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Quel championnat possède le plus de joueurs nationaux ?

Ces dernières années, beaucoup de jeunes joueurs Anglais sont partis tenter leur chance en Allemagne, à l’image de Jadon Sancho. Sa réussite a donné envie à ses compatriotes de l’imiter. D’ailleurs, il nous est tous arrivé au moins une fois de remarquer la faible exportation historique des joueurs d’Outre-Manche. Nous allons tenter de l’expliquer aujourd’hui, tout en s’intéressant aux meilleurs championnats européens.

Avant d’aller plus loin, il faut savoir que les statistiques que vous trouverez ci-dessous, proviennent du site Transfermarkt. L’analyse que vous lirez est celle du CCS, libre à vous de réagir dans les commentaires, car cet article peut nourrir des débats très intéressants sur la situation actuelle du football européen.

Premier League : les Anglais en minorité

L’idée selon laquelle les joueurs Anglais seraient tous en Angleterre et plus particulièrement en Premier League est ancienne, voire séculaire. Il fut un temps, ils ne savaient pas s’exporter. Par exemple, au début du siècle, Michael Owen n’a pas su confirmer au Real Madrid. Mais ce temps semble appartenir au passé, car contrairement à ce que l’on pourrait penser, il y a davantage de joueurs étrangers que de joueurs Anglais en Premier League. Sur 553 joueurs, 340 sont étrangers, soit 61,5 %. C’est le plus haut pourcentage parmi les 5 grands championnats européens. Cela s’explique de plusieurs façons.

Michael Owen tout sourire pour sa présentation à l’été 2004. Pourtant, il ne fut pas le joueur attendu et plia bagage un an après. (Crédits : independent.co.uk)

Tout d’abord, il faut savoir que la grande majorité des joueurs Anglais professionnels se trouvent en D2, D3 et D4 anglaises. De plus, historiquement et encore plus depuis 1995 et la création de l’arrêt Bosman, les clubs anglais ont toujours eu grandement recours au recrutement externe. En témoigne les plus grands joueurs de l’histoire de ce championnat : ils sont étrangers. C’est pour cela qu’un joueur comme Sancho a décidé de partir ailleurs dès son plus jeune âge ; pour avoir du temps de jeu. En effet, lui et ses jeunes compatriotes n’obtiennent pas les faveurs des clubs anglais pour démarrer très tôt, surtout lorsque leur talent est immense. Phil Foden est une anomalie.

Aujourd’hui, les clubs du Big Six n’accordent que très peu de place à leurs jeunes formés dans leur pays. Surtout que l’Angleterre ne possède pas habituellement l’un des plus grands réservoirs de talents. Ne souhaitant pas se retrouver à l’échelon inférieur, ils préfèrent partir. Le cas de Jadon Sancho s’est déjà multiplié depuis quelques saisons, mais tend largement à se reproduire. L’exemple de Jude Bellingham le montre parfaitement. Ces jeunes Anglais permettent également de montrer qu’ils savent s’exporter contrairement à certains de leurs ainés.

La Bundesliga, l’eldorado du cosmopolitisme

En première division allemande, outre les Suisses, nombreux sont les Français et les Anglais venus ces dernières années pour y progresser. Parmi les 523 joueurs évoluant en Bundesliga, 296 sont étrangers, soit 56,6 %. Cela s’explique par le fait que la grande majorité des clubs allemands ont très régulièrement fait appel au recrutement externe.

Le meilleur joueur actuel de Bundesliga (depuis quelques temps déjà) est étranger. Il est déjà considéré (heureusement) comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire de ce championnat. (Crédits : eurosport.de)

Leurs réseaux font partie des meilleurs au monde. Les recruteurs, historiquement, dénichent des joueurs de tout âge dans des pays se situant autour de l’Allemagne. Beaucoup d’Autrichiens, de Tchèques, de Polonais, de Danois, de Belges, de Néerlandais et donc de Suisses, sont venus éclabousser la Bundesliga de leurs talent (et continuent de le faire). Il faut également ne pas oublier que beaucoup de joueurs allemands décident de découvrir d’autres championnats européens, car ils réussissent plutôt bien à s’exporter en Angleterre et en Espagne. Dernièrement, à l’instar d’un Sami Khedira, l’Italie sait aussi en accueillir. Enfin, il faudrait rajouter que les Allemands qui ne sont pas internationaux, ne se trouvent pas nécessairement dans leur championnat. Leurs clubs préfèrent les étrangers des pays cités précédemment.

La Serie A, même constat, réseaux différents

Le taux d’étrangers au sein de l’élite italienne est sensiblement le même qu’en Bundesliga. Il s’explique d’ailleurs relativement de la même manière. 59,6 %, c’est la part des joueurs qui ne sont pas italiens. Cela représente 355 joueurs sur 596. La plupart des meilleurs italiens évoluent chez eux. Marco Verratti est une quasi-exception. Toutefois, les Italiens qui ne font pas partie de leur sélection, ou en tout cas qui ne sont pas régulièrement appelés, n’hésitent pas à partir, surtout si aucun grand club italien souhaite les acquérir. Ce qui diffère avec l’Allemagne, est que les réseaux de recrutement ne sont pas les mêmes. Historiquement, ils dénichent majoritairement des joueurs sud-américains, des Latins en somme. Sur cette caractéristique-là, l’Italie ressemble à l’Espagne et au Portugal. Les racines culturelles en sont la cause.

Reverra-t-on un jour Marco Verratti évoluer dans son pays d’origine ? (Crédits : paris-supporters.fr)

Si l’Italie donne autant la chance à ces joueurs non-italiens, c’est aussi parce-qu’il y a quelques années, la formation italienne a eu du mal à faire progresser ses jeunes. Pire encore, les quelques élus ne sont pas tous restés dans leur pays. Enfin, comme le veut le football du XXIe siècle, les joueurs du monde entier sont poussés à aller jouer dans d’autres championnats. Et les Italiens ont été nombreux à le faire.

La Liga NOS et la Jupiler Pro League, des championnats tremplins

Outre les Portugais et les Belges, nombreux sont les jeunes joueurs du monde entier à faire escale dans ces deux championnats. Ils sont parfaits pour progresser et attirer l’œil des recruteurs. 64,8 % et 60,2 %, voici les taux de joueurs étrangers. La plupart des joueurs Portugais et Belges sont ailleurs, notamment au sein des quatre meilleurs championnats européens.

La Ligue 1, la Premier Liga et l’Eredivisie, des mini Liga ?

Ces trois championnats, respectivement ceux de la France, la Russie et les Pays-Bas, s’inscrivent en faux avec ceux énoncés jusqu’ici. Ils regorgent davantage de joueurs nationaux que d’étrangers avec des taux de 48,6 %, de 31,9 % et de 43,4 %. Les explications sont simples.

Pour la Ligue 1, les clubs français préfèrent leurs natifs, car ils sont moins chers et souvent meilleurs, car oui, la France possède l’un des meilleurs réservoirs du monde grâce à leurs centres de formation ultra-développés. Pour les Russes, c’est différent, la limite des joueurs étrangers, à l’instar des autres championnats de l’ex URSS, en autorise moins que les autres championnats européens. De plus, ces pays-là espèrent améliorer leurs vivier en prônant la formation. Enfin, les Pays-Bas, dont l’Ajax est le meilleur exemple, prouvent encore plus dernièrement que leurs centres de formations sont parmi les meilleurs du monde. Ils ont donc tout intérêt à prioriser leurs natifs plutôt que de dépenser excessivement dans un recrutement externe, qui dépend d’un marché mondial en pleine inflation depuis plus de dix ans.

LaLiga, la réponse à notre question initiale

Nous arrivons au terme de notre analyse et voici le résultat. La première division espagnole possède le deuxième plus fort taux de joueurs nationaux parmi les 10 meilleurs championnats européens, et le plus fort des 5 grands championnats : 195 des 508 joueurs sont étrangers, soit 38,4 %. C’est dû en grande partie par un phénomène extérieur et plutôt récent : la crise des subprimes de 2008. Pour faire simple, les clubs espagnols se sont énormément endettés depuis plus de 10 ans et depuis quelques années, en conséquence, ils ne peuvent plus acheter autant de joueurs étrangers que par le passé. D’ailleurs, la plupart des joueurs espagnols évoluant au sein de leur championnat, ne sont pas internationaux et ne font pas partie des meilleurs joueurs du championnat. Cet état actuel des choses couplé à celui qui consiste à dire que les centres de formation espagnols ne sont plus aussi performants qu’auparavant, expliquent en partie la perte de vitesse des clubs espagnols sur la scène européenne.

Aritz Aduriz, l’homme qui brilla exclusivement sous ses couleurs régionales. (Crédits : foxsports.com)

Ce n’est pas tout. Le football espagnol présente une caractéristique relativement propre. L’Espagne est un pays très régionaliste, c’est-à-dire que ses habitants sont très attachés (c’est un doux euphémisme) à leur terre locale. Cela a pour conséquence que certains clubs espagnols choisissent exclusivement de compter dans leurs rangs des Espagnols. Le meilleur exemple est l’Athlétic Bilbao. Mais il y en a d’autres qui s’en rapprochent comme la Real Sociedad ou Osasuna.

En espérant vous avoir surpris, l’Espagne, devant la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Angleterre, possède le championnat regroupant le plus grand nombre de joueurs nationaux. Ce qui est tout particulièrement intéressant (et c’est pour cela qu’il mérite du débat), est que ce sujet s’explique par diverses raisons, parfois propres à certains pays et que le cadre dépasse le simple fait de taper dans un ballon.

(Crédits photo de couverture : Getty Images)

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