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GROUPAMA FDJ – Pinot, Démare, Gaudu : trio gagnant ?

L’équipe GROUPAMA FDJ est l’une des formations majeures du paysage cycliste français. Un beau porte étendard pour le vélo tricolore. L’écurie hexagonale travaille bien et réussit une saison satisfaisante, qui ne fera pas oublier tout de même quelques couacs. Construite autour d’un « Big Three » constitué de Thibaut Pinot, Arnaud Démare et David Gaudu, elle nourrit des ambitions légitimes à court comme à plus long-terme. Penchons-nous sur ces trois coureurs : leur production, leurs qualités et leurs ambitions pour la suite.

PINOT, EN CLAIR-OBSCUR

Thibaut Pinot, leader de la GROUPAMA FDJ sur le Tour des Alpes en 2018 (Pictures © 2018, PhotoCredit: EXPA/ Reinhard Eisenbauer)

Thibaut Pinot est l’un des rares coureurs dont la notoriété dépasse le cercle des suiveurs assidus. Talent brut du cyclisme qu’entourent des espoirs énormes, il est aussi un homme à part dans le peloton. Un garçon qui chérit plus que tout la tranquillité de sa Haute-Saône, entre étangs et animaux. Pas forcément fan de l’effervescence, du strass et des paillettes qui souvent accompagnent les victoires majuscules. Est-ce la raison pour laquelle ces dernières souvent se refusent à lui ? On a pourtant longtemps cru, et finalement continuons de croire, qu’on tenait en lui le possible successeur tant attendu de Bernard Hinault, dernier vainqueur français sur le Tour de France en 1985. Mais pas encore.

La carrière de Pinot semble en effet accompagnée par une constante de malchance. Un parcours en montagne russe. Comme si sa vie de coureur était écrite à l’oscilloscope, alternant le très bon et le plus moyen. Un cycle ininterrompu d’ombre et de lumière. Il a aussi une santé fragile, voire des failles au mental, et souvent ça a lâché au moment-clé. Cette réalité flotte au-dessus de lui comme un spectre menaçant, prêt à frapper à tout moment. Et il semble parfois qu’il l’ait intégré comme une part de lui-même, dont on ne sait s’il parviendra à s’en débarrasser un jour. Pour autant, au-delà de l’étiquette – injuste – de « loser » qu’on lui colle trop facilement, rappelons que Pinot a dans sa collection des victoires dont l’immense majorité des coureurs ne pourrait même commencer à rêver. Le Tour de Lombardie en 2018 par exemple, l’un des cinq monuments du cyclisme. Pas vraiment une course de « loser ». Chose assez rare aussi, des victoires d’étapes sur les trois grands tours (3 sur le Tour, 2 sur la Vuelta, 1 sur le Giro). On se souvient notamment de l’Alpe d’Huez sur le Tour 2015 ou du Tourmalet en 2019 – probablement sa plus belle où il fait craquer à la pédale, ultra-dominant, le top du World Tour. Des légendes de ce sport.

Pourtant, il est vrai que souvent cela semble ne pas vouloir lui sourire. Et que ses échecs, ses désillusions, sont toujours violents et spectaculaires. Le Giro 2018 où, 3ème au général, il abandonne tout proche de l’arrivée et finit à l’hôpital à bout de forces. Le Tour 2019 où il fut brillant, magnifique, héroïque, avant de céder dans l’Iseran, blessé et meurtri, abandonnant tout espoir de maillot jaune sur les Champs-Elysées, alors même qu’il n’en avait jamais paru aussi proche. Il y a tout Pinot dans ces séquences. L’espoir. Et la désillusion. D’égale intensité. De quoi alimenter la triste chronique de la « lose », et nourrir doutes et critiques.

La saison 2020 a suivi cette trajectoir, et a tourné court. 5Ème de Paris-Nice. Puis le Covid. Le confinement. La reprise. Une bonne Route d’Occitanie. Mieux encore sur le Dauphiné (2ème). L’espoir. Puis la chute, les défaillances, et une fin dans l’anonymat. Espérer pour mieux être déçu. L’impression que l’histoire, hélas, se répète.

Alors quoi pour 2021 ? Aujourd’hui, Pinot a 30 ans, il est dans son prime. Il n’a plus le temps et doit engranger tout ce qui est possible. Retrouver le plaisir aussi, cela passera par là. Grimpeur exceptionnel, si les planètes s’alignaient enfin… Un grand tour ? LE Tour ? L’édition 2021, avec ses deux chronos, ne semble pas idéale pour lui. En forme, c’est certes un bon rouleur (Champion de France du CLM en 2016), mais peut-être pas suffisamment. Il pourrait être opportun de ne pas en faire son objectif unique. Cela permettrait aussi de dégager un peu de pression. Un programme pour s’épanouir pleinement. Sans tout miser sur le format trois-semaines, dont on se demande s’il est finalement le plus adapté pour lui. Déjà détenteur d’un monument (Lombardie), il a les qualités pour chasser des victoires au-delà du Tour. Il en est capable. Madiot devra pour cela aider son coureur, faire les bons choix, et trouver les bons mots. Refuser la fatalité qui s’installe, cette idée d’un sort qui s’acharne. Pour, enfin, vivre une saison complète et aboutie. On peut y croire.

DÉMARE, À PLEINE VITESSE

Arnaud Démare (Groupama – FDJ) victorieux sur le Giro 2020, maillot cyclamen sur le dos, lors septième étape entre Matera et Brindisi (Photo de Luca Bettini / AFP) (Photo de LUCA BETTINI/AFP via Getty Images)

Chez FDJ, le leader Thibaut Pinot prend – logiquement – beaucoup de place. Il prend tellement la lumière qu’on pourrait parfois oublier le reste. Si toutefois c’était le cas, on pourrait compter sur Arnaud Démare pour nous ramener à la raison. Nous rappelant à son bon souvenir de la plus belle des manières, en gagnant. Encore. Et encore.

Le coureur de l’Oise s’est ainsi paré cette année du maillot bleu-blanc-rouge, à nouveau champion de France après ses titres en 2014 et 2017. Pour les plus étourdis, Arnaud en a remis une couche en devenant le coureur le plus victorieux de la saison. Avec 14 victoires – en seulement trois mois ! – il devance les Roglic (12), Remco et Pogacar (9). Impressionnant. À noter notamment ses quatre victoires, et son ultra-domination au sprint, sur le Giro qui lui ont permis de ramener le maillot cyclamen à Milan. Il ajoute aussi un Milan-Turin à son palmarès et finit médaille d’argent sur les championnats d’Europe sur route. Fuoriclasse, Arnaud !

Quid de la suite, alors ? Arnaud est aujourd’hui un coureur confirmé, et mûr. L’autre leader de la Groupama-FDJ même si moins médiatique, en partie du fait de son absence sur le Tour. On imagine que cette anomalie relative sera corrigée en 2021, et que Madiot l’emmènera sur la Grande Boucle. Ce ne sera que justice. Même s’il sera sûrement esseulé face aux écuries sur-équipées de ses adversaires sprinteurs, on a envie de le voir se frotter aux Bennett et autres Caleb Ewan. Et ajouter de nouvelles étapes aux deux déjà gagnées sur le Tour de France.

On aurait cependant tort de ne voir en lui qu’un chasseur d’étapes. Il peut prétendre à des victoires de premier plan sur les courses d’un jour, ces classiques qui font rêver les cyclistes. Et ce y-compris sur les monuments du genre. Déjà vainqueur de l’un d’eux (Milan San Remo 2016), il termine troisième sur cette même course en 2018. On relève aussi un top 15 sur le Tour des Flandres en 2018 ou encore, à Roubaix, une 12ème place en 2014, puis une 6ème en 2017. Des courses qui lui vont bien et sur lesquelles, à 29 ans, avec ses qualités naturelles et sa belle progression, il incarnera une vraie chance pour la formation française. Autre belle course où il a déjà intégré trois fois le top 5 : Gand Wevelgem. Après ses places de 2ème (2014), 5ème (2016) et 3ème (2018), il pourrait bien finir par faire mouche. Une saison qui s’annonce donc palpitante pour le coureur qui s’affirme sans cesse un peu plus, dans la hiérarchie du sprint comme dans son équipe.

GAUDU, POUR L’AVENIR

David Gaudu de l’équipe Groupama – FDJ célébrant sa victoire lors de la 11ème étape de la Vuelta 2020 entre Villaviciosa et Alto de La Farrapona. 31 Octobre, 2020 (Photo de David Ramos/Getty Images)

Enfin, dans la famille « leaders », nous reste le troisième homme de la formation Groupama-FDJ, celui qui incarne un avenir que l’on peut raisonnablement espérer radieux : David Gaudu. L’actualité toute fraîche de ses performances sur la Vuelta ne fait que confirmer tout le bien que l’on pensait déjà de lui. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, que Gaudu a ce qu’il faut pour endosser dans le futur un rôle de leader.

C’est le sens de l’histoire. Depuis bien longtemps, avant même son passage pro, on entend parler dans les coursives des courses cyclistes du petit Gaudu. « Un gros moteur, vous verrez ! » Et en effet, on voit. Passé pro en 2017, Gaudu démarre fort. Sur une étape du Tour de Catalogne, on le voit basculer au sommet d’un col en compagnie des seuls Froome, Soler et Valverde. Annonciateur. La même année, sur la Flèche Wallone, il ose attaquer le maître des lieux, Alejandro Valverde, dans l’ascension finale du mur de Huy. Il termine neuvième. Du talent, et du culot. Plein de promesses.

Et depuis, dans le cocon protecteur de la Groupama FDJ, sous la coupe de l’expérimenté et passionné Marc Madiot, il grandit. Se développe progressivement. De manière constante. Le tout au contact d’un des tout meilleurs coureurs français en la personne de Thibaut Pinot. Profitant de son expérience. Et de sa propension à attirer les projecteurs Bien au chaud, dans son ombre, il bénéficie d’une position parfaite pour asseoir des bases solides sur lesquelles bâtir la suite de sa carrière. La filiation entre les deux coureurs est manifeste. Et Pinot semble assumer pleinement, entre autres obligations d’un coureur majeur, sa mission de transmission vers la jeune pousse Gaudu.

Si on veut pousser le parallèle, on peut rappeler que Pinot fait 7ème de la Vuelta en 2013, à 23 ans, quand le coureur breton vient de se classer huitième de cette Vuelta 2020, à 24 ans (il aurait eu 23 ans si celle-ci s’était courue sur les dates habituelles). Un petit clin d’œil de l’histoire, comme une passation de témoin à distance de temps. En tout cas Gaudu progresse et vient de passer un nouveau palier. Depuis ses débuts pro, le vainqueur du Tour de l’Avenir 2016 enchaîne les belles places : 9ème à la Flèche, 5ème de Milan-Turin et 2ème du Tour de l’Ain en 2017 ; 12ème du Tour de Catalogne en 2018 ; 13ème du Tour, à nouveau 5ème à Milan-Turin, 11ème au Tour de Lombardie et même 6ème à Liège en 2019 ; enfin ces deux belles victoires d’étape sur la Vuelta 2020, pour un premier top 10 final sur un grand tour (8ème). Régulière montée en puissance.

Le moment semble désormais venu pour Gaudu de progressivement s’émanciper (sans pour l’instant renier totalement son rôle d’équipier, Pinot en aura encore besoin). Ses références dessinent le profil d’un coureur polyvalent qui peut se positionner en prétendant sur bon nombre de courses : des courses d’un jour pour grimpeur-puncheur (y compris des monuments comme Liège ou le Tour de Lombardie), des courses à étapes d’une semaine (Paris-Nice et tant d’autres) et bien entendu les grands tours. Peut-on voir en lui un vainqueur final ? Un doute subsiste du fait de limites évidentes dans l’exercice chronométré. Il lui faudra y progresser, sans rien perdre de ses qualités en montagne : travail difficile et minutieux. Quoi qu’il en soit, Gaudu a sa vie de cycliste et un vaste champ des possibles devant lui pour écrire son histoire et ses succès. Il n’y a plus qu’à…

L’équipe Groupama FDJ compte donc dans ses rangs des coureurs de grande qualité avec des profils variés. Des coureurs fidèles aussi, qui passent pro, et qui restent. Un certain gage de qualité quant au travail effectué et aux conditions dans lesquelles on leur offre d’exercer leur métier. Un travail long, fastidieux, un staff qui se donne le temps de « développer » ses coureurs, un sens de la gratitude en retour et une volonté de rendre à mesure de ce qu’on a reçu, une atmosphère familiale aussi, bien incarnée par son directeur Marc Madiot, c’est tout ça la Groupama-FDJ. Pendant un temps un peu courte, elle a aussi su renforcer son effectif en y incorporant au fil du temps des coureurs comme Reichenbach, Rudy Mollard ou Stefan Küng. Si on y ajoute des Valentin Madouas – autre petite pépite du sérail FDJ – ou Armirail qu’on a vu brillant aux côtés de Gaudu sur la Vuelta, ou d’autres, c’est un ensemble dense et bien bâti qui est face à nous. Le tout mené par un trio très convaincant. De quoi se tourner vers 2021 avec sérénité et appétit. Lequel saura le mieux tirer son épingle du jeu ? À suivre.

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