Ski Alpin Sports hiver

Dominik Paris : itinéraire d’un battant

On l’avait quitté prématurément en marge de sa préparation pour l’épreuve reine de Coupe du monde : Kitzbühel. Après avoir obtenu une belle seconde place en descente à Wengen le 18 janvier 2020, Dominik se blessa à l’entraînement sur la piste de Kirchberg (Autriche). Le diagnostic est lourd : rupture du ligament croisé antérieur du genou droit et mit fin à sa saison. 11 mois après on retrouve le transalpin pour le lancement de la saison post COVID sur les épreuves de vitesse à Val d’Isère. Le détenteur du globe de cristal de super-G en 2019 cherche à se relancer après sa blessure et se présente au portillon remplie de déterminations. Retour sur l’itinéraire hors du commun d’un homme acharné.

Dominik Paris venant de remporter son globe de cristal de Super G en 2019 ( crédit Eurosport )

Lancé dans le grand bain dès son plus jeune âge

Dominik Paris est né le 14 Avril 1989 à Merano (Italie).  Ce skieur alpin italien est un spécialiste des épreuves de vitesse.

 Sous l’impulsion de son père, il chausse les skis pour la première fois à 3 ans et demi. Son père, justement, lui qui est moniteur de ski et grand passionné de glisse sera son premier coach. Il le pris sous son aile et se dévoua à lui apprendre l’art de la glisse qu’il enseignait déjà à son grand frère, René. Pris d’amour pour ce sport, Dominik en devient accro et ne cherche qu’a enfiler sa tenue de skieur pour dévaler les massifs italien à toute vitesse. Une passion pour ce sport se développa et le transalpin participa à sa première course à l’âge de 6 ans. Un premier acte fondateur pour lui car à l’issue de la course Dominik déclara vouloir devenir coureur dans les épreuves de vitesse.

Paris continue sa progression et gagna plusieurs courses pendant son enfance, dont deux succès majeurs aux courses internationales de Topolino. Sa progression est alors en constante amélioration. Fort de ses prestations convaincantes, il participa à ses premières courses FIS à 15 ans. 

L’adolescence : un moment charnière dans sa vie d’Homme

Dominik est issu d’une famille modeste. Alors en plein adolescence, il quitte l’école pour subvenir aux besoins financiers de sa famille et travaille comme maçon. Ce job, au départ estival va petit à petit l’éloigner de sa passion et réduire ses disponibilités pour s’entraîner. Ses résultats en payent les conséquences et n’étaient plus à la hauteur de son talent , l’ambition d’être skieur pris du plomb dans l’aile.

Agé alors de 18 ans, Paris fait un choix radical qui changera sa vie pour l’aider à « sortir de ce cul-de-sac » dit-il. Il quitte sa vie pour passer un été entier (100 jours) dans une bergerie en Suisse à travailler comme berger. Coupé de tout contact, il s’y ressource et y découvre le goût de l’effort. C’est une période fondatrice pour lui. Il comprend l’importance d’être focalisé sur un objectif, le sien est inéluctable : devenir skieur professionnel. 

« Ça m’a donné la motivation pour changer ma vie et tout tenter pour faire de ce rêve une réalité. »

Fort de cette expérience, Domme, surnom que lui donne ses proches, retourne sur les skis avec 12 kilos en moins et l’esprit revanchard. Animé par de nouvelles convictions, il s’entraîna dur et retrouva vite son enthousiasme pour le ski. Méconnaissable, il rejoint l’équipe nationale et prend le départ dans les courses de vitesse de la Coupe Europa. Dès sa deuxième course de Super G, il monte sur la première marche du podium. C’est la renaissance pour ce talent italien où plutôt la naissance du champion.

L’atteinte des sommets après les galères

Grâce à ses bons résultats, il est sélectionné pour la Coupe d’Europe et participe pour la première fois à trois courses de la Coupe du monde. Sa grande première fut sur la piste de Val Gardena (Italie) en 2008. Piste où 12 années plus tard il fêtera ses 200ème et 201ème courses sur le circuit mondial. Tout s’accélère pour lui, en 2009, il rejoint l’équipe de la Coupe du monde et se qualifie dans la foulée pour les Jeux Olympiques de Vancouver. En 2011, premier gros résultat : une deuxième place en descente à Chamonix.

Il n’a pas le temps de savourer mais Dominik a réussi, il atteint son objectif d’être skieur professionnel. Maintenant, il faut aller chercher le plus haut possible et décrocher une victoire en Coupe du monde. Lui qui a grandit en s’appuyant sur une devise familiale instaurée par son père, « toujours descendre, une étape après l’autre ». Le moment est venu de passer à une nouvelle étape, celle qui le rendra fière et lui montrera qu’il aurait eu tord de ne pas persévérer dans cette discipline. 

L’avènement de Domme, une juste récompense 

C’est lors de la saison 2012-2013 que Paris remplit les premières lignes de son palmarès en Coupe du monde. Dominik est un homme de bon sens, alors il gagne sa première descente à domicile, sur la piste de Bormio (Italie) ex aequo avec Hannes Reichelt. C’est la première d’une longue et belle série. Quelques semaines plus tard, il gagne la course légendaire de Kitzbühel. C’est la consécration pour cet ancien berger.

Dominik Paris heureux lors de sa première victoire à Kitzbühel (crédit RDS)

Lors de cette saison, le transalpin s’adjuge même le luxe de terminer vice champion du monde de Descente en terminant deuxième à Schladming derrière le grandiose norvégien Svindal. 

Un retour sur terre brutal avec la perte de son frère

Pour son plus grand malheur, Paris après avoir connu la consécration pendant cette saison 2012-2013 fera face, à la plus grande douleur de sa vie en Juin 2013 avec la perte de son grand frère René, victime d’un accident de moto. Le décès de cet homme qui lui était si cher et avec qui il partageait sa passion lui fit beaucoup de mal. Dominik nostalgique de son frère, racontait que René avait été un meilleur skieur que lui techniquement mais qu’il n’avait pas eu sa vitesse de feu.

Pour contrer sa douleur, Paris se réfugia dans les entraînements à forte intensité. Puis il réussit à affronter cette souffrance pour en faire une grande force. 

« Avec le temps et la distance, j’ai appris à vivre avec ce destin et à avancer. Je continue de faire ce qu’il aurait voulu que je fasse : travailler dur et accomplir mes rêves. »

Un premier succès en super-G avant la consécration de 2019

Dominik parvient à remporter son premier Super G à Kitzbühel lors de la saison 2014-2015. Il établira même sa légende au fil des années en terre autrichienne sur la mythique Streif de Kitzbühel en remportant 4 victoires là-bas : 3 Descentes (2013, 2017, 2019), 1 Super G ( 2015).

Paris en action sur la légendaire Streif de Kitzbühel [Alessandro Trovati – Keystone]

C’est en 2019, lors des Mondiaux de février à Are (Suède) qu’il est sacré champion du monde du Super G pour 9 centièmes d’avance sur Johan Clarey. Paris y est, il a réussit à atteindre les sommets. Tout émue, ses premières pensées vont à son frère dont il est persuadé qu’il est très fière de là-haut.

« Ça n’a pas été facile d’attendre dans l’aire d’arrivée, j’ai sué jusqu’au 30ème dossard »

Ce fan d’Hermann Maier termine de la meilleure des manières sa saison en remportant sa 7ème victoire de l’hiver qui lui offre le globe de cristal de Super G, son premier. Fort de ses 3 doublés, vainqueur de la Descente et du Super G à Bormio, Kvitfjell et Soldeu, le natif de Trente est au sommet de sa discipline et passe à deux doigts de remporter le globe de cristal de Descente. Sa fantastique saison le récompense d’une 4ème place au classement général de la Coupe du monde.

« Cette année en particulier, je me régale énormément à skier, et le je fais très bien. Je réussis à faire ce que je veux sur la piste, et cela se voit »

Un champion au style atypique

Lorsqu’il délaisse ses skis, une autre passion mène la vie du coureur d’un mètre 85 et de 100 kg ; la musique et plus particulièrement le heavy métal. C’est pour lui un moyen de se ressourcer et de réfléchir. C’est aussi un échappatoire auquel il a souvent recourt lors des moments difficiles, comme après la perte de son frère. Paris ne le cache pas, il aime bêler, c’est sa manière de chanter et de s’échapper loin des sommets.

Lors des déplacements au cours de la saison, on le retrouve parmi les ambianceurs du circuit avec son ami et patriote Siegmar Klotz. L’un prend l’accordéon, l’autre la guitare et le temps d’un instant offrent un moment convivial aux coureurs de la Coupe du monde. C’est un coté attachant chez lui, d’ailleurs il est très apprécié du circuit. En témoigne les nombreux messages de soutien qu’il a reçu lors de sa blessure en Janvier 2020.

Dominik Paris après sa chute à l’entraînement en marge de Kitzbühel (photo Fabrice Coffrini, AFP)

Pendant sa convalescence, ce supporter du Milan AC a manqué aux fans d’épreuves masculines de vitesse. Lancé sur ses deux skis, cet avion de chasse se différencie des autres par une facilité à s’envoler et prendre des courbes qui lui donnent une vitesse foudroyante. Cela lui permet de compenser sa moins bonne aisance technique.

Une histoire à poursuivre en l’honneur de son frère

Après l’opération, Paris s’est vite remis sur pied pour préparer la saison de l’après covid. Préparation estivale qu’il a trouvé très éprouvante. Pendant 3 à 4 mois, il s’entrainé 5 ou 6h par jours afin de préparer la saison et de revenir en forme pour tenir sur toute la durée. Lui qui sort tout juste d’une blessure au genou s’est infligé un entraînement impitoyable. C’était un programme obligatoire afin de revenir au top pour la saison 2020-21.

Mais le contexte covid a rendu les choses compliqué et plus éprouvante car l’aspect mental était touché. Il le dit, en plus de sa blessure c’était intense et compliqué de toujours être dans le froid en été. Mais il sait que ces efforts seront payant comme ils l’ont toujours été. Avec le recul il déclara qu’il a trouvé cela agréable d’être rester dans la neige.

Cette première descente à Val d’Isère marque le premier jour de l’après blessure pour l’italien. Même s’il affiche un niveau de performance éloigné de ce qu’il nous a démonté par le passé, Paris est revenu et c’est là le principal. Comme son père le lui a enseigné, « toujours descendre, une étape après l’autre ».

En s’adjugeant la 16ème place au premier Super G de la saison, Paris reprend doucement la compétition. Il montera en puissance au fil des courses pour tenter de monter à minima sur le podium.

Mais son objectif est clair, il revient pour donner le meilleur et poursuivre son histoire qu’il avait si bien lancée. Il l’assure, après un mois de compétition et l’enchaînement des courses, il sera à nouveau capable de gagner et d’enchaîner les succès.

Confronté à beaucoup de difficultés au cours de sa vie, Dominik Paris a toujours démontré qu’il en ressort toujours plus fort qu’il ne l’était. Signant une reprise intéressante pour un retour de blessure, Paris ne pourra sûrement pas se mêler à la course aux globes cette année mais il ne faut pas l’enterrer pour autant. Ce géant du ski alpin italien compte bien retrouver les sommets. Bien qu’il aura fort à faire avec le niveau impressionnant affiché par le Norvégien Aleksander Aamodt Kilde qui vient de remporter consécutivement le Super G et la Descente de Van Gardena (Italie). En tout cas, ses concurrents sont prévenus, quand le Domme se relève c’est la qu’il est le plus dangereux.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :