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Joe Ravouvou : Transition express vers le XV

Par le passé, beaucoup de joueurs venant du 7s se sont cassés les dents lorsque ces derniers entamaient un passage en force vers le XV. Pour Joe Ravouvou, patience a été mère de sureté. Aujourd’hui, à 29 ans, l’ailier néo-zélandais explose du côté du pays basque. Sans nul doute c’est l’un des artisans du bon début de saison en Top14 des Bayonnais. Pourtant, le chemin a été long et sinueux pour en arriver là, retour sur l’épopée fantastique de Joe Ravouvou.

Changement d’île

Ses débuts rugby, Joe Ravouvou les faits sur sa terre natale, les Fidji, plus précisément à Mavua son lieu de naissance. Et très vite le jeune Ravouvou montre des prédispositions pour ce sport au milieu de beaucoup de ces camarades qui partagent tous un même rêve, faire de leur passion un métier. Néanmoins, au milieu de son île, la visibilité n’est pas au rendez-vous et le rêve de Ravouvou s’éloigne inexorablement avec l’âge.

C’est en 2013, à 22 ans que Joe Ravouvou prend alors sa vie en main et refuse de se laisser aller au destin. Le jeune fidjien fait ses valises et part pour une île voisine de l’Océan Pacifique, bien plus grande et surtout avec des opportunités rugbystiques bien plus importantes, vous l’aurez compris Ravouvou pose ses bagages en Nouvelle-Zélande du côté de la ville la plus au nord du pays : Auckland

La vraie aventure rugby commence ici pour Joe, mais pas vraiment de la manière dont il l’aurait espéré. Il est signé par un club régional amateur de la banlieue d’Auckland. Il en faut plus pour abattre le golgoth fidjien mentalement et lui faire baisser les bras. Sur son aile Ravouvou écrase la faible concurrence et fini meilleur marqueur du championnat lors de sa deuxième saison dans le club, de quoi attirer l’œil de la province d’Auckland qui lui fait signer son premier contrat professionnel à 25 ans.

Malheureusement sa première saison professionnelle est gachée par des petits pépins physiques et des décisions du coach qui ne le font voir le terrain qu’à 5 reprises. Mais ces 5 petits matchs seront bien suffisants pour faire décoller la carrière de Joe.

L’eldorado du 7

Les maigres prestations de Ravouvou impressionnent un petit comité de sélectionneurs dans un bureau de Wellington. La décision du nouvel entraîneur de la sélection néo-zélandaise à 7, Clark Laidlaw, ne se fait pas attendre. Joe Ravouvou sera le nouvel ailier de son équipe.

Et à partir de l’Automne 2017 les différents plateaux des Rugby Sevens voient débarquer un monstre de 1m90 pour 105kg courant aussi vite qu’un sprinter et avec la puissance d’un buffle. Joe Ravouvou va à partir de là et pendant trois ans imposer son physique, gagner des duels et permettre aux All Blacks de remporter beaucoup de tournois majeurs. Lors de la coupe du monde 2018 de rugby à 7 il fini meilleur marqueur et meilleur joueur du tournoi.

A 7, dans les grands espaces, l’ailier peut allonger ses compas démesurément longs et déployer une vitesse phénoménale, le joueur a été flashé à 34km/h en 2018 face à la Russie ou face à l’Australie en 2019. Mais ce n’est pas tout, dès que les espaces se resserrent, il peut aussi bien faire jouer dans l’avancée son équipe avec des offloads bien sentis et une faculté à se dégager du plaquage au-dessus de la moyenne.

Avec l’équipe nationale à 7 c’est 111 matchs que Joe Ravouvou va disputer, pour un total de 78 essais et un palmarès long comme un bras. Une expérience longue de trois ans qui lui a permis de s’aguerrir sur le plan mental, mais aussi de développer une palette technique propre au 7, composée de technique individuelle (pas de l’oie, crochet, raffut et spin) mais aussi de technique sur le plan collectif, dans la lecture des espaces ouverts notamment.

Le test au Pays Basque

Le 6 février dernier, l’Aviron Bayonnais annonce la signature de Joe Ravouvou qui devait rejoindre les rangs basques après les Jeux Olympiques d’été. Le COVID-19 jouant les trouble-fêtes, Ravouvou arriva plus tôt que prévu sur les bords de la Nive et de l’Adour. Au grand bonheur des supporters bleu et blancs.

En effet Joe épate depuis le début du Top14 édition 2020-2021. Il est actuellement le meilleur marqueur du championnat avec 6 essais en 9 matchs disputés. Monsieur s’offre même le luxe de déposer Cheslin Kolbe.

Pourtant, tout avait l’air d’un pari avant sa transition à XV. Le joueur n’avait en tout est pour tout que 13 titularisations dans des matchs professionnels de rugby à XV au moment de sa signature. Sa palette technique, aussi bien étoffé pour le 7 soit elle, pouvait soulever des doutes quant à une adaptation à XV tant les deux rugbys sont différents. Avec moins d’espaces, des avants qui vous concassent et un rythme moins soutenue mais plus long tout le monde était en droit de ne pas être en confiance.

Que nenni, Joe Ravouvou s’est acclimaté à un train express, comme son jeu. Il n’a pas souffert non plus de la transition entre l’hémisphère sud et l’hémisphère nord qui fait parfois grandement défaut à certains joueurs (Goosen, Isa, Fernandez…). Bref Ravouvou répond bien présent et Yannick Bru et son staff ont tout de suite compris comment mettre en avant les qualités naturelles de finisseurs de leur ailier par le jeu pratiqué par l’Aviron. Un recrutement ciblé, audacieux et gagnant qui permet aux basques de jouer les premières places à la mi-saison.

Il reste encore certains aspects du jeu à développer chez l’international néo-zélandais pour devenir un joueur complet. Il a à réapprendre comment lire une défense, à venir dans les bons intervalles et à parfaire ses placements défensifs. Ce que fait Joe Ravouvou sur un terrain est de haut niveau mais pourtant il reste cette impression qu’il peut en faire un peu plus encore. Si le joueur arrive à maitriser les dernières choses manquantes dans son jeu il deviendra une arme offensive très difficile à stopper.

Il est clair qu’au vu de son parcours, Joe Ravouvou fait aujourd’hui preuve d’une détermination à toute épreuve. Cette détermination lui a ouvert beaucoup de portes et lui a permis de se fonder un bagage technique individuel très aboutit. Couplé à son physique, il ne fait pas l’ombre d’un doute que l’ailier d’origine fidjienne est fait pour le rugby. Il le prouve aujourd’hui à 29 ans en performant avec l’Aviron Bayonnais, une des dernières pierres de sa carrière mouvementée mais brillante. Joe Ravouvou pourrait même amener tout un pays basque sur son dos vers des lendemains qui chantent si il continue ainsi.

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