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Pourquoi le meneur de jeu excentré devient essentiel? (James, Ziyech, Grealish, etc.)

En une touche, Jack Grealish a humilié Thomas Meunier. D’une seule caresse, il fait léviter le ballon quelques secondes, par-dessus le défenseur Belge. Une image qui a fait le tour des réseaux sociaux, mettant en lumière la performance XXL de l’Anglais. Par ce biais, c’est son positionnement sur le terrain qui a été, lui aussi, mis en avant. Dans un rôle d’ailier gauche, il était chargé de dicter le jeu de son équipe. Ancien numéro 10, l’ailier anglais a, comme d’autres joueurs centraux avant lui, fait son nid sur l’aile. Une tendance en vogue.

Ces derniers temps, la Premier League est l’apanage de ces milieux de terrains excentrés. Entre Grealish et Cantwell, James est venu s’immiscer, comme d’autres. En Italie, il y a Calhanoglu, en France le marseillais Dimitri Payet. Les exemples sont légion, et s’inscrivent surtout dans une certaine évolution du foot sur ces dernières saisons. Alors, pourquoi ces numéros 10 ont-ils tendance à s’exiler sur l’aile ? A ne pas confondre avec l’ailier faux pied où l’ailier intérieur, il est une véritable solution, et plus un problème pour son entraîneur.

Le changement de profil des milieux de terrain

Avant tout, il y a, c’est vrai, la disparition du 10. Le vrai, le créateur, le Mesut Özil ou le Riquelme. Celui qui voit la passe avant tout le monde, celui qui permet de faire briller les autres. Et ce, en raison du fait que « le football des 10 dernières années s’est surtout physicalisé » comme le déclarait Arsène Wenger dans les colonnes de So Foot récemment. Notamment chez les milieux de terrains, qui sont aujourd’hui plus loués pour leur abattage, leur réussite dans les duels ou leur engagement. Si l’on prend les deux derniers vainqueurs de la compétition reine qu’est la Ligue des Champions, Henderson, Wijnaldum, Milner, Goretzka sont, par exemple, d’excellents footballeurs, avec une palette physique plus que déterminante dans leur réussite.

Comment Ancelotti a relancé James Rodriguez ?

Seul Thiago (et Kimmich) échappent réellement à ce paradigme. Arsène Wenger encore : « Le football souffre aujourd’hui d’un manque de créativité, les artistes ont disparu. » Cette course à la course et l’apanage du pressing a aussi poussé le milieu offensif sur l’aile. Là où il peut garder un peu d’énergie et de lucidité afin de réaliser le bon geste, et ce même s’il sert aussi au pressing : Cristophe Kuchly, dans les colonnes d’Eurosport, louait aussi la qualité de Ziyech sur les phases défensives : « Avec son énorme capacité à répéter les courses, Hakim Ziyech le créateur devient donc aussi le premier défenseur. » Ce qui peut aussi être un reste de ces années passées au milieu de terrain, à comprendre les replacements défensifs, le pressing, l’occupation de l’espace, etc.

Réduction des espaces et imprévisibilité

La perte de créativité générale des milieux de terrain est aussi due à la crainte de prendre une transition rapide. Ce faisant, en plaçant son meneur plus haut sur le terrain, on évite le risque de disloquer son bloc en cas de perte de balle. Arsène Wenger , dans la préface de « The Wenger Revolution » avance un autre problème : « La défense s’améliore, et la réponse de l’attaque est de trouver un problème pour mieux défier la défense. » Effectivement, plus le jeu avance, plus les analyses sont poussées, plus la data est exploitée, plus les espaces se réduisent. Et à chaque problème sa solution : le meneur de jeu excentré permet de briser cette tendance.

Passes lasers et frappes de loin. Avec un peu de temps et d’espace, Payet est un véritable danger. (Crédits : Le10sport)

Car le meneur de jeu excentré reste un meneur. Un joueur au zeste d’imprévisible, à l’interprétation du football quasi unique. Mais aussi, et surtout, à la qualité technique et la vision du jeu bien supérieure à la moyenne. Il apporte donc plusieurs solutions aux blocs resserrés et aux espaces de plus en plus rares. Tout d’abord, par sa capacité à se placer entre les lignes, à se sortir du marquage pour venir créer de l’espace et des décalages. Ensuite, par cette qualité technique qui permet de résister au pressing, de se placer dans le sens du but et ce, même entre plusieurs adversaires, dans les petits espaces. Et en le plaçant sur le côté, on lui donne d’une part plus de temps car moins dangereux pour la défense adverse, mais aussi la possibilité de rentrer dans l’axe du terrain, balle au pied.

Loin d’être une tendance nouvelle

« Si le latéral adverse me suivait, cela libérait l’espace pour notre latéral, qui se retrouvait seul; s’il ne me suivait pas et restait dans sa zone, cela me permettait d’être assez libre pour trouver un attaquant avec mon pied droit, centrer, frapper. »

Johan Micoud à propos de son placement à Bordeaux, en 1999.

Il faut aussi souligner qu’en étant naturellement attiré par l’axe, le meneur libère le couloir. Une donnée importante, dans un football ou les latéraux sont désormais les plus gros centreurs, de véritables bombes physiques où la qualité offensive est aussi -si ce n’est plus- importante que la qualité défensive. Ce dernier créé aussi, par ses courses, de l’espace et donc, du temps à son meneur. Dans ce cas, un Ziyech ou un Özil (quand il l’a rarement fait) peut dicter son jeu. Détruire le bloc, de loin, par sa vision du jeu, par sa créativité. Ce qui a pu être vu par exemple, avec Iniesta et Alba au Barca sous Guardiola.

Ali Benarbia, numéro 10 sur l’aile aux Girondins de Bordeaux, 1999. (Crédits : Girondins4Ever)

D’ailleurs cette tendance à placer des meneurs sur à la vitesse moindre sur l’aile n’est pas nouvelle. Julien Momont notait par exemple chez Eurosport le 4-4-2 de Bordeaux en 1999. Avec Micoud et Benarbia, la tendance était à libérer le couloir pour le latéral. Le premier cité confiait même dans le livre « Comment regarder un match de foot » : « Si le latéral adverse me suivait, cela libérait l’espace pour notre latéral, s’il ne me suivait pas, cela me permettait d’être assez libre pour trouver un attaquant avec mon pied droit, centrer, frapper. » Dans ce cas, pourquoi mettre en lumière ce sujet aujourd’hui? Tout simplement parce qu’on risque de voir ce profil de joueurs se développer de plus en plus. Permettant de détruire des blocs, de casser des pressings, de servir ses buteurs… Permettant aussi de combiner et construire dans le cœur du jeu, comme Ziyech à Chelsea.

Et même s’il peut devenir un profil en vogue, l’important est surtout de savoir si l’ailier a certains profils complémentaires. Que ce soit Buendia à Norwich avec Cantwell, Richarlison avec James à Everton. Avoir ces profils différents, qui permettent d’être le plus efficient possible, d’utiliser tant la largeur que la profondeur, tantôt les courses sans ballon, tantôt la créativité avec, un coup le dribble fou, un autre la passe laser. Et puis, on ne va pas se mentir. On le veut aussi pour nous, que ce profil se démocratise. Car, comme le rappelle Tonton Wenger : « Quand on aime le jeu, on préfère l’artiste. Le créatif te fait découvrir des choses que tu ne vois pas, que tu n’as même pas envisagé depuis les tribunes.« 

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