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Enfin l’heure de Checo ?

Red Bull a choisi ! L’écurie autrichienne a choisi Sergio Pérez, choix de la performance au détriment de la tradition et du marketing. À bientôt 31 ans et après 10 saisons en Formule 1, le meilleur pilote mexicain de l’histoire se voit enfin confier une voiture qui semble être capable de le faire accéder aux sommets. 

Après une décennie passée au milieu du tableau entre Sauber, McLaren et Force India / Racing Point, son talent, son abnégation, ses inspirations géniales en piste et son portemonnaie sont enfin récompensés par un baquet dans un Top Team compétitif. 

Le choix de Red Bull parait logique car il place le meilleur pilote disponible dans le meilleur baquet disponible. Pourtant, le nom de Sergio Pérez n’était plus attendu tellement les pressions de Max Verstappen pour inciter au recrutement de Nico Hülkenberg et les volontés de l’état-major Red Bull de suivre la philosophie traditionnelle de s’appuyer sur la filière jeune semblaient jouer contre le pilote mexicain. Cependant, les performances du Mexicain en cette fin de saison couplées à la saison très décevante d’Alex Albon ne pouvaient laisser insensibles deux boulimiques de victoires comme Horner et Marko. En début de saison, les deux hommes forts de la firme autrichienne ne se seraient jamais imaginés remplacer le jeune Thaïlandais et encore moins par l’expérimenté mexicain. La faiblesse de la filière jeune de Red Bull et la relation compliquée des deux pilotes AlphaTauri avec Helmut Marko rendaient peu probable un remplacement en interne.

Au cours de la saison, Albon a fait preuve de beaucoup de fébrilité… jusqu’à détruire plusieurs voitures (dont celle-ci lors des essais libres à Bahreïn). (Source : sport24.lefigaro.fr)

Sergio Pérez n’a pas donné l’idée de remplacer Alexander Albon, cette idée émane de son ancien coéquipier Nico Hülkenberg. En effet, les performances impressionnantes de ce dernier, lors du Grand Prix du 70e anniversaire à Silverstone, avec une troisième place en qualification et une course finie en septième position qui aurait pu être une cinquième place sans la stratégie hasardeuse de Racing Point, ont ouvert une porte à un recrutement extérieur à la filière. Cependant, l’Allemand ne pilotera pas la voiture au taureau après avoir longtemps fait figure de favori pour le poste du fait du soutien apporté par Max Verstappen en interne et de sa popularité auprès des fans. C’est finalement le Mexicain qui a raflé la mise ! Et cette sélection soulève des questions importantes pour la réussite du mariage entre Sergio Perez et Red Bull.

Pourquoi lui ?

Contrairement à la tradition de l’écurie autrichienne, un des deux pilotes Red Bull ne sera pas issu de la filière jeune pour la saison prochaine, c’est une première depuis Mark Webber et son départ en 2013. Cette situation exceptionnelle est dû à la rare faiblesse de la filière jeune avec seulement le jeune et inexpérimenté japonais Yuki Tsunoda titulaire d’une super licence F1. De toute façon, le japonais n’a jamais été envisagé dans la Red Bull du fait de son jeune âge et de son inexpérience en F1. Dans le même temps, il était impossible pour la firme autrichienne de promouvoir un des deux pilotes AlphaTauri et ce pour deux raisons. Premièrement, Daniil Kvyat et Pierre Gasly sont deux anciens pilotes Red Bull rétrogradés par une décision brutale du docteur Marko dans l’antichambre qu’est Torro Rosso (aujourd’hui AlphaTauri). Il aurait donc été compliqué de promouvoir à nouveau un des deux pilotes de l’équipe italienne à Milton Keynes. Deuxièmement, après la victoire de Pierre Gasly à Monza, les dirigeants de Red Bull avaient clairement annoncé que les pilotes de l’écurie au taureau blanc ne seraient pas promus.

Face à cette situation, un dilemme se présentait à Red Bull : soit conserver Alex Albon soit engager un pilote extérieur au programme Red Bull. Le choix de conserver le Thaïlandais a longtemps semblé être le choix des dirigeants de l’écurie. Cette décision a longtemps été justifiée par le besoin de temps dont avait besoin un jeune pilote comme Alex Albon et par le fait que les pilotes devaient être issus de la filière. Cependant, les arguments sportifs et financiers de Sergio Pérez ont fini de convaincre Helmut Marko.

Sergio Pérez a été préféré à Nico Hülkenberg pour une raison simple : Red Bull veut gagner et faire des podiums ! Sergio Perez sait faire cela contrairement à l’Allemand qui détient le triste record du plus grand nombre de courses sans podium avec 178 départs sans monter sur la boite. Sergio Perez a été choisi pour les garanties de niveau et donc de résultats qu’il apporte sur la piste. Le pilote mexicain est monté 10 fois sur le podium lors de ses 10 saisons en F1. Il a également gagné une course cette saison, la seule de sa carrière, à Sakhir pour sa dernière course terminée avec Racing Point. Sa fin de saison a fini de convaincre un Helmut Marko réticent. Sur les deux dernières courses qu’il a terminées, il a fini second en Turquie et a remporté la course sur l’Outer Track de Bahreïn. Il aurait même pu monter une troisième fois sur le podium en cette fin de saison au Grand Prix de Bahreïn s’il n’avait pas été victime d’une casse moteur à 4 tours de l’arrivée alors qu’il occupait la troisième place. Au moment où la décision devait être prise par Red Bull, Sergio Perez était simplement le meilleur pilote sur le marché et le pilote le plus en confiance au vu de ses résultats récents.

Sergio Pérez après sa victoire lors du GP de Sakhir, la première de sa carrière. (Crédit : Racing Point)

Le Mexicain a donc été choisi pour aider Max Verstappen et c’est bien là la question : comment ces deux forts caractères, agressifs en pistes et capables de gestes peu fair-play vont-ils pouvoir cohabiter ? 

Quelle cohabitation avec Max Verstappen ?

En arrivant Chez Red Bull, Sergio Pérez le sait, il sera numéro 2. Il sait aussi que son coéquipier ne voulait pas de lui. Même si le néerlandais a déclaré en public qu’il n’avait pas fait pression pour la sélection de son coéquipier ; en interne, Max Verstappen aurait poussé pour le recrutement de Nico Hülkenberg qui lui semblait être un bon compromis entre vitesse et sens du collectif. Sergio Perez l’a déjà montré, il n’est pas du genre à se laisser dominer par son coéquipier.

Les deux hommes réussiront-ils à cohabiter ? (Crédit : Getty Images)

Lors de sa seconde saison avec Esteban Ocon chez Force India, les relations avaient été houleuses menant à des accrochages et des abandons (Spa 2018, Azerbaïdjan 2018) car le Mexicain était mis en difficulté par le Français. Qu’en sera-t-il avec un pilote au talent générationnel comme Max Verstappen ? Se résignera-t-il à jouer les numéros 2 comme chez McLaren en 2013 ou voudra-t-il prouver qu’il n’est pas qu’un pilote de milieu de plateau et que Red Bull a eu raison de miser sur lui ?

Quelles sont les attentes placées en lui et que peut-on attendre de lui ?

Alex Albon n’a pas été prolongé car il était incapable d’assurer les gros points de la 4e place. Le strict minimum pour le Mexicain sera donc d’être classé premier des « autres ». Cependant, les dirigeants autrichiens attendent plus. Ils veulent une deuxième voiture capable de monter sur le podium chaque week-end. La difficulté supplémentaire pour Sergio Pérez sera d’arriver dans une équipe complètement tournée vers Max Verstappen, la voiture est faite pour lui et la stratégie aussi. D’autant plus que contrairement à ses prédécesseurs français et thaïlandais, il n’aura pas l’excuse de la jeunesse ou de l’inexpérience. Le changement de règlement en 2022 a poussé Red Bull à prendre des risques tant que leurs certitudes sur leur voiture sont là, le Mexicain ne pourra pas décevoir.

Sergio Pérez a montré que l’adversité et la compétition ne lui faisaient pas peur, surtout que le pilote mexicain a un affront à laver et une expérience McLaren à faire oublier.

Est-il taillé pour un Top Team ?

Quand on analyse la carrière de Checo, la grande question est peut-être celle-là : la difficile aventure chez McLaren en 2013 était-elle un accident ? Ou Sergio Pérez est-il voué à être un pilote de milieu de tableau toute sa carrière, comme ont pu l’être Jean Alesi ou Heikki Kovalainen ? Le Mexicain va vite en piste, mais ce n’est pas une condition suffisante pour réussir dans un Top Team. Il faut être régulier, stratège, efficace et surtout être capable de résister à la pression de tout l’environnement F1, que ce soient les fans, l’état-major, les médias et surtout les rivaux. Selon les dires du Mexicain, son expérience McLaren a été très douloureuse à vivre. Checo avait craqué et raté sa saison en passant de pilote numéro 1 dans la petite écurie familiale Sauber, à pilote numéro 2 dans une équipe légendaire. Cependant, la McLaren de 2013 était ratée, leur saison a été catastrophique, la pire depuis plus de 30 ans… tellement qu’il a même été envisagé de réutiliser la voiture de l’année précédente ! La situation dans l’équipe s’est tendue et le jeune Sergio Pérez n’a pas su gérer cette pression. Après plusieurs incidents et un Jenson Button qui a durci le ton, le pilote mexicain a perdu peu à peu confiance et a vécu une fin de saison difficile.

Sergio Pérez espère certainement que son aventure chez RB ne tournera pas au fiasco comme chez McLaren, il y a 7 ans. (Source : diariomotor.com)

La saison 2021 est la saison de la dernière chance pour Checo. Il s’agit d’intégrer pour de bon un Top Team et de s’y adapter rapidement car il n’a signé que pour 1 an. Dans cette affaire, le Mexicain a peu négocié les termes, il a donc 1 an pour faire ses preuves et espérer être de nouveau dans la Red Bull en 2022. Pour cela, il devra battre régulièrement Max Verstappen et montrer à l’état-major Red Bull qu’il est un candidat au titre si son coéquipier venait à être défaillant. 

Checo est le dernier rescapé (avec Daniel Ricciardo) de cette génération talentueuse arrivée au début des années 2010 dont font également partie Romain Grosjean ou Nico Hülkenberg. Cependant, cette génération a souffert de la génération précédente, peut-être la plus talentueuse et dense de l’histoire de la Formule 1 ainsi que d’un Sebastian Vettel tout puissant en début de décennie. Les Lewis Hamilton, Fernando Alonso, Nico Rosberg ou Kimi Raïkkönen ont toujours empêché cette « génération 2010 » d’accéder à des baquets à la hauteur de leurs talents. Aujourd’hui, Sergio Pérez a sa chance de pouvoir prouver qu’il n’est pas le dernier survivant de cette génération pour rien. Cette seconde opportunité dans un Top Team, il ne veut pas la rater et il a déjà donné rendez-vous à Melbourne le 21 mars pour prouver qu’il mérite sa place.

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