète, Antoine Dupont est déjà celui qui fait le plus de différence individuelle. À un poste où de nombreuses qualités sont requises pour peser sur la performance de son équipe, le Français est proche de la perfection : qualité de passe, vitesse, vision du jeu, jeu au pied, présence physique… Il a sans doute encore une marge de progression dans son leadership et sa gestion des temps faibles. Mais, alors que ses adversaires les plus sérieux ont tous dépassé l’âge du pic de forme, Dupont et ses 23 ans devraient régner sur le monde ovale très bientôt. La conquête est déjà bien entamée.

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