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Liga Santander : la bonne année pour les outsiders ?

Depuis le milieu des années 80, la Liga espagnole est incontestablement propriété du Real Madrid et du FC Barcelone. Seuls l’Atlético (1996, 2014), Valence (2002, 2004) et le Deportivo (2000) ont réussi l’exploit de leur griller la priorité. Preuve de leur hégémonie, quatre éditions seulement depuis l’après-guerre ont vu terminer le Real et le Barça hors podium (1947, 1950, 1951, 1970). Cette saison si particulière verra-t-elle un autre club terminer tout en haut du football espagnol ? 

Le Barcelone de Koeman est à la peine. Sept matchs et un maigre bilan de 11 points. Le club catalan totalise déjà deux défaites (la première contre Getafe, la seconde dans le Clásico) pour autant de matchs nuls et trois victoires. Si plusieurs raisons peuvent expliquer ces résultats (le recrutement, le secteur défensif, le système de Koeman, les performances de Griezmann), nul doute que l’une d’entre elle concerne le capitaine, Lionel Messi. Son repositionnement en faux-9 n’est pas étranger à ses contre-performances, lui qui a pourtant longtemps évolué dans ce rôle sous Pep Guardiola. Mais les années sont passées, de l’eau a coulé sous les ponts et Ronald Koeman n’a pas la même réussite que son pendant espagnol. Car depuis le début de la saison, l’Argentin sous-performe : lui qui n’avait pas manqué une seule minute en championnat depuis le début de la saison (avant la rencontre de ce samedi face au Betis), n’a scoré que trois fois, dont deux sur pénalty (contre Villarreal et le Betis) et n’a délivré aucune passe décisive. Á six reprises cette saison, les xG de Messi n’excèdent pas 1 (0,2 face au Celta et Séville ; 0,3 face à Getafe ; 0,5 dans le Clásico ; 0,7 face à Alavés et à Villarreal si on excepte son pénalty). Et même lorsqu’il tente davantage (10 tirs contre Alavés), la Pulga n’est pas en réussite. Lui qui tourne à au moins 20 buts et 10 passes décisives depuis la saison 2008/2009 est loin de ses temps de passage. 
Est-ce la conséquence de son repositionnement ou les fantômes de son transfert raté à Manchester City cet été ? Une chose est certaine, Koeman doit rapidement trouver une solution, sans quoi Barcelone ne peut espérer décrocher un nouveau titre au printemps prochain. 

Chez le rival madrilène, la vie est un peu plus rose. Malgré des difficultés en Champions League, les hommes de Zinédine Zidane (un match en retard face à Getafe) trustent le haut du tableau et ne comptent qu’un seul point de retard sur la Real Sociedad, leader. Si les Madrilènes possèdent un secteur offensif intéressant avec de nombreuses possibilités (Benzema, Vinicius, Hazard, Lucas Vázquez, Asensio, Rodrygo, auxquels s’ajoute Valverde, déjà trois buts cette saison), c’est derrière qui faut se tourner. 
Car si les Merengues n’ont encaissé que 5 buts jusqu’alors, les nombreuses erreurs de placements et de communications peuvent laisser présager un futur un peu plus compliqué. Les espaces laissés dans le dos de la défense, lorsque les latéraux montent, ont été exploités par les adversaires, notamment par Cadix et Huesca. Des erreurs qui ne pardonnent pas en Ligue des Champions (7 buts encaissés en 3 matchs). L’enchaînement des rencontres et le turn-over volontaire ou contraint (blessures, Covid-19) pourraient également avoir des conséquences négatives dans les automatismes. Face au Shakhtar Donetsk, sans Ramos, Varane paraissait complètement perdu à côté d’un Militão en méforme depuis le début de la saison. A surveiller.

Les Colchoneros en pôle.

Du côté des outsiders, l’Atlético Madrid semble être le candidat le plus sérieux. Le mieux armé du moins. Habitués des podiums, les Colchoneros ont tout pour réussir cette saison. Une équipe qui a su garder les bases de la saison précédente tout en renforçant le secteur offensif avec l’arrivée de Luis Suárez. Le recrutement de l’Uruguayen permet aux Rojiblancos d’avoir « la meilleure ligne offensive du championnat » selon Alberto Perez, commentateur pour LaLigaTV. Sur le front de l’attaque, les avants-centres de classe internationale se sont relayés ces dernières années (Diego Forlán, Sergio Agüero, Fernando Torres, Falcao, et plus récemment Antoine Griezmann). La saison dernière a été un peu plus décevante (12 buts pour Alvaro Morata, 51 au total). L’arrivée de Suárez perpétue la tradition qui a fait la réussite de l’Atléti dans le passé. Si son recrutement permet d’apporter un poids important devant, il a également poussé Simeone à modifier son plan de jeu : « Il a besoin de ballons, de jouer près de ses coéquipiers explique le technicien Argentin. Il a besoin d’être là où il sait qu’il va pouvoir faire mal ». En plus de ses talents de « renard des surfaces », sa simple présence sur le terrain et sa capacité à redescendre permet de libérer des espaces, pour João Félix et Ángel Correa notamment. Huit buts pour les trois joueurs déjà et plein de promesses pour l’avenir. 

Atletico Madrid’s Uruguayan forward Luis Suarez gestures during the Spanish league football match Club Atletico de Madrid against Granada FC at at the Wanda Metropolitano stadium in Madrid on September 27, 2020. (Photo by GABRIEL BOUYS / AFP) (Photo by GABRIEL BOUYS/AFP via Getty Images)

La clé de réussite de l’Atlético se trouve également derrière. En plus d’avoir l’un des meilleurs portiers de la ligue, deux buts encaissés pour 22 tirs cadrés concédés (90.9% de frappes cadrées arrêtées), Simeone a réussi à garder intacte sa défense. Kieran Trippier continue sur sa très bonne lancée et n’hésite pas à monter sur son côté droit. Il crée environ 2 actions par match et exécute un travail défensif souvent haut dès la perte de balle. Si le poste de titulaire semble moins arrêté pour le côté gauche (Lodi blessé, suppléé par Hermoso), la défense centrale composée de Savić et Felipe semble une évidence pour El Cholo. 
Dans l’entre-jeu, le départ de Thomas Partey, souvent important dans les fins de matchs a été compensé par les arrivées de Lucas Torreira et de Geoffrey Kondogbia. Deux profils qui se complètent et pourront permettre à la paire Koke – Saúl Ñiguez de souffler de temps en temps, sans pour autant perdre en qualité technique et en puissance dans une partie de terrain si cher à Simeone. Pour Alberto Perez, il n’y a aucun doute : « Ce sont les seuls à avoir remporté une Liga ces dernières années, et ce sont les seuls à pouvoir le faire de nouveau cette saison ». Au jeu des pronostics, il met même une pièce sur les Rojiblancos. Rendez-vous fin mai Alberto. 

Une Real Sociedad séduisante.

Et pourquoi pas la Real Sociedad ? Leader provisoire du championnat, le club basque peut également se mettre à rêver d’un troisième titre de champion, après ceux de 1981 et de 1982. Suite à un départ compliqué (deux nuls face à Villarreal et au Real Madrid), les joueurs d’Alguacil montent en puissance. Seul une défaite face à Valence, 1-0, vient ternir le bilan. 
La combinaison expérience-jeunesse ainsi que la profondeur de banc permettra sûrement à la Real d’enchaîner les matchs sans brader l’Europa League (ils sont 3e de leur groupe avec 6 points, à égalité avec le Napoli, l’AZ Alkmaar et devant Rijeka au sortir de la 3e journée). Preuve en est avec le départ à Leeds du défenseur Llorente qui n’a pas perturbé le moins du monde la défense des Txuri-Urdin. Pas plus que la petite blessure d’Elustondo. Le jeune français Modibo Sagnan, formé au RC Lens, a prouvé qu’il était un remplaçant de choix et que son coach pourra l’aligner sans trembler. S’il ne s’agissait que de son premier match, son placement avec Le Normand, ses replis défensifs ainsi que son jeu au pied ont été plus que satisfaisants face au Celta (sur 18 passes longue-distance tentées, il en a réussi 15). Outre le Français, Alguacil a à sa disposition Monreal, Muñoz, Le Normand, Elustondo, Gorosabel ainsi que Llorente et Arambarri. Ces deux derniers n’ayant pris part à un seul match, cette possibilité de faire tourner sera, sans nul doute, une force dans cette saison-marathon. 

Dans un long article analyse, FuriaLiga décortique les qualités de la Real. Parmi elles, le modèle de jeu d’Alguacil. Jamais fixe, il s’adapte à chaque situation, et l’équipe n’hésite pas à changer de structures plusieurs fois dans le même match. En défense, tout d’abord. Alguacil a mis en place une sortie de balle appelée ‘Lavolpiana’. Les centraux s’écartent, le pivot redescend pour former des triangles et créer de l’espace. Une tactique qui attire l’adversaire, libère certaines zones du terrain et permet de multiplier les passes verticales pour se rendre plus rapidement dans la partie de terrain adverse. Balle au pied, les latéraux Gorosabel ou Muñoz n’hésitent pas à monter et à dédoubler le long de la ligne de touche, à la recherche d’une supériorité, qu’elle soit numérique ou technique. Une volonté d’Alguacil également rendu possible grâce à des joueurs comme Portu, Mikel Oyarzabal ou David Silva. Non-avares d’efforts défensifs, ils se projettent très rapidement à la récupération. Grâce au point de fixation de William José ou Alexander Isak, ils prennent les ailes et apportent un danger immédiat dans la surface adverse. Il faudra compter sur la Real, cette année.

Mikel Oyarzabal célébrant son but face à Getafe, le 3 octobre (Photo by @Maxppp).

Villarreal, un sous-marin en embuscade.

Le 30 octobre dernier, nous expliquions déjà que le Villarreal d’Unai Emery pourrait être la surprise de cette année. Les deux matchs joués depuis (victoire 2-0 contre Valladolid, 4-0 contre le Maccabi Tel Aviv) n’ont fait que conforter nos espoirs. 
Vous n’êtes toujours pas convaincu ? Voilà pourquoi on a le droit de s’enflammer. Un coach expérimenté avec plus de 420 matchs en Liga avec Valence et Séville (équipe avec laquelle il réalise l’exploit de remporter 3 Europa League consécutives), une expérience en Russie, en France, mais également en Angleterre. Si ces deux dernières n’ont pas été à la hauteur des attentes, Unai Emery revient dans un championnat qui lui réussit. Et ni le départ à Al-Sadd de Cazorla, ni le départ à la retraite de Soriano ne fait flancher le technicien espagnol. Pourquoi ? Car le reste du mercato a été mené d’une main de maître. Francis Coquelin et Dani Parejo sont tous deux arrivés de Valence, apportant de l’expérience au milieu de terrain. Pervis Estupiñan, auteur d’une très bonne saison à Osasuna, arrive de Watford. Rulli sera bien plus qu’un simple remplaçant d’Asenjo. Enfin, on en avait également parlé il y a quelques mois, le prêt de Take Kubo ne peut être autre chose qu’une bonne pioche pour Emery. 

Un mercato plus que réussi qui permet au coach espagnol d’avoir à sa disposition un effectif pléthorique avec de l’expérience (Asenjo, Albiol, Iborra, Bacca), du talent (Pau Torres, Pedrasa, Chukweze, Alcacer et Moreno) et de la jeunesse (Take Kubo, Alejandro Baena, Yeremi Pino). 
Si ces deux derniers joueurs, âgés respectivement de 19 et 18 ans n’ont pas encore eu l’occasion de briller sur les pelouses espagnoles, ils ont pris part aux 3 matchs en Europa League (un but chacun, contre le Maccabi). Unai Emery le sait, il doit garder un œil sur le centre de formation, qui est parmi les meilleurs du pays. « Il y a cette expérience, il est important. Je sais que ce processus est une chose que désire le club. C’est un travail que j’applaudis et donc je veux en faire partie » a-t-il lâché lors de sa présentation à propos du vivier de jeunes présents au club. 
Le titre pour Villarreal est côté à 60. Pour les moins téméraires, la place dans le Top 4 est à 3,6.

Alejandro Baena et Yeremi Pino lors du match d’Europa League face au Maccabi Tel Aviv, le 5 novembre 2020 (Photo by AFP).

Séville, à l’épreuve.

« Cela ne me fait ni chaud ni froid d’entendre que l’on peut remporter la Liga ». Au sortir du match nul contre le Barça, Julen Lopetegui préfère garder les pieds sur terre, car il sait que cette saison ne sera pas comme toutes les autres. « Terminer dans les quatre premiers est toujours une entreprise compliquée, mais nous grandissons en tant qu’équipe et nous seront chaque semaine plus compétitifs ». Après deux victoires (Cadix, Levante) et un match nul prometteur face à Barcelone, les voyants étaient au vert en Andalousie. Mais si les supporters se voyaient déjà sur le toit du football espagnol, ils sont vite descendus de leur nuage. Trois défaites (Grenade, Eibar et l’Athletic) plongent les Sévillans dans une période de doute. S’ils comptent un, voire deux matchs de retard sur certains adversaires, il ne faudra pas perdre plus de temps. 
Dans le jeu, l’efficacité qui faisait la force de Séville lors des saisons précédentes, n’est plus. Seulement 5 buts marqués pour un xG de 6.59. Ce n’est pas faute de s’en créer, des occasions. Les latéraux (Jesús Navas et Marcos Acuña) prennent part au jeu : directement impliqué dans, respectivement, 26 et 10 tirs lors des 6 premiers matchs (des offensives qui n’ont abouti que sur 3 et 1 buts seulement). Les milieux touchent énormément de ballons dans l’entre-jeu et ont un pourcentage de passes réussies plus que correct (87.5% sur 294 passes tentées par Rakitić, 89.1% sur 230 par Jordàn, 90.9% sur 169 pour Fernando). Mais voilà, la réussite fuit : Munir El Haddadi, plus de 4 tirs par match de moyenne pour seulement 1 but, et Lucas Ocampos, 2,69 tirs par match sans aucun but marqué. 

Le salut viendra peut-être du Marocain Youssef En-Neysri. Après avoir sauvé les siens d’une défaite face à Krasnodar en Champions League, il se positionne comme une alternative sérieuse au problème offensif ; il est meilleur buteur du club en championnat avec 2 buts (égalité avec Luuk de Jong). D’ailleurs, la dernière victoire de Séville en championnat remonte au 1er octobre contre Levente. Une victoire 1-0 sur un but… d’En-Nesyri. Il serait maintenant intéressant de le voir dans un Séville autre qu’en 4-3-3 (composition adoptée lors des 6 premiers matchs) avec deux pointes, pour l’associer avec Luuk de Jong. Alberto Perez ne croit pas une seule seconde à un possible titre. Selon lui, l’enchaînement des matchs (Championnat, Coupes nationales, Champions League) va faire défaut à Séville. Si la première place leur échappe, à eux d’accrocher le top 4 pour s’offrir un nouveau billet dans la plus belle des compétitions. 

Sevilla’s Moroccan forward Youssef En-Nesyri celebrates after scoring a goal during the Spanish League football match between Sevilla and Osasuna at the Ramon Sanchez Pizjuan stadium in Sevilla on March 1, 2020. (Photo by CRISTINA QUICLER / AFP via Getty Images)

Granada et Cádiz pour une surprise.

Enfin, Granada et Cadiz réalisant un très beau début de saison, il serait dommage de les laisser de côté. S’il est prétentieux de parler de victoire finale pour ces deux clubs, il faudra cependant garder un œil sur ces deux formations. 
À Grenade, qui joue pour la première fois de son histoire une compétition européenne, les bonnes performances s’enchaînent. Premier de leur groupe avec 7 points pris sur 9 possibles, les hommes de Penas répondent également présent en championnat : quatre victoires, pour deux nuls et une déroute face à l’Atlético, 6-1. Une solidité défensive se traduisant par peu d’actions dangereuses concédées (0.67xGA, si l’on exclut le match contre l’Atlético) et une paire vénézuélienne auteur de la moitié des 22 buts marqués toutes compétitions confondues cette saison.

Pour Cadiz, promu, les débuts se font un peu plus compliqués, mais l’apprentissage du haut niveau ne se fait pas en quelques matchs seulement. En troisième division il y a encore 5 ans, le club sudiste s’est offert le luxe de prendre trois points face au Real Madrid. Après cette victoire, Manuel Vizcaino, président du club, s’est montré prudent : « La victoire est anecdotique. Il faut garder les pieds sur terre et arriver à 42-43 points pour que l’on puisse se sauver »
Composé de 28 joueurs, l’effectif est suffisamment important pour pouvoir faire tourner et modifier le plan de jeu en fonction de l’adversaire (4-2-3-1, 4-4-1-1, 4-4-2). La dernière étant la préférée de Cervera Diaz Alvaro, surtout lors des phases défensives. Avec deux lignes de 4 très rapprochés, ils empêchent les adversaires de jouer entre les lignes. Leur position haute sur le terrain témoigne de leur sérénité et de leur tranquillité. Une tactique réalisable grâce à leur comportement dès la perte de balle : sans se lancer à corps perdu dans un pressing haut, ils maintiennent leur position donnant le temps à toute l’équipe de se repositionner correctement. Puis, à la récupération, les deux ailiers montent d’un cran pour apporter le surnombre, passant ainsi en 4-2-4. Pour une deuxième saison dans l’élite (après 2005/2006), Cadix propose un jeu alléchant et plaisant. À voir s’ils arrivent à faire perdurer cela sur la longueur. 

Un Barcelone en-dedans. Un Real Madrid qui semble moins éminent. Si les outsiders souhaitent ajouter une ligne à leur palmarès, c’est peut-être l’année ou jamais. Le début de saison permet de voir une dynamique se dégager. Il faudra compter sur l’Atlético. La Real et Villarreal peuvent créer une surprise. Granada et Cádiz ne sont pas à exlure. Mesdames, Messieurs, à vos paris, et rendez-vous dans 7 mois.

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