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XV de France : quel bilan tirer de l’Autumn Nations Cup ?

Qui l’eût cru ? Baptisée « Covid Cup » par les esprits les plus taquins, l’Autumn Nations Cup a fini par passionner tout son monde. Dimanche, sur les coups de 17 heures, qui se souvenait qu’il ne s’agissait pas d’un match du Tournoi, mais bien d’une compétition créée de toutes pièces par World Rugby pour renflouer les caisses des Fédérations ? Pénalisés par la règle des 3 feuilles de match, les Bleus ont été défaits en finale, au bout du suspense (22-19), par un XV de la Rose décevant. Entre confirmations et révélations, que retenir de cette fenêtre internationale inédite ? (image : FFR)

L’affirmation d’un collectif

Au cours de cette fenêtre internationale qui aura soulevé tant de débats entre la FFR et la LNR, l’Équipe de France a disputé 6 matches. D’abord, un test-match au Stade de France face au Pays de Galles. Cette rencontre, un temps menacée par le conflit interinstitutionnel, se solde par une victoire confortable des hommes de Galthié (38-21), portés par une charnière Dupont – Ntamack brillant de mille feux. Une semaine plus tard, comme à chaque 31 octobre, le Tournoi des VI Nations fait son retour. Au programme, la réception de l’Irlande. Les belles prestations de Grégory Aldritt et du patron Gaël Fickou permettent d’obtenir une victoire (35-27) mais ne suffisent pas à remporter le Tournoi, la faute à une différence de points favorisant l’Angleterre.

Le 15 novembre, après des semaines d’attente interminables tant cette nouvelle compétition suscitait la ferveur, la Coupe d’Automne des Nations entre en scène. Et la première journée nous donne raison. Opposés aux Fidji au Stade de la Rabine, les Bleus ouvrent les Vannes dès le coup d’envoi et récitent leur rugby tout au long de la rencontre. Victoire 28-0 au terme d’une performance impeccable (aucun plaquage manqué, aucun en-avant et aucun jeu de mot de Matthieu Lartot), les partenaires de Charles Ollivon débutent cette compétition idéalement. Prochaine étape, l’Écosse et un déplacement le 22/11 à Murrayfield, lieu de la dernière défaite française. Les Tricolores y prennent leur revanche : succès 22-15 grâce à un essai de Vakatawa.

Au tour de l’Italie de se mettre sur la route du XV de France. Le 28/11, une pluie de coups de pieds s’abat sur Saint-Denis. À ce jeu là, Mathieu Jalibert et Brice Dulin prennent le pas sur leurs vis-à-vis. 3 essais inscrits en l’espace de 8 minutes permettent de prendre le large en seconde période (36-5). Vient alors la finale, qui réserve aux Bleus un adversaire qu’il ne connaît que trop bien : le XV de la Rose d’Eddie Jones. La presse anglaise n’hésite pas à qualifier de farce ce Crunch au rabais. Outre-Manche, la Fédération est toute puissante. Il n’est pas question de limiter les feuilles de match des internationaux. Les clubs n’ont pas leur mot à dire. Alors un XV de France sans Dupont, l’un des meilleurs 9 du monde ? Sans son partenaire Romain Ntamack, qui inspire la crainte chez ses rivaux ? Incompréhensible !

11 Français avaient connu leur première cape contre l’Italie. Ils sont encore 2 à Twickenham, à savoir Selevasio Tolofua, titulaire au coup d’envoi, et Guillaume Ducat, qui prend place sur le banc. Héroïques du début à la fin, les hommes du capitaine Baptiste Couilloud tiennent la dragée haute à des Anglais empruntés. Là encore, et c’est un constat implacable en 2020, le kicking game (échange de jeux au pied) cher à Fabien Galthié est la clé du match. Encore impérial sous les ballons hauts, Dulin est le fer de lance d’une Équipe de France conquérante. Le combat au sol, si important dans le rugby actuel, est dominé, notamment grâce à un Anthony Jelonch des grands jours.

En dépit d’un excellent usage de la rush defense (montée très agressive) et du jeu au pied d’occupation, les Bleus font preuve d’un manque de discipline impardonnable au très haut niveau. Si certaines décisions arbitrales prêtent à discussion, les visiteurs doivent leur salut à la maladresse inhabituelle d’Owen Farrell face aux perches. Poussés en prolongations, le bad boy des Saracens et ses partenaires s’en sortent finalement grâce à une pénalité réussie à la 96e minute. Amer dénouement d’une « mort subite » définitivement inadaptée à ce sport.

Des individualités qui se dégagent

Fabien Galthié avait prévenu. Dès sa prise de fonction, il installerait des hommes forts à tous les postes. Après des années de règne de la « politique de l’homme en forme », c’était la fin de la mise au placard d’un joueur après une mauvaise prestation. Le Tournoi des VI Nations avait vu une équipe se dégager assez clairement, mais cet Autumn Nations Cup allait sonner le glas de la stabilité. 3 feuilles de match maximum par joueur, tel est l’accord négocié par la FFR et la LNR. Au sortir de la première (et dernière ?) édition de ce tournoi automnal, on peut constater si des lignes ont bougé ou si le statu quo est maintenu.

La première ligne ne devrait pas subir de gros bouleversements. Cyril Baille restera le titulaire à gauche, Jean-Baptiste Gros sa doublure. En cas de pépin, on pariera davantage sur Hassane Kolingar que sur Rodrigue Neti, qui ne s’est pas montré à son avantage. De retour de blessure, Clément Castets mériterait d’être testé. La doublette Julien MarchandCamille Chat a une longueur d’avance sur la concurrence au talon. Face à Pierre Bourgarit et Teddy Baubigny, Peato Mauvaka n’a pas marqué des points. Le Rochelais s’avance-t-il comme le numéro 3 au poste ? À droite, s’ils n’ont pas forcément impressionné, Mohamed Haouas et Demba Bamba ne voient pas leur place menacée, même si Uini Atonio et Dorian Aldegheri n’ont pas démérité.

En 2e ligne, l’attelage formé par Bernard Le Roux et Paul Willemse semble indéboulonnable. Boris Palu et Romain Taofifénua n’ayant pas marqué les esprits, une place sur le banc est disponible. Modèles d’abnégation, Kilian Geraci et Baptiste Pesenti ont donné satisfaction. Le Lyonnais, plus discipliné, devrait avoir les faveurs du sélectionneur. Guillaume Ducat et Cyril Cazeaux ont montré de belles choses et restent en embuscade. Swan Rebbadj n’a eu que très peu de temps de jeu pour se mettre en valeur. Félix Lambey, s’il est sur pied, méritera d’être revu.

La 3e ligne est certainement le poste le mieux pourvu en France. Le trio CrosAldrittOllivon s’est avéré redoutable l’hiver dernier et sera difficile à déloger. Dans un registre proche de celui de François Cros, Anthony Jelonch pourrait saisir sa chance. Dylan Cretin et Cameron Woki se sont révélés être plus que des solutions de rechange. Sekou Macalou et Selevasio Tolofua vont devoir combler leur retard. Sans avoir déçu, et malgré le niveau qu’ils affichent en club, la concurrence est telle qu’ils ne sont pas assurés de revêtir le maillot bleu de sitôt.

Omniprésent à Twickenham, Anthony Jelonch a une carte à jouer malgré la concurrence. (image : FFR)

La charnière DupontNtamack n’a déjà plus rien à prouver. La hiérarchie est d’ores-et-déjà établie et les enjeux se situent davantage dans le choix des remplaçants. Baptiste Serin et Baptiste Couilloud, tous deux porteurs du brassard de capitaine, partent devant Sébastien Bézy, qu’on a peu vu. Botteur et capable de couvrir le poste de n°10, le Toulonnais garde un léger avantage. À l’ouverture, Matthieu Jalibert et Louis Carbonel sont porteurs de belles promesses. Jalibert a joui d’un temps de jeu plus important, sans doute signe qu’il est devant dans l’esprit du staff.

Au centre du terrain, les cartes peuvent encore être rebattues. Virimi Vakatawa est indiscutable, Gaël Fickou l’est tout autant. Ce dernier, cependant, est parfois utilisé à l’aile. On imagine que si Damian Penaud est bon pour le service, il prendra place à l’aile et laissera Fickou au centre. Moins rayonnant qu’en début d’année, Arthur Vincent reste probablement le premier choix parmi les doublures. Jonathan Danty et le tonique Yoram Moefana, impeccables en Angleterre, se placent comme des postulants sérieux. Très discret, Jean-Pascal Barraque pourrait avoir laissé passer sa chance. Le champion du monde U20 Pierre-Louis Barassi aura d’autres occasions de se montrer.

C’est le triangle arrière qui est le plus sujet à débat. Révélation du Tournoi 2020, Anthony Bouthier peine à confirmer ce nouveau statut, sans toutefois passer à côté de son sujet. Thomas Ramos, si incisif à Toulouse, paraît plus inhibé au niveau international. Brice Dulin, lui, vit une seconde jeunesse. Grâce à l’état de forme qu’il affiche à La Rochelle, le trentenaire a fait un retour triomphant en sélection. De quoi commencer le Tournoi 2021 dans la peau d’un titulaire ? Pour être le pendant de Penaud sur l’aile, Teddy Thomas reste le favori grâce à ses qualités de finisseur. Il ne faut pas enterrer le puncheur Gabin Villière, plus qu’à son aise pour sa première convocation. Vincent Rattez n’a pas marqué de points. Alivereti Raka en a peut-être perdus. Arthur Retière, sevré de ballons sur sa courte apparition, devra prendre son mal en patience.

Cette fenêtre internationale a confirmé les promesses entrevues début 2020. Le XV de France de Fabien Galthié a regagné ses lettres de noblesse et promet d’être un candidat sérieux à la victoire du Tournoi 2021. L’équipe type comme l’équipe bis ont montré la même solidité défensive, la même activité dans les zones de ruck et la même constance dans l’occupation du terrain. En continuant d’appliquer le plan de jeu à la lettre, sachant qu’ils peuvent compter sur le génie de leurs individualités, les Bleus peuvent voir l’avenir sous les meilleurs auspices.

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