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Twitch et le foot : un mariage possible ?

Créé en 2011, le site Twitch s’est rapidement imposé comme le leader mondial du streaming vidéo en direct. Racheté par Jeff Bezos en 2014, la plateforme a explosé en popularité depuis, et spécialement depuis le confinement. En effet, depuis le mois d’avril 2020, 2 millions de personnes sont connectées en moyenne à Twitch, avec des pics à plus de 6 millions. Il s’agit donc d’une part de marché énorme. Cependant, un constat cinglant est à faire, le même que sur youtube : malgré son statut de sport numéro 1 mondial, le Football est très peu représenté, surpassé par les formats de type Discussion et les Jeux Vidéo. Un retard à combler et à exploiter pour le business du sport-roi.

Le football grand absent du streaming

A l’heure actuelle, le football ne représente quasiment rien sur Twitch. Bruce Grannec est le streamer ayant un lien avec le foot qui connait le plus grand succès, puisqu’il a récemment atteint le top 20 français, mais il présente presque exclusivement des gameplays du jeu FIFA. Quelques discussions sporadiques sur le monde réel, mais rien de régulier. Pour les débats retransmis, on peut citer Les Réservistes, qui connaissent un certain succès sur Twitter et Youtube, ont tenté leur chance aux mois de juin-juillet, dans ce que l’on peut qualifier d’échec avec un pic à 27 viewers. La situation est légèrement meilleure pour l’AS Foot, qui présente des débats, débriefings avec invités, et a fait 63 viewers en moyenne le mois dernier. Alex de Castro, journaliste à RMC, s’en sort encore mieux avec 120 personnes en moyenne. Des chiffres honorables en somme, mais loin des sommets sur la plateforme.

Du côté des clubs professionnels, le bon élève est l’OM, qui a diffusé deux de ses matches amicaux d’intersaison sur Twitch, qui ont vu plus de 100.000 spectateurs (cependant de nombreux semblaient être des bots). Le reste des contenus sont des replays de vieux matches ou des watch along, comprenez que le spectateur suit sur son écran des commentateurs du match qui le regardent, dans le style de ce que fait l’Equipe 21 les dimanches soir. La fréquentation (2.400 viewers en moyenne, 12 fois plus que le PSG) en fait un véritable succès dont on parle peu, du fait que Twitch est pour l’heure destiné à une niche du public. Les Phocéens sont en avance dans l’utilisation de ce nouveau mode de com, mais aussi les seuls. Les autres clubs, du moins en France, sont absents.

Un terrain fertile de possibilités …

Pourtant, le potentiel de créativité est grand. Le streaming a de nombreux points communs avec la vidéo, comme les moyens et les concepts, mais il demande moins d’efforts, puisqu’il n’y a pas besoin de montage. A la différence de youtube, l’espace est occupé sur le moment présent et sur une plus longue durée. Les deux formats peuvent donc cohabiter et se compléter. Pour les clubs, il est possible d’amener des formats supplémentaires, au plus près de la vie des joueurs.

Pour les organismes comme les webtv où les émissions que l’on pourrait qualifier « d’amateures », la simplicité du fonctionnement est un plus. En effet, dans le cas d’émissions de débats, la mise en place d’un plateau est sensiblement la même que celle d’une télévision, les journalistes sont donc habitués au fonctionnement, tandis que les spectateurs ne sont pas dépaysés. La plus grosse différence, ce sont les coûts de diffusion, bien moindres que sur le petit écran. Un autre atout, et pas des moindres, c’est la possibilité d’interagir directement avec le public, via le tchat présent sur le côté. Twitch, c’est la possibilité de ramener le supporter au centre de l’action : réagir, répondre à ses questions, à son avis, lancer des sondages, voire ces mêmes supporters discuter entre eux (sous la veille de modérateurs) … Tout ce qui fait l’intérêt de Twitch d’une manière générale. A la télévision, la place du spectateur se limite à trois tweets qui apparaissent dans le coin parmi des milliers postés, sans être lu, ce qui amène à une cassure avec les journalistes.

mais plus de l’adaptation que de la créativité

Autour du terrain, le champ est libre. Mais pour ce qui est du match, c’est une autre paire de manches. Le principal obstacle, comme sur tout internet, concerne les droits de diffusion. Pour les matches amicaux, comme le montre l’exemple de l’OM, il n’y a aucun souci, mais c’est différent pour les compétitions. On peut alors imaginer que les chaines de télé prennent elles-mêmes en main la diffusion, pour ne pas laisser le champ libre à des pirates. La solution est peut-être déjà présente. Depuis peu, lorsque l’on est abonné à Prime Gaming, pour 6 euros par mois, on a accès à un catalogue de séries en VOD. Des streamers peuvent alors proposer des visionnages de série strictement réservés aux viewers eux aussi abonnés, sinon ils ne voient que le streamer seul. Une variante serait alors que les spectateurs sans abonnement assistent seulement aux commentateurs (comme le fait l’Equipe 21 dans ses grands matches), et à la rencontre en payant. La plateforme est déjà présente, installée, et offre des choix aux diffuseurs, une aubaine, surtout quand on voit les récents échecs cuisants de RMC et Telefoot, lorsque ceux-ci ont lancé leur système de diffusion sur le net.

Ou alors, la possibilité, la plus probable à l’heure actuelle, est de voir Amazon acheter les droits de diffusion directement. On sait que les GAFA cherchent à investir dans la diffusion du sport, à se tailler une part du gateau, et Jeff Bezos serait bien inspiré d’utiliser son Twitch, déjà familier, sans besoin d’être développé. On peut alors tout imaginer. Un abonnement propre au sport, dans la veine de Prime, pour regarder le foot exclusivement sur ordinateur ou téléphone. Une aubaine quand ces deux objets sont possédés par près de 100% de la population, contrairement à la TV, et qui parlent plus à la jeunesse. La mise en place de vente en pay-per-view de matches à l’unité, qui a récemment été refusée cette saison en Angleterre, serait facilitée par ce nouveau système de fonctionnement. Internet est synonyme de liberté et de flexibilité, pourquoi cela ne serait pas le cas pour regarder des matches ? On évoquait plus haut les webTV ; si elles étaient gérées par Amazon l’entreprise possèderait alors de quoi diffuser les matches et de quoi les entourer d’émissions. Tout comme une vraie chaine de télé, mais sur internet.

Dans notre monde en évolution à la fois perpétuelle et rapide, ce n’est pas tout le monde qui a eu le temps de s’adapter. Les institutions installées depuis longtemps, comme les TV, ont eu du mal à suivre la cadence, et le football ne fait pas exception. Dans ce sport business, il est important de s’ouvrir à tous les marchés. Le football dans sa globalité en streaming, c’est la possibilité soit d’explorer de nouveaux formats, soit d’en créer de nouveaux avec un investissement bien moins cher, de rendre la diffusion plus pratique auprès des supporters tout en les remettant (du moins en leur donnant la sensation) comme partie du produit. Et si l’avenir du sport se déroulait sur Twitch ?

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