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Olivier Dall’Oglio, un chantre du beau jeu en Armorique

Actuel 10e de Ligue 1, le Stade Brestois est l’une des rares formations de l’élite à enthousiasmer un début de saison assez terne, tant par le jeu proposé par la plupart des équipes que par les performances catastrophiques des clubs français en coupes d’Europe. Ce début de saison très encourageant est à mettre au crédit d’un homme : Olivier Dall’Oglio. En effet, ce dernier, après avoir déjà fait ses preuves en Ligue 2 puis en Ligue 1, avec le Dijon FCO (entre 2012 et 2018) est aujourd’hui en train de faire passer un cap au club breton. Retour en détails sur les préceptes de jeu du coach de 56 ans.

L’imprévisibilité au service de la rigueur tactique

Connu et reconnu depuis quelques années pour faire bien jouer ses équipes, Olivier Dall’Oglio est également un très bon tacticien. Depuis son arrivée à Brest (et à fortiori cette saison), la formation bretonne fait partie des équipes les plus intéressantes à suivre, en Ligue 1. En utilisant des schémas de jeu « simple », mais pas simpliste tout en accordant une certaine liberté à ses joueurs, l’ancien entraîneur de Dijon parvient à extraire la quintessence de son groupe.

Dans le 4-2-3-1 mis en place par Dall’Oglio, le but est assez clair ; être l’équipe la plus proactive sur le terrain… qu’importe l’adversaire. C’était déjà le cas lorsque ce dernier était l’entraîneur du DFCO. Bien évidemment, même si c’est plus facile à dire qu’à faire et que l’équipe brestoise n’a pas forcément la possession dans toutes ses rencontres (48,6 % de possession en moyenne), l’impression visuelle et l’investissement des joueurs bretons couplé au fait que la tactique est souvent bien appliquée par ces derniers, donnent souvent lieu à des matchs spectaculaires.

XI type de Brest cette saison (certains joueurs comme Charbonnier, Le Douaron ou Hérelle sont susceptibles de reprendre leur place de titulaire, à l’avenir).

Car lorsque l’on parle de « rigueur tactique » chez l’entraîneur originaire d’Alès on ne parle pas de la même rigueur qu’un Mourinho, un Conte ou un Simeone. Non, dans le cas de l’entraîneur brestois, on est plus proche de l’école allemande et des entraîneurs comme Klopp, Nagelsmann ou Hansi Flick (toutes proportions gardées évidemment) qui laissent beaucoup de libertés à leur joueurs offensifs tout en essayant de maintenir un pressing tout terrain et un bloc équipe assez haut sur le terrain afin d’asphyxier l’équipe adverse.

Pour ce faire, le tacticien gardois adopte donc un 4-2-3-1 malléable, capable de se muer en 4-4-2 en phase défensive, mais également capable de se transformer en 3-2-5 lorsque le club breton attaque.

Ici, lors du match face à Lille (10e journée) on voit bien les deux lignes de quatre ainsi que le duo d’attaquant Mounié-Cardona faisant le pressing sur le porteur de balle. Cette tactique permet entre autre à Brest de limiter les espaces entre les lignes (si les joueurs sont concentrés et l’appliquent comme il faut) et de pouvoir vite « exploser » à la récupération du ballon.

Ici, lors du match face Lorient (4e journée) on peut voir la ligne de cinq avec les latéraux (Perraud et Faussurier) très haut sur le terrain et un Faivre (près de l’arbitre) redescendant aux côtés de Diallo et servant de relais pour les joueurs devant lui. Derrière, Belkebla descend lui aussi d’un cran et vient se placer entre Duverne et Hérelle. Ce changement de système permet aux brestois d’avoir plus de solutions offensives et d’ainsi mettre plus de pressions sur l’équipe adverse.

Avec une telle philosophie et des joueurs aussi réceptifs aux consignes de l’entraîneur, il n’est donc pas étonnant de voir plusieurs fois par match des séquences ou les joueurs brestois sont en surnombre dans la surface adverse.

Lors de l’ouverture du score brestoise face à Lille, les joueurs rouge et blanc étaient au nombre de cinq dans la surface de Mike Maignan, offrant ainsi de multiples solutions au centreurs Romain Perraud : jouer au premier poteau et tenter de trouver Cardona ou Mounié (flèches vertes) ; jouer en retrait pour la frappe de Faivre (flèches noires) ; centrer pour Pierre-Gabriel qui arrive lancé (flèches jaunes) ou bien tenter de trouver au second poteau Franck Honorat (flèches rouges). Finalement, Perraud va choisir de centrer pour son compère de la droite, Pierre-Gabriel, ce dernier trompant de la tête le portier de l’équipe de France. Preuve, une nouvelle fois, du dépassement de fonction de certain joueur puisque c’est le latéral gauche qui centre pour le but du latéral droit.

« Il travaille beaucoup sur les petits détails. »

Franck Honorat

Si l’entraîneur brestois laisse beaucoup de libertés à ses joueurs, il n’en reste pas moins quelqu’un de très soucieux du détail comme en témoigne Franck Honorat : « Il travaille beaucoup sur les petits détails. Par exemple, sur les placements, il est très pointilleux. »

Autre point cher à Olivier Dall’Oglio : la relance. Malgré le fait que ce dernier veuille à tout prix une équipe proactive, il est également conscient de certaines limites de son effectif et sait qu’il peut notamment s’appuyer sur le jeu de tête et les déviations de Steve Mounié permettant ainsi au bloc équipe de souffler et de remonter.

Sur le graphique ci-dessus, nous pouvons voir le pourcentage des passes de Gautier Larsonneur en fonction de la distance. Si on se rend compte que plus de la moitié sont des passes longues, on peut également constater que le portier français est en progression concernant ses passes réussis (76,4 % contre 71,6 % la saison dernière).

Larsonneur peut donc relancer long pour trouver la tête de Steve Mounié, qui est le joueur le plus redoutable en Ligue 1 dans ce domaine puisqu’avec 75 duels aériens remportés il devance assez nettement le second du classement, Sven Botman (« seulement » 49 duels aériens gagnés), et est une véritable menace pour toutes les défenses de notre championnat. Voici un exemple de longue relance avec un Steve Mounié remportant son duel face à Botman et permettant ainsi à toute l’équipe brestoise de presser le porteur de balle lillois très haut sur le terrain. Les lillois finissent par concéder une touche et offrent aux bretons la possibilité de se créer une situation dangereuse :

En revanche, si le gardien brestois à tendance à jouer long, c’est moins le cas lors de ses renvois aux cinq mètres cinquante. En effet, à ce petit jeu là, seuls Keylor Navas (PSG), Walter Benitez (Nice) et Alfred Gomis (Rennes) relancent plus court que l’ancien gardien des espoirs.

Dans le cas ou Larsonneur relance plus court, les centraux ont tendance à s’écarter pour permettre aux latéraux de monter. Ainsi, Belkebla peut lui aussi sortir de sa zone et donner une solution de passes aux centraux (le plus souvent Jean-Kevin Duverne, joueur le plus touché par Larsonneur lors de ses relances).

Ci-dessus, nous pouvons constater qu’Hérelle hérite du ballon et s’excentre de l’axe du terrain. Duverne en fait de même et Perraud (en haut) à tout le loisir de monter. Belkebla (au centre) et Faussurier (en bas) offrent des solutions au porteur de balle. Ici, l’exemple n’est pas forcément le plus explicite, puisque le pressing lorientais n’est pas des plus énergique, mais il montre une tendance dans le jeu brestois, cette saison et plus globalement depuis l’arrivée d’Olivier Dall’Oglio.

Une créativité hors-norme

« Un joueur qui veut apporter quelque chose a besoin d’avoir une réflexion tactique.« 

Olivier Dall’Oglio

Dans un entretien accordé au site Le Temps, il y a un peu plus de deux ans alors qu’il était encore entraîneur de Dijon, Olivier Dall’Oglio faisait part de sa façon de voir le football : « Je considère d’abord le football comme un spectacle. […] Partant de cela, il faut quand même que l’on donne envie aux gens de venir au stade. […] Essayer de créer du jeu, aller de l’avant, proposer un football offensif – y compris par du jeu long, ce n’est pas interdit – c’est, pour le club comme pour les joueurs, une manière de se démarquer. » Et à la question « Quelles qualités recherchez-vous chez un joueur ? » ODO de répondre : « La technique et la polyvalence. » Avant d’ajouter : « Un joueur qui veut apporter quelque chose a besoin d’avoir une réflexion tactique. »

Autant vous dire qu’avec son effectif, l’alèsiens est servi. Si certains joueurs comme Franck Honorat ou Ronaël Pierre-Gabriel sont de vrais surprises, d’autres confirment enfin le potentiel décelé en eux. C’est le cas de Romain Perraud, Romain Faivre ou encore Irvin Cardona. Le premier est meilleur passeur du club (4 passes décisives) et deuxième meilleur buteur (3 buts), le second est le brestois ayant délivré le plus de passes clés cette saison (25 passes clés) et le troisième est le meilleur buteur du club (4 buts). À tout cela nous pouvons ajouter des joueurs plus expérimentés, mais qui adhèrent pleinement aux idées de jeu d’ODO comme Gaëtan Charbonnier, Paul Lasne, Haris Belkebla, Julien Faussurier ou encore Steve Mounié.

Romain Faivre, l’un des visages fort de ce début de saison brestois. (Source : ligue1.fr)

Parmi les plus grandes forces du club breton cette saison, il y a bien évidemment la bonne utilisation des couloirs. En effet, avec 78 % des offensives passant par les couloirs, Brest fait partie des équipes qui écartent le plus le jeu en Ligue 1.

Ceci s’explique le plus souvent par les relances de Larsonneur (comme vu plus haut). En effet, en créant de la largeur dès les premières passes, il est plus facile de déstabiliser le bloc adverse qui doit répondre en s’écartant lui aussi, amenant parfois des largesses défensives.

Ces facilités à utiliser les côtés sont mis en exergue par le très bon apport offensif des latéraux, Romain Perraud et Ronaël Pierre-Gabriel (ou Julien Faussurier). Le premier se sert du dézonage de Romain Faivre, qui repique très souvent dans l’axe et laisse le champ libre à son latéral gauche, pour prendre tout le couloir. Quant au second, il a plutôt tendance à se réaxer (comme sur son but face au LOSC) du fait que Franck Honorat colle souvent la ligne et occupe une grande partie de son couloir.

Voici un exemple de la bonne utilisation des couloirs par les brestois avec une très belle action collective conclue par Mounié.

Ces différentes dispositions sur le terrain permettent au brestois d’avoir un large panel de situations. D’autant que le duo d’attaquant (Mounié-Cardona) est très complémentaire. En effet Mounié peut faire la « planche » et jouer en déviation, en remise, etc quand Cardona, lui, prend la profondeur et est plus à l’aise dans les petits espaces pour combiner. Là où un Charbonnier à tendance à trop dézoner et à se retrouver dans la même zone qu’un Romain Faivre ou qu’un Paul Lasne.

Enfin, ce qui est assez frappant avec cette équipe brestoise, c’est que malgré ses très bonnes dispositions dans les transitions rapides, l’équipe coachée par Dall’Oglio n’a pas marqué le moindre but à l’issue d’une contre-attaque. Au contraire, Brest est l’équipe de Ligue 1 qui a le meilleur pourcentage de buts inscrits dans le jeu, derrière le LOSC, avec plus de 80 % de ses buts inscrits de cette manière. Ce qui est finalement assez logique au vu des préceptes de jeu inculqué par l’entraîneur. Autre chiffre intéressant et montrant la créativité de cette équipe : les passes clés. En effet, avec 131 passes clés le Stade Brestois se classe 6e des équipes les plus créatives derrière les « gros » Monaco (146), Lille (140), PSG (140), Rennes (139) et Lyon (136).

Voici la répartition des buts inscrits par le Stade Brestois depuis le début de la saison. Il n’est donc pas étonnant de voir cette séduisante équipe brestoise quatrième meilleure attaque du championnat (à égalité avec Lyon et Montpellier) avec 21 buts inscrits.

Une philosophie à double-tranchant

Cela dit, tout n’est pas rose dans la saison brestoise puisque si elle fait partie des équipes les plus enthousiasmante à scruter cette saison ce n’est pas que pour ses velléités offensives. Ses largesses défensives en font la deuxième pire défense du championnat, derrière Strasbourg, avec 23 buts encaissés. Au total 44 buts ont été marqués lors des matchs de Brest cette saison, plus que pour n’importe quelle autre équipe de l’élite.

Cette perméabilité peut s’expliquer, en partie, par la jeunesse voire l’inexpérience de certains joueurs défensif : Gautier Larsonneur (23 ans, 39 matchs de L1), Jean-Kevin Duverne (23 ans, 26 matchs de L1), Brendan Chardonnet (25 ans, 19 matchs de L1), Romain Perraud (23 ans, 32 matchs de L1) et Ronaël Pierre-Gabriel (22 ans, 47 matchs de L1). Tous ces joueurs connaissent plus ou moins leur première expérience en tant que titulaire régulier d’un club de Ligue 1 (sauf Larsonneur qui était déjà un titulaire indiscutable la saison dernière). Le départ d’Ibrahima Diallo qui était le stabilisateur du milieu de terrain brestois, en fin de mercato, est aussi un facteur important d’autant qu’il n’a pas été remplacé, même si Paul Lasne fait un travail tout à fait honorable aux côtés d’Haris Belkebla depuis le départ de l’international espoir français.

Hormis la jeunesse et le départ de Diallo, il faut également évoquer le cas des coups de pieds arrêtés défensifs. En effet, avec sept buts encaissés dans cet exercice Brest est l’équipe qui encaisse le plus de buts dans ce domaine cette saison (à égalité avec Saint-Étienne). Un vrai axe de progression est souhaitable voire obligatoire pour les brestois s’ils veulent continuer à être plus qu’une équipe surprise de début de saison.

Voici certains des buts encaissés sur CPA par Brest cette saison.

La bonne nouvelle pour les joueurs et supporters brestois est que selon Understat et les statistiques d’xGA (expected goals against), Brest aurait « dû » encaisser beaucoup moins de buts. En effet, avec 17,28 xGA, le SB29 se classe dixième de ce classement et peut espérer que la balance s’équilibrera dans le futur.

Il y a quelques années, lors de son entretien au Temps, Olivier Dall’Oglio disait ceci : « les joueurs de très haut niveau pensent ; ceux du niveau juste en dessous ont de très bonnes qualités techniques ou physiques mais n’ont pas ce sens de l’anticipation. Ils peuvent être bons mais ils ne ressentent pas le jeu. C’est parfois le plus compliqué : faire comprendre à des joueurs qu’ils ont besoin d’avoir une réflexion qu’ils n’ont jamais eue jusqu’alors. Quelque part, ils doivent admettre un échec, pour avoir la volonté de se remettre en question. S’il n’y a pas cette démarche vers ce travail intellectuel, c’est peine perdue. » Avec ce groupe, l’entraîneur brestois est en train de réaliser sa mission première : faire progresser ses joueurs aussi bien techniquement et tactiquement que psychologiquement, quelque chose de trop rare de nos jours. Et finalement… c’est peut être ça le plus important !

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