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Arrêtez de haïr la Ligue des Nations

La Ligue des Nations est souvent critiquée pour son manque d'intérêt. Mais si l'on change la manière de consommer la compétition, elle prend un tout autre intérêt.

Mal-aimée, délaissée, raillée. La Ligue des Nations est loin de faire l’unanimité chez les fans de football et a du mal à se faire une place parmi les compétitions internationales. Ses détracteurs lui reprochent de faire enchaîner les matchs à des joueurs qui ont besoin de repos et son manque d’enjeux. Ils n’ont pas totalement tort. Mais le malheur des gros peut faire le bonheur des petits. 

Car c’est bien via les « petites nations » que la Ligue des Nations prend tout son sens. Pour la première fois, ces dernières débutent une compétition officielle avec une tout autre mentalité : les joueurs de Malte, des Îles Féroé ou d’Andorre entrent sur la pelouse pour faire autre chose que résister, pour faire autre chose que défendre pendant 90 minutes. Bien sûr, elles n’ont pas attendu la Ligue des Nations pour remporter des matchs, mais cette nouvelle compétition leur permet de le faire plus souvent. 

Des prestations reluisantes

Prenons une équipe au hasard, disons les Îles Féroé, 107e au classement FIFA. Les « Bleus et Blancs » ont joué leur premier match le 24 août 1988 (défaite 1-0 contre l’Islande). Si l’équipe remporte le premier match officiel de leur histoire dès l’année suivante (1-0 face à l’Autriche dans les éliminatoires de l’Euro 1992, le 12 septembre 1992), le futur est beaucoup moins reluisant. En tout et pour tout, l’équipe nationale a joué 206 matchs mais n’en a remporté que 31 (24 nuls, 151 défaites). 

Si l’on ne prend en compte uniquement les matchs officiels (éliminatoires Euro + Coupe du monde), les Îles Féroé ont pris part à 149 matchs mais n’en n’ont remporté que 14 (pour 13 nuls et 122 défaites). En Ligue des Nations, leur bilan a un tout autre visage : 4 victoires, 3 nuls et 3 défaites. En septembre, les hommes d’Hakan Ericson remportent même deux matchs consécutifs (face à Malte et Andorre), une première depuis 1997. Terminé le temps où les petits pays servaient de faire-valoir aux grandes nations durant les campagnes de qualifications. Les Îles Féroé et autres nations mineures font enfin face à des adversaires de leur niveau dans une compétition à leur portée. Dans leur groupe 1 de la Ligue D, les Îles Féroé trustent la première place malgré leur nul face à la Lettonie. Des performances jusque-là inimaginables pour les 50 000 habitants de l’archipel. Les Îles Féroé et consort méritent qu’on leur offre une compétition de la sorte. Les Îles Féroé et consort méritent la Ligue des Nations.  

La sélection nationale des Îles Féroé – Crédit : So Foot

Des exploits retentissants

Ils l’ont attendu longtemps, très longtemps. Mais ce 13 octobre 2018 restera dans toutes les mémoires gibraltariennes. Ce jour-là, les hommes de Julia Ribas se rendent à Erevan, en Arménie dans le cadre de la 3e journée du groupe 4 de la Ligue D (vous suivez ?). La soirée commence pourtant mal pour Gibraltar, les organisateurs se trompent et jouent l’hymne du Lichtenstein. Pas de quoi déconcentrer les onze acteurs qui jouent le match comme à leur habitude : en défendant. La domination arménienne est totale : 72 % de possession. Gibraltar n’aura tiré au but que 6 fois contre 35 pour les locaux. À l’instar de Kyle Goldwin, gardien de la sélection, Joseph Chipolina est l’un des héros du match. À la 50e minute, il ne tremble pas pour transformer le penalty et ouvrir le score. Un but synonyme de première victoire dans un match officiel pour ce territoire reconnu par la FIFA seulement 2 ans auparavant, en 2016. 
Au sortir de ce match, Kyle Goldwin n’arrive pas à contenir ses larmes. Les joueurs se tombent dans les bras. La victoire est là et plus personne ne pourra la leur enlever. 

Aujourd’hui, Girbaltar est premier de son groupe. Un nul leur suffit contre le Liechtenstein lors du dernier match pour accéder à une qualification en Ligue C. Rendez-vous le mardi 17 novembre pour ce qui pourrait être un nouvel exploit pour ce petit territoire de 33 000 habitants. 

210e et donc dernière nation au classement FIFA, Saint-Marin a le sourire depuis ce samedi soir. Pour la première fois de leur histoire, l’équipe de la principauté a enchaîné deux matchs officiels sans défaite. Après leur 0-0 face au Liechtenstein le 13 octobre dernier, les hommes de Varrella ont tenu tête à Gibraltar (0-0), en jouant à 10 contre 11 pendant plus de 50 minutes. Et ce n’est pas la dernière place du groupe qui va enlever le sourire du visage du défenseur de 33 ans, Dante Rossi. Au micro de la télévision nationale, il a déclaré, les larmes aux yeux : « Pour moi, c’est vraiment un rêve. Ma famille est heureuse, ma femme aussi. Merci à mes coéquipiers, et à mon staff. Je dédie ce nul au pays entier qui est petit, mais qui a un grand cœur, à ma famille, à ma femme et à tous mes compagnons ».

Il suffit de se replonger dans l’histoire de Saint-Marin pour se rendre compte de l’immense exploit accompli par cette sélection. Depuis son affiliation à la FIFA, en juin 1988, Saint-Marin a perdu 161 des 168 matchs disputés (6 nuls et 1 victoire contre le Liechtenstein en amical), ne marquant que 23 buts. 
Avec ces deux matchs nuls, ils marquent leurs premiers points en compétition officielle depuis le 15 novembre 2014 et un match nul 0-0 face à l’Estonie. Mais grâce à la Ligue des Nations, nous ne devrions pas attendre aussi longtemps avant de voir « La Serenissima » reprendre quelques points sur les terrains. 

Une qualification inespérée

Avant l’instauration de la Ligue des Nations, quelle était la chance, pour un supporter nord-macédonien, de voir son équipe se frotter aux meilleurs dans ce qu’il se fait de mieux sur le continent ? Aucune. Jamais la Macédoine du Nord n’avait approché un tant soit peu une qualification pour une compétition internationale. Et même si l’on remarque une vraie progression dans cette sélection, le chemin est encore long pour décrocher ce ticket par la voie traditionnelle. 
C’est donc par la Ligue des Nations que leur salut est venu. Premier de leur groupe devant l’Arménie, Gibraltar et le Liechtenstein grâce à 5 victoires et une seule défaite, les hommes d’Angelovski ont pu participer au « final four ». Après leur victoire 2-1 contre le Kosovo en demi-finale, il n’y avait plus que la Géorgie qui se dressait devant leur rêve. 90 minutes pour faire la décision. L’histoire aurait été aussi belle quel que soit le résultat du match, la Géorgie n’ont plus n’ayant jamais pris part à la phase finale de l’Euro. Mais c’est bien Goran Pandev, unique buteur ce soir-là, qui fera la différence. « Notre rêve est devenu réalité » dira-t-il à la fin du match. Dans les rues de Skopje, les supporters envahissent les rues. Les drapeaux, maillots, écharpes sont de sortie. Les klaxons retentissent. Le lendemain, la presse titre « Skopje brûle ». Pourtant, ce sont bien le coeur des supporters qui brûlent d’impatience de jouer l’Euro. Ces mêmes supporters qui, sur les réseaux sociaux, ne cachent pas leur plaisir : « L’équipe nationale de football fait de nous une nation fière », « Nous sommes entrés en Europe, finalement » peut-on lire sur Twitter. Aleksandar Stikov, commentateur sportif retraité, en est certain : « C’est un résultat qui sera inscrit dans les annales du sport »

C’est maintenant un tout autre niveau qui les attend : l’Autriche, les Pays-Bas et l’Ukraine. Ils ont plus de 6 mois pour préparer ces rendez-vous, avec, pourquoi pas, une surprise au bout de ces trois rencontres. On ne pourra pas leur en vouloir d’en rêver et d’y croire.

On pourrait avancer d’autres arguments pour défendre, s’il le fallait encore, la Ligue des Nations (pas d’arbitrage vidéo, le système de montée/descente, la fin des onze remplacements à la mi-temps des matchs amicaux), mais ces quelques performances n’auraient jamais vu le jour sans cette incroyable création. Apprécier la Ligue des Nations, c’est ne pas se contenter des grosses équipes. Car le spectacle se fait surtout en bas. Alors oui, longue vie à la Ligue des Nations. 

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