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Le Biathlon à l’heure scandinave

Nous l’attendions depuis un moment, le coup d’envoi de la saison de Biathlon a été donné à Kontiolahti en Finlande. Avec une préparation difficile pour certaines nations en raison de la pandémie, les deux premiers week-ends de courses ont permis de voir les nations s’étalonner. Entre déceptions, surprises et confirmations, difficile de tirer des conclusions tant l’avantage pour les nations scandinaves était important. Le CCS revient sur les performances du doublon Finlandais avec une rubrique spéciale Français.

LES TOPS

Les Norvégiens

On avait aucun doute sur le fait que les Norvégiens seraient sur le devant de la scène mais on s’attendait moins à une telle domination. Profitant de la neige et des conditions typiquement scandinaves, ils ont remporté 3 victoires en 4 courses individuelles et la victoire dans le relais. 12 top 10 et 5 biathlètes présents dans le top 10 au général, premier au classement des Nations. Difficile d’imaginer meilleur départ pour la nation dominante du Biathlon mondial.

Victoire du relais Norvégien qui clôture de la meilleure des façon leur razzia en terre Finlandaises (source biathlonworld.com)

Des temps de ski toujours dans le top 10 pour les frères Boe, plus de 90% au tir pour Johannes. Il a confié ne pas être très content de sa forme est pourtant déjà bien installé en tête du général. Il devrait faire mal le jour où il aura de bonnes sensations sur les skis et la question n’est pas tant, va t’il gagner le gros globe mais plutôt va t’il affoler les records ?

Arrêtons nous sur Sturla Holm Laegreid, le dernier venu et plus méconnu de l’armada Norvégienne. Le jeune Norvégien a soufflé la victoire à Johannes lors de l’individuelle d’ouverture. Ralenti par une mononucléose en 2018, il avait commencé à montrer son potentiel sur les 4 dernières courses de l’année dernière avec notamment une réussite insolente au tir (98%). Il n’est pas encore au niveau des ses coéquipiers en ski et va sûrement être un peu irrégulier. Celui qui avoue s’être inspiré de Martin Fourcade en regardant beaucoup de vidéo de lui, est une nouvelle menace pour les autres nations.

Si les Filles sont un peu plus en retrait en ce début de saison, les hommes ont montré que la Coupe du Monde pourrait se résumer à un Championnat de Norvège. A confirmer la semaine prochaine

Les Suédoises

Si Anna Oeberg a fait parler d’elle la saison dernière en terminant 4ème de la Coupe du Monde, on ne s’attendait quand-même pas à un raz de marée Suédois en ce début de saison. L’équipe a totalement changé son staff : Johannes Lukas, disciple de Wolfgang Pichler, a été nommé à la tête de l’équipe. Pour l’accompagner dans sa mission, le Suisse Jean-Marc Chabloz installé en Suède depuis de nombreuses années a été nommé responsable du tir. Ola Ravald, l’entraîneur de la fondeuse vainqueur de la coupe du monde de sprint l’année dernière, a également été appelé en renfort pour améliorer la technique et la vitesse de l’équipe. Enfin le physio Marcus Bystedt qui travaillera en collaboration avec Ravald vient renforcer l’équipe. Ce staff a semble t’il très bien travaillé puisque les résultats sont impressionnants.

L’équipe Suédoise Féminine après la victoire sur le relais (source biathlonworld.com)

En effet, les Suédoises sont 4 dans le top 8 du général. Comme les Norvégiens, elles ont su profiter des conditions qui leurs sont plus habituelles. 2 victoires, 5 podiums, 11 top 10 ainsi que la victoire sur le relais samedi pour une équipe encore très jeune. Sur les skis, les temps sont bons car hormis sur la poursuite, les soeurs Oeberg ont toujours fini dans le top 5 des temps de ski. Au tir, le travail du nouveau coach porte ses fruits. Seule Elvira, qui est encore irrégulière, tire à moins de 90%.

Il est à noter que ces résultats ont été obtenus sans la présence de Stina Nilsson. La fondeuse a surpris tout le monde en annonçant son passage du ski de fond au biathlon. La championne olympique et double championne du monde a décidé de changer de discipline comme Denise Hermann (actuelle 7ème) avant elle. Il faudra être patiente avec elle mais elle semble avoir rapidement appris le tir et ses qualités de fondeuse feront d’elle une adversaire redoutable d’ici la fin de saison. Le jaune Suédois est le soleil de ce premier doublon et elles seront redoutables si elles continuent sur leur lancée.

Les Surprises

Dzinara Alimbekava en route vers son 4ème top 10 en quatre courses (source biahtlonwolrd.com)

Dzinara Alimbekava

A part une médaille d’or olympique en relais avec la grande Dorya Domracheva, qui avait entendu parler de cette Belarus ? Pas grand monde. Pas un seul top 10 en coupe du monde depuis son arrivée en 2016. Une 13ème place sur le sprint des Championnats du monde 2019. Et pourtant la voilà 4ème du général telle une intru parmi les grands noms. Grâce à un bon tir (90%) et des bons temps de ski (3 top 7), elle est parvenue à se classer trois fois dans le top 10. Alimbekava est une belle surprise de ce début de saison et sa 4ème place au général est méritée. Il lui faudra enchainer ce type de performances même quand tout le monde aura retrouvé son niveau supposé si il veut espérer maintenir sa place dans le top 10 mondial. Est elle l’héritière de Dasha ?

Sebastian Samuelsson

Le Suèdois n’est plus un inconnu et ne pas le voir performer davantage les années précédentes était presque une anomalie. Il avait obtenu jusque là 10 podiums mais pas mieux qu’une 22ème place. Trop irrégulier au tir (80% l’année dernière), ses qualités de fondeur ne lui permettaient pas d’obtenir un bon classement sur une saison entière. A Pyeongchang en 2018, il avait malgré tout obtenu une médaille d’argent sur la poursuite derrière Martin Fourcade et l’or en relais mixte. Un homme d’un jour mais pas d’une saison.

Sebastian Samuelsson après sa victoire sur la poursuite (source biathlonworld.com)

Il semble avoir franchi ce plafond de verre qui l’empêchait d’être régulier en ce début de saison. Malgré un raté sur le 2ème sprint à cause d’un 7/10 au tir, rappelant qu’il doit être davantage régulier, il obtient sa première victoire sur la poursuite et se classe 2ème et 6ème des deux autres courses avec une belle réussite au tir (92% sans le 2ème sprint) et des temps de ski toujours dans le top 4. Il fait également un beau dernier relais qui permet à la Suède de finir 2ème derrière l’ogre Norvégien.

Un beau début de saison à confirmer qui le place légitimement comme l’adversaire numéro 1 de Johannes. Il a su profiter comme ses coéquipières féminines de conditions de neige favorables, il faudra maintenant confirmer dans d’autres conditions.

Les mentions honorables

Les Allemands

Sans être flamboyants, Arndt Peiffer et Erik Lesser font le job. Un tir en dessous des 90% (86% pour les deux), des temps de ski aux alentours du top 10. Ca suffit pour être respectivement 6ème et 7ème. 3ème sur le relais par équipe, ils placent l’Allemagne deuxième nation derrière la Norvège. Il en manque clairement pour jouer la victoire mais s’ils continuent à enchaîner des top 5, ils pourront jouer les arbitres sur certaines courses.

Jakov Fak

Quatre courses, 4 tops 10 pour le Slovène de 33 ans. Je ne sais pas s’il a demandé la recette magique à Primoz Roglic ou Tadej Pogacar mais le vent Slovène est bon en 2020. Malgré une 6ème place au général en 2017/2018, Jakov n’a pas gagné en coupe du monde depuis sa belle saison 14/15 lors de laquelle il décroche 4 victoires et une belle 3ème place au général. Aucun top 10 en temps de ski mais un tir toujours aussi solide (96%), Fak est toujours placé. A son âge et compte tenu de la nation mineure qu’il défend, ça mérite d’être souligné. L’homme aux deux titres mondiaux ne devrait pas pouvoir se mêler à la gagne mais un top 10 au général final sera déjà une belle victoire pour lui

Les déceptions

Dorothéa Wierer

Difficile de mettre l’Italienne dans les déceptions mais c’est un fait. La double tenante du gros globe de cristal, qui avait fait planer le doute d’une retraite en fin de saison dernière, est en difficulté. Elle a pourtant ouvert la saison de la plus belle des manières en remportant l’individuelle mais la suite à été beaucoup plus compliquée. Elle a enchaîné avec une 22ème, une 28ème et une 20ème place ensuite.

Dorothéa Wierer lancée vers la victoire lors de la course d’ouverture (source biathlonworld.com)

Toujours solide en tir (90%), c’est sur les skis qu’elle est trop juste. Elle n’a pas fait mieux qu’un 17ème temps de ski sur les quatre courses individuelles. Elle a déclaré avoir souffert sur les skis et être à court de forme. L’enchaînement des courses ainsi que la possibilité de s’entraîner sur de la vraie neige vont lui permettre de retrouver le rythme. Comment lui en vouloir quand on sait que le gouvernement Italien a interdit les courses jusqu’au 15 octobre en Italie comme à l’étranger pour les biathlètes Italiens.

Elle devrait petit à petit réapparaître dans les top 10 voir mieux, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

La Russie

Par où commencer ? Cette nation empêtrée dans les histoires de dopage (le TAS n’a toujours pas tranché, décision fin décembre) n’arrive plus à sortir la tête de l’eau. De changement d’entraîneur en changement d’entraîneur, l’intersaison a encore été agitée. Les propos de l’ancien entraîneur des hommes, Anatoli Khovantsev, qui décrit un dopage massif jusqu’en 2014 ne vont pas aider à redorer le blason Russe. Aucun top 15 chez les femmes, aucun top 20 chez les hommes. Loginov transparent. Des temps de ski à oublier, un tir, pourtant la réussite maison, qui fait défaut. Il va leur falloir trouver un nouveau cocktail Duchesse afin de retrouver les top 10 mondiaux

La Chine

L’armée chinoise bloque toujours une partie des biathlètes chinois. Difficile de les imaginer rejoindre le circuit avant janvier. Dommage pour cette nation dirigée maintenant par la légende Norvégienne, Ole Einar Bjorndalen. Le Français Jean Pierre Amat s’occupe quant à lui du tir. Vivement qu’ils reviennent sur le circuit afin de voir l’effet Norvégien sur les Chinois.

Les Français

Les deux premiers week-ends ont été mouvementés côté Français. Entre déception, émotion, frustration et espoir :

Frustrant de voir Justine Braisaz-Bouchet et Emilien Jacquelin être top 10 sur les skis quasiment chaque course mais souffrir d’un tir peu efficace (80%). Les deux jeunes Français ont clairement le niveau pour jouer le haut du tableau à chaque courses mais cette inconsistance au tir leur coûte beaucoup. Leur analogie est poussée à son paroxysme en ce début de saison car c’est lors de la poursuite, course en confrontation qu’ils ont été les meilleurs. Justine est remontée de la 37ème à la 10ème place et Emilien de la 38ème place à la 8ème. Il aurait même pu jouer le podium sans ses 2 fautes sur le dernier debout.

Déception en voyant Quentin Fillon-Maillet être en difficulté. Moyen sur les skis, bon au tir (90% contre 86% en 2019). Il a lui-même qualifié son bilan de mitigé et espère beaucoup à Hochfilzen sur une piste qu’il affectionne plus. Celui qui s’est revendiqué leader de l’Equipe de France s’est mis une pression supplémentaire de guide. Il doit appréhender ce nouveau rôle et retrouver la forme sur les skis. Il va revenir à son meilleur niveau, il faut être patient.

Fabien Claude prend la pose pour son premier podium de la saison (source biathlonworld.com)

Émotion grâce à Fabien Claude auteur d’une magnifique performance sur la poursuite. Il obtient une brillante seconde place avec en prime une belle attaque sur Johannes dans la dernière bosse. Lui qui visait trois podiums avant le début de la saison, en obtient déjà un et peut rêver de dépasser son objectif. Émotion à nouveau grâce à la seconde place d’Anaïs Chevalier-Bouchet, 13 mois après être devenue maman. Elle est en forme et bénéficie d’un excellent tir (92%). Elle est passée au travers de la poursuite mais c’était sa première course à confrontation depuis un moment et s’est mise trop de pression. Le relais féminin a conclu une belle semaine pour les filles avec une belle deuxième place derrière les intouchables Suédoises. Les hommes ont par contre été plombés par un catastrophique tir debout d’Emilien confirmant ses difficultés actuelles sur le tir.

Anais signe son retour à la compétition avec une belle 2ème place (source biathlonworld.com)

Espoir maintenant car tirer des conclusions après seulement 5 courses compte tenu de la situation actuelle est précipité. A l’instar des Italiens, les Français se sont préparés dans des conditions neiges totalement différentes de celles rencontrées en Finlande. Selon le coach Vincent Vittoz, la neige de la station Bessans, qui avait mis les petits plats dans les grands pour la préparation du groupe France, était en effet bien plus compacte. L’accumulation des courses devrait permettre aux Français de retrouver petit à petit la forme. Justine et Emilien devront néanmoins trouver des solutions aux tirs.

A noter que le groupe France accueillera un nouveau membre en la personne d’Oscar Lombardot, tireur d’élite qui prépare les Championnats du monde Junior cette année. Une belle occasion pour lui de se tester face aux meilleurs mondiaux et pour nous de voir la relève de l’Equipe de France.

Après ce doublon Finlandais, le circuit mondial se dirige vers Hochfilzen pour 12 courses. La station Autrichienne n’est pas aussi enneigée que Kontiolahti et les conditions devraient être bien différentes. Les courses auront également lieu en altitude, différence majeure par rapport aux week-ends Finlandais. Suffisant pour homogénéiser le niveau de tous les biathlètes ? Les Suédois tiendront t’ils toujours la dragée haute aux Norvégiens ?  Les Français vont-ils repartir de l’avant et regrimper dans les top 10 ? Dorothéa Wierer et les Norvégiennes vont-elles se rebeller face à la force collective des Suédoises ? Réponse ce vendredi avec les premiers sprint du doublon Autrichien.

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