Café Crème Sport

CDM Biathlon 2020-2021 – A Kontiolahti, le monde d’après…

En biathlon, la théorie du monde d’après fait double sens. Bien sûr, la Covid 19 a chamboulé la saison qui a débuté ce week-end : calendrier modifié, des stades pour le moment vides, des règlements sur les tests et la participation aux courses très stricts. Ces aléas sont malheureusement devenus routine pour bien des sports…
Mais cette nouvelle saison qui débute est surtout la première saison de l’après-Martin Fourcade, l’un des plus grands (si ce n’est le plus grand) biathlètes de l’histoire. Sa retraite laisse un vide étrange, surtout pour nous français, que l’absence de supporters n’aidera pas à combler. La retraite de Martin pose aussi de nombreuses questions qui rendent ce début de saison si excitant : la biathlètes français seront-ils les principaux concurrents de la Norvège et de son fer de lance Johannes Boe ?
Chez les dames, les enjeux ne sont pas moindres : Dorothéa Wierer sera-t-elle encore capable de lutter face aux armadas norvégienne et allemande ?

Ce ne sont que quelques-unes des interrogations pour lesquelles nous avons obtenus un début de réponse dès ce premier week-end finlandais à Kontiolahti, où une individuelle et un sprint ont permis de tester la condition physique et la précision au tir des biathlètes. Pour la condition psychologique, la première poursuite de ce samedi nous en dira plus.

Les douze biathlètes sélectionnées pour l’étape de Kontiolahti posent ensemble en ce début de saison (Source : Dicodusport)

Chez les Hommes, la Norvège déjà souveraine

Oui Johannes Boe est le favori à sa propre succession. Deuxième de l’Individuelle avec une faute, il a survolé son épreuve de prédilection, le sprint, avec un sans-faute, reléguant son second, Samuelsson, à 44 secondes. Meilleur temps de ski des deux épreuves, Boe est en pleine forme et a bien le profil d’un Martin Fourcade : s’il ne commet pas d’erreur, chaque course est pour lui une opportunité de victoire. On sent également sa progression dans sa gestion du tir, puisque son avance à ski lui donne le temps de mieux poser son tir.

Johannes Boe est en pleine forme en ce début de saison (Source : ski-nordique.net)

Derrière lui, on attendait son frère Tarjei, Vetle Christiansen ou encore Johannes Dale. Mais s’ils ont chacun fait un top 15 ce week-end, c’est finalement un petit jeune, Sturla Holm Laegreid, qui a enlevé, du haut de ses
23 ans, la première victoire de sa carrière sur le circuit coupe du monde grâce à un superbe 20/20 au tir et un très bon temps de ski. Habitué du circuit IBU et 18ème du sprint dimanche, Laegreid aura la lourde tâche de confirmer cette superbe performance dans la durée.

Sturla Holm Laegrid remporte sa première victoire en Coupe du Monde pendant l’Individuelle (Source : France TV Sport)

Derrière les norvégiens, les spécialistes du tir et les vieux briscards ont réussi à tirer leur épingle du jeu, Eric Lesser en tête. En quête d’un podium en individuel depuis plusieurs saisons (il en a récolté plusieurs en relais), l’allemand de 32 ans a fini troisième de l’individuelle avant de confirmer avec un top 10 lors du sprint. Ondrej Moravec et Jacob Fak sont des spécialistes des efforts longs à 4 tirs, et donc de l’individuelle, ils l’ont encore prouvé. Respectivement âgés de 36 et 33 ans, le tchèque et le slovène ont fini cinquième et septième de l’individuelle, puis ont confirmé avec un top 10 au sprint. La relève n’a qu’à bien se tenir.

Chez les Femmes, une densité impressionnante  

Oui Dorothea Wierer sera encore l’une des femmes à battre cette année mais la concurrence sera  rude. En très bonne gestionnaire, auteure d’un sans-faute, l’italienne s’est imposée lors sur  l’individuelle. Plus en retrait avec une vingt-deuxième place lors du sprint, pénalisée par une mauvaise  performance à ski, elle reste l’une des favorites cette saison. 

Dorothéa Wierer passe la ligne de la première course de la saison en vainqueur (Source : Women Sports)

Derrière Wierer, suédoises, norvégiennes et allemandes poussent. Nous reviendrons sur les suédoises plus tard mais la performance d’Hanna Oeberg lors du sprint, auteure d’un sans-faute et du meilleur temps de ski, impressionne. Comme souvent, on retrouve de très bonnes fondeuses aux avant-postes dès lors que l’épreuve du tir est réussie. Denise Herrmann et Marte Olsbu Roeiseland l’ont confirmé, décrochant respectivement la deuxième place de l’individuelle et du sprint, à chaque fois avec le  second temps de ski. 

La déception du week-end vient de Tiril Eckhoff. Deuxième du classement général l’année passée, elle  a vécu un cauchemar. Malgré des temps de ski parmi les meilleurs, ses sept fautes (!) à l’individuelle  et ses trois fautes au sprint la font repartir de Finlande avec zéro point. On attend sa réaction dès le  week-end prochain.  La Norvège n’est pas en reste puisque Karoline Knotten a décroché son premier podium individuel sur le circuit coupe du monde avec un sans-faute au sprint pour une très belle troisième place.

Les Bleu(e)s, placés mais pour l’instant hors du podium 

Oui les français sont toujours au niveau et on devrait très certainement les revoir sur le podium cet  hiver, mais le départ de Martin Fourcade risque de nous rappeler que la concurrence est rude et qu’il n’y a que  trois places sur la boîte. Les Bleu(e)s ont tout de même placé au moins deux biathlètes dans le top 11 de  chaque course. 

Quentin Fillon Maillet devrait bien être le chef de file des garçons. Avec une seule faute sur l’ensemble  des deux courses, il a gagné le droit de participer aux deux cérémonies des fleurs, en terminant  quatrième de l’individuelle et sixième du sprint. C’est son niveau au ski qui est moins rassurant,  Quentin ayant laissé près d’une minute sur Johannes Boe sur chacune des épreuves. Il semblait déçu  à l’arrivée de chacune des courses, se sentant dans le match au tir mais en retrait au ski. Comme  souvent, son pic de forme devrait arriver un peu plus tard dans la saison, pas vraiment de raison de  s’inquiéter pour l’instant. 

Quentin Fillon Maillet était déçu de son début de saison malgré deux bons top 6 (Source : Nordic Mag)

Emilien Jacquelin a confirmé son statut de numéro 2 (voire mieux ?) avec deux huitièmes places et des temps de ski  parmi les meilleurs. Une faute de trop sur le tir debout du  sprint lui coûte sûrement le podium, ce sont les aléas de son  style de tir très agressif. En difficulté sur les skis, Simon  Desthieux a assuré sur ses tirs pour commencer la saison  avec deux bons top 20 alors qu’Antonin Guigonnat a  retrouvé un plaisir trop peu connu la saison passée, celui du  top 10, avec une neuvième place sur l’individuelle. Si on peut  être un peu déçu par les deux premières courses de Fabien  Claude, toutes deux terminées autour de la trentième place,  il est plus difficile de juger les performances du jeune Martin  Perrillat Bottonet, novice en coupe du monde et qui, comme  ce week-end, luttera cette saison pour intégrer les  poursuites et marquer points. 

En forme à ski, Emilien Jacquelin commence la saison avec deux huitièmes places (Source : ski-nordique.net)

Quant aux françaises, elles seront également des outsiders cette année. Si la sixième place d’Anaïs Bescond sur  l’individuelle n’étonne plus tellement, tant elle apprécie ce format de course, on peut se réjouir du  retour gagnant d’Anaïs Chevalier. Absente du circuit la saison dernière pour accueillir son premier  enfant, elle signe un superbe retour avec une neuvième place sur l’individuelle puis une onzième place  sur le sprint. Sa sœur Chloé Chevalier a également impressionné, signant une belle huitième place sur  le sprint grâce à un sans-faute au tir qui compense ses difficultés à ski. 

Pour son grand retour, Anaïs Chevalier a réalisé deux superbes courses (Source : Dicodusport)

Pour Justine Braisaz-Bouchet c’est l’inverse. Si elle s’est bien rattrapée en terminant onzième du sprint,  ses cinq fautes au tir lors de l’individuelle ont hypothéqué ses chances de bien figurer malgré un très  bon ski. Enfin, Caroline Colombo et Julia Simon ont alterné le bon, avec des top 25 à l’individuelle, et  le moins bon, au-delà de la quarantième place au sprint. 

Plus généralement, on peut s’étonner des temps de ski des français, en dessous de leurs standards,  même si on peut l’expliquer. Si l’hypothèse de mauvais choix de ski et de fart n’est pas à exclure, on  peut raisonnablement penser que la préparation française, comme celle des autres nations, a été tronquée et que l’adaptation aux conditions finlandaises est plus dure que prévue. Affaire à suivre lors  des prochaines semaines. 

La surprise : les Suédois très performants  

Pour confirmer cette théorie de l’adaptation aux conditions, il faut noter le superbe premier week-end  des suédois en général. Chez les femmes comme chez les hommes, ils ont affiché de superbes temps  de ski qui, couplés à de très bons, leur permet d’afficher déjà une victoire et plusieurs podiums. 

Grâce à sa victoire lors du sprint, Hanna Oeberg a pris les commandes du classement général (Source : Dicodusport)

Sebastian Samuelson a confirmé qu’il continue de progresser en retrouvant un podium où il était trop  peu présent l’année passée. Sixième de l’individuelle, il est le « meilleur des autres » sur le sprint  malgré une faute. Martin Ponsiluoma a quant à lui signé son premier podium individuel (il est  champion olympique de relais) à l’âge de 25 ans avec sa troisième place au sprint. 

Chez les femmes, c’est encore mieux : elles étaient quatre dans les sept premières de l’individuelle, et  trois dans les cinq premières du sprint. Derrière Hanna Oeberg qui sera candidate au gros globe, on  retrouve sa sœur Elvira, quatrième de l’individuelle, mais surtout Johanna Skottheim, qui a signé son  premier podium sur le circuit coupe du monde à 26 ans lors de l’individuelle avec une troisième place,  avant de confirmer sur le sprint avec une quatrième place. Elle fait partie des rares biathlètes à ne pas  avoir encore commis de faute au tir cette saison.

Très rapides sur les skis, adroits au tir, profitant peut-être des conditions finlandaises qu’ils connaissent  bien, les suédois pourraient bien être la nation qui viendra bousculer la hiérarchie cette année. A confirmer lors du second week-end, toujours à Kontiolahti. 

Bonus – Prime à la jeunesse avec le maillot bleu  

Quelques mots sur ce nouveau maillot de meilleur jeune, qui est porté le biathlète de moins de 25 ans  qui est le mieux classé au général. Il complète la trilogie avec le maillot jaune du leader du classement  général et le maillot rouge du leader du classement de la spécialité. 

A la sortie de ce premier week-end, ce maillot bleu est porté par Sebastian Samuelsson chez les  garçons, deuxième du général derrière Johannes Boe, et la bélarusse Dzinara Alimbekava, quatrième  du classement général après ses deux bons top 8 du week-end. 

Les stades sont vides et cela dénature un peu le biathlon. Martin Fourcade nous laisse orphelin après une décennie de rêve. Mais pourtant, cette saison se révèle déjà très excitante, avec quatre vainqueurs différents en quatre courses, des favoris au rendez-vous, des jeunes biathlètes qui poussent, des vieux briscards prêts à saisir la moindre occasion et des français qui vont, à coup  sûr, vite retrouver le chemin du podium.  Le week-end qui commence dès ce jeudi s’annonce au moins aussi attrayant avec la première confrontation directe entre biathlètes lors de la poursuite, et bien sûr l’une des épreuves phares du biathlon : le relais.  Une fois cette seconde étape de coupe du monde passée, nous devrions pouvoir tirer des conclusions  sur l’état général des forces en présence. Si Johannes Boe semble être le favori chez les hommes, la  densité de niveau chez les femmes est impressionnante. Revoir ces skieurs hors pair glisser dans le froid finlandais et blanchir ces cibles à la carabine, qu’est ce que cela nous avait manqué. Ressentir cette pointe d’émotion à chaque balle tirée, sentir le  compteur du chronomètre de chaque biathlète tourner, les voir passer la ligne d’arrivée au bout de  l’effort, ces émotions sont l’essence même de ce sport si spécial qu’on aime tant. On en redemande.

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