Foot Série A

Rodrigo De Paul, adaptation non express

Pour ceux qui n’ont pas encore regardé de matchs de Serie A cette saison, changez d’avis. Matchs à suspenses, idées de jeu, lutte pour le titre… Que ce soit du côté de l’Atalanta, de la Lazio, les débuts de Pirlo sur le banc, chacun y trouvera son compte. Mais s’il est une équipe quasiment invisible du championnat Italien, c’est bel et bien l’Udinese. Pourtant, I Primi Bianconeri d’Italia possèdent en leur sein un concentré de football. Âgé de 27 ans, son dégradé et son brassard de capitaine au bras, Rodrigo de Paul est une formidable raison d’aimer le foot. Et on en a bien besoin.

Sous l’oeil des projecteurs depuis bientôt 2 ans, De Paul arrive sûrement au bout de son idylle avec l’Udinese. Longtemps annoncé à Leeds, beaucoup de rumeurs circulent sur son avenir. L’envoyant tantôt à l’Inter, tantôt à la Juve, l’Argentin fait désormais partie des meilleurs joueurs de Serie A. Après un échec en Espagne à Valence, cela fait désormais 4 ans et demi que le capitaine des friulani enchante le centre de l’Italie (et pas que.) Mais sa dimension semble n’avoir jamais été aussi grande qu’aujourd’hui, tant dans les statistiques, dans son impact que dans ce qu’il représente.

Style et sentiments : ressentir le football

Prototype du footballeur argentin : esthétique soignée, tatouages, maillot saillant, De Paul est aussi le prototype du fan de football argentin. Depuis petit, Rodrigo rêve de revenir le maillot du Racing. La passion des argentins pour leurs clubs n’est plus à prouver, et De Paul en fait partie. Le football est pour lui, comme pour tous les argentins, un échappatoire : « De nombreuses fois, il y a des problèmes à la maison, économiquement surtout. Et le football te rend tout cela joyeux. Et règle une montagne de choses. » déclarait le joueur de l’Albiceleste chez nos confrères de France Football en mars dernier. Une manière de comprendre pourquoi il soulignait par la suite : « Je crois que là où je me sens le mieux, c’est là où je peux toucher le ballon, me sentir joueur.«  Ces heures passées à caresser le ballon, à le cajoler, à le comprendre, toujours du même pied, se ressentent encore aujourd’hui. Quasi uniquement droitier, son pied gauche ne sert qu’à… ramener le ballon sur son pied droit.

Mouiller le maillot : plus qu’une question de profil. (Crédits : CalcioMio)

Et cet amour pour le foot se divise en deux facettes. Déjà, par son engagement, par sa passion. De Paul est un joueur qui court beaucoup. Mais vraiment beaucoup. Séko Fofana, arrivé à Lens cet été et ex-coéquipier, déclarait à son sujet : « Je ne sais pas comment il fait pour courir autant. » Mais, si les supporters aiment énormément les joueurs besogneux, ils aiment encore plus ceux qui caressent le ballon. Et l’argentin est de cette trempe : qu’importe la hauteur du ballon, son but est de la ramener au sol. Avec douceur. Presque autant de douceur que ces petites touches qu’il adore : celles qui font glisser le ballon tranquillement entre les jambes de son adversaire. Mais à l’image d’un Argentin qui vient de nous quitter, il a aussi cette brutalité : celle de prendre le ballon et d’avancer, malgré les chocs. Celle aussi, de sa frappe : habitué des frappes à l’entrée de la surface, il frappe quasiment 2 fois plus en dehors de la surface que de dedans (202 frappes hors de la surface, 103 dans la surface). En somme, son amour pour le foot transparaît par sa personnalité, tant et si bien qu’elle nous permet, à nous, de l’aimer encore plus.

Leader technique, verticalité et implication défensive

Le problème est là : résumer Rodrigo de Paul, c’est impossible. Il est partout : sur les deux dernières saisons, il est dans le top 10 des joueurs qui pressent le plus. Il est partout, court à n’en plus pouvoir. Mais s’il court pour récupérer le ballon, c’est quand il le récupère que la magie opère. Sans le vouloir, il cristallise le jeu de son équipe, en étant sa caution créative. En Serie A cette saison, il est le 5e joueur le plus ciblé par les passes. Plus de 635 passes lui ont déjà été adressées. Ce qui lui permet d’être aussi le 2e joueur de Serie A à toucher le plus de ballons, mais aussi le 3e en fautes subies. Parce que s’il brille la passe -on le verra plus tard-, il est aussi un très bon dribbleur : avec 29 joueurs dribblés depuis le début de la saison, il est le deuxième joueur à avoir éliminé le plus d’adversaires par le dribble.

La dictature.

Très dribbleur donc, mais avec un objectif : aller vers le but adverse. Il est le joueur qui parcourt le plus de terrain balle au pied vers le but adverse en Serie A. Une volonté d’aller de l’avant importante dans une équipe d’Udinese qui joue les contres à fond. Justement, ces contres sont souvent exploités par la qualité de passe de Rodrigo de Paul, qui régale ses coéquipiers. La pureté de sa vision font de lui le 2e joueur de Serie A ayant réalisé le plus de passes clés cette saison, et le deuxième à avoir effectué le plus de passes vers l’avant.

Parmi les meilleurs créateurs. (Crédits ; Twitter @KevJeffries)

Mais le chemin a été long pour arriver à devenir ce joueur aussi complet. Son replacement progressif dans l’axe depuis son arrivée en Italie a accompagné sa progression. En 2016/2017, ses 33 matchs se divisaient entre 23 matchs sur l’aile et 10 matchs comme milieu offensif. En 2017/2018, égalité parfaite : 12 matchs sur l’aile, 12 matchs dans l’axe. Et tout commence à basculer en 2018/2019 : il dispute 14 matchs comme milieu central, 12 comme milieu offensif et 10 comme ailier. Jusqu’à la saison dernière, où, sur 33 matchs, il n’en a pas disputé un seul sur l’aile. Mais ces différents positionnements lui ont permis d’appréhender les différentes zones offensives. S’il est aligné comme milieu central, il aime à dézoner, venir sur les ailes pour centrer, autant qu’il aime occuper les halfs spaces afin de pouvoir glisser des passes millimétrées dans la surface

Compréhension du jeu, sur et en dehors du terrain

Avant de s’exporter sur sa compréhension du football actuel, encore un peu de terrain. Parce que Rodrigo de Paul a cette vision périphérique du football, cette faculté à surprendre l’adversaire par sa vista, par sa capacité à trouver la bonne passe, le bon geste, la bonne décision. Ce qu’il expliquait dans les colonnes de France Football : Il y a des moments où tu dois te montrer vertical, d’autres où tu dois permettre à l’équipe de faire une pause. Au fil du temps, tu prends des décisions différentes. Donc pour faire la synthèse, j’essaye d’être vertical quand je dois l’être, calme quand il faut. » Ressentir le tempo du match, comprendre les zones à attaquer, saisir l’instant, et toujours la sacro-sainte équation « Temps-Espace » qu’il maîtrise à merveille. Et l’on a parlé un peu plus haut de son pied droit : sa faculté à utiliser toutes les surfaces de son pied, à varier la puissance et les effets, lui permettent de réaliser les idées émergeant dans son esprit.

Le pied droit, toujours. (Crédits : The Guardian)

Car son esprit est à la base de sa compréhension du jeu. Encore aujourd’hui, son amour du foot reprend toujours le dessus : « Et quand les matches ne sont pas trop tard, on les regarde toujours depuis l’Europe. C’est la passion, on essaye de tout voir. » Cette passion qui l’habite lui a permis de développer une certaine appétence pour l’analyse et la réflexion autour de son sport. Par exemple, le numéro 10 friulani confessait: « À mon avis, dans le football moderne, on ne peut pas penser que l’on ne peut bien jouer qu’à une seule position. Il faut être capable d’occuper différents postes, de s’adapter en fonction de votre lecture du jeu. » Une manière aussi de mettre en lumière l’évolution de son profil et de son utilisation. Formé comme le traditionnel n°10 argentin, l’enganche, utilisé sur tous les postes axiaux de milieu défensif à buteur durant sa carrière, trimballé sur les ailes, il semble aujourd’hui avoir trouvé son poste. Mi-meneur de jeu, mi-relayeur, mi-récupérateur. Tout ça à la fois, et on ne va pas s’en plaindre.

Le profil que l’on vient de dresser est très, très flatteur. Mais pourquoi De Paul est-il encore à l’Udinese ? Si l’on peut avancer le fait qu’il soit très reconnaissant envers l’Udinese, cela semble être le seul élément plausible. Autant à l’oeil que dans le bilan statistique, sa domination est sans égale. Et si l’amour entre les clubs Italiens et les argentins prend encore forme avec la relation De Paul-Udinese, les fans de football que nous sommes aimeriont le voir un peu plus haut…

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