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Pourquoi Pirlo doit s’inspirer d’Ibra pour faire jouer Cristiano Ronaldo ?

Après ce week-end ou Zlatan, comme CR7, ont inscrit un doublé pour leurs équipes, la presse italienne s’est enflammée : « Les vieux talents exceptionnels inspirent la Serie A. » Et ils ont sans doute raison. Les deux trentenaires ont performé, et sont d’ailleurs premier et troisième meilleur buteurs de Serie A. Quelques similarités peuvent d’ailleurs se ressentir entre les deux dans leur utilisation, ce qui change des dernières saisons, notamment pour le Portugais. Alors, pourquoi et comment Pirlo doit s’inspirer d’Ibra pour faire jouer son numéro 7?

Depuis son départ du Real Madrid à l’été 2018, il ne faut pas se cacher : Cristiano Ronaldo est moins fort. Est-ce de sa faute pour autant ? Peut-être pas. Son arrivée à la Juventus, dans une équipe bien moins équipée que dans la capitale espagnole, a été un frein à sa performance. Tout comme son utilisation par Massimiliano Allegri et Maurizio Sarri, qui ont voulu faire de lui un joueur qu’il n’est pas. Et aujourd’hui, les performances de Zlatan en Serie A mettent en perspective l’utilisation qui doit être faite du CR7 actuel, de son physique, ses 35 ans. Alors Andrea, si tu nous lis, sois attentif.

Vouloir faire de CR7 un créateur : la fausse bonne idée

Bon, on va déjà calmer tous les haters. Il ne s’agit pas de tirer sur Cristiano Ronaldo : preuve en est, ces deux dernières saisons, il a été parmi les meilleurs joueurs de son équipe, et son apport statistique reste hors du commun. Il ne s’agit pas, non plus, de penser que le n°7 de la Juve doit calquer son jeu sur celui d’Ibra. Enfin, il ne s’agit pas de minimiser les qualités uniques de Zlatan. Aujourd’hui, l’essentiel est surtout de trouver la meilleure manière d’utiliser le Portugais, notamment dans une équipe de la Juve en déficit criant de talent (comparativement au top équipes Européennes). Et se calquer sur l’utilisation d’un Zlatan est une idée (comme une autre), qui prend tout son sens.

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Evacuées toutes ces banalités, pourquoi Cristiano Ronaldo devrait changer de registre, alors qu’il a inscrit plus de 60 buts en deux saisons ? Ses deux dernières saisons sont en baisse sur plusieurs points (buts par 90, tirs par 90, influence dans le résultat). Tandis qu’un seul point est en hausse: son influence dans le jeu. Ses différents coachs ont voulu faire de lui un attaquant plus actif dans la construction, l’éloignant de la surface de vérité. Alors même que ses dernières années madrilènes étaient des plus belles de sa carrière en raison du plan de jeu de coach Zizou et de l’utilisation très haute sur le terrain du de CR7.

Comment CR7 a du adapter son jeu en arrivant à la Juventus ?

La chaîne YouTube Football Made Simple a réalisé deux excellentes vidéos sur le sujet, sur laquelle nous allons nous appuyer. Elle démontre par exemple que son pourcentage de passes réussies a augmenté d’année en année depuis sa dernière saison à Madrid : 79.7 % en 2017/28, 82,2 % en 2018/19 et 83.2 % en 2019/20, donc une influence dans la construction et la nécessité de faire tourner la balle. D’autres stats vont aussi en ce sens : meilleur passeur de la Serie A en 2018/19, une grosse différence de distance parcourue balle au pied entre 2017/18 (environ 9000 mètres) et 2018/19 (environ 14 000 mètres). Tout ou presque démontre un Ronaldo plus créateur, plus éloigné du but. Aujourd’hui, l’heure est pourtant aux retrouvailles d’un Ronaldo plus buteur. Sous Pirlo, le meilleur scoreur de l’histoire de la Ligue des Champions semble moins investi dans la construction.

Maximiser les qualités physiques de joueurs de plus de 35 ans

Le parallèle avec Zlatan est intéressant sur un point : le physique. Deux athlètes hors-normes, deux cyborgs, qui peuvent se servir de leurs corps afin de rester au très haut niveau quand les autres joueurs de leurs âges déclinent sur tous les points de vues. Mais aussi des joueurs dont on doit limiter les courses et l’utilisation, afin de maximiser les rares moments ou ces joueurs-là ont la balle. Le suédois touche, en moyenne, depuis son arrivée à Milan, seulement 26 ballons par match. Pourtant, nul ne pourra mettre en doute son influence dans le résultat. Et ce en raison, notamment, de son utilisation et de son positionnement moyen sur un match.

Le bilan de ces différentes heat maps ? Ménager son joueur. Le laisser être influent près du but. Là où il est le meilleur et où, dans la surface, la dimension athlétique hors norme de l’homme fera la différence. Il faut, par ailleurs, noter la difficulté de Cristiano Ronaldo la saison dernière à se montrer réellement efficace malgré tous ces ballons touchés. Par exemple, les nombreuses situations ou le dribble était la meilleure solution se finissait généralement sur une frappe lointaine. Logique pour un joueur moins agile, moins dribbleur tout simplement. Ci-dessous, les frappes de CR7 sur les trois dernières années, qui déclinent en présence dans la surface.

La Juventus doit-elle jouer à deux devant comme Milan ?

L’une des coïncidences entre le Z et CR7 est leur danger lorsque jouant à deux devant. Le Milanais joue avec Leao, le Juventini a ébloui le monde en jouant avec Benzema. Plus que de jouer à deux, l’important est surtout de créer de l’espace. Avec Benzema, comme avec Leao, c’était l’objectif. Comme ça l’était, auparavant, lorsque Di Maria et Ozil combinaient, dribblaient et ouvraient les espaces, permettant à Ronaldo de briller. Ronaldo excelle en contre, en transition, ou quand les autres créent de l’espace pour lui. Dès lors, sa finition et sa confiance en lui le rendent inarrêtables.

Ces deux exemples montrent la situation bien plus adaptée dans laquelle Cristiano Ronaldo se trouve, à l’instar de Zlatan, lorsque d’autres joueurs font les courses pour lui. Ces deux situations montrent en effet un bloc équipe étiré, dans la longueur (situation 1) ou dans la largeur (situation 2) et donc l’espace laissé a l’ex-madrilène pour se mouvoir. D’ailleurs, sa dernière année au Real, avec Benzema, montre son efficacité dans une équipe qui créé des espaces pour lui.

La construction défaillante de l’effectif de la Juve

On l’a évoqué, mais l’effectif actuel de la Juve a aussi été un problème que l’on a tenté de régler par l’unique présence de Ronaldo. Avoir un Bernardeschi qui dispute autant de matchs, un milieu de terrain qui ne sait être complémentaire et compétitif a poussé le n°7 à prendre des responsabilités, à exister pour les autres. Par exemple, la saison dernière, le Portugais a souvent du se proposer entre les lignes, assez bas, afin de pouvoir créer du liant. Et ce pour l’unique raison que les milieux de terrain ne le faisaient pas, que ce soit Rabiot ou Bentacur. La liaison Pjanic-Ronaldo avait alors du sens, tout comme elle l’était avec Dybala. Mais, comment, si bas sur le terrain, se montrer dangereux, en se passant de présence dans la surface aussi, alors même que Sarri privilégiait une équipe très large et donc très cliente des centres.

Le Youtubeur-chroniqueur Wiloo, qui a mis en ligne une vidéo concernant Zlatan, a aussi mis la lumière sur une autre dimension du Suédois. Soulignée par le directeur sportif de l’AC Milan, Paolo Maldini, Zlatan a aussi cette dimension internationale et cette capacité de résistance à la pression qui permet aussi de libérer un effectif assez jeune. Cristiano Ronaldo est, aujourd’hui, la super star Juventini. Autour de lui, les différentes recrues De Ligt, McKennie, Kuluvseski et autres Chiesa, postulant tous à un poste de titulaire, sont toutes âgées de moins de 24 ans. Le professionnalisme de Ronaldo et son aura doivent aider ce groupe de jeunes joueurs à progresser sans être sous le feu des projecteurs. Un rôle que le Portugais n’aura aucun mal à assumer.

Pour le moment, Andrea Pirlo semble avoir la volonté de ne pas utiliser Cristiano Ronaldo comme un créateur. En le laissant jouer très haut, il lui laisse l’unique tâche de marquer. Et cela semble fonctionner. Autour de lui, Kuluvseski, Morata et Ramsey sont chargés de créer des espaces, même s’il reste du travail. Certaines phases de jeu aperçues sur les différents matchs avec CR7 sont très encourageants, laissant croire à un rôle très axial et très porté vers le but. Mais si Andrea Pirlo semble être le premier coach juventini à comprendre l’essence du Portugais, il serait bien que les résultats s’en suivent. Au moins jusqu’au 6 janvier, date de l’affrontement face au Milan de Zlatan.

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