Cyclisme Omnisport

Cyclisme : 10 moments qui ont fait 2020

Quelques semaines sont passées depuis le triomphe de Primoz Roglic sur le Tour d’Espagne. Le point final de l’histoire d’une saison courte, mais particulièrement riche en souvenirs. Dans un calendrier où le téléspectateur n’a pas eu le temps de s’ennuyer, le peloton mondial nous a offert un spectacle royal . Cette saison restera comme celle du suspens, de la tragédie et de la prise de pouvoir d’une jeunesse décomplexée. De la Colombie à la Slovénie en passant par la Belgique, retour sur ces moments qui ont marqué la saison 2020.

Nairo Quintana triomphe à La Colmiane dans un climat apocalyptique

Nairo Quintana vainqueur de la dernière étape de Paris – Nice 2020. (Photo : @NairoQuinCo)

Quelques semaines après le début de l’année 2020, le monde est frappé par la pandémie de coronavirus, qui n’épargne pas la planète cyclisme. Alors que l’épreuve Tirreno-Adriatico n’a pu se dérouler, Paris – Nice se dispute sous cette menace permanente d’un arrêt de la course. Plusieurs équipes importantes du peloton – comme Ineos, Jumbo-Visma, Astana ou encore Movistar –  ne prennent pas part à l’épreuve.

L’édition se déroule, mais la dernière étape Nice – Nice, souvent le théâtre de rebondissements, est annulée. L’étape finale est alors une arrivée au sommet à Valdeblore La Colmiane. Nairo Quintana écrase la concurrence sur les pentes de la dernière ascension et remporte l’étape dans une atmosphère inhabituelle. La saison s’arrête là. La France se retrouve confinée trois jours plus tard.

Wout Van Aert dompte les Strade Bianche sous une chaleur étouffante

Wout Van Aert lance sa saison sur les difficiles Strade Bianche. (Photo : Dirk Waem/belga)

Le 1er Août était un jour attendu par tous les fans de cyclisme. En effet, la saison reprend avec un programme copieux pour les trois prochains mois. Pour démarrer, le peloton se retrouve en Italie pour les Strade Bianche. Cette jeune classique, se déroulant dans la Toscane et ses chemins de terre blancs, s’élance dans les grandes chaleurs de l’été.

Au cœur d’une course extrêmement éprouvante pour les organismes, le vainqueur sortant Julian Alaphilippe crève 6 fois (!), ne pouvant prendre part à la lutte pour la victoire, tandis que Jakob Fuglsang, parti devant à 50 kilomètres, prend un coup de chaud et rentre dans le rang. C’est finalement le jeune Wout Van Aert – deux fois troisième en 2018 et 2019 – qui triomphe devant Davide Formolo et Maximilian Schachmann. Le point de départ d’une saison extraordinaire pour le coureur de la Jumbo-Visma.

Feu d’artifice sur le Dauphiné

Daniel Martinez vainqueur du Critérium du Dauphiné devant Thibaut Pinot et Guillaume Martin. (Photo : AFP)

Comme chaque année, le Critérium du Dauphiné fait office de course préparatoire avant le Tour de France. Cette édition sonne comme le premier rendez-vous entre les cadors du peloton. Roglic, Pinot, Quintana, Lopez, Bernal, Pogacar, Porte, Landa, Buchmann. Tous sont alignés sur ce petit Dauphiné raccourci cette année à cinq étapes, dont quatre de montagne !

La Jumbo-Visma remporte les deux premières étapes avec Wout Van Aert et Primoz Roglic. Le Slovène porte le maillot de leader trois jours et est non-partant lors de la dernière étape à cause d’une chute. Egan Bernal, lui, avait également abandonné un jour plus tôt.

Une dernière étape ouverte qui a donné lieu à un véritable spectacle. Tom Dumoulin a lancé les hostilités à 115 bornes de l’arrivée. Un groupe de costaud composé de leaders s’est alors formé. Landa, Quintana et Porte explosent littéralement. Pogacar et Lopez attaquent dans Domancy à 25 kilomètres de l’arrivée. Ils sont rejoints par quelques coureurs (Martinez, Kuss) et rejoignent le duo Alaphilipp – Sivakov.

Pinot, alors leader virtuel, craque. Les Français Alaphilippe (lâché par le groupe de tête) et Barguil la jouent patriotique pour sauver le soldat Thibaut. Le Franc-comtois se rapproche de la tête, mais est un peu court pour sauver les meubles. Sepp Kuss triomphe dans cette formidable étape. Daniel Martinez remporte le Dauphiné. Pinot échoue à 29 secondes. Un bel apéritif avant la Grande Boucle !

Coup de froid en Lombardie

Saison 2020 terminée pour le prodige Remco Evenepoel sur les routes du Tour de Lombardie. (Photo : Quick Step/Wout Beel)

Dans ce calendrier inédit, le Tour de Lombardie avait lieu (malheureusement) en même temps que le Critérium du Dauphiné. Un plateau plus léger qu’à l’habitude, mais une course tout aussi passionnante. Fort d’une puissance collective, la Trek-Segafredo et son leader Nibali font la descente dans le Mur de Sormano. Remco Evenepoel, pas à l’aise dans l’exercice, heurte un parapet et chute 10 mètres en contrebas. On craint alors le pire. Heureusement, Remco est en vie.

Se fracturant le bassin et avec une contusion au poumon, il met un terme à sa saison marquée par de grandes performances comme son formidable raid solitaire lors de la quatrième étape du Tour de Pologne. Pour la course, la Trek Segafredo ne conclut pas son surnombre et place trois coureurs au pied du podium. C’est finalement Jakob Fuglsang qui remporte en solitaire son second monument, 1 an après Liège-Bastogne-Liège.

La chute du Roi Bernal

Egan Bernal à bout de forces dans le Grand Colombier. Le vainqueur du Tour de France 2019 abandonne deux jours plus tard. (Photo : F. Faugère/L’Équipe)

Pépite du cyclisme mondial et devenu en 2019 l’un des plus jeunes vainqueur du Tour de France, Egan Bernal est logiquement favori à sa propre succession. Promis à un long règne sur l’hexagone, sa préparation n’est pas des plus rassurantes avec une seconde place derrière Roglic sur le Tour de l’Ain et un abandon sur le Dauphiné consécutif à une blessure au dos.

Donnant des signes de sa petite forme dans les premières étapes de montagne du Tour, il cède du terrain dans l’ascension du Puy-Mary. Deux jours plus tard, il explose littéralement dans le Grand Colombier sous le train infernal de la Jumbo-Visma. Diminué, il abandonne deux jours plus tard. Un roi déjà déchu. Une équipe Ineos Grenadiers qui laisse pour la première fois filer la Grande Boucle depuis 2014.

Pogacar découpe Roglic sur la Planche

Tadej Pogacar s’envole vers la victoire finale dans la vingtième étape du Tour de France 2020. (Photo : REUTERS/Benoit Tessier)

Ultra dominant tout comme son équipe Jumbo-Visma dans l’édition 2020 de la Grande Boucle, Primoz Roglic arrive avec le plein de confiance avant d’aborder le contre-la-montre final entre Lure et la Planche des Belles Filles. L’un des plus grands spécialistes de l’effort solitaire du peloton compte 57 secondes d’avance sur son compatriote Tadej Pogacar. Un matelas qui semble largement suffisant pour qu’il remporte le Tour de France.

Mais voilà, Pogacar réalise le contre-la-montre de sa vie. Roglic tremble sur le plat, voit son avance fondre, et abandonne toute chance de gagner le Tour de France dans l’ascension de la Planche des Belles Filles. Pogacar gagne l’étape avec 1min21 d’avance sur Dumoulin et Porte. Roglic finit cinquième de l’étape. Insuffisant face au sensationnel Pogacar. Un retournement de situation aussi incroyable qu’inattendu. Un tremblement de terre sur la planète cyclisme.

Alaphilippe sur le toit du monde

La consécration d’un formidable champion. (Photo : AFP)

Quelques semaines après levé les bras et avoir regoûté au maillot jaune sur le Tour de France, Julian Alaphilippe arrive comme outsider sur les championnats du monde sur route. Le Français espère enfin soulever la couronne, lui à qui il a souvent manqué un petit quelque chose pour aller au bout de ses rêves (où la raison s’achève) de maillot arc-en-ciel.

Pour cette édition 2020, le lieu a changé à cause de la pandémie. Oublié Martini et la montagne Suisse, cap sur l’Italie et le circuit d’Imola, plus adapté aux qualités de puncheurs d’Alaphilippe. 

Cependant, un caillou dans sa chaussure nommé Wout Van Aert est présent. Le Belge l’avait battu au sprint à Milan-San Remo. Alaf a une revanche à prendre et va devoir s’en débarrasser. Le Français place une attaque meurtrière dans les derniers hectomètres de l’ultime difficulté et part à la conquête du titre mondial. 12 kilomètres de frisson, de stress et de joie. 23 ans après Laurent Brochard, le maillot de champion du monde est de retour dans l’hexagone. Cocorico !

Ineos Grenadiers renverse le Giro

Tao Geoghehan Hart, vainqueur du Tour d’Italie 2020. (Photo : Giro d’Italia)

L’équipe britannique vit une saison très compliquée. Habituée à triompher sur le Tour de France (7 succès sur les 8 dernières éditions), elle ne peut défendre son dû avec un Egan Bernal défaillant et un duo Froome/Thomas non sélectionné. Elle compte alors sur ce dernier pour raviver l’étendard Ineos Grenadiers sur le Giro. Victime d’une chute, Geraint Thomas abandonne dès les premières étapes.

Vainqueur de la 15e étape, le jeune Tao Geoghegan Hart se replace à la quatrième place au général, mais reste loin au général. Dans la 18e étape, Rohan Dennis fait exploser tout le monde dans le mythique Stelvio, sauf Jai Hindley qui remporte l’étape devant le jeune britannique.

On prend les mêmes et on recommence ! Dans un parcours modifié de l’étape 20 donnant lieu à une triple ascension de Sestrières, Rohan Dennis nous refait un numéro pour son leader. Avec toujours dans la roue la sangsue Jai Hindley. Cette fois-ci, Tao Geoghegan Hart l’emporte. Égalité parfaite avant le dernier chrono. Avantage pour le Britannique qui chipe la tunique rose à la dernière étape… Magistrale Ineos Grenadiers !

Le come-back du miraculé Froome

Christopher Froome retrouve les courses de trois semaines sur le Tour d’Espagne, terre de sa première victoire en grand tour lors de l’édition 2011. (Photo : Yuzuru Sunada)

Nous sommes le 12 juin 2019. Lors d’une reconnaissance du contre-la-montre du Critérium du Dauphiné, Christopher Froome perd le contrôle de sa machine à la suite d’une rafale de vent et heurte un mur à 54 km/h. Une immense inquiétude et un constat : de multiples blessures et une saison terminée, voire peut-être une carrière ?

Chris Froome fait le travail dans l’Alto del Cordal pour son leader Richard Carapaz, accompagné par le maillot rouge Primoz Roglic. (Photo : K. Huesca/Epa/maxppp)

Fort d’un mental d’acier et d’une éthique de travail exceptionnelle, il remonte sur un vélo et fait du Tour de France 2020 son objectif. Ce but le tient en haleine et le Britannique travaille fort en reprenant des courses sans y être un animateur.

Finalement trop court pour le Tour, il peut prendre le départ de la Vuelta pour sa dernière danse avec la Team Ineos Grenadiers. Deux ans après son dernier grand tour soldé par une troisième place sur la Grande Boucle, Froome est de retour parmi les grands. Un plaisir, aussi bien pour ses fans que pour ses détracteurs, pour cet homme d’une rare gentillesse.

Duel d’homme Carapaz – Roglic sur la Vuelta

La Vuelta 2020, théâtre de nombreuses batailles entre Primoz Roglic et Richard Carapaz. (Photo : K. Huesca/Epa/maxppp)

La Vuelta est le grand tour qui permet aux déçus du Giro et du Tour de venir conclure d’une bonne manière leur saison. Cette année, exit les acteurs majeurs du Tour d’Italie, dont la dernière semaine est à cheval sur le début du Tour d’Espagne. Mais sur le Tour, certains sont repartis bredouilles. C’est le cas de Primoz Roglic et Richard Carapaz. Le premier a laissé échapper une Grande Boucle qui lui tendait les bras, tandis que l’Equatorien Carapaz a sacrifié la défense de son Giro, passant sur le Tour de France proche de la victoire d’étape (cadeau pour le soldat Kwiatkowski) et du maillot à pois (coucou Pogacar !).

Durant les trois semaines espagnoles, les deux coureurs se livrent une féroce bataille, s’échangeant le maillot rouge de temps en temps. La plus marquante est peut-être cette huitième étape menant le peloton à Hornos de Moncalvillo. Le leader Caparaz et son dauphin Roglic s’attaquent coup sur coup de manière saignante. Un duel de costaud comme on en voit peu dans le cyclisme moderne.

Finalement, le Slovène prend le dessus. Caparaz a pourtant tout tenté, dans cette étape comme durant la Vuelta. Lors de la dernière étape de montagne, il n’était pas loin de faire une nouvelle fois vaciller un Roglic prenable, bien aidé de Movistar, l’ex équipe de Richard Carapaz.

Cette saison particulière ne nous a pas empêché de vivre de grands moments sur la planète cyclisme. Trois mois intenses. Un concentré de suspens, joies, désillusions et belles histoires. Bien sûr, nous n’en avons choisi que dix, mais bien plus ont marqué notre esprit. On peut penser aux victoires d’Arnaud Démare sur le Giro, au show Remco Evenepoel (9 victoires alors que sa saison s’est terminée le 15 août !), à ce duel Van der Poel – Van Aert sur le Tour des Flandres ou encore Miguel Angel Lopez triomphant sur le col de la Loze. Des moments uniques où l’héroïsme et le tragique font la beauté de ce sport décidément pas comme les autres.

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