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Le parcours du Tour de France 2021 : Pourquoi tant de désamour ?

Depuis la présentation du parcours de la Grande Boucle 2021 par Christian Prudhomme dimanche dernier, les commentaires négatifs affluent de toute part. La course cycliste la plus regardé au monde est souvent la cible de critiques et cette année ne semble pas déroger à la règle. Hormis Marc Madiot qui l’a qualifié d’intéressant hier, beaucoup le dénigre. Pas assez montagneux, pas assez ou trop de Contre-la-Montre, pas de nouveautés, pas adapté aux Français. Même le vainqueur sortant Tadej Pogacar a regretté le manque d’arrivées au sommet. En apparence ce parcours paraît moins propice aux grimpeurs mais il n’en est pas moins difficile pour autant. L’effort individuel est remis au goût du jour après une année 2020 qui a vu les Grands Tours se jouer sur des CLM. Le CCS décrypte pour vous le parcours 2021.

La Terre du Cyclisme à l’honneur

La pandémie actuelle n’a pas permis de partir de Copenhague comme prévue cette année. La région Bretagne a donc accepté d’accueillir le Tour un an plus tôt permettant aux organisateur de s’assurer une belle fête comme solution de replis. La Bretagne est une terre de Cyclisme qui a fourni beaucoup de très bon coureurs (Gaudu est le dernier exemple avec ses 2 victoires d’étape sur la Vuelta). Il faut espérer que le public pourra être au bord des routes afin de voir le succès populaire d’un passage du peloton dans les quatre départements de la Bretagne.

Deux arrivées au sommet de Landerneau et de Mur de Bretagne lors des deux premières étapes vont apporter du spectacle et donner la chance aux puncheurs de s’exprimer. Julian Alaphilippe aura la pancarte de favoris comme d’habitude mais il y aura de nombreux prétendants (Cosnefroy, Van der Poel, Barguil, Gaudu, Madouas..). Le final de ses étapes sera spectaculaire et il faudra être costaud pour obtenir la tunique jaune.

Suivront deux étapes promis aux sprinteurs. Ce sera pour nous l’occasion de voir Arnaud Démare avec son nouveau statut sur les arrivées de son Tour national. Il a déclarer viser les victoires d’étapes en priorité et verra pour le maillot vert par la suite. Les deux étapes seront particulièrement tendues entre les équipes de sprinters voulant placer leurs leaders pour la victoire d’étape et les prétendants à la victoire finale voulant éviter les bordures. Attention aux chutes qui pourraient anéantir les velléités de victoire finale.

Une transition entre inédit et classique

Le premier vrai test pour les favoris intervient lors de la 5ème étape, avec un Contre-la-Montre de 27km. C’était déjà lors du grand départ à Brest en 2008 que le Tour avait connu un CLM aussi long en première semaine. Cette étape va permettre de décanter le classement général et de créer des écarts qu’il faudra combler en montagne. Tout plat, cet exercice chronométrique, bénéficiera aux rouleurs.

Une nouvelle opportunité de sprint massif sera proposé aux coureurs avec une arrivée à Chateauroux après une courte étape. Se sera la 4ème arrivée en terre Berrichone qui a vue par deux fois le triomphe de Mark Cavendish. Encore une fois il faudra se méfier du vent et des coups de bordure pendant toute la deuxième partie de la course (75 km) ce qui ajoutera à nouveau de la nervosité.

Après cette courte étape, les coureurs vont traverser le Morvan. 248 km entre Vierzon et Le Creusot, soit la plus longue étape du TDF depuis 20 ans. Après une première partie de course sous le signe de la balade culturelle, les coureurs du peloton auront 2000m de dénivelé positif à grimper sur les 100 derniers kilomètres avec en point d’orgue la montée inédite du Signal d’Uchon situé à 20km de l’arrivée. Cette étape en forme de mini classique devrait ravir les profils comme Marc Hirschi ou encore Thomas de Gendt (victoire à Saint Etienne). Un favoris bien inspiré pourrait essayer de rattraper des secondes perdus lors du Contre-la-Montre, le final étant très sélectif également.

L’arrivée en montagne par les Alpes

Après cette longue étape et sept jours de courses dans les jambes, les Alpes se dresseront devant les coureurs. Après un enchainement Côté de Mont-Saxonnex / Col de Romme / Col de la Colombière, les coureurs arriveront au Grand-Bornand qui a vu la victoire de Julian Alaphillippe en 2018. Si l’étape devrait sourire à une échappée, l’étape sera un premier test pour les prétendants à la victoire finale. L’étape est courte et les trois ascensions sont situées dans les 50 derniers kilomètres. Ile ne faudra pas de retard à l’allumage pour les prétendants à la victoire finale.

Victoire de Julian au Grand Bornand en 2018

L’étape du lendemain, la première des trois arrivées au sommet du parcours, sera la dernière étape de la première semaine qui aura vu les coureurs traverser la France d’Ouest en Est. Après le rendez-vous raté de 2019, ASO a souhaité revenir dans la station de Tignes. Après l’ascension de Col du Pré et du Cormet de Roseland, les coureurs termineront part une montée finale peu pentue mais longue (25km). Cette montée la veille de la journée de journée et après avoir parcouru 40% du parcours total, sera l’occasion de voir les états de formes de chacun et peut être de créer quelques écarts.

Le triptyque Alpin se terminera par.. une étape plate promise aux sprinters. Mais au lendemain de la première journée de repos, il faudra être bien réveillé sous peine d’être piégé dans une bordure. En effet à l’instar de l’étape de Lavaur de 2020, cette étape tracée dans les contrefort du Vercors sera piégeuse dans le final très exposé au vent et la nervosité sera encore le maître mot de cette étape.

Du géant de Provence aux Pyrénées, il y a des sprints

La 11ème étape est sûrement la plus atypique de ce Tour. Le Mont Ventoux est de retour.. par deux fois dans la même étape (l’occasion de voir Froome courir sans vélo deux fois ?), une première dans l’histoire de la course. Beaucoup regrette l’arrivée en descente à Malaucène mais cette double ascension devrait creuser des écarts. Après l’ascension du Col de la Liguière, le peloton s’échauffera sur la face la plus facile du mont Chauve à partir de Sault. Après une descente pour rejoindre Bédoin, les favoris s’affronteront sur le côté le plus dur. Pour peu que le vent soit de la partie ce jour la à partir du Chalet Reynard, l’étape devrait être très animée.

Sur la route des Pyrénées, les sprinteurs seront à nouveau gâtés avec deux étapes vouées à finir en sprint massif lors des arrivées à Nîmes et Carcassone. De gros points seront à prendre dans l’optique du gain du maillot vert.

L’entrée dans les Pyrénées se fera par une étape accidentée qui profitera sûrement aux mêmes profils que l’étape du Creusot. 16km d’ascension partagés en trois montées répertoriées permettront de voir une échappée arriver à son terme, les favoris se réservants pour l’étape du lendemain. Avant l’arrivée à Quillan il faudrait être costaud pour franchir le Col de Montségur par son versant le plus difficile ainsi que le Col de Saint-Louis à quelques kilomètres de l’arrivée. Contrairement au passé où les brigands détroussaient les diligences sur cette route qui tourne sur elle même, le vainqueur de cette 14ème étape n’aura pas volé sa victoire.

Les Pyrénées en juge de paix

Après les 4 étapes Bretonnes, ASO a dessiné 4 étapes Pyrénéennes. Les deux premières aux profils plus accidentés que vraiment montagnard seront l’occasion pour les favoris de s’échauffer avant le le gros des ascensions. Le sommet du Tour, le Port d’Envaliria (2408m) sera franchi lors de la 15ème étape menant le peloton à Andorre la Vieille. La qualité primordiale outre d’être un bon grimpeur sera d’être un bon descendeur et la différence devrait se faire sur cette dernière qualité. La où un train d’équipier peut rattraper un homme seul attaquant en montée, rattraper du temps en descente devient plus difficile. Une arrivée en descente n’a donc rien de moins intéressant qu’une arrivée au sommet et cette troisième arrivée montagneuse en descente après les étapes 8 et 10 devrait être également intéressante.

Le Port d’Envaliria sera le toit du Tour 2021

Après la deuxième journée de repos qui s’effectuera dans la ville ou beaucoup de coureurs résident à l’année, les coureurs traverseront les Pyrénées en direction de Saint Gaudens en passant essentiellement dans les vallées. L’étape devrait sourire à un baroudeur qui aura réussi à garder de l’énergie et aura la bonne jambe après le repos de la veille.

Les deux dernières étapes de montagne du Tour 2021 ont un profil similaire. La moitié de l’étape se déroule sur le plat et sera propice à la formation d’une échappée. La deuxième partie regroupe les difficultés. Sur les 210km de ces deux étapes, le peloton aura pas moins de 66km d’ascension à 7,5% de moyenne environ. La première verra l’enchainement Peyresourde / Val Louron-Azet / Portet après 113km de plaine. La deuxième verra les coureurs escalader le mythique Tourmalet avant d’enchainer sans vallée la montée finale vers Luz-Ardiden pour la troisième et dernière arrivée au sommet de cette Grande Boucle. Pour les moins bon rouleur c’est la que la course se gagnera et il leur faudra prendre suffisamment de marge avant le dernier chrono la veille de l’arrivée.

L’effort individuel pour déterminer le vainqueur

L’étape des Landes promise à un sprint massif sera l’occasion de faire tourner les jambes avant le dernier grand rendez-vous des favoris de ce Tour le lendemain. L’arrivée à Libourne se fera au sprint avec les spécialistes encore présente après les étapes de montagne. Se sera l’occasion pour le maillot vert de consolider son avantage ou alors à ses poursuivants de le mettre en danger avec l’arrivée sur les Champs Elysées.

Le deuxième CLM de ce Tour arrive la veille de l’arrivée. Si le premier aura sûrement permis de créer des écarts afin de décanter la course, ce chrono de 31km tout plat au coeur du vignoble Bordelais sera l’occasion pour les rouleurs ayant peu de retard au général de faire une remontée. Quand on voit cette année le rôle des Contre-la-Montre dans les victoires finales des Grands Tours, on ne peut que se réjouir de voir la victoire finale se jouer sur l’effort solitaire. Avec 58km de CLM, ASO propose le plus fort total depuis 2013.

Le sprint sur les Champs Elysées permettra aux sprinteurs de s’expliquer une dernière fois et gagner une victoire de prestige. Avec pas moins que 8 étapes dédiées aux spécialistes de la dernière ligne droite, l’organisation a voulu montrer qu’elle n’oublie pas ses coureurs et on peut se prendre à rêver d’un plateau très relevé, de beaux sprints ainsi qu’une lutte à plusieurs pour la tunique verte.

Ce Tour de France se veut plus équilibré que jamais et c’est un coureur complet qui serra sacré le dimanche 18 juillet 2021. En apparence moins relevé sur le papier, la course devrait offrir un beau spectacle et il est fort à parier que les écarts à l’arrivée ne seront pas significatifs. En effet, l’année 2020 a vue les trois Grands Tours se gagner par moins d’une minute. Il faudra donc ne pas perdre de temps avant d’en gagner et chaque seconde de bonification sera bonne à prendre. Le parcours un peu moins montagnard que lors des deux dernières éditions devrait rendre la course également plus ouverte. Toutes les projections sont possibles mais se sont les coureurs qui feront la course et non le parcours. Plus que 230 jours avant le Grand Départ de Brest le 26 juin 2021 !

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