Cyclisme Omnisport

Wout van Aert, l’infatigable sur tous les fronts

Wout van Aert est un coureur majeur du peloton mondial. A 26 ans le coureur belge originaire de Herelants, petite ville flamande, fut déjà triple champion du monde de cyclo-cross entre 2016 et 2018. Depuis il a déboulé sur route et enchaîne les succès et performances de haute volée. En 2020, il a confirmé sa trajectoire ascendante, est numéro 3 au ranking mondial et fait partie des 15 nommés pour le titre de Vélo d’Or de la saison. Il prend de plus en plus de place dans le peloton et a récemment fait des déclarations qui ne sont pas passées inaperçues, envisageant son évolution vers les courses par étapes. L’occasion pour nous de nous pencher sur ce coureur très excitant dont on se demande où sont ses limites. En selle !

Privas, France, 02 Septembre 2020 : Wout Van Aert remporte la 5ème étape du Tour de France à Privas (Photo by Thibault Camus – Pool/Getty Images)

Une année 2020 en or

On le disait en préambule, Van Aert est en lice pour la récompense du Vélo d’Or 2020. Aux côtés de Julian Alaphilippe, Pogacar, Evenepoel, Roglic ou les deux championnes Pauline Ferrand-Prévot et Anna Van Der Breggen. Une première preuve s’il en fallait une qu’il est désormais une tête d’affiche à part entière sur le World Tour.

Et c’est mérité tant il est vrai qu’en 2020, Wout n’a pas chaumé. Dès la reprise de la saison, post-confinement, il se montre très à son avantage, ultra-dominant, en remportant Milan-San-Remo (et un monument dans la besace !) ou les Strade Bianche. Il bat Julian Alaphilippe sur la première et règle Formolo et Schachmann sur la seconde. Faisant étalage du même coup de toutes ses qualités, et toute sa polyvalence. Puissance et explosivité pour tenir Alaf à distance respectable dans le Poggio, qualités de descendeur pour rentrer seul puis pointe de vitesse pour s’imposer au sprint à San Remo. Brillant aussi sur le profil plus grimpeur de la course italienne et poussiéreuse des Strade Bianche. Drôle de versatilité.

Cela donnera le ton de sa saison 2020. On le revoit ainsi sur le Dauphiné où il remporte la première étape avant d’assumer, sans faire de vagues et avec brio, son rôle d’équipier – ça aussi, le Flamand sait le faire. Plus tard sur le Tour de France, il est à nouveau impressionnant. Remportant deux étapes, à Privas et à Lavaur – il y règle au sprint des coureurs comme Bennett, Sagan ou Coquard – et s’acquittant de nouveau parfaitement de sa mission d’équipier pour Roglic. Surtout, ce qui interpelle, ce sont les performances de Wout Aert en haute montagne. En tête de peloton, il durcit la course, impose le train. Ce même train qui envoie dans les cordes favoris et autres coureurs pourtant confirmés sur ce type de terrain. On savait déjà de Van Aert qu’il était bon rouleur. Puissant et à l’aise sur les montées courtes. Rapide et capable de gagner presque toutes les courses d’un jour. Alors s’il se met maintenant à grimper dans les grands cols et tenir des formats de trois semaines…

Le coureur d’Herelants fera en tout cas top 20 à Paris (20ème). Et tiendra ce rythme jusqu’à la fin de la saison. Double médaillé d’argent aux mondiaux d’Imola sur route et en CLM (derrière respectivement Alaphilippe et Ganna), on le voit par exemple sur le Tour de Flandres où il finit à nouveau deuxième derrière son grand rival en cyclo-cross, Mathieu Van Der Poel. Une rivalité qui s’exporte sur le bitume du World Tour pour notre plus grand plaisir.

Une triple place de second donc, seule petite ombre au tableau d’une saison par ailleurs particulièrement aboutie. Si Van Aert reconnaît la supériorité d’Alaf et de Ganna au mondial, il est d’ailleurs plus amer après le Tour des Flandres. De quoi nourrir un esprit revanchard. Une source de motivation supplémentaire pour 2021… Attention à ses concurrents en 2021 !

« Ça m’a demandé des efforts pour digérer cette déception. C’était difficile pour le vainqueur qui est en moi […]. J’ai été battu par plus fort aux mondiaux mais sur le Tour des Flandres, c’était très serré. Si je dois choisir une course à laquelle je n’aime pas repenser, c’est ce Tour des Flandres » – Wout Van Aert

Wout Van Aert réalise quoi qu’il en soit une saison 2020 complète. Sa meilleure sur route. De quoi justifier d’un repos bien mérité avant la suivante ? Que nenni pour le Flahute qui ne renie pas ses premières amours et se tient déjà prêt pour la saison de cyclo-cross.

LOENHOUT, BELGIUM – 27 DÉCEMBRE 2019 : Wout Van Aert (Jumbo-Visma) le visage couvert de boue lors du 36ème Loenhout Azencross en 2019 (Photo by Luc Claessen/Getty Images)

Cyclo-cross, rentrée précoce

Van Aert n’arrête donc jamais. Coureur infatigable, il est déjà de retour sur cyclo-cross. Après une préparation effectuée à Gijon, en Espagne, il débute sa saison en chemins boueux ce week-end. Ce samedi 28 novembre, coup d’envoi sur le X2O Trofee à Courtrai, en Belgique. Le lendemain il s’alignera sur la première manche de la coupe du monde à Tabor, en République Tchèque.

S’il ne vise pas la coupe du monde – il ne participera qu’à cette première étape – Wout est projeté vers le championnat du monde qui aura lieu le 31 janvier 2021 à Ostende, en Belgique. Après avoir ferraillé avec lui sur Gand-Wevelgem ou sur le Tour des Flandres, il y retrouvera d’ailleurs le roi actuel de la discipline : le champion du monde en titre, Mathieu Van Der Poel. Avant cela ils auront eu trois courses pour s’étalonner l’un par rapport à l’autre : le 23 décembre à Herentals, le 1er janvier à Baal ou le 23 janvier à Hamme. Dernière répétition avant l’affrontement final pour l’arc-en-ciel. Van Aert s’en réjouit d’avance : « J’ai vraiment hâte de retrouver Mathieu dans la boue », a-t-il confié lors d’une interview réalisée par son sponsor Red Bull.

S’il est enthousiaste, l’ancien triple champion de la discipline ne veut pas s’emballer et il reste prudent quant à son état de forme ou sa capacité à performer immédiatement. « Je ne serai certainement pas encore en pleine forme », prévient-il. Avant d’ajouter : « Il n’est pas réaliste d’être au top tout de suite. Je cours depuis assez longtemps pour savoir que le niveau est très élevé. N’oubliez pas que je vais courir contre les meilleurs du monde. Ils ont travaillé pour cela tout l’été, alors que ma période de préparation est beaucoup plus courte ». Concernant son match attendu avec Van der Poel, ayant peu couru dernièrement sur cross à cause de blessures notamment, il est sur la même ligne et se situe entre lucidité, prudence et ambition.

« Tout le monde connaît les aptitudes de Mathieu sur le vélo. Même si j’ai de très bonnes jambes, c’est difficile de s’approcher de lui, mais ça ne veut pas dire que je n’essaierai pas. […] Je veux revenir à mon meilleur niveau […] et être au top en janvier, surtout aux mondiaux, où j’espère rivaliser avec lui et les autres coureurs »

De quoi, en tout cas, nous donner envie de suivre de près le circuit de cross cet hiver. Et ce même si le coureur flamand a déjà un œil vers la saison sur route, devenue prioritaire, qui enchaînera sans transition comme il le rappelle : « Après la saison de cyclo-cross, je reprendrai immédiatement la route. Il sera donc important de garder ma forme le plus longtemps possible ».

STRADE BIANCHE 2020 – Wout Van Aert dans la poussière des Strade Bianche qu’il remporte en 2020 après avoir été plusieurs fois placé (Source VeloNews.com / Copyrights : Tim de Waele – 2020 Getty Images)

Sur la route, nouveaux objectifs ?

Revenons donc sur le bitume, théâtre désormais de ses principaux objectifs. Comme évoqué plus haut, Van Aert a encore franchi un palier de par ses performances remarquées sur le Dauphiné et sur le Tour. Il n’en fallait pas plus pour que des questions émergent quant à un possible avenir sur courses à étapes. Des questions en forme d’attente, évidemment.

Le coureur lui-même suit d’ailleurs en partie le fil de nos pensées. À Sport/Voetbalmagazine, il explique : « Je voudrais d’abord briller sur des courses comme Tirreno-Adriatico, le Critérium du Dauphiné ou le Tour de Suisse ». Avec la volonté d’utiliser pour cela ses qualités de rouleur : « C’est quelque chose de possible, et notamment dans les courses par étapes avec un contre-la-montre. Je voudrais aller chercher un résultat au classement général dans une de ces courses en 2021 ». Une annonce qu’accompagne un frisson d’excitation tant on a hâte de voir ce que cela peut donner.

Si on pose ses qualités sur le papier, on ne trouve pas grand chose à en redire. C’est en effet un coureur complet qui a tout pour y briller. Il a montré ses capacités de récupération sur les épreuves à étapes. Il sait rouler – double champion de Belgique du chrono, vainqueur du CLM sur le Dauphiné 2019 ou encore vice champion du monde 2020 derrière le seul Ganna. Et il a des qualités qui deviennent de plus en plus évidentes quand la route s’élève, on l’a vu sur les Strade Bianche, le Tour ou le Dauphiné. À partir de là… C’est sur ce dernier point, son plafond en montagne face aux meilleurs, que peut toutefois subsister un doute (léger). 2021 nous permettra d’avoir des réponses.

Toujours est-il que Van Aert suscite les espoirs les plus fous. Vous la sentez monter la petite hype autour de cette sorte de nouveau « Cannibale » à la sauce flamande ? Effectivement, comme on l’a fait pour Julian Alaphilippe après son Tour 2019, il n’a pas fallu bien longtemps avant de voir arriver LA question qui tue : et si Van Aert pouvait gagner le Tour ?!

« Dans les courses par étapes avec un contre-la-montre, je voudrais aller chercher un résultat au général en 2021 » – Wout Van Aert, pour Sport/Voetbalmagazine

Un avenir sur les Grands Tours ?

Wout tient d’emblée à modérer nos ardeurs. Après avoir exposé ses nouveaux objectifs à étapes, il précise « qu’élargir [son] palmarès sur les Classiques reste une priorité ». 2ème au Tour des Flandres, il reviendra pour la gagne. Tout à fait une course pour lui. Comme une autre Flandrienne, Paris-Roubaix, qui apparaît aussi comme une proie parfaite. Et Wout voit même plus loin, il établit comme priorités à court- ou moyen-terme la Doyenne (Liège) et la classique des feuilles mortes (Lombardie). Si on sait compter, avec son Milan-San-Remo en poche, cela ferait 5 monuments sur 5. Et rien que cela figerait son palmarès dans le granit éternel des champions de ce sport. Capitaliser d’abord sur ses qualités naturelles et ne pas s’éparpiller ? À 26 ans, pas un mauvais calcul.

« Je voudrais aller chercher un résultat dans les classiques vallonnées que sont Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie » – Wout Van Aert

Il est également bien conscient des spécificités d’une course comme le Tour de France. Tout comme de l’investissement et des sacrifices qui accompagnent inévitablement la conquête de l’Everest du cyclisme. Lucide il confie : « gagner le Tour est irréaliste et je ne veux pas avoir cet objectif  pour le moment. Aussi parce qu’il faut s’entraîner d’une manière complètement différente de celle des classiques. Peut-être qu’un jour je changerai de cap, mais c’est encore loin ». À bien y regarder, et malgré ses qualités immenses, on ne peut que lui donner raison.

Même si la tentation peut être grande, ne pas céder aux sirènes du Tour trop tôt semble être une bonne idée. On en a vu d’autres avant lui faire le choix inverse, pour venir finalement s’y casser les dents. Passant peut-être à côté de nombreuses gloires, comme sacrifiées sur l’autel du Tour. Ce serait aussi oublier à quel point les courses citées plus haut (les 5 monuments), tout comme un championnat du monde, sont bien plus que de simples lots de consolation. Un palmarès réunissant les 5 monuments ne vaudrait-il pas celui qui affiche un Tour de France ? Pour être honnête, le débat est loin d’être tranché. Wout Van Aert, lui, a fait son choix. Il fera les choses dans l’ordre. Ambitieux, mais patient et constant. La recette du succès.

OUDENAARDE, BELGIUM – 18 OCTOBRE : Wout Van Aert (Team Jumbo – Visma) et Mathieu Van Der Poel (Team Alpecin-Fenix) sur le Tour des Flandres 2020 (Photo by Luc Claessen/Getty Images)

« Contrairement au parcours du dernier championnat du monde presque complètement plat à Imola, je pourrais battre Filippo Ganna là-bas » – Wout Van Aert, au sujet des Jeux Olympiques de Tokyo

Enfin dans son panorama 2021, une autre course a accroché son attention : les Jeux Olympiques. Avec le maillot de la sélection nationale sur le dos, et même si le temps de récupération après le Tour sera bref, il se verrait bien ramener de l’or au pays. Il lorgne d’abord sur l’épreuve chronométrée : « J’ai de meilleures chances de remporter une médaille d’or sur le contre-la-montre, sur un parcours qui est fait pour moi. Contrairement au parcours du dernier championnat du monde presque complètement plat à Imola, je pourrais battre Filippo Ganna là-bas ».

Et l’épreuve en-ligne ? « C’est tôt pour parler d’une répartition des rôles, on ne sait pas encore dans quelles conditions on sera. Mais le parcours de l’épreuve sur route est en tout cas plus adapté à Remco ». Puis d’ajouter, plein d’altruisme : « Si le sélectionneur national le pousse en tant que leader, alors je suis prêt à rouler au service de Remco. J’ai déjà montré que je ne suis pas opposé à l’idée d’aider quelqu’un qui est meilleur ». C’est vrai, et c’est aussi quelque chose qu’on aime chez lui.

Face au récit de ses accomplissements, et face à son profil ultra-complet, un constat s’impose en tout cas : Wout Van Aert est l’un des coureurs les plus enthousiasmant du moment. Tout juste refermée une saison 2020 réussie, il est déjà de retour aux affaires, comme toujours ambitieux, dans la boue du cyclo-cross. S’il tentera d’y reconquérir le titre mondial, propriété de Mathieu Van Der Poel, il semble aussi déjà tout tourné vers la saison sur route 2021. Une saison lors de laquelle il tentera de garnir encore la galerie de trophées de la team Jumbo-Visma, en même temps que sa galerie personnelle. Il est mûr pour la moisson. Ses objectifs sont multiples. Ses rêves sont grands. Son appétit aussi. À la mesure du statut qu’il s’est maintenant taillé dans le marbre du cyclisme mondial. On aura notamment le loisir de le voir se tester sur du format-court par étapes. Tout en visant les plus grandes classiques du calendrier. Avec en plus cette année, cet horizon olympique qui rend tout un peu plus beau. Une saison 2021 qui s’annonce comme un blockbuster. Avec Van Aert au casting pour le premier rôle ? Loin d’être impossible.

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