Biathlon Sports hiver

Sturla Holm Lægreid, l’avènement rapide d’un tireur d’élite

Sturla Holm Lægreid, un biathlète de plus dans l’équipe norvégienne en début de saison, mais un nom que connaît désormais chaque passionné de la discipline. Un nom qui risque aussi de résonner pour encore de nombreuses saisons. Retour sur le phénomène norvégien du début de saison.

Lorsqu’il gagne sa première victoire en coupe du monde, lors l’individuel d’ouverture à Kontiolahti, peu pouvaient se targuer de l’avoir vu venir. Mais pourtant en ce début de saison 2020-2021, c’est un jeune norvégien de 23 ans qui s’empare du maillot jaune de leader. Ce jour-là, il relègue les favoris de la discipline au second rang. Pour cela, son atout n’est pas sur les skis, mais sur le tir, où il fait un beau 20/20.

Lægreid en jaune lors du sprint de Kontiolahti (IBU/Christian Manzoni)

De la stagnation à l’éclosion

Lægreid a eu un début de carrière relativement classique. Deux secondes places aux championnats du monde junior en 2018, sur l’individuel et le relais, et des tops 10 sur le sprint et la poursuite. A titre de comparaison, il concourait à l’époque contre Johannes Dale (Norvège) ou Martin Perrillat Bottonnet (France). Le premier est sur le circuit depuis fin 2018 et a remporté sa première victoire au sprint d’Hochfilzen cette année. Le second a été lancé en novembre 2020 et ses premiers résultats furent bien moins flamboyants.

Passé ces premiers podiums dans les catégories jeunes, son évolution se stoppe brutalement en 2018. Pendant plus de huit mois, Lægreid se retrouve embêté par une mononucléose, une maladie particulièrement redoutée par les sportifs. Il est alors affaibli et ne peut pas s’entrainer comme il le désire, notamment sur le plan physique. Avec le recul, cette mésaventure est peut-être une bénédiction sur le long-terme. Car s’il ne peut pas s’entrainer à skis, il en profite pour s’améliorer en tir. Huit mois à travailler cela jusqu’à atteindre des résultats impressionnants à l’entrainement. Le projet est simple : partant avec des lacunes physiques à cause de son arrêt, il se doit d’être le meilleur sur le pas de tir pour avoir des moyens de rivaliser avec les autres.

« Il a élevé ses standards pendant cette période et a acquis des connaissances sur le tir qui sont bien au-dessus de celles qu’il avait avant. »

Per Arne Botnan, directeur de l’équipe norvégienne de biathlon, dans Dagbladet

Mais tout ne se déroule pas comme prévu à sa reprise début 2019. Il commence sur le circuit national avec pour objectif une qualification pour l’IBU-cup, antichambre de la coupe du monde, où rivalisent souvent les jeunes avant d’être propulsés dans le circuit mondial. Mais au début de la saison 2019-2020, il se contente toujours de 7è place sur la coupe norvégienne. Pendant ce temps là, son compère du même âge en équipe nationale, Johannes Dale, concourt depuis un an sur le circuit mondial. Ses mauvais résultats et sa stagnation sont notamment liés à un tir défectueux.

« Après avoir eu la maladie du baiser, j’ai progressé lentement. Je sentais que j’étais à un bon niveau, mais je n’ai pas atteint mon potentiel en début de saison dernière. Je tirais 10 à 20% moins bien en compétition qu’à l’entraînement. »

Une fois le problème de tir réglé, tout s’enchaine très vite. Une intégration sur le circuit européen en février 2020 rapidement concrétisée par une 1ère place de la mass-start en IBU-cup. Puis une seconde place à la poursuite des championnats d’Europe. Ses résultats lui permettent d’intégrer le groupe élite pour les 2 derniers week-ends de compétition de la saison à Nove Mesto et Kontiolahti en mars 2020. Pas de podium pour ses débuts, mais il se classe toujours dans le top 15. Cela étant un de très bons classements pour un jeune tout juste lancé. Il impressionne notamment pour sa moyenne de tir de 98% sur ces 4 courses. Il est alors bien loin de ses moyennes de tir du début de la saison qui tournaient autour de 80%.

La méditation comme remède à ses problèmes de tir ?

Le déclic de Lægreid ne s’est pas fait naturellement. Cela fait suite à une réflexion de l’athlète et un changement de méthodes. En effet, le problème n’était pas son niveau « réel » de tir, celui-ci étant excellent à l’entrainement. Il fallait donc agir pour réussir à faire aussi bien avec la pression de la compétition qu’à l’entrainement.

« J’ai senti que je devais faire quelque chose sur le mental, et cela m’a beaucoup aidé. »

Il rencontre donc un spécialiste comme il le confiait à Nordic Mag en avril dernier.

« J’ai travaillé avec un entraîneur mental pour améliorer mon niveau de tir en compétition. Parce qu’à l’entraînement, ça se passait bien avec jusqu’à 95% de réussite. Dès le mois de février, c’était prometteur. »

Laegreid méditant avant le début d’une course (Christian Haukeli/Norges Skiskytterforbund)

La technique employée par l’athlète est la méditation. Pour se recentrer et ne pas se laisser distraire par les éléments extérieurs, il utilise cette technique à l’approche des courses. Cela lui permet de faire le vide. Ainsi, il n’a pas l’esprit parasité par la pression liée à l’enjeu à l’approche des débuts de course. Cela lui permet aussi de moins réfléchir sur le pas de tir. Car si son taux de conversion au tir était aussi mauvais, c’était qu’il réfléchissait beaucoup trop lors de ceux-ci et manquait de concentration.

Une méthode qui lui permet d’être en ce moment le 2ème meilleur tireur de la coupe du monde, derrière Simon Eder, avec 94% de réussite. Un niveau qui ne semble pas surprendre son coéquipier Johannes T. Boe qui vantait ses capacités après sa première victoire.

« J’ai vu ce qu’il a fait pendant la préparation, il a énormément travaillé derrière la carabine. Je crois que c’est le meilleur tireur du circuit. »

Johannes T. Boe, dans L’Equipe

Le futur de l’équipe de Norvège ?

Son début de saison en fanfare permet de se poser la question. Car non content d’avoir remporté la première épreuve individuelle de l’année, il remporte par la suite 2 autres courses individuelles : un sprint et une poursuite. Cela porte son total à 3 victoires en 15 courses. Et s’il fait 2 contre-performances suite à sa première victoire, il s’installe depuis dans le top 10 à chaque course.

Lægreid victorieux du sprint de Hochfilzen (IBU/Christian Manzoni)

Malgré tout, il est bien trop tôt pour tirer un bilan de ce jeune biathlète. Mais les motifs d’espoir des scandinaves d’avoir trouvé leur relève sont importants. En plus d’être un excellent tireur, Lægreid est bon sur skis. C’est d’ailleurs ainsi qu’il s’impose sur le sprint d’Hochfilzen devant Johannes Dale (10/10 au tir pour les deux). Certes ses performances sur skis sont encore irrégulières, mais il montre un niveau qui peut permettre de performer souvent à haut niveau. Couplé à son tir exceptionnel, il a tout pour faire des exploits régulièrement sur le circuit.

Cette irrégularité en ski peut être liée à son jeune âge. En effet, le biathlon est une discipline où l’on devient meilleur avec le temps. A titre de comparaison, l’année de ses 23 ans Johannes T. Boe remporte 2 courses et fait 8 podiums. Ce n’est que l’année suivante qu’il explose avec 9 victoires et 17 podiums. Les deux athlètes ont une trajectoire tellement différente qu’il est difficile de comparer leurs performances au même âge. En effet, son ainé est arrivé bien plus précocement sur le circuit. Mais son début de saison en boulet de canon peut poser les prémices d’une belle carrière. Dans un sport où le mental a un gros effet sur les performances, son début de carrière dans l’élite commence tellement bien qu’il ne doit pas être trop parasité par les doutes. Il semble de toute façon avoir trouvé le remède à tous ses soucis il y a un an.

Après quatre week-ends de course, Starla Holm Lægreid est la révélation du début de saison. Il lui faudra désormais confirmer lors de la reprise après la trêve de Noël. En effet, par la suite, les étapes s’enchaineront et l’enjeu grimpera avec l’arrivée des mondiaux, correspondant souvent au pic de forme des meilleurs biathlètes. Confirmera-t-il ou s’effondra-t-il ? La question reste ouverte. Mais vu son jeune âge, nul doute qu’il va continuer à faire parler de lui.

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