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Les Kansas City Chiefs, des favoris heureux qui vivent cachés

Les Steelers sont la seule équipe encore invaincue en NFL, les Packers et les Seahawks s’affirment comme les favoris de la NFC, dans le sillage des campagnes sensationnelles de leurs quarterbacks, l’armada des Buccaneers va enregistrer le renfort d’un des meilleurs receveurs de l’histoire… On en oublierait presque que les champions en titre et leur quarterback, communément reconnu comme le meilleur joueur du monde, n’ont perdu qu’une seule rencontre. Les Kansas City Chiefs et Patrick Mahomes avancent masqués mais sont encore le standard d’excellence dans la ligue. Leurs deux dernières victoires en sont l’illustration.

Le match référence…

Lors de la victoire des Kansas City Chiefs contre les Denver Broncos en Week 7 (16-43), Patrick Mahomes (15/23, 200 yards, 1 touchdown) n’a pas eu à faire les gros titres. Il s’est contenté d’être une note de bas de page et de laisser ses coéquipiers faire le travail. 

Pour battre les Chiefs, la recette est simple : ne pas laisser le ballon au meilleur joueur du monde, courir, ne pas laisser le ballon au meilleur joueur du monde, faire tourner l’horloge et ne pas laisser le ballon au meilleur joueur du monde. Les Broncos avaient mis tous les ingrédients et sont quand même sortis de la cuisine avec un gâteau de défaite, la dixième consécutive contre leur rival de division. 

Sous la neige, les Chiefs n’ont eu besoin ni d’être parfaits, ni de Super Mahomes pour dominer leur adversaire. Simplement de réalisme froid pour capitaliser sur chacune des erreurs des Broncos . 

Après avoir concédé un sack sur le premier jeu du 2e quart-temps, Mahomes a rendu le ballon à l’arbitre. Il restait 14 minutes et 50 secondes à jouer en 1re mi-temps. Il n’a pas retouché le ballon pendant 10 minutes et 44 secondes de jeu, durée pendant laquelle l’avance des Chiefs est passée de 4 à 15 points. 

Une aggravation du score d’abord à mettre au crédit de la défense et de Daniel Sorensen, qui a parfaitement lu les intentions de Drew Lock et coupé le tracé de Noah Fant, dont il s’occuper en couverture. Une interception et 50 yards plus tard, un pick six d’école.

Si la série suivante des Broncos s’est conclue par un field goal, les unités spéciales des Chiefs sont ensuite entrées en scène. Il n’a fallu que 13 secondes à Byron Pringle pour inscrire un touchdown de 102 yards sur le coup d’envoi. Devant lui, Sorensen (encore lui), le cornerback Antonio Hamilton, le receveur Marcus Kemp, le tight end Nick Keizer et les linebackers Dorian O’Daniel, Ben Niemann et Willie Gay Jr. se sont mués en déménageurs de service avec des blocs impeccables. 

À ce stade de la saison, avant la démonstration de Brian Flores et des Miami Dolphins contre les Los Angeles Rams en Week 8, les Chiefs étaient la seule équipe à avoir inscrit un touchdown en attaque, en défense et en unités spéciales lors de la même rencontre. Ils l’ont réalisé en une seule mi-temps. 

Mahomes a terminé le match sur le banc, remplacé par Chad Henne pour le garbage time, avec ses statistiques les plus faibles de la saison. Une démonstration que les Chiefs ne sont plus seulement l’équipe de leur quarterback, mais bien un collectif complet, paré à la défense de leur titre. Ne pas laisser le ballon au meilleur joueur du monde n’est plus suffisant.

… Symbole d’une évolution accomplie

On connaissait les Chiefs explosifs, foudroyants, dominants par leur attaque, mais depuis huit matches, ils sont encore plus que cela : ils gagnent grâce à leur capacité d’adaptation et leur différentes manières de punir les équipes adverses.  

Les Broncos ont enregistré trois sacks du Patrick Mahomes, un quatrième sur Chad Henne, stoppé les Chiefs sur chacune des leurs huit tentatives en 3e down, mais n’ont jamais semblé en mesure de l’emporter. 

L’immensité de la désolation n’est pas due au fait que leur dernière victoire contre Kansas City remonte à 2015, mais à la réalisation que le plan établi à l’intersaison est voué à l’échec. Les sélections de Jerry Jeudy et K.J. Hamler lors de la dernière draft étaient une réponse directe au succès des Chiefs et à la nécessité de scorer en abondance pour espérer les battre. 

Le hic est que les Chiefs de 2020 ne sont plus les Chiefs de 2019 et encore moins de 2018. Vouloir imiter ces versions défuntes est absolument caduc. Cette saison, ils ont remporté des matches à l’arrachée (contre les Chargers), en laissant le ballon à leur adversaire (contre les Patriots et Broncos) et en s’appuyant sur leur jeu de course (contre les Bills). Bien sûr, il y a aussi les victoires grâce aux prouesses de leur quarterback alien (contre les Ravens et les Jets), mais elles ne sont désormais plus exclusives. 

Les Broncos l’ont appris à leurs dépens, le reste de la ligue est prévenu.

Professeur Veach aux commandes, les rookies au tableau

On a beau l’étudier, l’analyser, la disséquer… La draft NFL est un exercice dans lequel même les meilleurs scouts et dirigeants éprouvent les pires difficultés à trouver des joueurs aptes à contribuer sur-le-champ. Projeter la transition des joueurs universitaires au monde professionnel est ardu, quel que soient leurs niveaux de performance. Ajouté à cela la variance qualitative de leurs entraîneurs, de leurs coéquipiers et de leurs adversaires et vous obtenez l’équivalent d’un lancer de dés. Un gymnastique hasardeuse pour tout le monde, sauf pour Brett Veach, le general manager des Chiefs, ces deux dernières années.

Kansas City a remporté le Super Bowl grâce au génie de son coach Andy Reid, à son quarterback Patrick Mahomes, aux performances de ses stars à divers autres postes, mais également grâce aux productions de plusieurs rookies. Ces rookies sont aujourd’hui des sophomores mais n’ont pas régressé d’un iota. La classe 2020 paraît aussi prometteuse que leurs jeunes aînés, voire plus, à commencer par Clyde Edwards-Helaire.

L’ancien running back de Louisiana State est la star de la nouvelle classe biberon des Chiefs, mais loin d’être le seul à briller sur le terrain. Veach est parvenu à trouver des contributeurs bien après le 1er tour et même parmi les rookies non-draftés. Quand une franchise paye ses stars des milles et de cents, dont un demi-milliard de dollars à son quarterback, combler l’effectif par la draft et des joueurs bon marché est un impératif. Outre le tackle offensif Lucas Niang, qui a fait l’impasse sur la saison, le cornerback BoPete Keyes et le running back Darwin Thompson, tous les joueurs sélectionnés par Veach les deux dernières drafts ont un rôle dans l’équipe.

2019 :

  • Mecole Hardman, WR, 2e tour
  • Juan Thornhill, S, 2e tour
  • Khalen Saunders, DT, 3e tour
  • Rashad Fenton, CB, 6e tour
  • Darwin Thompson, RB, 6e tour
  • Nick Allegretti, G, 7e tour 

2020 :

  • Clyde Edwards-Helaire, RB, 1er tour 
  • Willie Gay Jr, LB, 2e tour
  • Lucas Ninang, OT, 3e tour
  • L’Jarius Sneed, CB, 4e tour 
  • Mike Danna, DE, 5e tour
  • BoPete Keyes, CB, 7e tour
  • Tershawn Wharton, DT, non-drafté 
  • Tommy Townsend, P, non-drafté

Le plus marquant dans cette liste est le nombre de joueurs productifs qui n’ont pas été sélectionné au 1er tour. Juan Thornhill a immédiatement assumé le statut de free safety titulaire et fait montre de son excellente couverture du terrain. Il est désormais un defensive back complet, que le coordinateur défensif Steve Spagnuolo n’hésite pas à utiliser dans diverses phases de jeu, contre la passe et contre la course. 

Derrière Thornhill, Mecole Hardman et Rashad Fenton sont les deux autres joyaux de la draft 2019 des Chiefs. Hardman était connu de tous les aficionados de football universitaire pour sa capacité à débloquer des rencontres avec des gros jeux. Une qualité qu’il a montré tout au long de sa saison rookie avec une moyenne de 20,7 yards par réception et un retour d’engagement capital contre les Texans en playoffs, alors que son équipe était bien mal engagée. À défaut d’évolution, son rôle est toujours le même en 2020 et il reste une constante menace dans le jeu vertical.

Lorsqu’un cornerback rookie, 6e tour de draft, est jeté dans le grand bain suite aux blessures des titulaires, on court souvent à la catastrophe. Ce qui aurait dû être une faiblesse et une solution temporaire s’est finalement transformé en coup de génie pour les Chiefs. Après avoir joué 165 snaps sa première saison et 82 en playoffs, Fenton est le cornerback le plus utilisé par Steve Spagnuolo cette saison avec 363 snaps (68,2%). Une confiance méritée au vu de ses performances. 

Khalen Saunders et Nick Allegretti parachèvent la classe rookie 2019 des Chiefs. Le premier, tout juste de retour de blessure, devra confirmer sa belle saison rookie où il s’était imposé comme un solide joueur de rotation. Le second est une révélation cette année au poste de guard gauche, prenant la suite de Kelechi Osemele, out pour la saison. Sa protection dans le jeu de passe laisse encore à désirer, mais il se montre déjà très sûr dans le jeu de course. 

Et si la draft 2019 de Veach était bonne, la draft 2020 pourrait s’avérer encore meilleure. Clyde Edwards-Helaire est troisième de ligue en yards à la course (572), seulement derrière Derrick Henry et Dalvin Cook, et quatrième en all-purpose yards (776), derrière Alvin Kamara, Henry et Cook. Excusez du peu. 

Voir CEH arriver lancé est déjà l’une des propositions les plus effrayantes qui soient pour les défenseurs. Non pas qu’il menace de les renverser – bien qu’il l’ait déjà fait -, mais plutôt parce que ses feintes et sa vision les font danser une zumba des plus dangereuses pour leurs ligaments croisés. 

CEH était une star à l’université. Qu’il s’impose comme un joueur majeur chez les pros n’est pas une surprise. En revanche, l’émergence du defensive tackle Tershawn Wharton en est une. Le rookie non-drafté est un athlète rare (1,93 m, 130 kg), bâti de muscles, qui se sert essentiellement de sa force pour gagner ses matchups. Il est aussi étonnamment rapide pour un joueur de son gabarit, lui permettant de rattraper des bévues du premier rideau défensif.

Le plan développement des Chiefs pour Willie Gay Jr. est on ne peut plus limpide : lui faire assimiler toutes les nuances des schémas défensifs plutôt que de le noyer de snaps immédiatement. Les premiers résultats sont en tout cas prometteurs avant l’expansion attendue des ses responsabilités.

Le defensive end Mike Danna a lui aussi trouvé sa place dans la rotation des Chiefs. S’il n’a pas les attributs athlétique de Gay ou de Wharton, il compense avec une belle faculté d’anticipation et sait faire mal au contact des tackles.

Avant sa blessure en troisième semaine contre les Ravens, L’Jarius Sneed était l’un des rookies défensifs les plus impressionnants de la ligue, en lice pour la récompense individuelle en fin de saison. L’échantillon est encore limité, mais trouver un cornerback titulaire au 4e tour de la draft est prodigieux. Sneed aura tout le temps de confirmer ces espoirs maintenant qu’il est de nouveau sur pied.

Le punter Tommy Townsend est la cerise sur le gâteau. Il est neuvième en distance moyenne de ses punts (47,6 yards). Contre les Jets, il a même réussi l’exploit (ou pas) de lancer une passe plus excitante que les 30 du quaterback adverse, Sam Darnold.

Patrick Mahomes, le MVP masqué 

Ce match contre les Jets était plus semblable à une rencontre de présaison pour les Chiefs. Il n’en reste que la victoire (35-9), les statistiques et les impressions ne comptent pas pour du beurre. La NFL est la ligue de Patrick Mahomes jusqu’à nouvel ordre, le MVP du Super Bowl nous l’a rappelé, si besoin était. 

Oui, les Chiefs ont connu leur première défaite de plus de sept points d’écart depuis que Mahomes est devenu titulaire (32-40 contre les Raiders). Oui, Mahomes a connu son premier match avec un QBR en dessous de 50 (48,2 contre les Broncos), après 38 (!) titularisations. Mais, le simple fait que ces semblants de contre-performances soient des événements dit tout de la prééminence des Chiefs et de leur quarterback. Sur le papier, les statistiques sont encore exceptionnelles : 2 315 yards à la passe, 23 touchdowns totaux, 66,9% de complétion, un seul turnover (une interception) et une évaluation de 115,0. 

Ne nous lassons pas de l’extraordinaire : à mi-saison Mahomes est plus que jamais en course pour remporter son deuxième trophée de MVP en trois ans.

Sa prestation contre les Jets était d’un tel niveau qu’il a carrément transcendé le jeu de course, la seule faiblesse de son équipe en attaque sur la rencontre. Sur les 50 premières minutes du match, les plus longues courses des Chiefs étaient de 4 yards. La stratégie des Jets était de tout faire pour limiter les progressions de Le’Veon Bell et et Clyde Edwards-Helaire au plus près de la ligne de scrimmage, pour forcer les Chiefs à jouer des 3es et longue. Seulement en plus d’être le meilleur quarterback du monde, Mahomes est le meilleur quarterback du monde sur 3e tentative, la plus importante du jeu. Il est le quarterback qui lance le plus loin, avec le plus de réussite et en commettant le moins d’erreurs de la ligue.

Il lit les défenses avec justesse et rapidité, ce qui lui permet d’effectuer ses drop backs sereinement et laisser son bras s’occuper du reste. Ça a l’air facile, mais ça ne l’est pas. Autrement, tout le monde le ferait, ils ne le font pas. S’il est un aspect du jeu où Mahomes se détache de Russell Wilson et Aaron Rodgers, c’est bien celui-ci.

En analysant les statistiques sur 3e tentative, il est difficile d’arguer qu’un autre joueur est plus essentiel au succès de son équipe. Le seul qui tient la comparaison est Rodgers, mais il est derrière dans toutes les catégories clés, sauf les sacks concédés. 

Il n’y a aucune bonne réponse au problème que pose Mahomes dans cette configuration. Lorsqu’on réussit à lui mettre la pression, il parvient à s’éloigner juste assez, juste à temps, pour trouver un receveur ouvert. 

Quinnen Williams arrive se créer un chemin à travers la protection des Chiefs, ce qui devrait accélérer le processus d’exécution du quarterback. Que nenni. Mahomes se décale calmement de sa poche et laisse l’opportunité à Travis Kelce de se démarquer. 

Il est aussi parfaitement capable d’identifier un mismatch, ajuster sa lecture et punir la défense avant qu’elle ne se rende compte de son erreur, comme sur ce touchdown pour Tyreek Hill.

Mahomes a vu que les Jets n’avaient qu’un seul safety dans en profondeur, laissant le pauvre Bless Austin seul face au joueur le plus rapide de la ligue. Une fixation du safety avec le regard. Une passe parfaite dans les mains de Hill. Six points. Merci, au revoir.

Et même quand la défense joue parfaitement le coup, l’instinct et le génie de Mahomes anéantissent tout en une poignée de secondes.

La couverture initiale des Jets était bonne et ils sont arrivés à générer de la pression dès le snap. Il n’y a aucune explication rationnelle au fait que les Chiefs n’aient pas été contraints de tenter un field goal ou même punter si les Jets avaient réussi le sack. Car en plus d’avoir étendu le jeu, Mahomes a lancé une passe aberrante d’anticipation et d’audace.

Cette 3e tentative n’a pas été convertie, mais l’action démontre qu’il n’est pas d’équation que leur quarterback ne peut résoudre. Une qualité qui le distingue des autres favoris au titre de MVP. Les Chiefs sont une équipe encore plus complète que celle qui a remporté le dernier Super Bowl. Le plus effrayant est qu’ils n’ont même pas besoin d’un Patrick Mahomes à ce niveau pour défendre leur titre. Qu’il tutoie de nouveau les étoiles fait des Chiefs les favoris à leur propre succession.

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