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Formule 2 : retour sur une saison acharnée

Au terme d’une nouvelle saison pleine de rebondissements et de suspens, c’est finalement Mick Schumacher, fils de l’illustre septuple champion du Monde de F1, qui succède à Nyck de Vries au palmarès de la plus prestigieuse des formules de promotion. L’allemand de 21 ans aura dû attendre la dernière course de la saison à Bahreïn, sur le circuit de Sakhir, pour être titré.

Tout comme la F1, la F2 débuta sa saison tardivement, le premier week-end de juillet à Spielberg (Autriche), à cause de la crise sanitaire. Cette saison présentait un plateau relevé de pilotes, mêlant l’expérience de certains, ayant déjà fais au moins une saison dans la catégorie et qui se devaient de confirmer leur statut, comme Schumacher, Ilott, Alesi… Et des nouveaux venus qui avaient fais leurs armes en F3 en 2019. On pense notamment au champion Robert Shwartzman, à son dauphin Marcus Armstrong, au jeune danois de la filière Renault Christian Lundgaard, ou encore au protégé japonais de Red Bull Yuki Tsunoda. Tant de noms dont il était difficile d’extraire un clair favori…

Mick Schumacher, un champion régulier

Comme souvent, le titre s’est joué à la faculté d’être le plus régulièrement dans les points et à ce petit jeu-là, Mick Schumacher fut le meilleur ! À bord de sa Prema, écurie qui a dominé quatre des cinq championnats dans lesquels elle était présente cette saison, l’Allemand a véritablement construit sa saison et est le pilote ayant terminé le moins de course hors des points (seulement quatre contre six à son adversaire Ilott par exemple). Ce n’est pas celui qui a gagné le plus, il aura d’ailleurs dû attendre le huitième rendez-vous et la course longue de Monza (Italie), pour signer la première de ses deux victoires de la saison. La deuxième interviendra quelques semaines plus tard à Sochi (Russie), une nouvelle fois sur la course longue. Il termine la saison avec dix podiums et notamment une série de cinq consécutifs sur les rendez-vous de Barcelone, Spa-Francorchamps et Monza, qui lui ont permis de recoller à la tête du championnat.

Mick Schumacher après son podium lors de la course sprint, en Hongrie. (Crédit : @SchumacherMick)

Grâce à des départs exceptionnels tout au long de sa saison, il aura la plupart du temps, réussi à rattraper ses petites bévues en qualifications (aucune pole cette saison). Ce manque de performance sur un tour l’aura sans doute privé d’une avance plus importante dans la course au titre et aura subi la pression de Callum Ilott jusqu’à la dernière course. Il a cependant rempli son contrat et peut désormais se concentrer sur la suite de sa carrière et le baquet de la Haas qui l’attend en F1 la saison prochaine. Il sera accompagné de Nikita Mazepin (normalement), le russe 5e du championnat et auteur de sa meilleure saison avec deux victoires.

Le duel Schumacher-Ilott

Dès la première course de la saison en Autriche, le ton était donné ! Les deux hommes vont jusqu’au contact dans leur lutte pour le gain de ce qui est alors la seconde position. Le britannique sort vainqueur de cette bataille d’ouverture et profite de l’abandon de son coéquipier Zhou pour prendre la tête. Voulant se rapprocher d’Ilott pour jouer la victoire, Schumacher part à la faute et termine hors des points. Le reste de la saison, la lutte entre les deux hommes se fera finalement le plus souvent à distance. La première partie de la saison est totalement à l’avantage du britannique. Il a déjà signé deux victoires en course longue et est en tête du championnat, sans compter qu’il aurait pu engranger une autre victoire à Silverstone s’il ne s’était pas sabordé. Schumacher compte alors plus de 40 points de retard !

Compères au sein de la FDA (Ferrari Driver Academy), les deux pilotes nous auront offerts un duel acharné tout au long de la saison. (Crédit : formula1.com)

Mais la tendance commence à s’inverser à Spa, le britannique n’inscrit qu’un seul point en Belgique contre 27 pour l’Allemand, auteur de deux podiums. La série se poursuit à Monza, Schumacher signe la première victoire de sa carrière en F2 en profitant des malheurs de son adversaire, facile leader jusqu’à son arrêt au stand où il cale. En deux weekends, Schumacher revient à 6 points de la tête et s’en empare la semaine suivante au Mugello. Ecart qu’il creuse à Sochi en s’imposant pour la deuxième fois de la saison. Avant les deux derniers week-ends de Bahreïn, qui auront lieu un mois et demi plus tard, l’écart entre les deux hommes est de 22 points à l’avantage de l’Allemand. Après une bonne course longue, Ilott craque et part à la faute sur la course sprint et ne parvient pas à profiter de la mauvaise qualif de Schumacher la semaine suivante pour se rapprocher suffisamment. La saison va finalement se terminer comme elle avait commencé, avec une belle passe d’armes entre les deux prétendants au titre. Après une belle manœuvre, le britannique passe devant son adversaire direct mais manque de rythme en fin de course et ne parvient pas à remonter. Schumacher, 18e après un arrêt au stand, est titré champion de F2 pour sa deuxième saison !

La frustration Shwartzman

Le russe champion de F3 en 2019 était attendu et il aura quand même répondu présent ! Coéquipier de Schumacher chez Prema, il dispose de la voiture et des qualités nécessaires pour prétendre au titre et rêver du doublé F3-F2, comme l’a fait George Russell notamment. Auteur d’un excellent début de saison, le russe récolte 81 point en six courses et deux victoires sur les courses longues du Grand Prix de Styrie et de Hongrie. Un départ canon qui lui permet de prendre la tête du championnat.

Robert Shwartzman. (Photo : Joe Portlock – Formula 1/Formula 1 via Getty Images)

La suite de sa saison ressemble à des montagnes russes avec de belles performances et des gros trous d’air. Sur les quatre courses de Silverstone, il ne parvient qu’à prendre quatre points et s’accroche avec son coéquipier alors qu’il jouait la gagne. Après cet épisode, il effectue son retour sur le podium en Catalogne et réalise un week-end très solide à Spa-Francorchamps, ponctué d’une victoire sur la course sprint. Ses deux weekends blancs successifs au Mugello et à Sochi condamneront ses chances de titres avant les deux derniers rendez-vous de Bahreïn. Il décroche tout de même sa quatrième victoire de la saison lors de la course sprint sur la version longue du tracé. Il termine cette saison à la quatrième place du championnat et se présentera l’année prochaine comme un des principaux favoris.

La révélation Tsunoda

Le jeune japonais (20 ans) soutenu par Red Bull aura surpri tout le monde lors de cette saison 2020. 9e de la saison 2019 de F3 au volant de la modeste Jenzer Motorsport, il obtient un volant chez l’écurie Carlin. La saison commence pourtant mal pour Yuki Tsunoda qui percute son coéquipier et homologue dans la filière autrichienne, Jehan Daruvala. Un week-end à 0 point qu’il oublie rapidement puisqu’il signe la pole une semaine plus tard sur le même tracé. Dans des conditions difficiles avec une piste très humide, il gère parfaitement son départ mais un problème de radio le prive de la victoire. Il n’entend pas les messages radios de son ingénieur l’appelant aux stands et perd un temps précieux face à Robert Shwartzman. Avec des pneus frais, il remonte jusqu’à la deuxième place et échoue à une seconde du russe, rageant, mais le japonais vient de lancer sa saison. Il signe deux nouveaux podiums à Silverstone et remporte sa première victoire en F2 lors de la deuxième course sprint.

Yuki Tsunoda. (Photo : Red Bull)

Tsunoda enchaîne les week-ends solides, il s’offre la pole et la victoire sur la course longue à Spa, après la pénalité de Mazepin. À tel point que les dirigeants de Red Bull décident de lui faire tester l’Alpha Tauri, en attendant peut-être d’obtenir le baquet la saison prochaine ? Surprenant, le japonais finit très fort la saison avec une nouvelle deuxième place en Russie et un dernier week-end exceptionnel à Sakhir avec : la pole, la victoire en course longue et une deuxième place derrière son coéquipier en course sprint. 43 points qui le propulsent à la troisième place du championnat, à 15 points de Schumacher et seulement 1 point d’Ilott. Il remporte par la même occasion le premier trophée Anthoine Hubert, en hommage au français tragiquement disparu l’an passé, récompensant le meilleur rookie de la saison.

La déception ART GP

Sur le papier, l’écurie française disposait d’une des paires de pilotes les plus prometteuses de la saison : Marcus Armstrong (NZL), 20 ans, vice-champion de F3 en 2019, et Christian Lundgaard (DAN), 19 ans, 6e de F3 et membre de la Renault Driver Academy. Malgré un double podium en début de saison sur la course sprint du GP de Styrie, la saison fut décevante et marquée par un gros manque de régularité.

Lundgaard termine 7e d’une saison où il aura tout de même signé 6 podiums dont deux victoires en course sprint (Styrie et Mugello). Après cette dernière manche italienne, le danois n’était qu’à 16 points de la tête du championnat, mais il n’inscrira que 4 points sur les 6 derniers meetings. Une inconstance qui le prive d’une lutte pour le titre et qu’il faudra corriger pour jouer les avants postes la saison prochaine.

Le constat est encore plus dur pour son coéquipier Marcus Armstrong, qui finit 13e de ce championnat avec seulement 52 points, dont 34 ont été marqués lors des quatre premières courses autrichiennes, avec deux podiums, les seuls de sa saison. Il enchaînera par la suite une terrible série de 12 courses sans rentrer dans les points jusqu’au Mugello. Un bilan plus que décevant pour celui qui avait l’ambition de jouer le titre dès cette saison.

La galère Alesi

Seul français engagé cette saison, Giuliano Alesi, fils de l’ancien pilote Ferrari et vainqueur en Grand Prix, Jean, a vécu un terrible calvaire avec sa monoplace HWA. Tout avait pourtant bien commencé avec une 6e place obtenue lors de la première course de la saison, de quoi parfaitement le lancer. Mais dès le troisième virage de la course sprint le lendemain, il subit un problème moteur et doit abandonner pour la première fois de la saison.

Giuliano au côté de son père, Jean. (Photo : DPPI / F. Flamand)

Victime de nombreux problèmes de fiabilité et en manque de rythme, le français enchaîne 22 courses hors des points ! Il profite du départ de Matsushita de chez MP Motorsport pour effectuer les dernières courses avec une voiture déjà victorieuse cette année. Il retrouve les points lors de la dernière manche et finit 17e du championnat. La saison prochaine Giuliano ne sera pas en F2 et son rêve de courir un jour en F1 semble maintenant infime.

L’espoir Pourchaire

Vice-champion de F3 cette saison à 17 ans, le français a pu participer aux deux derniers week-ends de F2 à Bahreïn à la place de Alesi chez HWA. Des courses d’apprentissages qui ont permis au jeune espoir tricolore de prendre ses marques en vue de la saison prochaine, où il tentera d’atteindre le haut du classement. Il devrait faire partie de l’équipe ART et être associé à Lundgaard. Le travail pour 2021 a déjà commencé, des tests ont été effectués cette semaine.

Théo Pourchaire, vice-champion de F3 2020. (Photo Sebastian Rozendaal / Dutch Photo Agency / DPPI)

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