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Une Coupe d’automne pour quoi faire ?

France players huddle after Romain Ntamack scores their third try

Crise sanitaire mondiale oblige, le rugby international s’est organisé pour préserver ce qui pouvait l’être. Et en a profité pour bâtir une nouvelle compétition afin de rassasier l’appétit de combat des sélections.

C’est ainsi qu’est sorti des fagots la Coupe d’automne des nations (Nations Autumn Cup en VO), un tournoi à huit équipes composées des six nations européennes majeures (Angleterre, Ecosse, France, Galles, Irlande, Italie) et de deux ambitieuses équipes du Tiers 2 : la Géorgie et les Fidji. Longtemps, le Japon, fabuleux lors de son Mondial il y a un an, soit une éternité à l’ère du Covid, a tenu la corde pour se frotter aux puissances du Vieux Continent. Mais les risques ont finalement eu raison des Nippons, au profit des Géorgiens.

La compétition qui débute ce week-end promet donc sur le papier une sorte de Tournoi des Six nations bis, avec un format inédit de deux poules (l’Angleterre, l’Irlande, Galles et la Géorgie dans le groupe 1, la France, l’Ecosse, l’Italie et les Fidji dans le groupe 2). Au bout de ces affrontements préliminaires, un match de classement aura lieu entre chaque premier, chaque deuxième, chaque troisième et chaque dernier.

Voilà pour la théorie. Mais en pratique, que peut-on attendre de ce nouveau venu de calendrier qui enquiquine tant les clubs, privés de leurs internationaux pendant un mois supplémentaire ? La Coupe d’automne n’a évidemment pas le lustre du Tournoi ou d’un Mondial, mais remplir l’armoire à trophée présente toujours un intérêt particulier, coupe Mickey ou pas.

Les Bleus avec leur bleusaille

Pour les Bleus, malheureux deuxièmes d’un Tournoi rempli de promesses, l’enjeu sera double. D’abord, Fabien Galthié et son staff tenteront de corriger les imperfections entrevues depuis le début de l’année 2020, à savoir l’indiscipline qui pollue le jeu tricolore et perfectionner une défense exigeante qui souffre d’encore quelques failles.

Fabien Galthié, le sélectionneur des Bleus, passe ses consignes. (Crédit photo : Rugbyrama)

Surtout, l’équipe de France va devoir faire avec l’accord conclu in extremis entre la Fédération et la Ligue nationale de rugby, c’est-à-dire trois feuilles de match maximum par joueurs sur les six matches de l’automne. Déjà deux ont été joué, avec succès (victoires contre Galles et l’Irlande) et avec les cadres de l’équipe. Il est donc certain que les Bleus ne pourront pas compter sur leurs stars Dupont, Ntamack, Alldritt, Ollivon, Vakatawa, Fickou et consorts. Une épine monumentale dans le pied de la sélection nationale comme seul le rugby français sait se la planter.

Fabien Galthié souhaitait s’appuyer sur un groupe restreint pour avancer vers le Mondial 2023, ne pas offrir le maillot bleu par bonté d’âme. Il va devoir largement revoir ses plans. Un mal pour un bien ? Peut-être. Des jeunes pépites du Top 14 vont se voir offrir une opportunité et certains pourraient la saisir à pleines mains. A eux de prouver qu’ils ont l’étoffe des héros de demain, et pourquoi pas inscrire un premier trophée au palmarès du Quinze de France depuis le Grand Chelem en 2010.

L’Angleterre en grande favorite

L’Angleterre, sacrée dans le Tournoi grâce à un goal-average mieux soigné, aura un objectif clair : s’installer un peu plus solidement encore sur le trône de roi d’Europe. Vice-champions du monde et dotés d’une expérience à nul autre pareil, les joueurs d’Eddie Jones n’ont pas été irrésistibles ces derniers mois mais leur domination physique et leur confiance sont telles qu’il semble difficile de les voir perdre face aux Irlandais ou aux Gallois, vieillissants et en perte de vitesse.

Owen Farrell espère mener sa sélection vers un nouveau trophée. (Crédit photo : Francetv Sport)

L’Ecosse sera sans doute l’adversaire le plus sérieux des Bleus. La France n’a plus gagné à Edimbourg depuis 2014, preuve que les coéquipiers de Stuart Hogg ne sont plus les victimes expiatoires qu’ils furent au cœur des années 2000. Les Fidjiens peuvent aussi nourrir des belles ambitions, eux qui disposent de joueurs extraordinaires comme l’unique Semi Radradra, et qui ont déjà eu le scalp des Bleus à Saint-Denis, un triste soir d’automne 2018. Italiens et Géorgiens lutteront sans doute pour ne pas finir derniers de leur groupe mais l’adversité devraient s’avérer une fois de plus trop fortes. Au moins les Caucasiens trouveront là l’occasion rare de se frotter aux meilleurs.

Si elle n’a pas vocation à perdurer au-delà de la crise sanitaire que l’on espère voir s’essouffler le plus tôt possible, la Coupe d’automne des nations permet aux sélections de jouer les prolongations et aux supporters de profiter un peu plus longtemps que prévu des hymnes enchantants du Tournoi. Dans cette époque où les moments de plaisir se font beaucoup trop rare, la joie de voir ces grandes équipes se défier, même si elles ne seront pas forcément à armes égales, apporte un souffle léger presque salvateur. Sourions, le rugby continue. Pour l’instant.

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