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Stade Rennais : les doigts dans la crise

À moins de deux semaines de la trêve internationale, le Stade Rennais s’est englué dans une crise qui dure. Sur les 14 derniers matchs toutes compétitions confondues, les Rouges et Noirs n’en n’ont remporté qu’un seul (face à Brest, le 31 octobre). Comment un club qui travaillait si sereinement a pu tomber dans une spirale aussi difficile ? 

Julien Stéphan avait déjà connu le brouillard. C’est une tempête qu’il doit affronter aujourd’hui. Malgré le « climat très calme » avec ses dirigeants, ces derniers s’étant montrés « extrêmement rassurants » selon les mots, il se doit de redresser la barre pour ne pas compromettre son avenir sur les bords de la Vilaine. L’histoire avait pourtant bien commencé. Promu de l’équipe réserve, il avait mené les Rouges et Noirs en 1/8e de finale d’Europa League avant de remporter la Coupe de France contre le PSG et de décrocher le premier podium de l’histoire du club en Ligue 1. Mais avec une seule petite victoire depuis le 4 octobre, rien ne va plus au Roazhon Park. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette crise. 

Un mercato raté 

Avec les arrivées du président Nicolas Holveck le 18 mars puis du directeur sportif Florian Maurice le 29 mai, les observateurs regardaient attentivement le mercato du Stade Rennais. S’il a longtemps été salué comme réfléchi et intelligent, la pertinence de celui-ci est aujourd’hui remise en cause. L’arrivée tardive de la majorité des recrues pourrait être l’une des explications, mais Martin Terrier, arrivé le 6 juillet, met lui aussi du temps à s’adapter. 

L’adage populaire dit qu’il n’y a pas de grandes équipes sans grand gardien. Arrivé en Bretagne le 29 septembre, soit après 5 matchs de championnats, Alfred Gomis déçoit. Tant pour ses performances sur la ligne (aucun clean-sheet en 9 matchs, 45 % des tirs tentés terminent au fond des filets, contre 30 % pour Salin) que pour son jeu au pied. Alors que Julien Stéphan essaye de développer un jeu se basant sur la relance courte, le portier se doit d’être autant à l’aise avec ses pieds qu’avec ses mains. Ce n’est pas le cas de Gomis.  

Mais il serait trop facile de tirer à boulets rouges sur le portier rennais. Le presque départ de Niang couplé au véritable départ de Raphinha aura laissé en chantier le secteur offensif. Guirassy, malgré un départ tonitruent, a de plus ne plus de mal à tirer son épingle du jeu. Esseulé devant, il ne parvient pas à jouer en point de fixation, un rôle pourtant primordial lorsque l’équipe a besoin de conserver le ballon pour faire monter le bloc. Il n’est pas aidé par Martin Terrier. Arrivé de l’OL, l’ailier est correct lorsque l’équipe domine (à l’origine de 8 actions contre Krasnodar et Brest), mais transparent lorsque le SRFC doit n’y arrive pas (à l’origine d’une seule action face à Dijon, Chelsea, Paris, 0 contre Angers, Séville et Bordeaux). Enfin, Doku met du temps à s’adapter. Arrivé de Belgique à 18 ans, il n’a toujours pas marqué le moindre but et n’a délivré aucune passe décisive. Il progresse cependant chaque semaine et son repositionnement à gauche, notamment contre Krasnodar, permet de voir l’étendue de son talent. À l’origine de 9 actions lors de ses 7 premiers matchs, il a été à l’origine de 22 frappes sur les 7 derniers. Le temps lui donnera sûrement raison.

L’attaquant belge du Stade Rennais, Jérémy Doku, lors du match de Ligue 1 à domicile contre Angers, le 23 octobre 2020. Crédit : DAMIEN MEYER

Des errances défensives

Le Stade Rennais n’a réussi à garder sa cage inviolée qu’une seule fois cette saison (contre Saint-Etienne, le 26 septembre). Arrivé pour remplacer numériquement Joris Gnagnon, retourné à Séville, Nayef Aguerd n’a encore que très peu d’automatismes avec Damien Da Silva. En laissant beaucoup d’espaces dans leur dos, ils permettent aux adversaires de jouer en profondeur (8 buts encaissés de cette manière). Entre un Da Silva vieillissant et un Aguerd en manque de confiance, la défense centrale ne monte plus assez rapidement sur le porteur de balle leur laissant plus d’espaces pour développer leur jeu et frapper au but (5 buts). 

Le manque d’agressivité est donc l’un des principaux axes d’amélioration de cette défense bretonne. À six reprises, et à l’image d’Abraham (Chelsea) ou de Thomasson (Strasbourg), les Rennais ne sont pas assez tranchants sur les centres, laissant les adversaires leur passer devant.  

Et comment ne pas aborder les pertes de balles et les erreurs facilement évitables : celle de Gomis face au PSG, de Doku et de Grenier face à Chelsea ou de Bourigeaud face à Lens. Sept buts auraient pu être évité avec un peu plus de concentration. 

Dans le jeu, en Ligue 1, les Rouges et Noirs ont un xG Against de 7,96 pour 15 buts encaissés. Une statistique qui en dit long. Sur les corners défensifs, la donne est la même : 1,43 xG Against pour 3 buts encaissés. « On subit très peu d’occasions mais on se fait toujours punir » signalait Da Silva en conférence de presse avant la rencontre contre Séville. Clairvoyant. 

Une inefficacité offensive

La copie n’est pas vraiment mieux de l’autre côté du terrain. Après un très bon début de championnat avec 12 buts marqués en 5 matchs, la roue a fini par tourner. Car depuis 13 matchs, les filets adverses n’ont tremblé que 7 fois (dont 5 sur coup de pied arrêté). Les Rennais n’ont converti qu’un seul tir sur leurs 68 dernières tentatives en championnat. Et s’il ne faut qu’un petit coup de pouce du destin pour remporter ses matchs, le Stade Rennais a perdu son ange gardien. Depuis le début de la saison, le SRFC a touché douze fois les poteaux. La situation aurait été bien différente avec un peu plus de réussite. Mais encore faut-il la provoquer.

Julien Stéphan, l’entraîneur du Stade Rennais, lors du match Reims-Rennes, le 16 février 2020. © FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Quand la tête ne va pas, les jambes ne suivent plus

Le changement de mentalité n’est pas passé inaperçue. Dans le match décisif face à Krasnodar, le discours différait entre les Russes et les Bretons. Les premiers ne parlaient que de victoire quand les Rennais abordaient à demi-mot une possible qualification via le match nul. La différence s’est faite dans la tête. 

Si l’enchaînement des matchs est une excuse parfois ressortie à tort et à travers pour expliquer une mauvaise passe, il serait malhonnête de mettre de côté ce facteur. Avec 7 matchs en 35 jours en octobre, puis 10 matchs en 34 jours en décembre, les organismes commencent à piocher, les jambes à devenir lourdes. L’exemple le plus parlant est celui d’Edouardo Camavinga. Un des meilleurs rennais la saison passée, il a aujourd’hui plus de mal, il est moins influent sur le jeu (il n’a été à l’origine d’aucune action lors des deux derniers matchs de Ligue 1). Il s’est d’ailleurs blessé trois semaines, fin octobre, après avoir enchaîné avec les matchs internationaux. Les voyages en Suède, Croatie, Russie peuvent être l’une des explications, le temps passé dans les transports ne permettent pas une parfaite récupération, surtout pour un jeune de 18 ans. La trêve internationale ne lui fera que le plus grand bien. 

Eduardo Camavinga. Crédit : Getty Images

À l’instar de Camavinga, Steven Nzonzi est lui aussi moins performant. L’international monte moins qu’avant. Les automatismes sont moins fluides avec son partenaire et les espaces laissés sont exploités par l’équipe adverse. Pourtant, Nzonzi connait bien ce rythme. À Séville, Rome puis Galatasaray, il a pu enchaîner les matchs de Ligue des Champions faisant de lui le joueur le plus expérimenté dans cette compétition (36 au total, loin devant Terrier, 8 matchs ou Niang, 3 rencontres). Le retour en forme du Stade Rennais passe également par un retour en forme de ses maîtres à jouer. La trêve internationale lui fera également énormément de bien. 

Sur le banc, Julien Stéphan ne peut se permettre d’attendre Noël pour retrouver le goût de la victoire. Le week-end dernier, il paraissait perdu. Les quatre changements à la mi-temps n’ont faire que confirmer les doutes. Des doutes qu’il faudra vite dissiper si le club veut remplir les objectifs de début de saison : un top 5 et une nouvelle qualification pour une compétition européenne. Pour ce faire, il faudra s’appuyer sur les signes encourageants montrés en Ligue des Champions mais plombés par un arbitrage douteux (l’aller face à Chelsea, le retour contre Krasnodar). L’envie est présente. Les qualités techniques également. Le possible retour du public à partir du 7 janvier pourrait également libérer les joueurs, jusqu’alors privés d’un soutien plus qu’important. Mais une tempête n’est jamais éternelle, le beau temps fini toujours par revenir, même sur les bords de la Vilaine.  

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