Articles NBA Basket

John Wall et Washington : splendeur et décadence

24 juin 2010. Les Washington Wizards sélectionnent John Wall avec le premier pick de la Draft. Dix ans plus tard, Wall finit envoyé avec un gros sac d’argent et un premier tour de Draft dans le Texas contre un de ses rivaux, Russell Westbrook. Longtemps vu comme un des meilleurs à son poste, la carrière de John Wall a pris un tournant bien difficile à partir de 2017 entre les blessures graves et un égo surdimensionné. Retour sur un joueur qui a fait vibrer la capitale pendant une décennie.

La montée en puissance (2010-2016)

Fraîchement débarqué en NBA après une saison à Kentucky, le nouveau meneur des Wizards impressionnent déjà. Auteur de 16,4 points et 8,3 passes pour sa saison rookie (69 matchs), il va échouer de peu à la deuxième place pour le titre du Rookie de l’année face au numéro 1 de la Draft 2009 Blake Griffin. D’un point de vue collectif, ces Wizards en 23-49 sous Filip Saunders n’ont guerre marqué les esprits, mis à part grâce à la présence de Wall, Arenas, Nick Young, Javale McGee et Rashard Lewis dans un même roster. L’année sophomore de Wall est sensiblement la même. Ses stats sont similaires (toujours en 16-8) et le bilan aussi (20-46, saison du lockout). Les années se suivent et se ressemblent, puisque la saison suivante (2012-2013), le bilan est à peine meilleur et les stats de Wall évolue peu (il passe en 18,5 points et 7,6 rebonds de moyenne). Seule éclaircie, la bonne saison rookie du jeune Bradley Beal, 19 ans.

John Wall et son premier mentor en NBA : Gilbert Arenas. Crédits : The Daily Dunk.

2013/2014. C’est la saison de la confirmation pour John Wall. Pour la dernière année de son contrat rookie, le meneur explosif sait que crosser et claquer des dunks dans le trafic ne fait pas gagner des matchs. Autour de Randy Wittman, le fort cinq majeur des Wizards composé de Wall, Beal, Ariza, Nênê et Gortat va remporter 44 matchs et atteindre les playoffs pour la première fois depuis la draft de Wall. Ce dernier, en 19-9, va obtenir sa première sélection All-Star grâce au meilleur bilan de son équipe et à son jeu plus mature. La NBA découvre Wall comme un meneur autour de qui on peut gagner. Disposant sans se forcer 4-1 des Bulls au premier tour, les Wizards vont tomber en demi-finales sur des Pacers trop durs et expérimentés qui vont sortir vainqueurs en 6 matchs.

Paul George et John Wall au duel en 2014. Crédits : USA Today.

Miracle. Les Wizards vont, pour la première fois depuis longtemps, confirmer les attentes et être réguliers. Toujours sous Randy Wittman, ils vont remporter 46 matchs et Wall va à nouveau finir All-Star, cette fois-ci pour la première fois en dépassant les 10 passes décisives de moyenne. Wall éclabousse la ligue grâce à son jeu athlétique et flashy et s’impose comme une des stars NBA. Ses lay-ups acrobatiques, ses crossovers et ses dunks en font un habitué des top 10. En playoffs, après un premier tour abouti (4-0 face aux Raptors), les Wizards arrivent en position d’outsiders face aux 60-wins Hawks et leurs quatre All-Stars (Teague, Korver, Millsap et Horford). Après une défaite à Atlanta au Game 1, Wall est annoncé out pour le Game 2 que les Wizards vont remporter. Absent aussi au game 3, Wall admirera depuis le banc la grosse briquasse le shoot avec la planche de Pierce, remplaçant Ariza cette saison là, qui offre l’avantage 2-1 pour les Wizards. Au game 4, Wall est toujours absent et son retour est pressenti au game 5 alors que les Hawks égalisent à 2-2. Malheureusement, le comeback d’un Wall en délicatesse au shoot (53 points à 22/56 sur la série avec 14 turnovers en 3 matchs) va précipiter la chute des Wizards qui vont se faire éliminer 4-2. La saison suivante sera aussi décevante que la fin de Playoffs de la dernière avec une triste 10ème place à l’Est en 41-41 (oui l’Est était plus compétitif en terme de victoires que l’Ouest en 2016). Cette déception mènera au limogeage de Wittman et à la nomination de Scott Brooks.

Le point d’orgue (2016-2017)

L’exercice 2016/2017 a mal débuté pour les Wizards avec un bilan de 2-8 après dix matchs et des « On est le meilleur cinq de départ en NBA » pas assumés par Wall et sa bande. Seulement, après être en 5-12, les Wizards vont trouver la solution et se mettre à gagner gagner et encore gagner. John Wall est à son prime et est clairement dans la discussion des meilleurs meneurs de l’Est avec Isaiah Thomas et Kyrie Irving en finissant la saison en 23-11, menant ainsi les Wizards à une inattendue 4ème place à l’Est. L’apport de Bojan Bogdanovic, arrivé de Brooklyn à la deadline, aide à écarter encore plus le jeu autour de Wall qui est inarrêtable balle en main. En Playoffs, les Wizards prennent leur revanche (4-2) sur les Hawks de Dwight Howard et Dennis Schroder avant de croiser la route de Boston.

En demi-finales de l’Est, ce Boston-Washington est de loin l’affiche la plus alléchante. Des moments iconiques vont résulter de cet affrontement. Au Game 1, Isaiah Thomas marque 33 points avec une dent en moins pour permettre à Boston de mener 1-0. Wall, déçu de son premier match, va marquer 40 points au Game 2 mais Beal ne sera pas au niveau. Surtout, les Celtics, menés par IT endeuillé auteur d’une performance incroyable avec 53 points, vont l’emporter et faire le break 2-0 avant d’aller à D.C. Une grosse performance défensive des Wizards et une bagarre entre les deux Kelly Oubre et Olynyk vont être les évènements d’un Game 3 maîtrisé de bout en bout par les Wizards (+20 dès le premier quart). Wall et Beal combine pour 56 points dans le Game 4 et, avec un run légendaire de 26-0 dans le troisième quart, les Wizards s’imposent et reviennent à 2-2. Retour à Boston pour le Game 5, où les Wizards vont voler en éclats face à la défense retrouvée de Boston, qui limite Wall et Beal à un pauvre 14/36. Le Game 6 va atteindre un niveau supérieur et faire entrer cette série dans la légende. Les Celtics arrivent habillés entièrement en noir au Verizon Center pour enterrer les Wizards. Et après le mi-distance d’Horford à 7,7 secondes du terme, Boston mène 91-89 et pense avoir fait le plus dur. Seulement, Wall ne veut pas partir en vacances et décoche un tir à huit mètres sur Bradley pour passer devant. Swish. La salle explose et 92-91. Un système raté par Brad Stevens et une belle défense des hommes de la capitale emmènent tout ce beau monde en Game 7 à Boston. Et là c’est le drame. Kelly Olynyk et IT plantent 55 points à deux et annihilent les efforts d’un Bradley Beal à 38 points. John Wall? Il s’est pris un mur ce soir-là et finit à un terrible 8/23 dans le match le plus important de sa carrière. 4-3 Boston alors que Wall ne sait pas encore qu’il vient de vivre le point culminant de sa carrière.

La descente aux enfers (2017-2020)

La saison 2017/2018 débute pourtant bien pour les Wizards, Beal est All-Star pour la première fois et Wall pour la cinquième consécutive. Mais, des problèmes au genou vont obliger Wall à passer 41 matchs sur la touche et à rater le match des étoiles. De retour d’une opération à l’articulation de son genou gauche, Wall aura seulement 5 matchs de régulière pour se mettre en jambe avant le premier tour des Playoffs contre les Raptors. Une performance honnête et une défaite 4-2 seront les derniers faits d’arme de Wall en Playoffs pour le moment. Car la saison suivante, Washington est en 11-15 à Noël et lutte pour être en Playoffs malgré un Bradley Beal patron des Wizards et un Wall au niveau. Jusque là tout va bien, un mauvais début de saison comme les Wizards en ont l’habitude me diriez-vous. Malencontreusement, le 26 décembre, une nouvelle tombe et va plonger Washington dans le noir. Wall rechute de sa blessure au genou gauche et des morceaux d’os se baladent autour de ses tendons. Opération et fin de saison pour le meneur. Mais ça ne s’arrête pas là. Le 5 février, chez lui, John Wall tombe dans ses escaliers et la nouvelle tombe : rupture du talon d’Achille. Cette blessure, la plus grave qu’un joueur puisse subir, va mettre fin à la saison 2019/2020 du meneur avant même de débuter.

« J’imagine que Dieu essaye de me dire quelque chose : fais une pause et fais ce qu’il faut pour être en bonne santé. J’ai joué avec des blessures toute ma carrière. Je connais beaucoup de joueurs qui ont joué avec des blessures et qui ont refusé de s’arrêter. Je n’aime pas m’arrêter non plus. Tant que quelque chose n’est pas cassé, je veux jouer. J’imagine que cela a fini par me rattraper. »

John Wall, après sa rupture du tendon d’Achille.

Après une prolongation de 170 millions de dollars sur 4 ans signée en 2017 (effective en 2018/2019), Wall est devenu malgré lui le pire contrat en NBA. Payer de 38 à 47 millions l’année le meneur jouant le plus sur son explosivité en NBA après une rupture du tendon d’Achille paraît comme le cauchemar de chaque franchise NBA. C’est pour ça que la majorité des observateurs ont rit au nez des Wizards quand Wall a demandé son trade cet été, pensant que ce contrat ne pouvait jamais être bougé. Néanmoins, les fans de Washington et Wall, qui ont rêvé puis cauchemardé en regardant ce joueur à la spectaculaire et frustrant, ont dû se réveiller avec un goût amer en découvrant que l’un des deux meilleurs joueurs de l’histoire de leur franchise (l’autre est Arenas) était tradé. Quoi de mieux qu’un énorme contrat pourri en échange d’un énorme contrat pourri avec un joueur un peu meilleur. C’est avec ce raisonnement que Westbrook et Wall se retrouvent échangés entre Houston et Washington. Westbrook vient épauler Beal dans la capitale tandis que Wall retrouve enfin DeMarcus Cousins à Houston, son coéquipier en 2010 à Kentucky, qu’on voyait venir à Washington chaque été dès que les Kings montraient leur incapacité à gagner des matchs.

Un nouveau départ pour Wall. Après dix ans de bons et loyaux services pour la franchise de la capitale, un Mur débarque enfin au Texas, ce qui va réjouir Donald Trump. Les fans des Wizards, quant à eux, vont pouvoir s’enticher d’un meneur tout aussi polarisant et attachant que Wall, si ce n’est plus, en la personne de celui qu’on doit désormais appeler Russell Eastbrook.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :