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La nouvelle génération russe, bien décidée à s’imposer

Depuis de longues années déjà, un mot revient sans cesse sur le circuit international : « succession ». Tout le monde se demande qui mettra fin à la domination légendaire des 3 fantastiques, ou simplement, qui prendra le relais. Alors que les noms de Dominic Thiem, Alexander Zverev ou Stefanos Tsitsipas reviennent très régulièrement, ne devrait-on pas plutôt se tourner vers la Russie pour distinguer la future nation forte du tennis mondial ? En cette étrange saison 2020, ce sont en effet les tennismen venus de l’Est de l’Europe qui ont su faire parler d’eux.

Les récents succès des tennismen russes Andrey Rublev et Daniil Medvedev ne passent évidemment pas inaperçus en cette fin d’année 2020. Lauréats de cinq tournois à eux deux depuis le mois d’août, ces deux joueurs ont orienté les projecteurs vers la Russie, une nation qui a toujours su placer de très bons athlètes sur la scène mondiale. Aujourd’hui, la Russie place trois joueurs dans le Top 20 mondial, au classement ATP. Personne ne fait mieux, et seule l’Espagne en compte autant. Toutefois, il faut remonter jusqu’à la 111ème place de ce classement pour trouver la trace d’un quatrième tennisman russe. A eux trois, Daniil Medvedev, Andrey Rublev et Karen Kachanov peuvent-ils faire de la Russie la nation dominante du tennis mondial pour les prochaines années ?

Trois joueurs à l’assaut des plus beaux trophées

Et si 2021 était l’année de la Russie ? Les interrogations sont multiples au sujet de la saison à venir, notamment à cause du calendrier susceptible d’être bouleversé par la situation sanitaire mondiale, mais le sport continuera et le tennis aussi. Devant cette situation floue, aucun joueur ne laissera passer une occasion de briller. Et il se pourrait que nos amis d’Europe de l’Est en profitent.

Plein de sang-froid, Daniil Medvedev incarne le renouveau du tennis russe (Image : Eurosport)

Daniil Medvedev, la principale menace (24 ans – 4ème mondial)

C’est bien entendu Daniil Medvedev qui fait figure d’épouvantail aujourd’hui. Après ses deux succès prestigieux lors du Masters 1000 de Paris-Bercy et à Londres pour les Nitto ATP Finals, le quatrième joueur mondial a encore faim. A 24 ans, Medvedev semble avoir franchi un vrai palier. Il a récemment annoncé mettre un terme à sa collaboration avec son centre d’entraînement français, qui durait depuis des années : « Ce départ se fait dans la bonne humeur et la joie car cela a été une aventure extraordinaire » affirme Jean-René Lisnard, fondateur de l’Elite Tennis Center dans le sud de la France. Son désormais ex-protégé se lance vers de nouveaux défis, avec une ambition décuplée par sa très bonne fin d’année 2020. Sur bien des plans, Daniil Medvedev a de quoi embêter n’importe qui. C’est d’ailleurs ainsi que l’on peut le définir : embêtant. D’un point de vue tactique, certes, mais aussi pour le grand public.

Daniil Medvedev peut agacer par son comportement, c’est d’ailleurs par ce biais-là que le grand public l’a découvert lors du tournoi de Wimbledon en 2017. Après sa défaite au second tour face à Bemelmans, il lance des pièces de monnaie aux pieds de l’arbitre, comme pour dénoncer une potentielle corruption de celui-ci. Deux ans plus tard, à l’US Open, il refait parler de lui. Sifflé par le public américain après plusieurs gestes d’humeurs, le Russe avouait profiter de cette énergie que dégageait la foule. Dans la foulée, il accède à la finale du Grand Chelem américain, qu’il perd face à Rafael Nadal. Dès lors, le public a commencé à apprécier l’atypique Russe, son authenticité et son caractère.

Andrey Rublev, le chien fou (23 ans – 8ème mondial)

Andrey Rublev a également fait parler de lui ces derniers temps. Vainqueur de 5 trophées sur l’ensemble de l’année 2020, personne n’a fait mieux que lui sur cette saison. Ses succès à Doha, Adélaïde, Hambourg, Saint-Pétersbourg et Vienne ont récompensé une progression constante chez le jeune Russe depuis plusieurs mois. Invité surprise du Nitto ATP Finals en ce mois de novembre, il n’a malheureusement pas su y faire bonne figure. Toutefois, sa huitième place au classement mondial n’est pas due au hasard. Du haut de son mètre quatre-vingt-huit, le natif de Moscou s’impose comme une valeur sûre des années à venir. En progressant sur le plan mental qui, jusque-là, était son principal défaut, Rublev a désormais de quoi inquiéter bon nombre de ses futurs rivaux. Si 2020 fut l’année Rublev, qu’en sera-t-il de 2021?

Régulièrement associé en double, Karen Kachanov et Andrey Rublev incarnent une jeunesse russe ambitieuse (Image : The National)

Karen Kachanov, l’énigmatique (24 ans – 20ème mondial)

La principale interrogation de cette jeune génération russe est sans doute Karen Kachanov. Le grand moscovite (1m98) a été l’un des premiers à être connu par le grand public. Il est l’une des figures de cette fameuse NextGen dont on parlait il y a quelques années déjà. C’est en 2016 qu’ont lieux ses premiers faits d’armes, et notamment son premier titre ATP en Chine, à Chengdu. Autour de la cinquantième place mondiale, pendant que Daniil Medvedev frappe tout juste aux portes du Top 100, Karen Kachanov impressionne par sa puissance, sa taille et ses quelques succès notables : en 2017, il bat notamment Thomas Berdych, Gilles Simon, Diego Schwartzman ou encore John Isner. S’en suit une année 2018 marquée par son succès lors du Masters 1000 de Paris-Bercy. A partir de ce moment-là, Kachanov est attendu au tournant : il doit performer en Grand Chelem. Malheureusement pour lui, il n’a accédé qu’une seule fois à un quart de finale, c’était à Roland-Garros en 2019.

Depuis son titre parisien, Karen Kachanov n’a plus remporté un titre sur le circuit ATP. A la peine en Grand Chelem, il n’a pas su s’installer dans le Top 10 mondial, et est logiquement redescendu au vingtième rang. Cette année, il ne compte aucune victoire sur un membre de ce fameux Top 10 mondial. Toutefois, il serait peu judicieux d’enterrer si tôt Karen Kachanov. A l’instar de ses deux compatriotes, il a de quoi inquiéter beaucoup de joueurs du circuit l’an prochain.

Une capacité à battre n’importe qui

On ne se retrouve pas dans le haut du classement mondial par hasard. Les trois compagnons russes ont tous la capacité de déranger n’importe quel joueur du circuit ATP. Par leurs frappes puissantes et sèches, ils dégagent une intensité physique capable de mettre à mal quiconque ne frappant pas aussi fort. Daniil Medvedev se distingue par sa capacité à s’adapter au jeu de son adversaire. Très fin tacticien, il empêche ses opposants de trouver leur rythme. Grand et endurant, il est capable de couvrir une grande partie du court sans jamais se mettre en difficulté. Medvedev n’est pas un esthète ; il ne s’embarrasse pas avec d’éventuelles fioritures dans ses coups. Combiné à des attributs mentaux très forts, ce style de jeu lui a permis de faire déjouer les trois meilleurs joueurs mondiaux à Londres : il a successivement battu Novak Djokovic, Rafael Nadal et Dominic Thiem. Un tableau de chasse sympathique…

Tombeur des trois premiers joueurs mondiaux, Daniil Medvedev est dans la forme de sa vie (Image : Eurosport)

Andrey Rublev a lui aussi battu Dominic Thiem par deux fois cette année (à Vienne et à Londres). Nul doute que son évolution mentale y est pour beaucoup. Désormais, Rublev est plus stable, il s’égare moins dans des sautes d’humeurs qui nuisaient à ses performances. D’un point de vue tennistique, Andrey Rublev n’a que peu de défauts : il sert bien et fort, ses coups droits sont d’une rare puissance et il se déplace bien. Des caractéristiques que partage aussi Kachanov, surtout en matière de force physique. Celui qui était présenté comme le « digne héritier de Marat Safin » il y a quelques années n’en est pas encore là, mais sait-on jamais… Il y a deux ans, il s’offrait le luxe de disposer de John Isner, Alexander Zverev, Dominic Thiem puis Novak Djokovic au Rolex Paris Masters. Une performance sensationnelle qui pourrait se reproduire si Kachanov retrouve les rails de la confiance.

La Russie plus forte que jamais ?

Comparé à Marat Safin par le passé, Karen Kachanov ne sera a priori pas le premier de la bande à se rapprocher de l’illustre tennisman russe. Aujourd’hui Daniil Medvedev et Andrey Rublev semblent avoir une belle longueur d’avance sur leur compatriote. Toutefois, en s’éloignant des considérations individuelles, se pose une question : la Russie dispose-t-elle aujourd’hui de sa plus belle génération ? Il y a un an, la sélection russe accédait aux demi-finales de l’ATP Cup, avant d’être battue par la Serbie future lauréate de la compétition. Andrey Rublev n’en faisait pas partie, mais Kachanov et Medvedev étaient bien là, coachés par… Marat Safin ! Si l’édition 2021 a bien lieu – il faut toujours être prudent par les temps qui courent – nul doute que la Russie sera hissée au rang des favoris par beaucoup. Un statut mérité. Mais la Russie de 2020/2021 est-elle la meilleure de l’histoire ?

Marat Safin, figure de proue du tennis russe des années 90 et 2000 (Photo : Pierre Costabadie/Icon Sport)

A l’heure actuelle, l’ancienne génération a encore une marge d’avance sur ses successeurs. Marat Safin a remporté deux tournois du Grand Chelem, tout comme Ievgueni Kafelnikov. Ensemble, ils ont remporté la Coupe Davis en 2002. Quatre ans plus tard, c’est en compagnie de Nikolay Davydenko que Safin en décroche une deuxième. A eux trois, ils totalisent 62 titres ATP en simple. C’est 42 de plus que les trois Golden Boys d’aujourd’hui. S’ils ont chacun encore 10 ans pour faire fructifier leurs totaux, il ne faudra pas se perdre en route car de nombreux jeunes joueurs ont les dents longues. Un titre sous le maillot de la Russie au mois de janvier pourrait bien marquer les esprits, à la fois du public et des joueurs du circuit. Aujourd’hui, Daniil Medvedev et ses petits copains sont sur le point de terrasser l’opposition. Il faudra être fort pour le confirmer.

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