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Dans l’histoire de la NHL : Coupe Stanley 1994, la délivrance des Rangers

Le 14 juin 1994, les Rangers de New-York mettent fin à 54 ans de sécheresse en remportant la quatrième Coupe Stanley de leur histoire. Une victoire époustouflante qui reste gravée à jamais dans le cœur des partisans des Blue Shirts et dans celui de la ville de New-York. Surtout, c’est le scénario épique qui marque les esprits : une saison régulière de très haut-niveau, des Séries Éliminatoires pleines de suspense, des Finales à couper le souffle et une équipe des Rangers aussi attachante que combattive. Le grincheux « Iron » Mike Keenan, un échange ahurissant, la promesse d’un capitaine, les mots de Sam Rosen… Bref, tous les ingrédients pour faire de ce titre l’un des plus grands moments de l’histoire de la NHL !    

Les ambitions des Rangers version Neil Smith

Pour chaque succès, il y a un architecte. Pour les Rangers des années 90’, il se nomme Neil Smith. Franchise historique de NHL, membre des Six équipes originales, les Blue Shirts ont remporté trois Coupe Stanley avant l’expansion de 1967. Le premier titre remonte à 1928, seulement un an après leur création, le second en 1933 et le troisième en 1940 sous les ordres de l’entraîneur en chef, Franck Boucher. Depuis ? Plus rien, le désert. Affligeant au cours des années 50’ et 60’, les Rangers se ressaisissent dans les années 70’ et deviennent véritablement compétitifs à partir des années 80’. Mais les échecs s’enchaînent et la frustration s’intensifie. En 1989, les Rangers choisissent Neil Smith pour succéder à Phil Esposito en fonction depuis 1986 au poste de directeur général de la franchise. Ancien responsable du dépistage des recrues chez les Islanders, Smith fait ses armes en tant que DG de l’équipe affiliée de Détroit sous les ordres de Jim Devellano à partir 1982. Avec les Arirondacks Red Wings, Neil Smith remporte deux Coupe Calder (Championnats AHL) en 1986 et 1989. Il arrive pour une seule mission : gagner.   

Neil Smith en 1989 – Source : Forever Blueshirts

Neil Smith ne part pas de rien. À l’été 1989, il hérite d’une équipe talentueuse avec de belles promesses comme le défenseur de 21 ans, Brian Leetch, auteur de 71 points pour sa deuxième saison en NHL, et la future étoile devant les filets de New-York : Mike Richter. Mais Smith sait qu’il devra réaliser de gros mouvements pour donner aux Rangers le visage de prétendant. Lui que l’on surnommera plus tard « Big Deal Neil » commence ses transactions au début de l’année 1990 en faisant l’acquisition du centre étoile des Kings, Bernie Nicholls qui a cumulé pas moins de 150 points la saison précédente. En mars 1990, à la clôture du marché, Neil et les Rangers échangent Ulf Dahlen pour récupérer le tireur d’élite Mike Gartner. Avec cet effectif, les Rangers se hissent en demi-finales de la Conférence Est après une victoire 4-1 sur les Devils mais ne peuvent rien faire face aux Caps.

Mike Richter aux Rangers – Source : Not in Hall of Fame

Malgré tout, la première saison de Neil est une réussite avec le titre de champion de la Division Patrick, une première depuis 1932. L’année suivante, pour la saison 1990-1991, les Rangers terminent second de leur division et échouent au premier tour des Séries, une nouvelle fois contre Washington. Neil Smith sait qu’il peut gagner à NY, il ne lui manque que quelques pièces décisives qui savent gagner.

Les débuts de Mark Messier à New-York : l’apogée de la frustration

Pour exécuter son plan, Neil Smith se tourne vers la franchise la plus dominante des années 80’ : les Oilers d’Edmonton. Malgré le départ du Great One, Wayne Gretzky en 1988, les Oilers parviennent à remporter une cinquième coupe en 1990 grâce notamment au « Messie », Mark Messier. Avec le départ de Jari Kurri et lablessure de Messier qui le tient à l’écart des patinoires pendant 29 matchs, la saison 1991 marque la fin de la dynastie des Oilers. Le 4 octobre 1991, dans ce qui reste la plus belle transaction de l’histoire de la franchise, les Rangers font l’acquisition de Mark Messier en échange de Louie Debrusk, Bernie Nicholls et Steven Rice. Pour finaliser l’échange, New-York envoie David Shaw à Edmonton et récupère Jeff Beukeboom. Comme l’écrit le New York Times dans ses colonnes le 5 octobre 1991, les Rangers accueillent un gars « avec la mâchoire d’Arnold Schwarzenegger et la boîte à trophées de Robert DeNiro ». À 30 ans, Messier cumule 1034 points en 12 années sous le chandail bleu et orange des Oilers, et a été sélectionné 9 années consécutives au match des étoiles. L’annonce de l’arrivée de Messier fait les gros titres à NY, juste après le premier match de saison régulière, Smith le désigne immédiatement capitaine des Rangers et s’empresse de déclarer : « Le logo des Rangers sera un peu différent une fois que Mark aura terminé ici.» 

Mark Messier débarque à NY – Source : Pinterest

La saison 1991-1992, la première avec Messier, est un succès presque parfait. Avec 105 points en saison régulière, les Rangers se hissent à la première place de la NHL et remportent le Trophée des Présidents. Mark Messier remporte le Trophée Hart avec 107 points dont 35 buts et le défenseur Brian Leetch en accumule 105 en 80 matchs. Malheureusement, l’aventure des Rangers se terminent avec amertume en demi-finales de conférence contre les Penguins de Mario Lemieux, futurs vainqueurs de la Coupe. Neil Smith pensait toucher au but, mais la saison 1992-1993 est un véritable pas en arrière.

Messier avec le Trophée Hart de 92 – Source : Hockey Hall of Fame

Confiants après leur belle saison, Neil Smith et les Rangers se montrent discrets sur le marché des agents libres lors de l’automne 1992. New-York réalise un bon mois d’octobre, récoltant 7 victoires en 12 matchs. Mais rapidement, la situation se dégrade. Sur le terrain d’abord, en novembre, les Rangers remportent seulement 4 victoires et abordent la fin d’année avec un bilan à peine positif. Le 15 décembre 1992, pour la première fois depuis 1989, NY est blanchit en NHL, contre les Flames de Calgary. Deux jours plus tard, le défenseur vedette de l’équipe, Brian Leetch, est déclaré blesser pour la saison. Terrible coup de massue pour les Rangers. De la glace, la mauvaise forme de l’équipe se propage dans les coulisses. Les rumeurs circulent comme quoi la franchise souhaite échanger plusieurs joueurs pour récupérer Eric Lindros des Flyers de Philadelphie. Des joueurs très proches de Mark Messier qui monte au conflit contre l’entraîneur Roger Nielson, en poste depuis 1989.

Roger Nielson sur le banc des Rangers en 89 – Source : Last Word on hockey

La fronde du capitaine et de ses amis ont raison de la tête du coach qui est viré après 40 matchs. C’est l’assistant Ron Smith qui prend la place d’entraîneur pour les 44 matchs restants en régulière, mais il ne parvient pas à faire de miracle. Jeff Beukeboom est le seul défenseur à jouer plus de 60 matchs, Zubov est inconstant, alors que James Patrick et Kevin Lowe sont loin de leurs niveaux de la saison précédente. Les Rangers terminent la saison en catastrophe : 14 défaites sur leurs 20 derniers matchs. New-York finit dernier de la Division Patrick, 10ème de la Conférence Est et manque les Séries éliminatoires pour la première fois depuis 1988. Du Trophée des Présidents à la dernière place de Division, la chute est terrible pour les Rangers en cette année 1993. Brian Leetch déclare à ce sujet :

C’était un désastre d’une année. Je sais que c’était le cas pour moi. J’ai eu quelques blessures, une sur la glace, une hors de la glace. L’équipe avait des attentes élevées à cet égard et tout à fait boule de neige dans le sens négatif. Cela a donc fait une très longue saison morte. Pas très amusant.

L’arrivée de Mike Keenan : tyran ou génie ?

Neil Smith le sait, le noyau constitué autour de Mark Messier est fort en caractère et il faut un entraîneur capable d’encadrer ses fortes têtes. En avril 1993, les Rangers engagent Mike Keenan pour accomplir la difficile tâche de ramener l’équipe à sa place de prétendante. Keenan débarque avec un gros CV et une réputation sulfureuse. En huit ans de carrière en tant qu’entraîneur, Iron Mike a amené deux fois les Flyers en finale de la Coupe Stanley et une fois les Blackhawks de Chicago, en 1992. Mais, il n’a jamais remporté le Saint Graal. Keenan arrive à New-York avec l’image d’un homme grognon qui peine à tisser des liens sociaux avec les joueurs et défiant sans cesse la hiérarchie. Chez les Flyers, il s’est emporté contre le propriétaire Ed Snider, à Chicago, il a incité Bill Wirtz, propriétaire de la francise, à congédier le DG en poste, Bob Pulford. La méfiance est donc de mise chez les partisans des Blue Shirts. Keenan est aussi réputé pour ses entraînements à haute intensité, comme l’affirme Brian Leetch :

C’était similaire à ce que nous avions entendu, qu’il allait nous confronter et que nous allions patiner. J’ai tout de suite remarqué une réelle amélioration de nos entraînements. Ils étaient rapides et peu longs, mais vous bougiez sans arrêt. Si vous n’exécutiez pas chaque exercice, vous vous arrêtez et deviez recommencer. Il a poussé les joueurs dans leurs retranchements, moi y compris, tout de suite, donc ça a fait un début intéressant.

Mike Keenan avec NY – Source : Forever Blueshirts

Keenan débarque avec un style mais surtout une seule mission, la même que Neil et Messier : gagner. Le capitaine des Rangers déclare :

Il est venu avec une mission et une vision et a vraiment mis le cap pour l’équipe dès le premier jour du camp d’entraînement en nous montrant un défilé dans le Canyon of Heroes.

New-York, contrairement à la dernière saison morte, est actif sur le marché. Les Rangers parviennent à attirer le gardien des voisins Islanders, Glenn Healy, pour suppléer Mike Ritcher. Le mois d’octobre est synonyme d’adaptation pour les Rangers qui tentent de répondre aux attentes de leur nouvel entraîneur. NY obtient 15 points sur 13 premiers matchs. Après un mois de compétition, le 2 novembre 1993,  c’est le tireur d’élite vétéran Steve Larmer et l’ailier très rugueux des Caps, Nick Kypreos qui rejoignent l’effectif. Un recrutement précieux qui permet aux Rangers de remporter 11 matchs sur 13, portant leur bilan à 18-6-2 à cette période. En coulisse, Keenan continu son travail de matraquage mental sur ses joueurs notamment les vedettes comme Brian Leetch et Mark Gartner. Une attitude qui semble payer puisqu’à la vieille du Match des étoiles 1994, auquel trois Rangers participent (Messier, Leetch, Ritcher), la franchise de New-York est en tête de la Ligue avec un bilan de 30-12-3. Alors que les Rangers se dirigent vers un nouveau Trophée des Présidents, Keenan et Neil ne perdent pas leur mission de vue : gagner. Le message de l’entraîneur de NY est clair comme nous le rappel le gardien de la franchise, Mike Ritcher :

Keenan n’arrêtait pas de dire : « Ne vous laissez pas séduire par notre succès, les séries éliminatoires sont un jeu différent, vous avez besoin de force, vous avez besoin de profondeur, vous avez besoin d’expérience ». Il a été très clair à ce sujet. 

Pour exécuter les volontés de Keenan, Smith endosse son costume de « Big Deal Neil ». Le soir de la date limite des échanges, les Rangers vont réaliser plusieurs opérations pour bâtir une équipe capable de remporter une Coupe. Ainsi, ce fameux 21 mars 1994, c’est surtout l’échange avec les Leafs par marque les esprits : Mike Gartner rejoint Toronto, les Rangers récupèrent Glenn Anderson. Un échange entre deux futurs membres du Temple de la Renommée. Dans la même soirée, NY va chercher Craig MacTavish chez les Oilers en échange de Todd Marchant, ainsi que Stéphane Matteau et Brian Noonan en provenance de Chicago contre la jeune valeur montante, Tony Amonte. Des piliers de l’effectif sont partis, mais à l’unanimité, ses décisions sont vues comme un mal pour un bien comme le raconte Ritcher :

Neil a dû appuyer sur la détente à un moment donné. Le plus simple aurait été de ne rien faire. Nous avons perdu des joueurs formidables et des personnes formidables, mais nous avons ajouté de grands joueurs et des personnes qui correspondent peut-être un peu mieux à ce dont nous avions besoin.

Messier reçoit le Trophée des Présidents – Source : CSH

A la fin de la saison, la stratégie Keenan/Neil a payé. Les Rangers remportent leur deuxième Trophée des Présidents en trois saisons, avec un bilan de 52-24-8 et 112 points cumulés. Serguei Zubov termine la saison comme meilleur pointeur de New-York avec 89 points et s’est imposé un comme un réel défenseur élite aux côtés de Brian Leetch. Adam Graves inscrit 52 buts, établissant un nouveau record pour la franchise (qui ne sera dépassé qu’en 2006 par Jaromir Jagr). Tous les feux semblent au vert pour les Rangers, mais le traumatisme des deux dernières saisons reste dans les têtes. 

Séries Éliminatoires 1994 : une campagne épique

Les deux premières rondes sans trembler
Au premier tour, les Rangers retrouvent leurs voisins : les Islanders qui ont atteint la finale de Conférence l’année précédente. Emmené par le jeune et talentueux Pierre Turgeon, auteur de 94 points en saison régulière, Long Island a de quoi faire douter les Blueshirts. Surtout les partisans de l’autre équipe de NY ne cessent de rappeler une date : « 1940 », la dernière fois que les Rangers ont soulevé la Coupe. Mais les doutes s’effacent rapidement après les deux premières rencontres : 6-0 et 6-0. Deux cartons offensifs et deux blanchissages qui rassurent les joueurs et les partisans des Rangers. NY conclu la série en balayant les Isles dans les deux derniers matchs : 5-1 et 5-2. Brian Leetch cumule 8 points alors que Mark Messier et Alex Kovalev inscrivent chacun 4 buts. Prochaine étape, une vielle connaissance : les Capitals de Washington. Et cette fois de John Druce, l’ailier qui a réalisé des performances anormales contre les Rangers. Avec encore un excellent Brian Leetch, les Rangers remportent la série 4-1 contre ceux qui les avaient éliminé lors de leurs deux dernières campagnes de séries.

La plus grande série de l’histoire des Rangers
C’est l’heure des Finales de la Conférence Est. Les Rangers s’amènent comme favoris face aux Devils du New-Jersey qui se sont hissés à ce stade de la compétition en ayant disputé 13 matchs sur 14 possibles. Mais attention à ces Devils qui ont établi un record de victoires (47) et de points (106) au cours de la régulière. La génération dorée débarque dans le New-Jersey avec le défenseur Scott Niedermayer (20 ans) et surtout celui qui a remporté le Trophée Calder, un certain Martin Brodeur. Jacques Lemaire a remporté le titre d’entraîneur de l’année, alors que le capitaine Scott Stevens a terminé la saison avec une évaluation record de +53.

La confiance des Rangers est mise en péril dès le premier match. En troisième période, NY mène 3-2 alors qu’il reste moins d’une minute à jouer. À 19:17, Claude Lemieux ramène les Devils à égalité. Il faut attendre une seconde prolongation pour voir Stephane Richer inscrire le but gagnant pour les Devils. Dans le deuxième match, les Rangers blanchissent leurs rivaux grâce à une belle prestation défensive et un manque de discipline côté Devils qui héritent de 48 minutes de pénalité. Une victoire 4-0 qui redonne le sourire aux partisans de New-York. Place au troisième match. Une nouvelle fois, les deux équipes se retrouvent dos à dos à la fin du temps réglementaire 2-2. Cette fois-ci, ce sont les Rangers qui prennent les devants dans la série grâce à un but de Stéphane Matteau en double OT. Martin Brodeur réalise 47 arrêts lors de la rencontre, pas mal à 21 ans.

Le match 4 est remporté 3-1 par les Devils, revenant à 2-2 dans la série. Surtout, ce sont les décisions énigmatiques de Mike Keenan qui font débat après la rencontre. L’entraîneur a sorti Brian Leetch pendant plus de 15 minutes, a retiré Mike Ritcher après seulement avoir encaissé deux buts et a même placé le capitaine Mark Messier sur le banc. Iron Mike souhait-il donner une leçon à ses joueurs ? Une leçon en Finales de Conférence ?! Le match 5 est un réel coup de marteau sur la tête des Rangers qui explosent dans le troisième période en encaissant 3 buts consécutifs. Les Devils virent en tête dans la série, NY est au pied du mur, mené 2-3.

« The Guarantee » de Messier en Une des journaux – Source : Twitter

Mark Messier sait qu’il doit faire quelque chose. Publiquement, le capitaine des Rangers donne une « garantie » qui restera dans l’histoire de la NHL : « Nous savons que nous devons le gagner. Nous pouvons le gagner et nous allons le gagner ». A l’aube du match 6, tous les journaux new-yorkais reprennent les mots de Messier. Surtout, c’est le scénario de la rencontre qui va donner à cette phrase sa dimension légendaire.

En première période, Scott Niedermayer et Claude Lemieux donnent une avance 2-0 aux Devils. Les partisans des Rangers sont asphyxiés. La légende commence en seconde période lorsqu’Alex Kovalev récupère une passe de Messier, joue avec hésitation et trompe Bordeur pour revenir à 1-2. Début du troisième tiers, Kovalev trouve Messier dans la profondeur qui trompe Brodeur d’un tir du revers qui passe sous le coussin gauche du gardien : 2-2. À 12:12, après une remontée de balle éclaire entre Leetch et Kovalev, le Russe déclenche un tir de loin que Brodeur ne peut capter, le capitaine Messier saisi le rebond et donne l’avantage aux Rangers ! 3-2. Jacques Lemaire, normalement un entraîneur très conservateur, tire Brodeur pour un attaquant supplémentaire. Le jeu est dans la zone des Rangers. John MacLean lance une passe bâclée à l’avant du filet, Messier l’intercepte et envoie la rondelle directement dans le filet vide des Devils : 4-2. Grâce à un tour du chapeau historique, Messier a livré la victoire comme promis.

Le gardien Healy déclare des années plus tard :

Alors vous faites la promesse, ça fait les gros titres, et vous marquez trois buts en troisième période ? Sérieusement ? Combien d’entre nous ont eu ces grands projets et ils ne se sont jamais concrétisés ? Ensuite, le plus grand leader du sport les fait et scelle l’affaire avec un tour du chapeau, seul, dans le troisième. Ne négligez jamais ce que dit «Mess», c’est une chose que j’ai apprise.

Galvanisés, les Rangers accueillent le match 7 dans un Madison Square Garden en fusion. Une fois encore, le scénario est sensationnel. Dans un match crispé par la tension, les deux équipes n’osent pas assez et il faut attendre le milieu de la seconde période pour Brian Leetch inscrire le premier but pour les Rangers. Mais les Devils n’abdiquent pas, jamais. Il reste 18 secondes à jouer, mise en jeu dans la zone new-yorkaise. La défense des Rangers peine à se dégager, Stéphane Richer parvient à récupérer la rondelle le long de la bande et l’envoi vers Claude Lemieux qui trouve Valeri Zelepukin ! Le Russe trompe Ritcher sur son côté gauche, 1-1 ! Prolongations !

Comme lors du match 3, il faut attendre la deuxième prolongation pour savoir qui rejoindra les Canucks de Vancouver en finale. Et comme lors du match 3, le héros se nomme Stéphane Matteau. Les mots du commentateur Howie Rose resteront à tout jamais dans les têtes des partisans : « Matteau se précipite pour l’intercepter. Matteau derrière le filet, la balance devant. Il marque ! Matteau ! Matteau ! Matteau ! ». Les Rangers avancent en finale de la Coupe Stanley. Il ne reste plus qu’une marche à gravir.

Coupe Stanley 1994 : une délivrance pour New-York !

Les Rangers retrouvent une équipe coriace en finale : les Canucks de Vancouver. Emmenés par le prodigieux Pavel Bure, âgé de 22 ans, auteur de 60 buts en saison régulière, les Canucks se sont hissés sur la dernière marche non sans accroc. Lors de la première ronde, il a fallu 7 matchs à Vancouver pour se défaire de la tête de série numéro 2 de la Conférence Ouest, les Flames de Calgary. Au second tour et en finale de Conférence, les Canucks sont plus à l’aise, triomphant des Stars de Dallas et des Leafs de Toronto, 4-1 dans chacune des séries. Avec de très jeunes joueurs comme Trevor Linden, Bret Hedican ou la recrue Nathan LaFayette, les Canucks ont tout pour incarner le cauchemar des Rangers.

Au premier match, la vedette est devant les filets de Vancouver : Kirk McLean réalise 52 arrêts pour offrir la victoire aux siens dans un match qui s’est gagné en double OT. McLean a tout simplement écœuré l’attaque des Rangers et Greg Adams s’est occupé d’inscrire le but victorieux. Mais les partisans de NY ne s’inquiètent pas, impossible que le gardien des Canucks puisse réitérer l’exploit sur toute la série. Les Rangers, dans une démonstration sur glace, remportent les trois prochaines rencontres pour mener 3-1 dans la Série. Brian Leetch est exceptionnel, en route pour devenir le premier américain à remporter le Conn Smythe, Mike Richter est impériale et Graves, Zubov ou encore Larmer apportent de précieuses contributions. Mais voilà, la pression de la Coupe a eu raison de l’avance des Rangers. Au bord du triomphe, NY doit s’incliner 6-3 dans le match 5 au Madison Square Garden, grâce à deux buts de Pavel Bure et de Geoff Courtnall. C’est un joker de grillé. Match 6 au Pacific Coliseum de Vancouver. Encore une fois, face à l’élimination, les Canucks sont euphoriques, délivrant une prestation remarquable. McLean sauve 28 rondelles, Courtnall marque encore deux fois, tout comme Jeff Brown : victoire 4-1 des Canucks, la série est à égalité 3-3.

Le fantôme de la sécheresse plane de nouveau au-dessus de New-York. Les Rangers se sont vus remonter une avance de 3-1, mais maintenant, tout se joue sur une seule partie, un match 7, au Madison Square Garden. Bien que le momentum soit pour les Canucks, les doutes sont présents de chaque côté comme l’indique Brian Leetch :

Ils ont joué de leur mieux lors du sixième match, mais vous voyez à quel point il est difficile de battre une équipe trois matchs de suite en séries éliminatoires, en particulier deux sur trois dans leur enceinte. Nous savions donc qu’il y avait un petit doute dans leur tête, quant à savoir s’ils pouvaient sortir et le faire réellement à l’extérieur.

L’entraîneur Mike Keenan a prononcé un discours épique à la vielle du match 7, un discours que Mark Messier qualifie du « plus puissant que j’ai jamais entendu ». L’ambiance au Garden est exceptionnelle comme le décrit le gardien Healy :

Cette première période, je n’ai jamais entendu un mot de l’hymne national. C’était si fort. Cette foule nous a donné une avance de 2-0 dès la sortie des vestiaires. Vous aviez trois générations de fans de Ranger qui n’avaient pas vu de Coupe. Donc, vous avez un papa qui porte un maillot Eddie Giacomin, le fils porte un maillot Ron Duguay et l’enfant porte un maillot Richter.

Un peu plus de dix minutes se sont écoulées quand le capitaine des Rangers contourne Pavel Bure, trouve Zubov devant l’enceinte des Canucks et choisit de passer la rondelle à Leetch en voyant McLean anticiper un tir. À 11:02, Leetch ouvre la marque pour New-York. Quelques minutes plus tard, après un travail de sape parfait du trio Noonan, Tikkanen, MacTavish, les Rangers héritent d’un avantage numérique qu’Adam Graves converti en une avance de 2-0 pour les locaux grâce à un tir de plus de 4,5 mètres. Le Garden explose. En seconde période, tout le monde sait que le prochain but peut assurer le titre aux Rangers. Mais encore une fois, les rebondissements font frémir les partisans. Jeff Beukeboom se blesse au genou avant que le capitaine de Vancouver, Trevor Linden, vienne réduire l’écart à 05:21. La tension est à son comble jusqu’à ce que Mark Messier, qui d’autre ?, inscrive le troisième but pour les Rangers après deux tirs repoussé par McLean. A 13:29, les Rangers mènent 3-1.

Grâce au précieux Ritcher devant les filets, New-York conserve son avance jusqu’au début du troisième tiers où Linden réduit à nouveau l’écart. Il reste 15 minutes d’angoisse pour les Rangers et leurs partisans. Mais Ritcher est impériale, tout comme ses poteaux qui arrêtent les tirs de LaFayette et Gelinas… Après plusieurs mises en jeu palpitantes, le klaxon raisonne dans le MSG ! Les Rangers mettent fin à 54 ans de sécheresse ! New-York exulte.

NEW YORK, NY – JUNE 14: The New York Rangers celebrate after defeating the Vancouver Canucks in Game 7 of the 1994 Stanley Cup Finals on June 14, 1994 at Madison Square Garden in New York, New York. The Rangers won the series 4 games to 3. (Photo by J Giamundo/Bruce Bennett Studios via Getty Images Studios/Getty Images)

La malédiction est terminée pour New-York. Plus encore que les mots mythiques de l’annonceur Sam Rosen, l’une des images marquantes de cette célébration est probablement cet homme qui brandit une pancarte avec l’inscription : « Maintenant, je peux mourir en paix ».

Mark Messier s’exprime ainsi sur son souvenir de la Coupe 1994 :

C’était une sensation incroyable de voir des générations de fans qui ont finalement pu voir la Coupe Stanley à New York et sur la glace du Madison Square Garden. C’était un rêve de toute une vie pour de nombreux fans, un rêve de toute une vie pour de nombreuses personnes dans l’organisation, ainsi que pour de nombreux joueurs. Je ne pense pas que les mots puissent décrire ce qui s’est passé et le sentiment qui s’est produit à cause de cette victoire, plusieurs années plus tard.

Alors que du côté de Vancouver, une émeute regroupant entre 50 000 et 70 000 personnes a éclaté près de la patinoire des Canucks, la Grosse Pomme célèbre ses champions. Trois jours après le match 7, le 17 juin 1994, près de 1,5 millions de new-yorkais accompagnent les Rangers dans le Canyon of Heroes. Brian Leetch, MVP des séries, présente la Coupe Stanley aux partisans. L’émotion est à la hauteur du sentiment de délivrance.

Source : Blue Line Station

Ce 17 juin 1994, les partisans rentrent chez eux pour assister à l’incroyable course poursuite entre la star du football américain, OJ Simpson dans sa Ford Bronco blanche et la police de Los Angeles. Mais ça, c’est une autre histoire.

Le titre des Rangers de 1994 constitue une magnifique page de l’histoire de la NHL. Aboutissement d’un projet ambitieux, symbole de la résilience d’une franchise et de ses partisans, cette Coupe Stanley a une saveur particulière. Au terme d’un scénario digne des meilleurs films hollywoodiens, ce titre consacre une équipe de caractère et récompense une organisation qui aura tout donné pour rompre une malédiction tenace. Selon le média WFAN, cette victoire est le deuxième événement le plus marquant de l’histoire des sports dans la ville de New-York. Exceptionnel.

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