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Pays de Galles: La difficile succession à Warren Gatland

Il est toujours difficile pour une équipe nationale de changer d’entraineur surtout quand celui-ci était présent depuis plus de 10 ans. Pour les Gallois, le départ de Warren Gatland à la fin de la dernière coupe du monde a mis fin à un mandat de 11 ans couronné de succès. Il aura traversé quasiment deux générations de Gallois en commençant par des joueurs comme Shane Williams ou encore Stephen Jones pour poursuivre avec Alun Wyn Jones ou Leigh Halfpenny. Son départ laisse donc un vide dans cette équipe galloise qui n’est pas aidée par une génération vieillissante et en manque de renfort.

Un entraineur dans l’histoire des Gallois

Avant son arrivée au Pays de Galles, Gatland a déjà une certaine expérience internationale. Originaire de Nouvelle-Zélande, il a rapidement pris la tête de la sélection irlandaise en 1998. Il y resta quatre ans avec une deuxième place comme meilleur résultat lors du tournoi des VI nations. Mais c’est en tant qu’entraineur chez les London Wasps qu’il va se faire connaître des amateurs de rugby. Alors que l’équipe est au plus bas dans le championnat anglais, Gatland parvient à relever l’effectif derrière ses stars Lawrence Dallaglio et Mark van Gisbergen. Avec cette équipe, il remporta trois championnats de suite en 2003/2004/2005 ajoutant un challenge européen en 2003 et une coupe d’Europe en 2004 où il parvient à battre Toulouse à Twickenham. Après une année en Nouvelle-Zélande, il décide de revenir à la tête d’une sélection: le Pays de Galles.

Lorsqu’il reprend cette équipe, elle reste sur deux cinquièmes places consécutives dans le tournoi des VI nations après un Grand Chelem en 2005. Il est alors chargé de remettre sur le devant du rugby européen, un XV du poireau talentueux. Les Gallois ne le savent pas encore mais le 9 novembre 2007, date de sa signature, marquera à jamais l’histoire de tout un peuple. Pour mesurer l’impact de Warren Gatland sur toute une région, il revient de regarder en quelques chiffres son bilan avec le XV du poireau. Il aura été à la tête de cette équipe pendant 130 matchs avec un bilan de 72 victoires, 2 nuls et 56 défaites. Il termine avec un pourcentage de victoires de 55,38%. En matière de trophées, il a mené les diables rouges à quatre victoires lors du tournoi des VI nations, 3 si on enlève l’année où il a laissé sa place à son assistant Rob Howley pour s’occuper des Lions. Sur ces quatre victoires, il a réalisé à trois reprises le Grand Chelem. Ainsi Warren Gatland est à l’origine d’un quart des Grand Chelem réalisé par le XV du poireau.

Adrian DENNIS / AFP

Au-delà du tournoi des VI nations, Warren Gatland a hissé le Pays de Galles à la quatrième place de la coupe du monde à deux reprises en 2011 et 2019. Le seul regret de l’ère Gatland est sa difficulté à s’imposer contre les équipes de l’hémisphère sud. En prenant les confrontations contre les quatre pays que sont l’Argentine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du sud, Warren Gatland l’a emporté à 12 reprises en 47 matchs avec aucune victoire en douze matchs contre son pays natal. Un chiffre qui ternit son bilan mais qui ne suffit pas à remettre en cause la légende de Gatland avec le Pays de Galles tant sa domination aura été impressionnante en Europe malgré des équipes toujours plus fortes avec l’Irlande ou l’Angleterre. Il aura entrainé une génération galloise impressionnante, à commencer avec le meilleur marqueur d’essais de l’histoire de la région en la personne de Shane Williams ou encore James Hook en passant par Dan Biggar, George North ou encore Leigh Halfpenny et en terminant par ses emblématiques leaders Sam Warburton et Alun Wyn Jones. Il suffit de voir les déclarations de ses anciens joueurs pour comprendre son impact dans le rugby gallois: 

« L’équipe galloise est passée d’outsider à favorite. Warren Gatland a provoqué ce changement. Selon moi, il est probablement le meilleur sélectionneur que nous avons eu jusqu’à présent »

Sam Warburton

Après son départ, il laisse un grand vide dans cette sélection avec des joueurs vieillissants et une jeune génération qui peine à arriver. 

Le début d’une période creuse? 

Dans le rugby, toutes les nations passées par une période glorieuse finissent par connaitre une période plus délicate en raison d’une génération en bout de course. Le Pays de Galles pourrait connaître ce moment après le départ de Gatland. Pourtant le XV du poireau n’a pas l’un des effectifs les plus âgés du rugby international. Lors de la dernière coupe du monde, la moyenne d’âge de l’équipe galloise était de 26,8 ans. A titre de comparaison, l’Angleterre avait une moyenne d’âge de 26,7 ans et l’Irlande 27,9 ans. Lors du dernier tournoi, cette moyenne d’âge était tout de même de 28,5 ans. 

Le problème du XV du poireau réside probablement dans le manque de profondeur de cette équipe. Dans une région peu peuplée avec seulement 3,136 millions, difficile de réussir à pérenniser une équipe de rugby. Ainsi lors du rapport de 2019 dévoilé par la Word Rugby, le Pays de Galles compte 107.959 licenciés, se classant douzième au niveau mondial. Un chiffre honorable pour une petite région mais qui n’empêche pas de voir des limites dans la capacité de renouveler son effectif. 

Les principaux cadres de l’équipe ont quasiment tous dépassé la trentaine. Au-delà de l’âge, c’est surtout la forme physique qui pose question pour ces joueurs. On peut commencer par la ligne arrière avec Dan Biggar dont les multiples commotions commencent à peser sur sa capacité à disputer des matchs en entier. Des joueurs comme Leigh Halfpenny ou encore Jonathan Davies ne sont pas épargnés par les blessures tout comme Liam Williams qui n’a disputé que deux matchs avec son équipe nationale depuis la dernière coupe du monde en raison de blessures à la cheville et au pied. Au niveau de la mêlée, le constat est le même. Le talonneur Ken Owen est plutôt sur la fin et pourrait manquer le prochain tournoi après une blessure à l’épaule en octobre contre Glasgow qui le privera des terrains pour 3 à 4 mois. Enfin le capitaine Alun Wyn Jones, toujours irréprochable, commence lui aussi à fatiguer du haut de ses 149 sélections avant ce match contre l’Irlande. 

David Rogers/Getty Images 

Pour mesurer les difficultés rencontrées par l’équipe galloise depuis la dernière coupe du monde, il suffit de regarder les derniers résultats. L’équipe a terminé avec une seule victoire lors de ce tournoi des VI nations, son pire bilan depuis 2007. Les diables rouges ont montré des grosses difficultés défensives comme contre la France avec 38 points encaissés. Pour son dernier match du tournoi, le XV du poireau s’est incliné à domicile contre l’Ecosse, une première depuis 2002. Des résultats décevants qui ont eu raison de Byron Hayward, l’entraineur de la défense galloise qui a quitté l’équipe nationale d’un commun accord avec la fédération galloise. Le sélectionneur, Wayne Pivac s’est exprimé après cette décision:

« A la lumière de notre dernière campagne, il a été décidé mutuellement que la meilleure voie à suivre pour le Pays de Galles et Byron est qu’il quitte son poste »

Wayne Pivac

Wayne Pivac aura beaucoup de travail à faire après cette première année compliquée avec une seule victoire. Les quatre prochains matchs, à commencer par celui de ce soir contre l’Irlande, vont être très importants dans l’optique du prochain tournoi des VI nations et de la coupe du monde de rugby en 2023. La lumière viendra peut-être de la jeune pépite Louis Rees-Zammit, convoqué récemment avec l’équipe galloise et qui attend toujours sa première sélection à 19 ans seulement. Quoi qu’il en soit, l’après Gatland est pour l’instant difficile pour le XV du poireau et il n’est pas sûr que l’équipe parvienne à retrouver le haut du classement avec la forte concurrence de l’Angleterre, de la France ou encore de l’Irlande. 

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