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La route des Ravens vers le Super Bowl passe par un changement d’identité

Si au début de la saison, on avait dit aux Ravens et leurs supporters qu’ils afficheraient un bilan de 6-3 après neuf rencontres, avec des défaites contre les champions en titre, de quatre points contre la seule équipe invaincue de la ligue et à Foxborough dans de dantesques conditions météorologiques… Personne n’aurait sourcillé. C’est pourtant exactement la situation dans laquelle se trouve Baltimore aujourd’hui et toute inquiétude serait on ne peut plus justifiée. 

À la même époque la saison dernière, les Ravens étaient en plein cœur d’une série de douze victoires consécutives, dont une majuscule contre des Patriots alors invaincus. S’en étaient suivis des succès de 36, 34 et 39 points contre les Bengals, Texans et Rams, et la candidature évidente de Lamar Jackson au trophée de MVP. Baltimore n’était pas seulement la meilleure équipe de la ligue, elle était la plus spectaculaire. 

Cette saison 2020 est une tout autre histoire. La défaite contre les Steelers (24-28) à la Toussaint a installé un gouffre pour la quête de l’AFC Nord. Elle a surtout achevé de confirmer les problèmes offensifs des Ravens. Des problèmes qui doivent être résolus d’ici la fin de saison, sous peine de voir s’envoler leurs espoirs de revanche sur la douloureuse élimination lors des derniers playoffs

Face à Pittsburgh, Lamar Jackson a livré une performance particulièrement discontinue, mais a tout de même eu l’opportunité de remporter le match. Les Ravens accusant un retard de quatre points avec moins d’une minute à jouer, Jackson les a menés de leurs propres 37 yards jusqu’aux 23 yards adverses. Un vaillant effort pour terminer sur une tentative de passe téléphonée en direction de Willie Snead.

Cet ultime lancer du match n’est pas le seul approximatif tenté par Jackson ce jour-là. Il n’avait pas complété la moindre passe que Robert Spillane interceptait l’une de ses tentatives, après 54 secondes de jeu. Une interception que l’étonnant linebacker des Steelers s’est fait un plaisir de retourner dans la end zone. Le premier pick six de la carrière du MVP en titre.

Même après que les Ravens aient pris l’avantage au score, les erreurs de leur quarterback ont permis aux Steelers de revenir dans la partie. Jackson a terminé la rencontre à 13/28 pour 208 yards, deux touchdowns, deux interceptions et trois fumbles, dont deux perdus. Des fautes qui ont coûté cher au vu du résultat final.

Une régression à tous les étages

Les soucis de Lamar Jackson ne sont pas limités à ce seul match contre la redoutable défense de Pittsburgh. Il est très loin d’être aussi productif cette année que la précédente, que ce soit à la passe ou la course. L’une des raisons est, évidemment, que rééditer les exploits de sa saison 2019 était difficilement réalisable. Une autre raison, plus tangible, est qu’il est beaucoup plus mis sous pression que l’année dernière. 

Jackson a concédé quatre sacks aux Steelers, déjà la troisième fois qu’il en subit autant sur un match cette saison. Au total, les Steelers ont enregistré neuf QB hits, obligeant Jackson à lancer 21,4% des ses tentatives de passes avec un défenseur à moins d’un yard du receveur visé. Le constat est implacable : l’attaque des Ravens n’est pas aussi performante qu’en 2019, et Jackson n’est plus aussi performant contre la pression, quelle qu’en soit la forme. 

La victoire à Indianapolis (10-24) en Week 9 a mis du baume au cœur, mais la nouvelle défaite dimanche dernier contre les Patriots a rappelé, si besoin était, que les Ravens en l’état actuel ne peuvent pas espérer mieux que la saison dernière, quand les playoffs arriveront. L’heure n’est pas à la panique, mais au moins à la réalisation qu’ils sont plus des favoris au Super Bowl, seulement au milieu d’un gros peloton d’outsiders dans l’AFC. 

Avant dimanche, les Ravens n’avaient jamais marqué moins de 20 points en saison régulière depuis que Lamar Jackson est leur quarterback titulaire. Ils ont échoué à passer cette barre contre une défense des Patriots qui se classait avant-dernière de la ligue avant la rencontre. 

Jackson a complété 24 des 34 tentatives pour deux touchdowns et une interception, ajoutant 55 yards à la course, mais son équipe n’a rallié que deux fois la end zone. Bien au-delà encore des brutes statistiques, rien n’a semblé aisé pour l’attaque de Baltimore. Même la plus belle action de Jackson dans le match n’était que le résultat d’un fouillis offensif absolu. Constipation, allégorie.  

En 2019, les Ravens avaient la meilleure attaque à la course et à la passe de la ligue. Avant la piètre sortie contre New England, que la pluie seule ne peut justifier, ils étaient 5e à la course et 23e à la passe. Ils ont marqué 33,2 points par match en moyenne la saison dernière, mais n’ont pas dépassé cette marque depuis la première journée contre les Browns cette saison. La régression offensive était attendue, c’est son ampleur qui étonne. L’attaque est inefficace, prévisible et manque d’imagination.

Les défenses se donnent à cœur joie d’user du blitz contre les Ravens, surtout en empty backfield, sans coureur derrière le quarterback. Et c’est peu de dire que Lamar Jackson est en difficulté dans cette configuration. Au lieu de se contenter des solutions de passe courtes, qu’il est pleinement capable de réaliser avec son bras, il a le mauvais réflexe de crapahuter hors de sa poche et ainsi concéder des sacks évitables. 

Ces mauvaises lectures sont malheureusement courantes chez Jackson cette année. D’habitude sûr dans la précision de ses lancers, il semble parfois perdre ses moyens et confiance en ses qualités face au blitz en empty. Même au cours d’une saison où Daniel Jones, Dwayne Haskins et Joe Flacco ont débuté des matches, il sera difficile de trouver plus vilaine interception que celle de Jackson contre les Bengals.

Le genre d’actions où les détracteurs de Jackson bombent le torse et retrouvent la parole, après avoir été contraint au mutisme lors de son historique exercice 2019. Il existe toutefois moult exemples où il gère la pression avec calme et sang froid, indiquant que ses problèmes sont conjoncturels plutôt qu’irrémédiables. Comme ici, où il se décale légèrement et intelligemment sur sa gauche, voyant que le blitz des Chiefs arrive principalement sur sa droite. 

Greg Roman au défi de la métamorphose

Plusieurs facteurs se cachent derrière l’inefficacité des Ravens en empty. D’abord les erreurs de lectures de Lamar Jackson, ensuite le manque de receveurs performants sur courtes et moyennes distances, enfin la faillite de Greg Roman à ajuster le jeu de passe de son attaque. 

Alors que son nom circulait, notamment du côté de Dallas, pour qu’il obtienne le premier poste d’entraîneur principal de sa carrière, Roman a finalement été convaincu de rester à Baltimore. Que ce soit avec Colin Kaepernick à San Francisco, Tyrod Taylor à Buffalo ou Lamar Jackson à Baltimore, le coordinateur offensif des Ravens peut se targuer d’un bilan remarquable dans la construction d’attaques centrées sur la course. Mais, cette escouade 2020 est en passe d’être la pire qu’il ait entraînée. 

Ronnie Stanley, qui s’affirmait comme un des meilleurs tackles de la ligue, est out pour le reste de la saison après s’être fracturé la cheville contre Pittsburgh. Stanley a tout de même été sur le terrain lors de six des neuf rencontres des Ravens et Lamar Jackson a déjà concédé 23 sacks, soit autant qu’au cours de toute la saison 2019. 

Le départ à la retraite de Marshal Yanda, à jamais sous-estimé, n’a pas été qualitativement compensé. Le rookie Tyre Phillips qui avait battu D.J. Fluker pour le poste de guard droit titulaire est également blessé pour une durée indéterminée. Ledit Fluker, qui a pris la relève de Phillips, a été cordialement prié de rejoindre le banc en deuxième mi-temps contre les Patriots. Résultat, c’est le centre remplaçant Patrick Mekari qui a été décalé en guard. Quant à Matt Skura, le centre titulaire, ses mauvais snaps ont fortement pénalisé son équipe contre les Colts en Week 9 et carrément coûté aux siens l’opportunité de battre les Patriots en Week 10.

Voilà comment la ligne offensive, pierre angulaire du succès des Ravens la saison dernière, est aujourd’hui une véritable faiblesse. Ajoutée à cela, la terrible blessure de Nick Boyle – qui partage avec George Kittle le statut de meilleur tight end bloqueur de la ligue -, et c’est tout le jeu de course de Baltimore qui vacille, la base de la philosophie offensive de Roman ébranlée.

Avec la blessure de Boyle et le trade de Hayden Hurst à l‘intersaison, les Ravens ne disposent plus que de deux tight ends aptes dans l’effectif : Mark Andrews et Luke Willson, signé en catastrophe pour combler le manque. Maigre pour une équipe qui a fait des formations à trois tight ends une marque de fabrique de leur attaque en 2019.

Reculer pour mieux sauter

À court terme, le rôle du fullback Patrick Ricard devra être étendu et ses responsabilités accrues. Il en va de la viabilité du jeu de course. Sean Culkin, qui revient d’une rupture du tendon d’Achille, et Xavier Grimble pourraient, eux, être activés du practice squad pour faire le nombre au poste de tight end. 

En revanche, pour faire mieux que sauver les meubles et ne pas laisser la défense seule responsable de la réussite de l’équipe en playoffs, une refonte totale de l’attaque s’impose. Les blessures et diverses contre-performances obligent Greg Roman à changer sa façon de faire, qui n’est plus adaptée au personnel qu’il a à disposition. Bonne nouvelle pour les supporters des Ravens, il semble en avoir pris conscience.

La première étape de cette transformation doit passer par une plus grande implication des receveurs. Après sa sortie sur les réseaux sociaux, aussi malvenue soit-elle, on aurait pu attendre un accroissement des passes lancées en direction de Marquise Brown, il n’en a rien été.

Depuis la défaite contre les Steelers, Brown cumule la bagatelle de cinq réceptions sur 11 targets pour 52 yards. Sa faible production n’est toutefois pas que de la faute de son quarterback ou son coordinateur offensif. Il est un receveur unidimensionnel, qui a une difficulté notoire à faire des réceptions contestées. Lorsqu’il ne parvient pas à créer de la séparation, il devient pratiquement inutile.

Il n’empêche que son cas n’est pas unique. Miles Boykin n’a joué que 19 snaps contre les Patriots et n’a pas été visé une seule fois par Lamar Jackson. Preuve, s’il en est, de l’apathie du jeu de passe des Ravens. Alors que la production de gros jeux en profondeur était l’un de leurs principaux axes de travail cette intersaison, la régression est là aussi incontestable. 

Avec 184,1 yards par rencontre, l’attaque aérienne des Ravens est avant-dernière de la ligue, devant le semblant d’équipe que sont les New York Jets. Les Ravens sont également la deuxième équipe à avoir tenté le moins de passes à ce stade de la saison (250). Cela doit changer. 

Jackson a complété 83% de ses passes contre les Colts et 70% contre les Patriots. S’il éprouve encore quelques difficultés dans le jeu en profondeur, les passes courtes et intermédiaires au milieu du terrain ne lui ont jamais posé problème, ni chez les professionnels, ni à l’université. 

Willie Snead, la seule note positive dans le corps de receveurs de Baltimore, n’est pas une première option et n’a jamais eu vocation à l’être. Faute de receveurs stars sur les extérieurs, les Ravens doivent exploiter l’aise de Jackson dans ce secteur de jeu et les qualités de Mark Andrews, qui est de facto la meilleure arme de leur jeu de passe. 

Quid de Dez Bryant, intégré au practice squad le mois dernier et appelé dans le groupe pour la Week 9, contre les Colts. Pour son grand retour après quasiment trois ans éloigné des terrains, le triple Pro Bowler a dû se contenter de deux petits snaps. De nouveau activé du practice squad pour la Week 11, il pourrait être une option supplémentaire à Lamar Jackson. Moins rapide que lors de ses grandes années Cowboys, son physique et ses mains sûres peuvent servir de soupape de sécurité au centre du terrain.

Les Ravens ont à leur tête l’un des meilleurs entraîneurs de la ligue, qui a su faire et refaire l’identité de son équipe à maintes reprises. Pas plus tard que la saison dernière, le coordinateur défensif Don Martindale avait réalisé les ajustements nécessaires en cours de saison, pour assurer aux Ravens le meilleur bilan de la ligue. C’est désormais au tour de l’attaque et Greg Roman de faire de même.

Si la division semble difficile d’atteinte avec un retard de trois matches sur les Steelers, les Ravens sont toujours bien placés dans la course aux playoffs. Leur bilan de 6-3 reste satisfaisant et les rencontres à venir ne paraissent pas des plus compliquées. La route vers le Super Bowl sera plus compliquée, mais elle est loin d’être impossible… Si et seulement si l’attaque se reprend en main. Le changement, c’est maintenant ou jamais.

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